LES DÉSASTRES ET LES TH ANSFO RMATIONS DU III" SIECLE
toutes les cités seraient fortifiées, et qu'elles recevraient une g-arnison (cf. p. 296 et s.).
Nous avons déjà vu comment on s'y prit pour Bordeaux. On traça, à peu près au centre de l'emplacement occupé par l'ancienne ville, un rectangle régulier, qui devint l'enceinte de la nouvelle cité. Bordeaux se replia sur lui-même, se ramassa en quelque sorte pour se mieux défendre. La ville fut reconstruite à l'intérieur de cette ligne. Elle ne dépassa pas (cf. p. 290) la rue des Remparts, le cours d'Alsace-et- Lorraine et le cours de l'Intendance : elle n'atteignait pas la Garonne (planche IX). Sur la limite ainsi marquée on éleva des murs hauts de 9 à 10 mètres, profonds de 4 à 5. Des tours hérissèrent cette muraille : 14 portes, fort basses, s'y ouvraient de loin en loin. Pour aller plus vite, on profita, en construisant la muraille, des ruines amoncelées par les barbares : pierres de fondations, fûts de colonnes, fragments de frises, bas-reliefs, autels, statues, inscriptions, tombeaux, tout ce que les Germains avaient renversé et détruit servit au soubassement du rempart (p. 301 et s.). Au-dessus, avec plus de soins, on éleva une construction assez élégante en briques et en petit appareil (planche VIII).
C'est vers l'an 300 que le rempart de Bordeaux fut achevé (p. 300). D'autres s'élevèrent autour de la ville, à Blaye, à Bourg, ailleurs encore sans doute. Des garnisons semblent avoir été mises dans chacune de ces forteresses : à Blaye nous trouvons la milice des milites Garronenses (p. 162).
Ce fut, on le voit, une transformation fondamentale dans notre cité. Elle ne devait en voir une semblable que quinze siècles plus tard, lorsque, sous les intendants du xviii^ siècle, les remparts disparurent et qu'une nouvelle ville ouverte et pacifique succéda à la cité armée et fortifiée qu'on créa de toutes pièces en l'an 300.
La ville s'est rétrécie, elle s'est entourée d'une construction colossale qui faisait peser sur elle son ombre et sa tristesse, qui l'enfermait comme dans un étau. Ce n'est plus la cité libre, ouverte, épanouie des premiers siècles. C'est un véritable camp retranché, où l'on vit presque emprisonné et dans l'attente de nouveaux malheurs. En réalité, derrière ce rempart qui devait servir à Bordeaux jusqu'au xii^ siècle, c'est le moyen âge qui commence dans notre cité.