‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 92 sur 129 · BORDEAUX · texte numérisé non relu

BORDEAUX

Réduction corrigée d'un dessin publié par Charles Robert. Var. — Le premier M omis par Robert dans les Etrangers à Bordeaux. La copie de M. Jullian est ainsi conçue :

ïï£ MEM

ORIAE

CIVL ;////// rfDE FANXXIIII MARTIN V • MARIT-P

Descr. — Lettres de 0,045 gravées assez mal, un peu grasses, les déliés légèrement arrondis.

L'inscription se lit dans une niche encadrée d'une arcade et de deux pilastres, creusée dans un bloc de pierre bâtarde dont la partie supérieure a été sculptée en forme de fronton. Le monument est aujourd'hui brisé en quatre fragments et, déjà fort dégradé, se dégrade chaque jour davantage : il devait avoir 0,61 de large.

Hist. — Provenance inconnue. — Sans aucun doute originaire de la muraille romaine, ligne méridionale, et extrait dans les fouilles faites pour l'établissement de la voie du Peugue (cours d'Alsace- Lorraine), de 1865 à 1871. — Musée lapidaire (n° 65) de la rue des Facultés; depuis 1883 au Dépôt du Golysée.

Bibl. — Robert, Société archéologique de Bordeaux, t. VIII, p. 55. — D'après lui, Rénier, fiches ms.

[D(iis)] m(anibus) et memoriae Inve[nta]e, civ(is) Lemfovicae), def(unctae) an(nos) xxiiii, Martinu(s) marit(us) p(osuit).

[Aux dieux Mânes et à la mémoire de Inventa, de la cité des Lemoviques, morte à l'âge de 24 ans. Martinus, son mari, lui a fait construire ce tombeau.]

« Les surnoms Inventus et Inventa sont connus, dit M. Robert (1). « La quatrième ligne commence par le mot civis, exprimé, comme à l'ordinaire, par les trois premières lettres civ. ; vient ensuite l'ethnique, aussi abrégé en trois lettres, dont la première est un L et la dernière un M. L'amorce supérieure de la haste verticale, encore visible, de la seconde lettre, semble appartenir à un E, semblable à celui qui termine la ligne, ce qui donne lem, abréviation de l'ethnique Lemovicis » ou Lemooicae.

« Toutefois, ajoute Charles Robert, je crois devoir ajouter que des épigraphistes, se rappelant qu'il y avait de très fréquentes relations de commerce entre l'Espagne et la Gaule, ont proposé lum au lieu de lem. Dans cette hypothèse, qui me paraît moins probable, il faudrait lire Lumberitani, et y reconnaître un peuple de l'Edétanie mentionné par Pline (2) ».

(1) fWilraanns, Exempta, 1501, 1943, 1715, etc.]

(2) Hist. nat., liv. III, ch. 4, 8.

Contrairement à l'opinion de Charles Robert, acceptée par Jullian, c'est la lecture LVM qui me paraît la plus probable. L'amorce de lettre qui suit PL de la cinquième ligne me semble avoir appartenu plutôt à un V qu'à un E. Je ne suis cependant pas assez certain de cette lecture pour que je puisse me prononcer catégoriquement.

105 JLYOIV.

Q-LICINIO-VLTon LICINITAVRICIFIL QVI-SACERDOTIVM APVD- ARAMDVO ET

viginti annorum

Copie et restitutions de M. Allmer.

Var. — Gomarmond :

LIC iNITAVRIC IFIL QVI SACERDOTIVM APVD ARAM DVO ET

Auguste Bernard n'a pas indiqué les points séparatifs qui sont aux deux premières lignes, et en a mis un entre les deux derniers mots de la quatrième. 11 complète à la première ligne Ulp[iano\.

Descr. — Cette inscription, qui ne contient que le commencement de la dédicace gravée sur le piédestal d'une statue, se compose de quatre lignes dont les lettres, d'une bonne époque, ont 0 m. 065 millim. de haut.

« L'l et le t de vlt, à la première ligne, réduits à leur partie inférieure » (Allmer).

La pierre, en calcaire jurassique, a 0 m. 55 cent, de haut, 1 mètre 02 cent, de large, et Om. 29 cent, d'épaisseur.

Hist. — Après avoir été placée sous l'arcade XXXIX (de Boissieu), ce débris est aujourd'hui conservé sous l'arcade XLY1 du musée Saint-Pierre. « Nous n'avons aucune donnée, dit Gomarmond, sur le lieu et l'époque de sa découverte ».

