‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 50 sur 156 · IV.-BLATAIS · texte numérisé non relu

IV.-BLATAIS

Grâce aux écrivains du bas-empire et aux documents du vii« siècle, le Blayais antique est mieux connu, mais il n'a encore livré aucune autre inscription que la borne milliaire de Saint-Ciers-la-Lande. C'était, du iv" au vii^ siècle, semble-t-il, un pays fort riche, fort peuplé, renfermant de beaux domaines, de nombreuses et grandes villas; ce fut le noyau de population et de propagande chrétienne le plus important de la cité après la vallée de la Garonne de Cadaujac à Langon. Le centre en était la ville de Blaye, fortifiée sans doute vers la même époque que Bourg.

Blavia (castriim).

Blaye était la première station de la route de Bordeaux à Saintes, comme le montre Y Itinéraire Antonin, le premier document ancien où il en soit question (commencement du in^ siècle) et qui l'appelle

Blauto : — sur la route de Aquitania in Gallias.

A l'aWalif: 2 mss. porlenl Blanuto, un Blarito, p/4ô2, éd. Wesselisg; p. 219, Pahthey et Pinder : cf. ici, Voies romaines.

La Table de Peutinger mentionne sur la même route

Taik de Peutinger, segment A, p. 38, éd. Desjakdins.

Ausone en parle ensuite dans sa lettre à Paulus :

Cihis veni remo aut rota

... Itérât anim q%ia glarea trita viarum Fert railitarerd ad Blaviam.

Epistolae, 10, 12-16.

On voit par ce texte que Blaye était dès lors fortifié ; ces fortifications sont sans aucun doute l'œuvre des préfets du prétoire du commencement du iv siècle, et contemporaines de celles de Bourg (p. 159) et de Bordeaux (notre VII« partie). En tant que castrum, Blaye reçut

947 «1 s. une garnison, destinée à veiller à la défense de l'embouchure de la Garonne contre les pirates :

DfX TRACTUS ARMÛRICASI:

Blavia Sub dispos? iione viri spectaMlis âucis tractus ['" 'r«^^'"°] A rmoricani et Nervicani .-

Prae/ectus militu7)i Garronensium, Blahia.

Notilia dignitatiim, p. Or-cii., 37, p. 21i, Seeck; p. 106", Boecking. — L'.'S mss. oui Carronentiiim. Il faul cerlainement corriger en Oarronensivtii, car nous voyons dans celle même Notifia, p. Occ, 7, dans la uonsenclature des corps (distributio numerorum), réapparaître les Garronenses {sic dans tous les mss.).

Ces milites Garroiiemes me paraissent devoir être regardés comme une milice provinciale plutôt que comme une troupe régulière (').

Grégoire de Tours nous fait connaître l'importance du culte de saint Romain à Blayc :

Haietur in hoc terretuHo [Burdegalensi] et sanetus Somanus presUter, guem, utsci'ipta vitae ejus edocent, Martimis eum noster sepulturae locavit. Est antem sepulchrum ejus contiguum Blaviensi castello super litus amnis Gar(jnnae. Suit le récit du miraculeux salut de Grégoire.

GRhGoiBE DE ToL'Rs, Lib. iti glorja confessontm^ § 43, p. 775, éd. Krusch.

Romain, dont la mémoire se célèbre le 24 novembre, mourut en 385 : In Gaïlia sanetus Romanus Blamensis obiit.

SiGEBEaTi Chronica, ad a. 385, ap. Scriplores ffermaniae, t. VI, p. 303.

C'est dans la basilique du saint que fut enterré en 567 Charibert, roi de Paris (Bellemer, p. 31, songe, à tort, à Charibert d'Aquitaine) :

Cfiariierfm etiam rex mortuus est et in Blavia castello in iasilica sancti Eomani sepultus.

Oesta regum Francorum. aptid dom Bolqdet, t. II, p. 560.

Charïbertus rex moritur atque in hasilica sancti Romani Blatio castello sepelitur.

ADOX, ChroHicon, Migne, t. CXXIII, cjI. 109; dom Bouquet, t. II, p. 668.

(•) Je ne sais pourquoi de Valois, p. 89, et d'après lui d'Axville, p. 164, et l'Atlis antiquus de Spbunner , pL XIX, supposent deux villes du nom de Blacia, la notre, et une seconde à l'em'jauclmre du Blavet en Bretagne, qui serait celle que mentionne la Notitia. Les indications données par la Notilia conviennent fort bien à notre Blaye, qui a toujours été un coiUvm, dès l'an 300, et non pas seulement, comme le dit d'Anville, «dès les premiers siècles de la monarchie Françoise». Le district <i\xdux tractus Ârmorieani pouvait bien s'étendre jusqu'à ia frontière d'Espagne. Cf. ce que dit justement BtECKi.NG,.Vo(iW(i dignitatum, OeeiifciM, p.825'. — .\ussibien remarquez ce que dit \a.Notitia ^\i sujet ii\x dui tracttts Armoi-icani : Expnditur tractus per Aguitanicam Primam et Secundam (p. Occ., 37, Î5 et 26 .

