‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 133 sur 156 · DE L'AN 300 AU MILIEU DU VHP SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE L'AN 300 AU MILIEU DU VHP SIÈCLE

La date de coustruction de la muraille, vers l'au 300, ue marque pas seulement une radicale transformation dans l'histoire de Bordeaux : elle ouvre aussi une ère nouvelle dans celle de nos documents et de notre archéologie. Désormais, les iuscriptious vont devenir fort rares et de plus en plus espacées : le iV siècle tout entier ue nous en fait pas connaître une seule. En 300, l'épig-raphie s'arrête brusquement. Elle reprend au v° siècle, pour continuer jusqu'au vii^; mais elle ne livrera jamais que fort peu de textes, et il arrive même alors que les plus importants de cette région proviennent de la campagne, et non pas de Bordeaux (p. 304 et s.).

Est-ce à dire que nous ignorons les destinées de notre ville durant cette interminable décadence de la civilisation romaine, qui commence avec les barbares du iii« siècle, qui dure encore à l'arrivée des Carolingiens? Il n'en est pas ainsi, par bonheur. Il se trouve que la rareté des inscriptions coïncide alors avec l'abondance des textes : si le sol livre peu de ruines, la littérature fournit une mine inépuisable de renseignements. S'il ne reste aucun débris matériel du Bordeaux d'Ausone, nous possédons au moins les œuvres du poète, et je ne crois pas que l'épigraphie, aussi riche qu'elle eût pu être, nous eût jamais fait mieux connaître la vie de Bordeaux pendant le règne des derniers empereurs.

Tandis que, sous le haut empire, nous avons dû commenter et compléter quelques textes à l'aide de nos inscriptions, nous avons maintenant à tenter l'œuvre contraire : il nous faut chercher dans la littérature de ce temps l'explication et l'histoire des rares débris qu'il nous a laissés.

On a essayé d'expliquer ailleurs pourquoi le nombre de nos inscriptions se restreint si étrangement dès l'an 300 (p. 280 et s.). Il importe de remarquer que l'épigraphie ne fut cependant pas négligée des Bordelais du iv^ siècle. Elle occupe une bonne place, chose étonnante!

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dans les œuvres du poète Ausone : elles ont, à certains égards, un caractère presque lapidaire. Plusieurs d'entre ses épigrainmes ont fort bien pu être gravées; elles sont destinées à des statuettes ou à des basreliefs ('); ce sont de véritables dédicaces métriques. Un jour peut-être le hasard nous fera découvrir le lambeau d'une poésie d'Ausone transformée ainsi en fragment épigraphique. D'autres vers ont été écrits, ou ont pu l'être, sous des tableaux et des portraits 0- D'autres même semblent faits pour être tissés sur des vêtements; ce qui ne veut pas dire d'ailleurs qu'on les ait jamais employés à cet usage, bien que les hommes riches du bas empire aimassent assez à voir figurer sur leurs habillements des portraits, des lettres ou des noms (3). Ses pièces sur sa famille et sur ses maîtres ressemblent à des dédicaces funéraires. L'amour de ces poésies épigraphiques était tel chez notre poète, qu'il a traduit en vers latins les prétendues épitaphes des morts de la guerre de Troie, tihilos se'pulcrales, dit-il en fort bon latin (''). Non content de cela, il rédigea d'autres épitaphes pour des tombeaux ou des cénotaphes, voire même pour la tombe d'un cheval (^). Enfin, nous trouvons dans ses œuvres une pièce inspirée tout entière par le déchiffrement d'une inscription mutilée. Ausone avait lu ainsi le début d'une épitaphe :

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