‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 45 sur 156 · DE VEREGINIS VILLA BU R DE G A LENS I · texte numérisé non relu

DE VEREGINIS VILLA BU R DE G A LENS I

Inter opima ferax gva volvitur unda Garonnae, Vereginis ripis vernat amoenus ager.

Venantii Carmina, 1, 19.

La demeure était bâtie sur une colline qui dominait le fleuve et oii jaillissait une source d'eau vive :

Colle sedet medio domus aedificata decenter, etc.

La villa en question ne peut guère avoir été située que sur la rive droite, la seule où l'on trouve quelques collines. Le nom et la situation

iNsaii., T. u. 19

146 INSCniPTIDNS ROMAINES DK lîOKDEAUX.

î)43fis. de Baurech {Baurcgivin dans les documents du xiV siècle) conviennent assez bien à la villa Yereginis de Léonce II (*).

Reonlium (villa).

Grégoire de Tours raconte que cette villa possédait une église catholique au temps de l'invasion des Goths, et que les Barbares y établirent le culte arien :

DE lîCLESIA RECINTIENSE:

Haiidsecus [cf. le §46, ici, p. I45J et Reontio villa est, in qua cum esset eclesia cathoNca, advenientilus Gothis, ad stiam sectae immunditatem eam transtulenmt , etc.

Grégoire de Tours, Liber ingloria confcssonim, § 47, c^l. Knuscu. — Le ms. do Glerinont donne Reonriensi ul Rconcio.

C'est la vieille ville médiévale de Eions (cf. Longnon, p. 548) : on a trouvé, en dehors de la porte restaurée par M. Léon Drouyn, un cimetière qui paraît être de l'époque mérovingienne et qui a fourni bon nombre de tombes, sans ornements ni inscriptions, comme nous avons pu le constater nous-même (cf. Drouyn, Guienne militaire, I, p. 17-21 et plan).

Ni l'une ni l'autre de ces deux localités ne nous a donné d'inscriptions. Mais la Benaugesest, des pays du département, celui qui renferme les deux seules inscriptions vraiment intéressantes trouvées hors de Bordeaux. Toutes deux sont chrétiennes et rencontrées l'une près de l'autre, à Loupiac et à Viole, le long de la Garonne. Si on ajoute à ces deux inscriptions le sarcophage chrétien de Tabanac et la mention, dans les écrivains mérovingiens, des villas chrétiennes de Rions et de Baurech, si l'on ajoute à cela encore l'importance religieuse de Saint- Macaire (que la tradition prétend s'être appelé à l'origine Ligena) et du pèlerinage de Verdelais, importance qui doit remonter à des temps anciens, on peut dire que la rive droite de la rivière forma, du v® au vii« siècle, une suite ininterrompue de beaux et riches domaines, oii se développait librement, sous l'initiative des grands seigneurs, la foi

Cj Cf. ViNET, Discours, 2» éd., § 95 Baurech) ; — Caudéran. Saint Li'oiuc, p. 1-20.

CERNÉS, ENTRE-DEUX-JIEUS ET BENAUGES. 147

chrétienne. Le cours de la Garonne, surtout entre Saiut-Macaire et 943 n». Rions, bordé par les domaines de Paulin et par les villas de Léonce, a été peut-êti'e le berceau d'abord, puis le foyer du christianisme dans la cité de Bordeaux.

Modogarnomiim (castrum).

Modogarnomum est un castrum oh se réunit le concile dit de Bordeaux, sous le roi Childéric II (vers 662, d'après les éditeurs des Diplomata) :

Ciwi in diocesim Bxirdegalense, Modogarnomo castro swper Jhwio Garonna, per jussorium gloriosi pHncipis Childericis régis convenissemiis et ibidem in aecclesia sancti Pétri apostoli cumprovinciaïes Acutani pro statu Ecclesiae vel stabilitate regni fuissemiis adunati, etc.