ENTRE-DORDOGNE, FRONSADAIS, BOURGES ET BLAYAIS. 163

In Aquitania apiid cmtrum Blavia titae Jinem sortitus in lasilica 947 «is. sancH Romani est sepultus.

AiMOiN, iHsloria Francorum, 3, 2, MiGNE, t. CXXXIX, col. 693; cf. Chroniques d» Saint-Denis, 2. 24, ap. noM Bouquet, t. III, p. 205.

Le castnim £Javi%im est mentionné dans le Testamentum Bertranni de 615, à propos de la villa Bïacciacus (Plassac) (cf. p. 164).

C'est vers la fin du vii« siècle qne l'insipide géographe connu sous le nom de Y Anonyme de Ravenne mentionne Blaye :

Item ad aliam partem sunt civitates in ijpsa regione [Guasconiaf], id est, Blavia, Tholosa, Lxici, Cantilia, Langlo, Blivida, Bagaridon.

Anonymvs Rar(nii(is, 4, 40, éii. Piniier et Parthey, el apiid Hist. des Gaules, t. I, p. 121.

Charles Martel prit la ville de Blaye eu 735 :

[Carolvs princeps] risque Garonnam vcl uriem Burdegalensem, vel castrum Blaviam veniens occupacit.

Fredegarii Chronicon continvatiim II, § 109, ap. Historiens des Gaules, II, |1. 455. — Cf. .\DE.MARi Chronicon, id., p. 574; Annales Sletenses, id., p. 684; ChrenigtKS de Saint-Denis, 5, 26, id., t. III. p. 310.

C'est là, dit la légende, qu'on enterra Eoland, Olivier (cf. p. 138, quelques-uns revendiquent Olivier pour Belin) et bien d'autres.

Beatum nanique Rotholandum super duas mulas catheto aureo snbvectum, palliis tectum usqne Blavium Karohisferrifecit, et in leati Romani lasilica, qîiam ipse olim aedificaverat, canonicosque regulares intromiserat, Jionorijice sepelivit, etc., etc.

TuRPix! Histaria Karoli Magni, § 29, éd. Caste is.

Charlemagne, dit la Chanson de Roland,

Passet Girunde a mult granz nefs h'i sunt :

Entresqu'a Blaive a cunduit son nermld

E Olivier sun noUe cmnpaigmm

E TArcevesque, M fut sages e pruz.

En lianes sarcoiisfait mètre les seignurs,

A Seint-Romain : la gisent li lanin.

Chanson de Roland, vers 3G88-36i>3, éd. Gautier ; cf. le Roman de Ronceraux, slropbes 377 et 378, éd. Michel.

947 ei ». Il ue reste rien à Blaye des tombeaux carolingiens, ni inscriptions ni

débris. Nous retrouverons (VP partie. I) l'épitaphe de Roland.

L'église de Saint-Romain de Blaye dépendait dès le temps de Charlcmagne et de Louis le Débonnaire de la cathédrale de Bordeaux (cf. le tliplôme «^>«<^ Lopes-Callen, II, p. 483, et Hist. des Gaules, t. VI, p. 357).

Cf. sur Blaye ancien, Alteserra, Rer. Aqicit., édit. de 1777, I, p. 25; de La Sauvagère, Hecueil d'antiquités dans les Gaules, 1770, p. 492; Bœcking,p. 825*; et maintenant Bellenier,iK.v^. do lavillô de Blaye, 1886.

Blacciacus (villa).

Près de Blaye se trouvait l'importante villa de Plassac, Blacciacus, léguée en 615 par Bertran, évêquc du Mans, à son église:

Villa vero Blacciago sita in tcrratnrio Burdigalense , secus castra Blavit, qitae est super alveuni Garonnac, etc.

Texle (le Mabili.on, Vctira nnalecta, é<l. \a-ï'. p. 2o9; Pardessus, l. 1, p. 206.

Plassac a livré des ruines, une belle mosaïque surtout, qui semblent bien appartenir à une villa, i)eut-être à celle même de Bertran, sans parler de la trouvaille de deniers mérovingiens (cf. p. 85) faite près du pèlerinage de Montuzet, que la tradition fait remonter à Charlemagne. — Voyez, sur les ruines de la villa, l'Espérance de Blaye, n° du 20 mai 1883 et Bellemer, p. 634; Soc. arcli. de Bord., Comptesrendus, 1883-4, p. 72.

Tout près de Plassac devait se trouver une ferme appelée Vincentiana, autre propriété de Bertran ;

Vincentiana.

