‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 42 sur 156 · I. - SDR LA RIVE GAUCHE (ARCHIPRÊTRÉ DE CERNÉS · texte numérisé non relu

I. - SDR LA RIVE GAUCHE (ARCHIPRÊTRÉ DE CERNÉS

Belendi (opi>iduni?'?).

Belendi est le nom d'une peuplade mentionnée par Pline l'Ancien dans sa liste des génies de VAqiiifam'ca en ces termes et à cette place :

A([uitanicae sunt Amhilatri Onolrisates, Belendi, saltus Pyrenaeus.

Pline, Hist. nat., i, 19 (33), 108.

La liste donnée par Pline semble bien empruntée à un document de l'époque d'Aug-uste au plus tard. Comme nous l'avons dit plus haut (p. 124), on a identifié ces Belendi avec Belin, ce qui, sans être certain, paraît fort possible : le nom de Belin, Belinum dans les textes du moyen âge, est visiblement le nom gaulois Belinus ou Belenns (cf. 1. 1, p. 316). Le lieu est un endroit très anciennement habité (Jouannet, Stat., II. I. p. 134), renfermant des antiquités et traversé, dit-on, par une route romaine; oublié par les auteurs qui ont suivi Pline, son castrum apparaît subitement célèbre dès le xi^ siècle, dans l'histoire comme dans lalégende (cf. Cirot, Hist. de Saint-Seurin, p. 187; Drouyn, Guienne militaire, t. I, p. xlviii), et le faux Turpin y fait enterrer des compagnons de Charlemagne :

Ajncd Belinwn se^jelitur Olicerus, et Gandelhodus rex Frisiae, et Ogerius rex Daciae. et Arastagnus rex Britanniae, et Garinus dux Lotharingiae, et alii multi.

TuBPiNi Histoiia Karoli, g 29.

Bien entendu, il ne reste rien des tombes ni des épitaphes de ces héros légendaires et au surplus Belin n'a fourni jusqu'ici aucune inscription, aucun vestige gravé de son passé gallo-romain ; il y a bien longtemps, en effet, qu'on a cessé d'attribuer aux Belendi les monnaies gauloises signées BELINOC et BIIINOS : attribution due au marquis de Lagoy {Rev. num., VII, p. 12-17), acceptée par Duchalais {Médailles gauloises, p. 5, n°^ 7 et 8), mais complètement abandonnée depuis, et

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avec raison, car BeKnos et Brennos sont, sur ces monnaies, des noms 943 eu. d'hommes.

Cf., sur les destinées de Belin dans la géographie ecclésiastique de la Gironde, p. 128, n. 1 (').

Bissonnum (villa).

Il paraît difficile de ne point placer dans le pays de Cernés la villa de l'évêque de Bordeaux Léonce II (cf. p. 16) appelée Bissonnum, à laquelle Venance Fortunat consacre une de ses pièces. Il nous dit qu'elle était située à sept milles de Bordeaux, au centre d'un pays boisé, sauvage et chaud, d'oii l'homme avait expulsé les loups :

DE BISSONNO VILLA BUR DEG ALENSI :

.... Incola Bissonnum vocat Imnc de nomine prisco :

Millia seftem urbs liinc Burdegalensis ahest,... etc.

Fortunat, Carmina, 1, 18. — Dn ms. porte Bissono et Hissoaum.

Il faut chercher Bissonnum dans un rayon de dix kilomètres et demi autour de Bordeaux : on ne peut songer à l'Entre-deux-Mers, qui n'était certes pas au vi" siècle un pays sauvage, ni aux bords de la Garonne en amont de Bordeaux, qui étaient aussi riches que possible : d'ailleurs Foi'tunat ne parle jamais d'une villa riveraine d'un fleuve sans mentionner ce fleuve. Bissonnum devait être dans l'intérieur des terres sur cette rive de la Garonne. En outre, comme Fortunat indique la distance en milles qui sépare Bissonnum de Bordeaux, il semble bien résulter que cette villa se trouvait sur une grande route, au septième mille. Or, la grande route qui traversait les terres était ceUe qui menait de Bordeaux à La Teste-de-Buch : c'est sur cette voie romaine, à dix kilomètres environ de la ville, au delà de Pessac, vers Gazinet, que je placerai Bissonnum, c'est-à-dire au centre de cette contrée qui est demeurée si longtemps inculte et boisée. — Or, les Comptes de l'Archevêché, au xiv" siècle, nous font connaître une localité qu'ils appellent