Bibl. — De Boissieu, Les inscriptions antiques de Lyon. Lyon,in-4°, p. 91. — Gomarmond, Description du musée lapidaire de la ville de Lyon, p. 239. — Comarmond, Notice du musée lapidaire de la ville de Lyon, p. 87. — Monfalcon, Supplément aux recherches de Spon, édit. de 1857, in-4°, p. 316, et Musée lapidaire, p. 16. — Aug. Bernard, Le temple d'Auguste et la nationalité gauloise. Lyon, 1863, in-f°, p. 69. — Dissard, Catalogue du musée lapidaire de la ville de Lyon. Lyon, p. 108. — Allmer, Musée de Lyon, Inscriptions antiques. Lyon, 1889, in-8, t. II, p. 93.

Q(uinto) Licinio Ult[ori], Licini(i) Taurici fil(io), qui sacerdotium apud aram duo et [viginti annorum natus....

M. Allmer ajoute :

ex eonsensu trium provinciarum Galliarum est post

patrem eonsecutus. Lemovices publiée.

A Quintus Licinius Ultor, fils de Licinius Tauricus, parvenu, après son père, à l'âge de 22 ans et du consentement des trois provinces de la Gaule, au sacerdoce près l'autel du Confluent. La cité des Lemovices a fait les frais de cette statue.

Cf. l'inscription ci-après, n° 106.

ÎOG LYON.

q licinio w/^ORI -LICINI taurici filio

cui duo et w'GINTI ANNOrwm nato

ante tempuS • SACEKDotium ad aram

post patrem ^ERERE • Vermiserunt

très proVIN CI AE galliae

liciniis sabino (?) taurico w/TORILEMO^ publiée

Copie et restitutions de M. Allmer.

Var. Comarmond :

ORI • LIC INI G I N T I A N N O S SACERD RERE P VINCI AE ORI. LE MO

Mommsen ; dernières lignes :

très proviNCiAE galliae

q. licinio venatORi-LEmovico.

Aug. Bernard :

. . . licinio vict o r i - l i c i n i Sabin. fil. qui. duo. et. vzginti - anno vu m pene natus SACKRDOtium arae geRERE p

proviNCiAE Aquit

benefaetO RI LE M C vices

Baser. « Très grand bloc quadrangulaire ayant autrefois fait partie d'un stylobate qui portait des statues » (Allmer).

Ce qui reste de l'inscription se compose de six lignes en beaux

caractères qui ontO m. 13 cent, de hauteur aux cinq premières lignes et 0 m. 17 cent, à la dernière. La pierre, en calcaire jurassique, a 1 mètre 55 de long sur 1 mètre 25 de large. « Le premier E de #ERERE? à la quatrième ligne, réduit à sa branche supérieure, le T de w/TORI, à la dernière, réduit à la moitié de droite de sa traverse » (Allmer).

Hist. — « Cet énorme fragment à été découvert [au quartier Saint-Jean] dans les fondations de l'église Sainte-Croix, au commencement de ce siècle [avant 1808], et donné au musée de la ville par M. Tinner » (Comarmond). Il est aujourd'hui déposé sous l'arcade L du musée Saint-Pierre.

Bibl. — Artaud, Notice de Vautel de Lyon, 1808, p. 38; 1816, p. 67; Musée lapidaire, arcade XLVII. — De Boissieu, Les inscriptions antiques de Lyon. Lyon, in-4, p. 92. — Comarmond, Description du musée lapidaire de la ville de Lyon. Lyon, 1846 1854, in-4, p. 294. — Comarmond, Notice du musée lapidaire de la ville de Lyon, p. 108. — Monfalcon, Suppl. aux recherches de Spon, édit. de Lyon,'1857, in-4, p. 317. — Mommsen, Annal. delV lnstit. di corr. archéol, 1853, p. 60. — Aug. Bernard, Le temple d'Auguste et la nationalité gauloise. Lyon, 1863, in-f., p. 69. — Dissard, Catalogue du musée lapidaire de la ville de Lyon, p. 108. — Florian Vallentin, Bull, épigr. de la Gaule. Vienne in-8, t. II, 1882, p. 8. — Hirschfeld, Le culte impérial dans Vempire 'romain, p. 20, n° 86. — Allmer, Musée de Lyon; Inscript, antiques. Lyon, 1889, in-8, t. II, p. 95.

