XVIII. — Theodulfus
Ce monnayenr au nom germanique n'est connu que par une seule pièce, qui semble du milieu du vu» siècle et dont j'ai pu avoir connaissance grâce à l'amabilité de son possesseur et à l'activité de M. Lalanne.
038 Dans la célèbre trouvaille de deniers d'argent mérovingiens faite à
Plassac (cf. p. 85), ou signale trois pièces de ce genre appartenant à Bordeaux. L'une est le denier de Lhosus déjà publié (n" 907). Je ne sais ce que sont devenues les deux autres {Revue numismatique, 1851, p. 23 et p. 257, et Commission des monuments historiques, 1850-1, p. 17) ni quel monnayeur les a frappées.
938iii5 Les rédacteurs du Catalogue du CaMnet Gouaux ont publié en 1857 (p. 6, n° 69 ; cf. Revue, 1857, p. 76) la pièce suivante:
I *B VRDIALEFIT | I\' ^WALDOMOI"
Buste à droite; grénetis autour de la légende. Deux personnages debout, de face, tenant une croix;
1 grénetis au pourtour.
Je la donne d'après M. d'Amécourt, à qui elle appartient aujourd'hui (cf. Essai, p. 66).
Il-lll — Les rédacteurs du Catalogue Dassy ont publié on 1869 (p. 23, n" 272) et gravé (pi. L n" 9) un second exemplaire de ce type : Gariel nous en a fait connaître un troisième {Collection, p. 23, n» 382).
lY — Le même M. d'Amécourt possède une autre pièce du même monnayeur :
tî<BYRDIALEF Buste à droite.
r| iî<yvaldomoni-
• o s Croix latine sur un globe.
Le Catalogue Gouaux traduisit BurdiaJe par Bordeaux. A. de Longpérier accepta cette identification dans la Revue mimismatique (1857, p. 76, n" 69). En 1864, M. de Ponton d'Amécourt l'admit également dans son Essai (p. 66), et, en 1865, M. de Barthélémy, dans sa Liste des noms de lieux (p. 13). Mais en 1869 les rédacteurs du Catalogue Dassy proposèrent Bourdeilles en Dordogne. Gariel hésite entre les deux localités.
Nous ne pensons pas que la monnaie soit de Bordeaux. Le type est
d'abord absolument opposé à tous ceux des monnayeurs de notre ville. ^ISSiiis Puis l'absence du g dans bvrdigale me paraît décisive contre l'attribution à Bordeaux. Sur aucune pièce mérovingienne de Bordeaux, le g n'est tombé : c'est une des lettres fondamentales du mot dans les légendes. Les monnayeurs carolingiens la conserveront (cf. les notes de la p. 71). Le g ne disparaît qu'à la fin du x' siècle, avec les monnaies des Sanches. — La pièce convient du reste assez bien à Bourdeilles du département de la Dordogne, qui est un endroit fort ancien, mentionné à l'époque mérovingienne (pagus Burdillensis, dans les Acius potifi/icum Cenomannis, Mabillon, Vetera analecta, p. 273) et dans des documents du xi° (Burdelia). Voyez de Gourgues, Diciionnaire topogmpMgiœ du département de la Dordogne (1873, Paris, in-4''), p. xxxviii et p. 36; du même, Noms anciens de lieux du département de la Dordogne (1861, Bordeaux, in^"), p. 108.
On ne peut guère non plus attribuer à Bordeaux les pièces ou la 938ter pièce qu'on lui assignait autrefois et où on lisait :
NAVLFII )l BODOYRELA )
\\ «Bordeaux??».
NAVLFIOMONT l( BOYDOVRELLA )
Cartier : 1° Liste, p. 234, n» 642; 2" Tables, p. 174, no 286; — Décaméron, p. 46, n°= 1410 et 141; — Guillemot, n" 239.
Je retrouve une pièce semblable dans le Catalogue Bassy (p. 22, n° 270) ainsi lue, et, semble-t-il, exactement lue :
BODOVRECAFIT | b| YYARIYLFOMO
Personne jusqu'ici, que je sache, n'a identifié une localité quelconque à Bodoureca : mais à coup sûr ce n'est point Bordeaux.
)w^ms^
D'après l'original, grandeur naturelle (collection de Chasteigner) [cf. planche IV].
Bague en or: a sur la face du chaton; b développé autour de la base du chaton ; C sur l'anneau, des deux côtés du pied du chaton.