Diplomata, éd. Pakdessus, t. II, p. 129; Maassen, Zmei Si/noden vnter KUnig Childéric II (Gralz, 1867), p. 13. — Pardessus imprimo modo Gamomo eu deux mois, lecture qui u'esl pas impossible. Maassen, doul uous suivons le texte do préférence, car il l'a pris directement au ms. d'Albi, le seul qui contienne ce document, écrit Modogarnomo. Les éditeurs des Diplomata impriment une copie prise sur ce ms. par Baluze.

Qu'il faille lire Modogarnomum ou Oarnomum, le nom ne nous donne malheureusement aucune indication sur l'emplacement de ce castrum. On peut dire seulement, en s'aidant du contexte, qu'il faut le placer sur la Garonne, et qu'il s'y trouvait une église de Saint-Pierre. Or, entre Bordeaux et Laug-on, uous trouvons comme églises dédiées à saint Pierre, sur la rive gauche, vSaint-Pierre de Bègles, sur la rive droite, qui est plus riche à cet égard, Saint-Pierre de Quinsac, dans l'Entredeux-Mers, Saint-Pierre de Langoiran et Saint-Pierre de Loupiac, dans la Benauges. — Je laisse de côté celles du Médoc, qui ne conviennent guère à la réunion d'un concile. — Langoiran (une des forteresses les plus importantes de la Guyenne, Drouyn, Gui. mil., II, p. 1) et Loupiac peuvent fort bien, étant donnée leur situation sur des hauteurs dominant la Garonne, avoir été fortifiés sous le bas empire et mériter le nom de castrum .- entre les deux villes je préfère, pour y placer le castrum Modogarnomum , celle de Langoiran, qui a toujours été plus importante, et qui mérite infiniment mieux le titre et les murailles d'un castrum. Je ne m'attache pas à la très vague ressemblance que l'on pourrait trouver entre la fin des deux noms de Langoiran et de Modogarnoraum.

943 ,u. La villula d'Ausone.

La petite propriété de famille qu'Ausone tenait de son père, de son aïeul, de son bisaïeul, et à laquelle il consacre une de ses plus charmantes pièces, était située sur la Garonne, à un endroit où la marée se faisait encore sentir (par conséquent en aval de Langon), non loin de Bordeaux, et près d'une source :

Fons propier, puteusque irevis, tum purus et amnis Naviger Me rejiuus me vehit ac revehit. Haec mihi non procul urle sita est, nccprorsus ad uriem.

Al'Sone, EdylHa, 3.

M. Dezeiraeris songe à Loupiac. oîi il habite et qu'il connaît bien {Académie de Bordeaux, Compte-rendu des séances de 1868, p. 43): cet emplacement convient fort bien en eiïet à la villula d'Ausone, mais ou peut dire qu'il en est de même des autres localités entre Langon et Rions. Il ne nous déplairait pas cependant que le domaine du poète fût devenu la propriété du plus érudit de ses admirateurs et du plus aimable de ses compatriotes. En tout cas, c'est bien dans cette région qu'était le premier domaine d'Ausone, proche voisin de ceux de Paulin de Noie, de Pontius Leontius et de l'évêque Léonce, de ces grands seigneurs chrétiens qui du iv" au vi« siècle dominèrent cette belle et riche contrée.

Peiper, éd. d'Ausone, p. ex, identifie ce domaine avec Lucaniacus. — D'une façon générale d'ailleurs, je ne saurais accepter le système que le dernier éditeur d'Ausone propose pour les villae du poète. Il les réduit à deux : Lucaniacus, qui serait le domaine héréditaire d'Ausone , et la campagne de Saintonge, celle du Novarus pagus (Episfo^ae, 25, 95). La villula qu'il tenait de son père, ne peut avoir été située qu'à proximité de Bordeaux fwrJs) et immédiatement sur le fleuve, et sans aucun doute il ne faut point la chercher trop loin de Bazas, patrie du père d'Ausone. Lucaniacus en revanche (cf. plus loin) est bien dans l'Entre- Dordogne. Cela fait au moins trois domaines, auxquels j'ajouterais ceux que mentionne Paulin de Noie (Epist., 10) dans le Bigorre et dans le Poitou, sans parler de ses maisons de Bordeaux et de Bazas.

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