Q(uinto) Licinio Ult]oriy Licini(i) [Taurici filio, eui duo et vi]ginti anno[rum nato ante tempu]s sacerd[otium adaram, post patrem, g]erere p[ermiserunt très pro]vinciaè[Galliae.'Liciniis ; Sabino?..., Taurieo, Ult]ori, Lemo[vices publiée],

A Quintus Licinius Ultor, fils de Licinius Tauricus qui a obtenu des trois provinces de la Gaule, à l'âge de 22 ans, la permission de gérer, après son père, le sacerdoce à l'autel du Confluent.

A Licinius Sabinus. . . , à Licinius Tauricus, à Licinius

et à Licinius Ultor, la cité des Lemovices a élevé ces statues. « Le prénom Ultor et l'âge de « vingt-deux ans » incom-

plets ici, comme sur le précèdent texte, se complètent au moyen du rapprochement des deux inscriptions, qui paraissent ainsi se rapporter à un même personnage honoré de deux statues. L'une lui aura été décernée par les trois Gaules; l'autre lui a été élevée collectivement, avec plusieurs autres statues de ses proches, sur un stylobate commun, par la cité des Lemovices, sa patrie. Quatre membres de la famille nous étant connus, le stylobate devait porter au moins quatre statues.

« Parvenu à la prêtrise à l'âge de vingt-deux ans, Ultor n'avait pas rempli la condition, ordinairement nécesssaire, d'avoir parcouru dans sa cité la carrière des honneurs municipaux ; car le premier échelon, la questure, n'était accessible qu'à l'âge de vingt-cinq ans, et le plus élevé, le duumvirat, ne s'obtenait pas avant l'âge de trente ans. Peut-être était-il chevalier, et n'avait-il pas eu à passer par la filière des fonctions municipales » (Allmer).

Artaud avait restitué Victori Licinio ; la fin de mot rere lui avait fait supposer que ce personnage était prêtre de Gerès. De Boissieu a fait remarquer, avec juste raison, qu'il eût au moins fallu C^reris.

ÎOT L.YON.

licinio t AVRICO • Q- LICINii filio

apudsuos omnib.publiC[S-HONOR\BVS FVNctosacerdotiad templumrom.it aug.atRÏB PROVINCES GAlliis consentientib. creatoitem //«NIO LICIN SABlni filio

Copie et restitutions de M. Allmer.

222 INSCRIPTIONS Var. — De Boissieu:

« Ulpio Licinio jTavrico - q • licinzo , summis honoribvs

Fvnctts tRiBus provinciis GALliarum 10 (peut-être Julio)

licinÛ) SABiniano ».

Gomarmond :

AURIC O - Q • Ll CIN Is-HONORIBVS-FVN- RIB -PROVINcIs - GA 10 LICIN • SABI

Mommsen :

Q. licinio /avrico -q- licini. . . filio

summis honoribvs FVNdo apud suos item ci /rib ■ provincis • g aIUs ornato sacerdoti o l i c i n - sab . . . ae uxori eius

Bernard :

q licinio tA v Rico q licinî. filio summis honoribvs fvnc^o in £ri b provincIs Gxlliae et iulio licin s ab* niano

fratri iiiiii. vir. c. c. c. a. lu g.

Descr. — Ce fragment d'inscription, gravé à la partie supérieure d'un grand bloc de pierre « provenant d'un stylobate qui portait des statues » (Allmer), se compose de quatre lignes mutilées dont les lettres, d'une belle forme, ont 0 mèt. 087 millim.de haut.

« L'n de licinio, au commencement de la première ligne, réduite à sa haste du coté droit, le c de publicis, au commencement de la deuxième, à sa partie inférieure , I'n de sabin, à la fin de la dernière, à sa haste gauche, avec une partie du jambage transversal » (Allmer).

La pierre, en calcaire jurassique, a 0 mèt. 75 cent, de haut sur 1 mèt. 24 cent, de large etO m. 40 cent, d'épaisseur.

Hist. — « Ce débris, dit Gomarmond, a été découvert, en 1846, dans la première arche (rive droite de la Saône) du pont de Change». Il est aujourd'hui conservé à Lyon, sous l'arcade LIX du musée Saint-Pierre.

Bibl. — De Boissieu, Les inscriptions antiques de Lyon. Lyon, in-4°, p. 91. — Comarmond , Description du musée lapidaire de la ville de Lyon. Lyon, 1846-1854, in-4°, p. 357. — Comarmond, Notice du musée lapidaire de la ville de Lyon. Lyon, 1855, in-8, p. 129.