(1) Cf. enrore de Valois, p. 521 (Belin); — d'Anville, p. U7 (id.)\ — Badbein, III, p. 278 (id).— Des- JASDINP, Oauîe romaine, II, p. 371, regarde celle idenlitiL'atiun comme provonanl d'une • fausse analogie », et place \es Belendi axL pied des Pyrénées. — E-xpill y, au mot Behnd!, 1. 1, p. SSo, place ce peuple à Balizac 'canlon de Saint-Symphorien).

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943ei». Besson et qui semble située près de Pessac ou de Cestas (t. I, p. 108 et 550; t. II, p. 96). Je n'hésite pas à identifier cette localité avec l'endroit appelé aujourd'hui encore Besson et situé dans la commune de Cestas, à 1,200 mètres de la station de Gazinet, à sept milles exactement de Bordeaux, et à voir dans ce Besson le Bissonnum de Léonce II (')•

Bresetum Xlocus).

Je place très hypothétiquementle^ff^'ese^M^du testament de l'évêque du Mans Bertran (61-5) dans l'archiprêtré de Cernés. Bertran possédait dans cette susdite localité des fonderies de poix, et il semble qu'elle ne fût pas loin de Bordeaux, si on en juge par la place qu'il lui donne dans l'énumération de ses domaines. Serait-ce La Brède?

Locum vero qui appellatur Bresetum in terratorium Burdigaïense, nbi frecarias [picarias] habere videmur, etc.

MiBiLLON, Vêlera analecta, é<\. in-f", p. 260; il faut corriger precanai ea picarias, comme le fait Pardessus, H, p. 207.

Praeiniacum (villa).

Pi'aemiacum est une villa de l'évêque Léonce II (cf. p. 16), qui nous est décrite par Fortunat. Elle était située sur un léger monticule au bord de la Garonne, dans un canton extrêmement fertile :

DE PRAEMIACO VILLA BORDEGALENSl ;

Praeniiacum pollens, pmemia nomen haies....

Condita q^iio domus est, plamis tiimor exit in altiim,

Nec salis elato ver lice régnât apex.... Piscïbus innumeris non déficit unda Garonnae.

Fortunat, Carmina, t, fO, vers 6, 9, 10, 17.

Je crois avec Vinet (Discours, 2^ éd., § 95) et Baurein (III, p. 168) qu'il s'agit de Preignac sur la Garonne (^).

(•) Cf. Vinet, Discours, 2' éd , § 95 (Bessan, • maison noble, au-dessous de Macaul ■) ; — Caudéran, Saint Léonce, p. 2il (« Bas.-ons peul-ètre-).

(') Cf. Cauuéran, Saint Léonce, p. Ï05 (suil Baurciu); — Cirot de La Ville, Saint-Seurin, p. 276 (ià.).

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Il ne serait pas impossible que le domaine de Léonce fût le même 943 ou. que celui qu'avait possédé le frère de saint Paulin, lequel était voisin de Y ffelromagtis de ce dernier, que nous plaçons aux abords de Lang-on.

Hebromagus (villa).

Hebromagus était la principale villa de Paulin, plus tard évêque de Noie : c'était un immense domaine ou château grand comme une ville :

Paulini ad usque mœnia, Hehromagum loguor.

AusoNE, Epistolae, 21, 2, 15.

Apud Hehromagum conditis mercibus....

Auso.NE,(<f.,2-2, 1, 4.

Il était situé à proximité de la Garonne :

Is mmc ad usque vectus Beiromagum tuam

Sedem locavit mercibus, Ut inde nauso devehat....

AusoNE, id., 22, 2, 35.

Il se trouvait sur la route la plus directe qui menât d'Espagne et de Dax aux bords de la Garonne, ce qui nous conduit sans nul doute au coude formé par la Garonne à Lang-on (cf. plus loin, Voies romaines) :

.... Jam rdnguida linquit Qppida Hiberorum, TarbelUcajam tenet arva, Hebromagijam tecta subit, jam praedia fratris Vicina ingreditur,jam labitur amne secundo....

