FÉLICITÉ
PaHle latérale «le rin§ei‘igi(i«it il<> IVli<*i8»ismi,K.
Quoiqu’il y ait des exemples d’inscriptions sépulchrales appartenant à des personnages différents, réunies sur un même cippe, cette partie de la nôtre s’applique évidemment au même individu , tant à cause de l’ensemble des idées, que d’après le troisième vers où il est encore fait mention de son âge. C’est une seconde inscription ajoutée à la première. Aussi les noms propres et la dédicace ne sont-ils pas répétés.
Il est inutile de nous arrêter sur quelques irrégularités de syntaxe que tout le monde reconnaîtra. Cette partie de l’inscription est coupée après les deux premiers vers par la figure de VAscia qui fait pendant à celle du niveau placée sur le côté opposé. L’une et l’autre sont sculptées d’une manière remarquable, et n’ont souffert aucune altération.
L 'Aseia, d’où vient la formule su b ascici , ab ascia dedieavit, souvent gravée en toutes lettres sur les tombeaux, est une petite hache, doloire ou sarcloir, dont la fornu1 varie , et dont la figure remplace quelquefois la formule. Elle parait avoir été empruntée des Gaulois
TV QVICVMQVE LEGIS TITVLVM FERALE SEPVLTl QVI FVERIM QVÆ VOTA !)II III QVÆ GLORIA DISCE /Us DENOS VIXI DE1LETIS MENSIBVS ANNOS El VIRTVTE POTENS ET PV LC II ER FLORE IVVENTAE Ut QVI PRAEFERRER POPVLI LAVDANTIS A MO RE Qlt Vf HIE A DAMNA DOLES FATI NON VINCITVR ORDO
Progenie s iiominvm sic svnt yt milia poma Quœ malura cvdvnt avt immatura /cgvntvr.
par les Romains qui en ont fait usage surtout dans nos contrées, et aussi au delà des Alpes, quoiqu’on en ait dit, mais plus rarement. Elle se trouve même sur des tombeaux chrétiens , ce qui peut faire supposer qu’on n’y attachait aucune idée religieuse. On en a donné vingt explications différentes qu’il ne nous appartient pas de discuter ; mais la plus probable nous paraît être celle qui en fait une prière , une recommandation de respecter, d’entretenir le tombeau, de ne pas en laisser encombrer les environs, et le niveau viendrait à l’appui ; d’empêcher les broussailles de le cacher, et de rendre ainsi la terre légère aux cendres du défunt.
Quant au niveau avec son aplomb, libella cum perpendiculo, on le rencontre plus rarement, et toujours, ce nous semble, avec V y/ scia dont il paraît compléter la formule. Sa signification n’est pas plus claire. Sans entrer dans une discussion qui nous entraînerait trop loin, nous observerons qu’on le trouve ici sur le tombeau d’un jeune homme qui a été ministre des autels et qui est mort à dix-neuf ans, comme on le voit aussi sur le cippe grec d’Aurelius Dioclides , mort à dix-sept ans, et qui paraît avoir été également employé dans un temple. ( V. la gravure de ce cippe , trouvé dans les fondations de S'-Victor de Marseille en 1799, publiée par M. de S'-Vincens , et placée ordinairement à la suite de la Notice sur son père. ) D’un autre côté , nous n’avons guère vu Vascia et le niveau réunis que sur les tombeaux de P. Relîicus et de Candidius Renignus, charpentiers, constructeurs ou architectes de la colonie d’Arles ; et sur celui d’Æbutius Agathon , sextumvir de la même colonie, Nautœ Ararico, c’est-à-dire, entrepreneur, constructeur ou négociant, fesant partie de
la compagnie de la navigation de la Saône ; enfin curateur du trésor de Glanum (S‘-Remi). Y. le Recueil de toutes les inscriptions antiques d’Arles , par le P. Dumont publiées par M. de Lagoy, à la suite de l’histoire d’Arles par M- de La Lauzière , n03 109 , 1 1 4 et 177. On y trouvera les figures de l’Ascia et du INiveau , dont la plupart des antiquaires ont négligé de faire mention, même en rapportant ces inscriptions.
Il est temps de revenir à celle de Felicissimus. Audessous de W/scia, l’inscription continue:
Y. 5. Ris denos vixi deiletis mensibus annos. — Deiletis pour deletis. J’ai vécu vingt ans moins quelques mois. Ce qui ressemble beaucoup aux vingt années moins une de la première inscription , et ce qui est ici la même chose, selon nous.
Les premières lettres des vers qui suivent , comme dans celui-ci, et enfin des mots entiers ont à peu près disparu. Mais on peut suppléer les lettres facilement.
11 est indifférent de lire et ou ut au commencement du 5e.
Y. 5. Ut qui pr ce ferrer populi l and an lis amore, que l’on pourrait traduire, j’ai été préféré, j’ai été porté aux nues par les applaudissements du peuple qui me chérissait , rappelle les premiers vers de l’inscription placée sous la statue d’Ursus Togatus , qui , dans le siècle des Antonins, joua le premier en public à la balle , avec des boules ou des globes de verre.
Ursus Togatus vitrea qui primus pila Lusi dccenter cum meis lusoribus ,
Laudante populo maximis clamoribus.. Gruter, 037, 1 .
Ce vers rappelle aussi ce fragment de l’épitaphe d’un
histrion rapporté dans l’Anthologie de Burmann. L. IV , ep. 530.
Landatus populo, solilus mandata referre,
Adlectus scenœ , parasitas A palliais idem ,
MaUarum in mitais saltantibas atilis actor.
Et semble prouver encore que Felicissimus avait paru sur la scène, ou du moins dans les jeux publics.