— Monfalcon, Suppl. aux Recherches de Spon> édition de Lyon, 1857, in-4% p. 316, et Musée lapidaire, p. 23. — Mommsen, Epigr. Anall, 22. — E. Desjardins, Table de Peutinger ,p.272. — Bernard, Le temple d'Auguste et la nationalité gauloise, Lyon. 1863, in-f°, p. 69.

— Dissard, Catalogue du musée lapidaire de la ville de Lyon, p. 109. — Florian Vallentin, Bulletin épigraphique de la Gaule. Vienne, in-8, t. II, 1882, p. 9. — Allmer, Musée de Lyon, Inscriptions antiques. Lyon, 1889, in-8, t. II, p. 91.

.... Licinio T\aurico, Q(uinti) Licin[i(i)< . . . filio, apud suos omnib(us) publi]cishonoribus fun[cto, sacerdotiad templum Rom[ae) et Aug(ustï) a t]rib(us)provinci(i)s Ga[lliis consentien-

tib(us) creato ; item. . . . Lici]nio, Licin(ii) Sabi[ni filio,

Lemovices publiée.

A Licinius Tauricus, fils de Quintus Licinius. . . . ,

parvenu dans sa cité aux honneurs du duumvirat, créé, du consentement unanime des trois provinces de la Gaule, prêtre

au temple de Rome et d'Auguste, et à Licinius. . . .

fils de Licinius Sabinus, .... la cité des Lemovices a élevé ces statues.

M. Allmer a proposé de lire aug(ustorum) à la troisième ligne. Bien que fort possible, cette restitution ne me paraît pas absolument certaine. Mais il n'est pas douteux que Licinius Tauricus ait été prêtre de Rome et d'Auguste à l'autel du Confluent ; l'inscription n° 105 est assez explicite à ce sujet.

Au même titre que la prêtrise, les trois fonctions dHnqui-

sitor, de judex arcae et d'allector arcae, propres à l'administration de la caisse des trois Gaules , conduisaient à l'obtention d'une statue, lorsque celui qui en avait été revêtu s'était acquitté de sa tâche à la satisfaction générale et s'était surtout montré généreux. On pourrait supposer, par conséquent, que le personnage dont il est question à la dernière ligne de notre inscription a rempli l'une quelconque de ces trois fonctions, mais il peut cependant n'avoir eu d'autres titres à l'obtention d'une statue qu'une parenté très proche avec Licinius Tauricus. Il est, en effet, fort possible que ces deux hommes aient été frères, et, dans ce cas, fils tous deux de Quintus Liciniu Sabinus, à qui on avait dû sans doute élever aussi une statue.

On sait dans quelles circonstances fut créé le célèbre temple de Rome et d'Auguste placé sur le pagus de Condate, au confluent de la Saône et du Rhône, et on connaît aussi quels étaient les droits de ses fonctionnaires.

En rentrant en Italie, à la fin de l'an 14 av. J.-C, Auguste avait chargé Drusus de poursuivre l'œuvre d'organisation qu'il avait lui-même commencée en Gaule. Mais si le joug étranger ne pesait pas encore très lourdement au peuple, pour qui l'arrivée des Romains avait été comme un acheminement vers l'émancipation, et s'il y avait fort peu à faire de ce Cjôté pour apaiser toutes les haines, il n'en était pas de même du côté des seigneurs gaulois. Au grave sujet de mécontentement qui résultait de la perte de leur autorité sans limite, venait s'ajouter encore celui de la préparation d'un cadastre qui, en faisant l'estimation de tous leurs biens, allait permettre au fisc de les atteindre directement. D'accord avec les Germains, qui n'avaient jamais été complètement pacifiés, plusieurs d'entre eux concertent un soulèvement

qui doit leur rendre la liberté (1). Drusus fait avorter ce complot peu de jours avant son exécution, en convoquant à Lyon, pour la dédicace d'un autel national, consacré aux divinités associées de Rome et d'Auguste, les chefs de toutes les cités de la Gaule (2). Refuser de participer à la grande manifestation projetée, eût été faire acte de déloyauté et s'exposer par cela même à toutes les rancunes de l'empereur. Aucun chef de cité ne manqua au rendez-vous, et le 1er août de l'an de Rome 742, douze ans avant l'ère chrétienne, le nouveau culte fut inauguré par la première assemblée générale des trois Gaules. C'est ainsi que, dans un but politique, la substitution du culte de l'empereur au culte des dieux se trouva faite sans secousse, du vivant même d'Auguste, et sans que son intervention directe eût paru (3).

