‹ Inscriptions en vers du Musée d'AixChapitre 3 sur 12 · DES INSCRIPTIONS EN VERS · texte numérisé non relu

DES INSCRIPTIONS EN VERS

v#ms “ 4^

^''^p *• H ■StéKS

es inscriptions grecques ou latines en vers gffftsont rares dans tous les Musées, surtout ^s inscriptions d’une certaine étendue |^||| comme celles que nous publions, dont

,a Première seule est inédite, et donne lieu au présent opuscule. Elles deviennent alors de véritables compositions littéraires qui caractérisent plus ou moins une époque, et dont le texte, quoique parfois incorrect, grâce à la négligence ou à l’ignorance de l’ouvrier , n’a du moins pas été altéré par la succession des copistes. Ainsi les inscriptions antiques peuvent être regardées comme de vrais manuscrits pr inceps quasi-autograplies, généralement plus anciens que tous les manuscrits grecs et latins qui ont échappé au ravage du temps, et aux barbares de toutes les époques.

Ce qui ajoute encore à l’intérêt qu’elles ont pour nous, c’est leur caractère local. Elles illustrent , lorsqu’elles

onl quelque importance, l’endroit où elles ont été trouvées: elles l’animent, pour ainsi dire, dans un passé lointain, et lui donnent une teinte de poésie qui plaît aux imaginations rêveuses ; en un mot , elles le consacrent dans l’histoire du pays dont elles éclairent la topographie. Le plus souvent elles se rattachent à des monuments ou à des personnages; elles en conservent au moins le souvenir, etsontde véritables monuments ellesmêmes par les figures et les divers symboles qui les accompagnent quelquefois. Enfin la forme des lettres, qui sert ordinairement à en déterminer l’époque, car une date précise s’y trouve rarement, la forme des lettres, disons-nous, est la hase de la Paléographie ou de la science des anciennes écritures , qui ne comprend pas seulement les manuscrits proprement dits.

On sentira aisément que les inscriptions en vers sont infiniment plus rares que les autres. Cependant telles sont en général les inscriptions primitives ou d’une haute antiquité qui nous restent; et à l’époque de la décadence, les vers abondent encore sur les monuments publics et privés.

Les anciens Grecs, ainsi que les Romains de la république, employaient volontiers dans cette circonstance le monostique, le distique, et ne dépassaient pas quatre ou six vers; mais il paraît qu’à Home cet usage s’affaiblit vers l’époque brillante de la littérature , c’est-à-dire, un siècle avant Père vulgaire et sous les premiers empereurs; tandis que les Grecs bien plus éminemment doués du génie poétique , et aussi , dira-t-on peut-être , toujours frivoles et ingénieux, ont constamment aimé à consacrer par des inscriptions en vers, les statues, les offrandes aux dieux, les trophées de la victoire, Ses

tombeaux. C’est ainsi que nous possédons une longue suite d’épigraphes ou d’épigrammes ( ee que nous appelons inscriptions), qui s’étend presque depuis les siècles héroïques jusqu’aux derniers temps de l’empire de Constantinople. Mais une bien faible partie en a été recueillie sur les originaux , du moins par les modernes. Nous devons leur conservation , d’abord aux anciens écrivains, tels qu’ïïérodote , Plutarque , Pausanias , qui les avaient lues sur les monuments , quelquefois altérées ou renouvelées sans doute; et surtout aux collections ou anthologies des compilateurs de Byzance.

Les Romains aussi dès le commencement de leur littérature, comme nous l’avons dit, aimèrent à placer sur les monuments et sur les tombeaux des inscriptions en vers. Cicéron, dans son discours pour Arcliias, rappelle que Beeimus Erutus avait orné des vers d’Attius son ami intime, l’entrée des temples et les monuments qu’il avait élevés; et nous avons encore les épitaphes qu’Ennius, Nævius, Plaute et Pacuvius s’étaient faites dans leur candeur, à ce qu'on dit (I). l/heureuse découverte du tombeau des Scipions arrivée presque de nos jours (en 1780) aux portes de Rome, nous a révélé quelques inscriptions en vers, qui sont aussi précieuses comme monuments primitifs de la langue et de la littérature romaine , que par les noms des grands hommes auxquels elles étaient consacrées. Nous devons à cette découverte la plus ancienne inscription qui existe en langue latine; c’est l’épitaphe gravée en creux sur le tombeau, transféré aujourd'hui au Vatican , de Lucius Cornélius Scipio Barbatus, qui fut consul l’an dû G de Rome, 298 ans

(1) Morcclli , De slilo insci'iptionum latin. , 1. I, p. 2. cap.

avant J. -C., et bisaïeul de l’Africain. Yisconti , qui la croit en vers sénaires et Saturniens, la lit ainsi (I) :

CORNELIVS. LVCIVS. SCIPIO. BARBATVS. GNAIVOD. PATRE PROGNATVS. FORTIS. VIR. SAPIENS. QVE QVOIVS. FORMA. VIRTVTEI. PARISVMA FVIT CONSOL CENSOR. AIDILIS. QVEI. FVIT APVD. VOS TAVRASIA. CISAVNA SAMNIO. CEPIT.

SVBIGIT. OMNE. LOVCANA , OPSIDESQVE. ABDOVCIT

Dans la suite l’usage des inscriptions en vers semble être devenu plus rare. La gravité romaine qui avait souri pour ainsi dire aux premiers bégaiements de la littérature, reprend son empire. Le nom de la divinité, ceux des consécrateurs et des consuls paraissent à peu près seuls sur les monuments publics; et sur les tombeaux on se borne à mentionner le défunt et sa famille, avec le nom de celui qui l’érige; quelquefois même ce dernier ne s’y trouve pas.

