‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 130 sur 156 · PL XII · texte numérisé non relu

PL XII

EN

XVIII» siècle, l'œuvre des barbares du iii^ : il est vrai que l'effort de destruction ne fut point poussé contre ce monument aussi loin qu'un siècle auparavant contre les Piliers de Tutelle, où on ne laissa pierre sur pierre. Ce qui reste de l'amphithéâtre est encore intéressant et grandiose, et on en veut presque aux ingénieurs de notre temps d'avoir touché à ces ruines augustes, sous le beau prétexte de les restaurer.

Il est certain que l'amphithéâtre n'est point antérieur à l'an 200 ; il n'est guère probable qu'il soit postérieur aux invasions du m" siècle : Ausone n'en parle pas et les princes du bas empire n'auraient point construit l'édifice aussi loin de la cité. Tout porte à croire qu'il date du milieu du m" siècle (^) ; si son nom n'est pas le souvenir de quelque légende du moyen âge (2), mais s'il remonte à l'origine même du monument, ce dernier serait contemporain de l'empereur Gallien, qui régna de 254 à 268. On peut penser qu'il est en partie l'œuvre de quelque prince gaulois, de Postume ou de Tétricus. En tout cas, construit tout entier en pierres de petit appareil et en briques, il appartient à la dernière période de l'architecture romaine, et semble bien le dernier édifice qui se soit élevé à Bordeaux avant les grandes invasions. Certains indices ont pu faire croire un instant qu'il n'a jamais été achevé : détruit, au surplus, presque au lendemain de sa construction, à peine a-t-il pu servir aux divertissements de nos ancêtres (^). On peut juger

(1) " Les différentes fouilles pratiquées depuis trente ans, soit dans l'arène, soit aux environs, oui proouré la découverte d'un assez grand nombre de médailles de Gallien, de Tétricus et des deux Posthume », JoUANNET, Statistique, I, p. 248. — L'ove de la Croix-de-Seguey que possède le Musée et où se trouve sculptée une course de chars (cf. Jouannet, Stat., t. I, p. 249 ; ici, p. 315, n.l), peut bien provenir de l'intérieur du Palais Gallien, quoiqu'il soit également possible qu'il ait appartenu à un monument funéraire.

(') Dans la légende carolingienne, Galienne, fille du roi sarrasin Galafre, épousa Charlemagne lorsqu'il se réfugia en Espagne dans sa jeunesse; il est longuement question d'elle chez Garin de Monglane, Karl Meinel, Renaud de MoQtauban, Fierabras, etc. Dans la Qran Conquista de Ultramar, la fille du roi s'appelle llalia, cependant le palais de son père est dit los palacios de Qaliana. Galderon a donné ce titre à une de ses pièces; cf. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 230, p. 3S6. Tout cela remonte au xiii» siècle. Mais le nom de « Palais Gallien » n'est-il pas antérieur'.' ou faul-il y voir un souvenir de l'épouse légendaire de Charlemagne'? Je préfère de beaucoup la première hypothèse, que la forme du nom paraît justifier. Quelques chroniqueurs plus ou moins fantaisistes du moyen âge, comme Roderic de Tolède, racontent que Charlemagne bâtit à Bordeaux un palais pour Galienne : cela n'indiquerait-il pas un effort fait pour adapter à la légende carolingienne le vieux nom de l'édifice romain?

(3) Il mesurait, suivant ViNET grand axe : 370pieds; pelitaxe: 230pieds.

— DOM Devienne — — 370 — — — 240 —

— l'Abcon — — 360 — — — 312 —

— DE La B.^stie — — 394 — — — 314 —

On lui donne couramment — — 134 mètres; — — 111 mètres.

Chiffres rectifiés par Durand — — 133"'32; — — 110»C0

L'arène mesurait, d'après DtviENNE — — ^38pieds; — — 168 pieds.

— — d'.\bcon — — 210 — 144

— — deLaBasïie — — 226 — — — 16G —

— — Jouan.net — — 77 mètres; — — 55 mètres.

Chiffres donnés par Durand — — 69'"80; — — 4C"'70.

lîiSCR., T. II. 71

de la superbe flambée qu'il fit lors des incendies du in= siècle, quand on songe que tout l'intérieur, planchers et sièges, était entièrement en bois (1).

Les statues ne manquaient pas à Bordeaux : on en découvrit trois, de membres de la famille des Césars, dans les ruines des thermes du Mont -Judaïque : l'une d'entre elles passa pour celle de la fameuse Messaline. Trois autres furent trouvées dans les massifs de la muraille, à différentes époques. Le musée de Florimond de Raymond en renfermait quatre au moins (^).

Rappelons encore qu'on a cru reconnaître des ateliers de potiers rue de Grassi, rue Saige et près de la place de la Comédie (t. I, p. 468, 481 et 485), et que Jouaunet signale l'existence de mégisseries près de l'ancienne Permanence (^).

Sur le port de Bordeaux avant l'an 300, il est impossible de rien dire de précis. L'estuaire de la Devèze avait-il été creusé et canalisé, comme il le fut plus tard? Nous n'avons aucune donnée à cet égard (*), mais cela est fort possible. Il est probable que la petite rade formée par le ruisseau servait de havre pour les barques et les bâtiments de très petit tonnage, et que les vaisseaux de haut bord étaient alors, comme aujourd'hui, rangés le long de la rive gauche. Tout ce qu'on raconte volontiers ici au sujet d'un port romain à La Bastide paraît une pure rêverie (^).

Le tableau de Bordeaux sous le haut empire ne serait pas complet, si l'on ne rappelait ces monuments funéraires qui forment, aujourd'hui encore, la meilleure part de son patrimoine archéologique. Ils étaient autrefois échelonnés le long des grandes routes qui aboutissaient à Bordeaux : il fallait traverser la ville des morts avant de pénétrer dans celle des vivants. Par malheur, les barbares et les ingénieurs romains ont les uns après les autres détruit ces monuments, et il n'est demeuré

(') De La. B.vstie : « Oq peut juger par le peu d'épaisseur des murs des différentes enceintes, et par les Irons qu'on voil tout le long des euceinles en dedans, et au-dessus des areeaui des portes, que les galeries de l'étage 3uj)érieur et les sièges des spectateurs estoieut posez, non sur des voûtes, mais sur de simples planchers supportez par de grosses poutres qui alloieut dune enceinte à l'autre... De là il doit résulter que les sièges des spectateurs ne pouvoient estre que de bois ■.

(*i Cf. t. 1, p. 94; t. Il, p. 313, 3H, 335 et 336; Jouanset, Statistique, I, p. 2J3.

Cl Statistique, t. Il, i" p., p. 370.

(« M. de Mensignac uous dit avoir reconnu les vestiges d'un quai antérieur à celui de l'an 300 autour du bassin do la Devèze.

(5,' L'origine en est dans • les gros anneaux da fer auxquels on amarrait les vaisseaui • et ijui auraient été trouvés, • à ce qu'on prétend ■>, au pied du Cypressat (Baurein, t. IV, p. 30O; cf. Devienne, |>. xii; Micnei., Histoire du commerce à Bordeaux, t. 1, p. 4). Nul n'a vu ces auneaux. La Bastide pouvait être un marais au temps des Romains : mais il y a loin d'un marais à un port.

Inscr, de Bordeaux . Tome II

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