L'assemblée générale s'appelait concilium ou peut-être aussi conventus arensis. Tous les ans, chaque cité des trois Gaules envoyait un legalus qui devait être Gaulois de naissance et, à moins de posséder le rang de chevalier, devait de plus avoir parcouru toute la série des honneurs municipaux, c'est-à-dire être parvenu au duumvirat, ce qui impliquait, par cela même, la qualité de citoyen romain. Les délégués, réunis à l'anniversaire du jour de la consécration de l'autel, investissaient l'un d'entre eux des fonctions sacerdotales et s'occupaient ensuite de la célébration du culte de Rome et de l'empereur. Us décrétaient des statues, nommaient les administrateurs de la caisse commune, expri-

(1) Dion, LIV, 32.

(2) Dion, ibid.

(3) Sur le temple de Rome et d'Auguste, Cf. Allmer, Musée de Lyon, l= II, pp. 25 et suiv .

maient sous forme de supplique que l'un d'entre eux devait aller remettre à l'empereur leurs vœux, leurs doléances ou leurs blâmes au sujet de la gestion des gouverneurs de province, et, finalement, s'occupaient sans doute de la répartition des impôts entre les diverses cités. La caisse de l'association était administrée par trois directeurs choisis parmi les membres de l'assemblée. C'étaient, ainsi que je l'ai dit, Yinqiiisitor Galliarum, qui avait pour mission d'établir l'assiette des contributions payées par les cités des trois provinces gauloises pour subvenir aux frais du culte ; le judex arcae, devant lequel étaient portées les réclamations auxquelles pouvaient donner lieu la répartition et la perception de ces contributions ; enfin Yallector arcae, chargé du recouvrement et de la gestion des finances communes (I).

Les privilèges du prêtre de l'autel du Confluent étant au moins égaux à ceux du prêtre de la Narbonaise , on peut en conclure, grâce aux fragments d'une table de bronze récemment découverte à Narbonne (2), que tous deux avaient le droit d'être escortés par des licteurs lorsqu'ils remplissaient les fonctions de leur ministère; qu'ils pouvaient s'asseoir dans les spectacles au premier rang en compagnie de leur femme habillée de blanc ou de pourpre, et revêtir encore la robe prétexte (blanche bordée de pourpre), alors même qu'ils ne possédaientplus que le titre d'ancien flamine. Il leur était interdit de jurer par serment, de toucher à un cadavre et d'entrer dans un lieu où se préparait un bûcher. S'il « n'avait rien fait de contraire à la loi, et qu'il n'y eût pas défense de l'empereur », le prêtre annuel, sur la proposition

(1) Cf. L. Rénier, dans Spou, édit. de 1857, p. 144.

(2) C. I. L., t. XII, dernières pages.

de son successeur, pouvait obtenir la permission de s'élever une statue, dans le voisinage de l'autel, avec inscription de son nom, du nom de son père, de la mention de sa patrie et de son année de flaminat. Il pouvait aussi grouper autour de sa statue, sur un même piédestal, les statues de son aïeul, de son père, de sa femme, de ses fils et de ses petitsfils. La cité à laquelle il appartenait était, en outre, laissée libre de lui rendre les mêmes honneurs, soit sur son territoire propre, soit même sur celui du pagus où se trouvait l'autel.

Uinquisitor, le jadex arme et Yallector arcae paraissent avoir eu des prérogatives un peu moindres que celles du prêtre. Elles étaient assez grandes cependant pour que leurs parents fussent encore admis aux honneurs d'une statue.

L'indication de la patrie ne figurant pas dans la dédicace dont il est ici question, il faut admettre qu'une mention finale, reliant toutes les inscriptions contenues sur le stylobate, indiquait que le monument avait été érigé par la cité des Lemovices. Quoiqu'il en soit, le fragment n° 106 ne permet pas de douter qu'il s'agisse d'un Lémovique, et les quatre membres de la famille Licinius qui sont ainsi désignés dans les trois inscriptions de Lyon sont par suite : Ultor, le jeune prêtre; Tauricus, son père; Sabinus qui paraît avoir été son grand-père et, finalement, un fils de celui-ci qui ne pourrait avoir été que le frère de Tauricus, si l'hypothèse que j'ai faite était admise.

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