Var. — De Chasteigner, au Congrès de Périgueux, 1858, p. 55, a lu le monogramme de la bague Asterius, et on verra par la lettre qui suit qu'il maintient sa lecture. Le Blant semble accepter la lecture ASTER, que j'adopte entièrement pour mon compte. Je crois en effet que le prolongement de la haste de l'R, — qui à la rigueur peut être regardé comme formant un I, — n'est là qu'à titre d'ornement ou n'est qu'un trait parasite : j"en dirai de même de la barre qui flanque le bas de cette même haste, barra qui devrait être considérée comme donnant une L et qui est également uue ligne inutile et parasite. Nous trouvons souvent dans les monogrammes de l'époque mérovingienne de ces traits accessoires et sans emploi, dus soit à la négligence du graveur, soit plutôt à une fausse recherche d'élégance : voyez notamment la grande variété de lignes parasites accompagnant le monogramme (RVTE), similaire du nôtre, sur les trlens des Ruteni (Robert, Numismatique du Languedoc, IV fasc, pi. VIII et IX). Ajoutons que si le nom a été écrit tout au long sur la bague, c'est évidemment pour qu'il n'y eût aucun doute sur le déchiffrement du monogramme (cf. plus loin, p. 109) : or on a gravé ASTER et non Asterius, comme il eût été facile de le faire.
Hist. — Notre collègue et savant ami M. le comte de Chasteigner a bien voulu prendre le soin de nous raconter l'histoire et de nous faire la description détaillée de ce bijou :
« Bordeaux, 10 mars 1887. — Cher et honoré Collègue. — Après avoir vu chez moi cette bague, vous m'en demandez l'historique. C'est une de mes plus intéressantes découvertes et une de mes meilleures chances, due tout à fait au hasard, ce dieu des chercheurs. — C'était vers le printemps de 1854. J'étais venu passer quelque temps dans la maison, depuis lors rebâtie, portant le n° 25 de la rue de Cheverus, faisant l'angle de cette rue et de la rue des Trois-Conils, et appartenant à la famille Dufaure de la Jarthe. — La rue des Trois-Conils était coupée dans sa longueur par une profonde tranchée destinée à recevoir des tuyaux pour le service des eaux ou du gaz, je ne m'en souviens plus. — Je suivais ces travaux et les ouvriers m'avaient cédé quelques insignifiantes monnaies, romaines pour la plupart. — Un matin, en face des maisons portant
iy-iS. actuellement les n»» 19 et 24, dans une tranchée reliant, pour une réparation avec la
tranchée principale, une maison reconstruite depuis lors, se trouvait un terrassier basque, que je n'ai jamais connu que sous le nom de Pierre, et qui me réservait, d'ordinaire, ce qui, bon ou mauvais, était rencontré par lui ou ses camarades. — «Ah! monsieur, me dit-il. répondant à ma question ordinaire, il n'y a pas gras ce matin », et du rebord de son berret il tirait deux médiocres grands bronzes de Dioclétien qu'un instant avant il venait de trouver au fond de la tranchée. — Dans ce coin, sur une assez grande surface, le sol compact, noirâtre, formait une zone assez épaisse, véritable couche archéologique dans laquelle, plus d'une fois, j'avais rencontré des objets. — Et du haut de la tranchée je lui dis en riant: «t Voyons, Pierre, je vais vous porter bonheur et, à condition que ce que vous trouverez soit pour moi, je vais vous faire trouver quelque chose», et, du doigt lui montrant un angle de la fouille, je lui dis : < Piquez là. » — La pioche résonne comme sur un caillou, nous voyons bondir quelque chose de jaune et de presque brillant ; c'était la bague d'Asterius.' Elle porte encore sur le côté de l'anneau, dans le bas, la marque du coup de pioche: — «Ah! monsieur », me dit-il, en l'essuyant de ses doigts et en mêla faisant passer : « Vous avez donc un œil dans la terre », et, sortant de la tranchée, il venait me rejoindre pour mieux l'examiner avec moi. — Habitué à l'étude des monnaies, j'avais bien vite vu le monogramme, me rappelant certains tiers de sols d'or mérovingiens, et compris l'intérêt de notre découverte. — Mais les passants s'arrêtaient en voyant cet objet dans nos mains, et, bientôt, nous étions au milieu d'un groupe toujours grossissant. — < C'est très beau ce que vous venez de trouver là », disait l'un. — « Ça vaut beaucoup d'argent », disait un autre. — « Portez-la chez tel bijoutier », disait un troisième. — « Non », disait un autre ; « chez M. un tel, il vous la paiera plus cher. >
— Et la bague, ayant quitté mon doigt oii je l'essayais, circulait de main en main. — Et je me disais avec une petite émotion qui sera compriise de tous les vrais chercheurs: « Elle est probablement perdue pour moi et peut-être pour lui-même. » — « Pierre », lui dis-je rapidement, «n'oubliez pas ce que vous m'avez promis». — «Soyez tranquille, monsieur, elle ne sera qu'à vous », et parvenant à ressaisir l'anneau qu'il n'avait pas quitté de l'œil, il disparut, escorté de deux ou trois individus, que j'aurais bien voulu voir ailleurs. — C'était l'heure du déjeuner. — Vers midi, je regardai par ma fenêtre. Les ouvriers avaient repris le travail, Pierre n'y était pas ! — Il ne revint pas de la journée.