AusoNE, Epiitolae, 25, 121-127. — Les mss. écrivent constamment Hebromagus avec un h. Scuenkl imprime Ebromagus et il semble bien que ce soit l'orlhographe raliounellc, le mot élaul composé des deux thèmes celtiques connus -mag et ebr- ou ebur-, ebor- (cf. Zeuss, p. 88 et ici, 1. 1, p. 199).

Paulin de Noie parle une fois de sa propriété, mais d'une façon fort vague : il rappelle qu'il l'abandonna en faveur des pauvres de l'Eglise :

Ebromagum enim non JiortuU causa, ut scribis, relinquimus, etc.

Paulin, Epistolae, 11, 14, Migne, LXt, col. 199.

Nous placerons volontiers le domaine d'Hebromagus aux alentours de Langon, ce qui nous explique l'affection particulière témoignée par

943 fis. Paulin à l'église de cette ville (cf. p. 142). Peut-être, puisqu'il s'agissait d'immenses propriétés, —régna Patilini, dit Ausone {Epi., 25, 116), — s'éteudait-il de Sauternes et de Budos à Laugon et à Preignac {Praemiacum .• peut-être le domaine du frère de Paulin, que ce dernier était obligé de traverser pour s'embarquer sur le fleuve, cf. plus loin et p. 141). Et s'il m'était prouvé que la localité appelée Paulin dans la commune de Budos est ancienne, je n'hésiterais pas à y placer une dépendance du célèbre domaine de Paulin, évêque de Noie (i).

Alingo (vicus?).

Alingo, aujourd'hui Langou, n'est connu que par les écrivains du v'" siècle. Nous voyons par les lettres de saint Paulin de Noie que les évêques de Bordeaux avaient une autorité sur les gens de Laugon et que Delfinus y fit construire une seconde église, ce qui permet de conclure que Langon dépendait du diocèse de Bordeaux, et peut-être que cette fondation fut faite sur un domaine donné par Paulin à l'égliso de Bordeaux (Alteserra, Rer. Acpiit., éd. de 1777, I, p. 27; d'Anville, p. 51; Baurein, III, p. 215; Drouyn, Guienne militaire, II, p. 68) :

Si clerimm forte nolnerit ocmpari, unumde AUngonensibus dignemini mittere cum epistolis vestris.

Pal-lin, leltre à Amandu^, Epistolae, 1?, 12, Migne, LXl, co'. 207.

Fatemur venerandae pietati tuae, legentilus nolis illam epistolae partem, qua Alingonensi Ecdesiae novamjUiam te antore progenilam jam in nomine Bomini vsgne ad dedicationis diem cretissc signalas, ita eœsultasse spirittim nostrum, etc.

Pallix, lettre à DelfiBUS, Epistolae, 20, 3, Migne, LXI, col. 248.

Nous voyons par Sidoine Apollinaire qu'on s'embarquait à Langon pour se rendre de Bazas à Bordeaux : c'est près de cet endroit en effet

(•) Cr. ViNEi, Comment, in Ausonivm, s. 47S (Brauri); — Scaliger, Lectiones, 2, 9 (Bourg) ; — ALïrsEtinA, Rer. Aqu., éd. de 1777, 1, |.. 2S (Rraud); — Histoire de I.angvedoc, éd. Privât,!, p. 367 (Bram dans lAude, qui est bieu VHebromagus de \ltin(raire de Jérmalem, p. 551 de Téd. NVi sseli.ng, mais qui, eu aucun élat de cause, ne peut être VHelromagiis de Paulin) ; — Devienne, Hist. de Bord., 2' êil., l. II. p. 311 (Bourg); — [Le Brun-Desmaheites]. La Vie de saint Paulin, 11.86, p. 3; — Rabams, Saint Paulin de Noie, dans le.>; Actes de VAcad(mie, 1839, p. liiS (Branne); — !;0Liiiv, Éludes liistoriques sur la tie et les (crits de saint Paulin, 1853-4, I. I, p. 161 iBourg); — Dezeimeris, Acadfmie, Actes, 1874, p. 29 et s. (Moncrabeau) ; — LoNGNO.N, Alhis historique de la France, texte, I, p. 28 (Castres-sur-Gironde), etc.

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