Est-il rien de plus éloquent , lorsque la pierre nous offre un nom historique, ou celui d’un homme de bien dont le souvenir n’est point encore effacé ? Une des plus belles épitaphes en ce genre est certainement celle de Cæcilia Metella , dont le tombeau encore debout sur la voie Appienne, servit de forteresse dans le moyen âge.

CAECILIAE Q. CRETICI F.

METELLAE CRASSI.

C’est ainsi que le plus opulent des romains de son temps, le célèbre Crassus , qui périt depuis chez les Parthes ,

(I) Opcre varie, Milano, 1827, t. p. 25. - Monument o dcgli Scipioni , publié d’abord h Rome par Piranèsi , grand in fol. - 1785.

honorait la mémoire de sa femme. 11 se borne à rappeler le nom de son père: fille de Q. C retiens , dit-il, et ce Metellus assez désigné par le surnom de Creticus qu’il devait à la victoire, avait soumis la Crète et renversé les lois de Minos. Puis il ajoute avec une précision superbe que notre langue ne peut rendre, aussi, femme de Crassus.

Il y a loin de cette admirable simplicité aux épitaphes fastueuses jusqu’au ridicule des nations modernes.

Cependant, quoique les monuments ne nous aient guère conservé d’inscriptions en vers de cette époque et du premier siècle de l’empire, il est fait mention de l’épitaphe de Drusus par Auguste, de celle de Virginius Rufus par lui-même , de celle de Yoconius par l’empereur Adrien , etc. On connaît même celle que Virgile se serait faite. Il en a existé sans doute beaucoup d’autres que le temps a détruites; mais ces diverses indications, et tout ce qu’on pourrait supposer n’est rien en comparaison du nombre prodigieux d’inscriptions romaines de tout genre, qui se sont conservées plus ou moins intégralement jusqu’à nous, et qui presque toutes sont remarquables par leur extrême concision. Des noms propres, des titres de fondions publiques ou privées, des charges civiles et militaires, quelques rares épithètes affectueuses ou de regret , voilà à peu près tout ce qu’elles contiennent.

Ce n’est que vers le second siècle de l’ère chrétienne, à l’époque même où commence la décadence des lettres , et bientôt celle des arts, que les inscriptions en vers, surtout les inscriptions sépulchrales deviennent moins rares. Elles se multiplient dans les IIIe et IVe siècles, à mesure que les petits poètes ( poetœ minores et minimij pullulent ; qu’ils s’emparent sans coup férir des hautes

positions littéraires , sociales et même religieuses ; lorsque brillent les Némésien et les Calpurnius , les Sammonicus et les Pallade, les Juvencus, les Ablavius, les Ausone , les Prudence, les Paulin, les Claudien , etc. En un mot, c’est lorsque tout le monde fait des vers, et qu’il n’y a plus de vrais poètes, que l’on trouve comme de raison , les monuments et les tombeaux chargés de vers, où les règles de la prosodie sont aussi souvent violées que celles de la langue; où les choses ingénieuses, le bel esprit , les pointes même et les jeux de mots , remplacent trop souvent les grandes pensées et le langage de la douleur.

Toutefois celte partie de la littérature, trop peu connue, est encore fort curieuse à étudier, tant sous le rapport purement littéraire que sous celui des mœurs et des usages ; et quoique l’Anthologie latine soit moins lâche et moins variée que l’Anthologie grecque, on la parcourt avec intérêt. 51 y a beaucoup à recueillir et surtout à 'réfléchir. La plainte humaine a beau se déguiser sous le papillotage de l’esprit et du mauvais goût, elle arrive néanmoins jusqu’à nous; et pour peu que nous rentrions en nous-mêmes, nous sympathisons bien vite avec toutes les douleurs, et nous reconnaissons notre image.

Après le VP siècle , le goût des vers continue toujours ; les épitaphes chrétiennes se multiplient et en donnent un grand nombre, où percent et dominent quelquefois avec les symboles mythologiques les idées et les expressions payennes. Mais bientôt ce ne sont plus que des fragments de vers, des centons dérobés çà et là; et la mesure y est si peu respectée, que lorsque le vers ou l’hémistiche manque à la mémoire de| l’écrivain , il se

rabat sur la prose et sur les consonnances qui préparent la rime des modernes.

La troisième inscription que nous donnerons, offre un exemple de cette décadence complète de la langue poétique. Par un singulier hasard , on trouvera non-seulement dans le sujet , mais encore dans les idées et les expressions, plus d’un rapport entre ces trois épitaphes, qui, avec le préambule de l’édit de Dioclétien sur le prix des denrées , publié par M. Marcellin de Fonscolombe , et l’inscription grecque contenant un vœu pour le salut de l’empereur Alexandre Sévère et de sa mère JuliaMammæa, forment la principale richesse épigraphique du Musée d’Aix .

L’origine de l’inscription grecque du jeune Navigateur qui est ici la seconde, est incertaine; et comme rien n’indique qu’elle ait été apportée d’ailleurs, nous pouvons penser que l’illustre Peiresc, à qui nous la devons, l’avait recueillie sur notre territoire où l’on a découvert d’autres fragments en celle langue. Les deux autres ont été trouvées dans h* quartier des Minimes, sur l’emplacement ou tout près de l’ancienne cité d’Aix, qui s’étendait alors au nord et au couchant de la ville actuelle. Il est temps d’arriver à ces trois inscriptions, dont l’analogie justifierait encore la réunion dans cet opuscule. La première est la seule qui étant inédite, nous donnera lieu de hasarder quelques explications et quelques notes qui auraient pu aisément être plus développées, et fournir peut-être le sujet d’un mémoire intéressant.

Page 1