— Évidemment notre découverte devait en être la cause, mais qu'en pouvait-il bien faire? — Le lendemain était dimanche; personne au chantier. — Lundi, Pierre ne parut pas I — Le lendemain, mardi, Pierre était toujours absent. — Vers onze heures on vint me dire qu'un ouvrier me demandait. — C'était Pierre... avec la bague... «Monsieur», me dit-il : « La voilà; si j'avais voulu la céder, bien des gens l'auraient voulue, mais je n'ai qu'une parole... aussi bien elle est presque autant à vous qu'à moi... on m'en a ofi'ert tel prix: si vous la voulez toujours, je vous donne la préférence! » La somme était ronde, mais ne me semblait pas hors de proportion avec la valeur vénale et surtout avec l'intérêt de l'objet. Le marché fut bientôt conclu et nous nous séparâmes satisfaits l'un de l'autre. — J'avais continué à surveiller les travaux. Rien de nouveau n'avait été rencontré dans l'étroite tranchée, se reliant à la principale, où nous avions trouvé la bague. — Peut-être si on avait pu l'élargir, fouiller cette couche noire à droite et à gauche, eùt-on ramené autre chose. Mais, pas une monnaie, pas un ossement, pas un débris ne l'accompagnait. A part les deux bronzes de Dioclétien, rencontrés quelques mètres plus loin dans la même couche, la bague était seule, isolée dans le sol. — Pourquoi? Comment était-elle là? Le saurons-nous jamais? — Tranquille possesseur, enfin, de ce bijou, après trois jours d'anxieuse attente, je me mis à l'examiner avec soin.
Descr. — « L'anneau, épais, large, massif, a été fait pour un doigt de grosseur Î)3Î)
moyenne, plutôt petit que fort, peut-être l'annulaire de la main gauche, plus probablement le petit doigt. — L'usure des parties inférieures et latérales prouve qu'il a dû être porté longtemps. Enfin, sous une pression quelconque, le lias a été fortement faussé malgré son épaisseur. — Le sommet est formé d'un chaton circulaire de onze millimètres de diamètre sur six de hauteur. — Sur les deux côtés de l'anneau, se reliant au chaton, le graveur a découpé dans le vif du métal un chandelier a sept branches dont le bas forme une sorte de trépied. Six arcades en plein cintre ont été ménagées autour de ce chaton. Chaque arcade renferme en caractère presque romain une lettre dont la réunion forme le mot ASTER précédé d'un petit chandelier a sept branches. — Enfin, la surface du chaton, à bords arrondis, rappelant tout à fait l'aspect d'un tiers mérovingien, porte un monogramme. — En décomposant les lettres ainsi groupées, nous avons, pour tous ceux habitués à ces lectures, incontestablement le mot : ASTERI'VS [cf., contra, p. 103, car.]; l'A au sommet: l'S en bas, croisant la barre de R;'T, E réunis; l'I, formé par le prolongement, en haut, du jambage de R; Vformé par le jambage oblique de Ret celui de E; eiifiu, le S final fourni par la répétition du premier coupant le jambage de V. — Généralement les gravures ainsi faites sont destinées à former des cachets. — Ici, soit que le propriétaire n'ait pas eu cette intention, soit que le graveur se soit trompé, ce monogramme n'est pas gravé à l'envers de façon à être imprimé droit sur la cire. Il a été gravé droit, de sorte qu'il est lu directement, comme après empreinte il eût dû l'être sur la cire si (à moins d'une erreur du graveur) la bague avait été faite pour servir de cachet. — Comme industrie, ce bijou est fort intéressant. Lourd, massif, d'une grande originalité, il n'est cependant pas dépourvu d'une certaine élégance. — La gravure est intéressante et curieuse comme procédé. — Sur l'anneau, probablement coulé d'abord, les lettres du mot ASTER et les chandeliers à sept branches sont laissés en relief, épargnés, sur le fond vigoureusement mais peu finement attaqué par Yéchoppe. — Pour celle du monogramme, à part quelques hésitations, quelques faux coups de burin, le trait est net, franc, sans reprises, venant toujours du même côté. — La taille du burin est profonde, anguleuse, cruciforme comme pour toutes les monnaies de cette époque.
» Il y a dans l'aspect général, dans les procédés, quelque chose de singulier, en même temps artistique et barbare. On dirait que les traditions de Byzance ont passé par là.
» L'or a cette belle et franche couleur jaune des qiiinaires du Bas-Empire, des tiers de so!s francs, wisigoths ou mérovingiens et de tous les rares bijoux légués par cette époque. — C'est de l'or pur, à vingt-quatre karats, de l'or natif, fourni probablement par les mines de l'Espagne ou des Gaules, ou par les sables richement aurifères, alors, de la Garonne ou de l'Ariège. — Le poids est de 26 grammes, lesquels, au cours moyen actuel de l'or, représentent une valeur vénale d'environ 80 francs. — Agréez, etc.
»C''5 DE Cil.\STEIGNER, » Mcmbi'a do la Commission de puilicaiiou des Archives fiwnicipales ». Bibl. — De Cha^teuiner, Congrès archéologique de Périgiieux, 1SÔ8, p. 55 (indique seulement le nom 6.' Asterius). =:;D'après ilcRET, Le Blant, Inscr. clirét., 11, p. 51.
Aster . — Aster .
L'anneau que nousjpublions ici semble bien, par la forme des lettres et le soin de la gravure, un travail du vi" siècle. Les bijoux de ce genre et de cette époque sont rares (voyez les études de M. Deloche sur les anneaux mérovingiens daus les dernières années de la Revue archèolo-
œsOB., T. u. 14
93» gigtué) ; mais ce qui rend celui-ci plus précieux encore que ses contemporains, ce sont les deux choses qui l'accompagnent, et qui méritent d'être examinées avec soin, — le chandelier figuré sur l'objet, — et la double inscription qui donne le nom du propriétaire, Aster.
Le chandelier n'est pas là comme .un simple ornement, puisque l'artiste l'a représenté trois fois sur ce petit objet. C'est le chandelier dit à sept branches, symbole cher entre tous aux anciens Hébreux, marque distinctive, signe indubitable de la foi juive. On sait pourquoi : le principal ornement du culte des Israélites était le chandelier à sept branches fait suivant les prescriptions du Seigneur à Moïse {Exoic, 25, 31-32) : « Tu feras aussi un chandelier de pur or; six branches sorti- » ront de ses côtés; trois branches d'un côté du chandelier, et trois » autres de l'autre côté du chandelier » (voyez les représentations données par Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, t. IV, p. 312 et 313). Ce chandelier prit une telle importance dans l'histoire politique et religieuse du peuple juif qu'il devint, même et peut-être surtout après son transfert à Rome par Titus, le signe symbolique et mystérieux de la race et de la foi juive (cf. Le Blant, Inscriptions, II, p. 477, n. 10). Désormais ou le trouve sur tous les monuments figurés, quels qu'ils soient, qui ont une origine hébraïque : sur les épitaphes de Juifs {Corpiis inscr. graec, judaica, et Le Blant, II, p. 477), sur les lampes, sur les pierres gravées (cf. Martigny, au mot candélabre, dans l'éd. de 1877 seulement), sur les pâtes de verre (voyez les curieux objets de ce genre donnés par Perret, Catacomles de Rome, t. IV, pi. XXIV, n°^ 23 et 29, pi. XXVIII, no 61, oii vous trouvez d'autres symboles juifs accompagnant le chandelier d'or), et enfin sur les anneaux : on peut rapprocher de l'anneau d'or à' Aster l'anneau de bronze mentionné dans le Corjms, t. X, p. 9.37, n° 8059, 484 :