Colonica vero Vincentianae, quam domna et genitnx mea possedit et nos eam modo in Dci nominc possidcre videmur, quae secus ipsum agrum Blaviaco [lisez Blacciaco\ esse videtur, etc.

Texle de Mabii.i.o:<, éd. in-f', p. 2j9; cf. PAnoESSUS, 1. 1, p. 206.

Le Blayais,plus riche en textes que les pays voisins, est au moins aussi pauvre en inscriptions, car il n'a fourni que la borne milliaire de Saint- Ciers-la-Lande, que nous ferons connaître en parlant des voies romaines.

ENTRE-DORDOGNE , FRONSADAIS, BOURGES ET BLAYAIS. 165

Monbadon.

Monbadon, dans l'ancien archiprêtré d'Entre -Dordoo-iie, s'appelle, dans les documents du xiii" et du xiV siècle, Sanctus Martinus de Boenxs {Comptes, I. p. 96, etc.)- Je ne sais trop quelle peut être l'étymologie de ce nom de Boenxs, qui paraît être le nom primiti" de la localité; peut-être vient -il d'un thème en -ingum, Boingum.

POMPEIANI

D'après l'original (collection du Musée d'Armes) [voyez la figure ci -dessous]

Descr. — inscription en lettres niellées, ayant 0,002 de hauteur et se lisant sur le manche d'une cuiller en arg-ent. — Le dessin de cette cuiller (voir ci-contre) est reproduit d'après celui de Le Blant, qui est d'une exactitude parfaite. Cet objet ainsi que les deux qui l'accompagnent paraissent du cinquième siècle.

Hist. — En septembre 1814, « dans la paroisse de Monbadon, près de Puisseguin », on trouva « dix-sept cuillers d'argent antiques, dont seize petites et une grande. Elles portent toutes sur un côté la marque ï. ». Burgade, auquel ces détails sont empruntés, parle de l'inscription POMPEIANI, sans nous dire, ce que je crois, qu'elle ne se lisait que sur la grande cuiller. — Jouannet semble dire également que les dix-sept cuiUers portaient l'inscription.

De ces dix-sept cuillers, je ne connais et Le Blant n'a connu, comme mol, que les trois que possède le Musée d'Armes et dont une seule porte une inscription. Une de ces trois provient de la collection Durand.

Bibl. — Burgade, Bulletin. polymathique, t. XIII, p. 49 et 50 (avec dessin). = Jouannet, 1° Statistique, II, i<^ p., p. 56; 2° notes ms. [X, dessin semblable à celui que donne Burgade]. = Le Blant, Inscriptions chrétiennes, n° 583, t. II, p. 370, planches, n" 483.

Il ne paraît pas improbable que ces cuillers aient servi au culte ; cf. Martig-ny, Dictiomw.ire des antiquités clirétiennes, 1877, p. 233.

M. Le Blant compare avec raison aux nôtres les cuillers du legs de saint Eémi : CocMearia meo nomine titulata (Pardessus, I, p. 83).

948 Saint-Denis-de-Piles.

Amelius, évêque de Bordeaux, construisit une église en l'honneur de saint Denis, dans une localité de son diocèse isolée de tout sanctuaire (v. 3 et 4). Son successeur Léonce II (cf. p. 16) la reconstruisit. Fortunat composa la dédicace de la nouvelle église. Il s'agit sans doute de Saint-Denis-de-Piles, qui est une antique paroisse du diocèse (^).

De basilica domni Dionysi.

Qui cupis egregii structorem noscere templi,

Tarn pia non patiar vota latere tibi, Longius hinc olim sacra cum delubra fuissent

Et plebs ob spatium saepe timeret iter, Exiguam dcdcrat hic praesul Amelius arcein,

Christicolam pnpulum ncc capiente loco:

Quo vitae claudente diein dehinc proie graduque

Venit ad heredem hoc opus atque locus, Fundavitque piam hanc papa Leontius aulam,

Obtulit et domino splendida dona sua.

Quam venerandus habet propriam Dionysiiis aedem,

Nomine sub cujus sanctijicata niiet; Qui fervente fide, Christi solidatus amore,

Vertice subposito colla secanda dédit.

15 Membrorum contempler erat cupicndo coronam,

Vile putans qui c quid ferre t amore Dei. Ut moritura caro donum inmortale pararet,

Vulnera dilexit, sed caritura nece; Hostili occurrens gladio se misit Olj^mpo : 20 Unde mori voluit, vota salutis habet.

Ncc angusta prias subtraxit fana sacerdos,

Haec nisi perjiceret quae modo culta placent, Ad.sidue in prisco peragens cerimnnia teiuplo,

Doncc rite f^equens consolidasset opus.

(1) La seule aulre paroisse porlnnt ce iioin est Saint-Denis-d'Ambarés, mais elle est citée dans an i>eul documeut {Comptes de VÀrchevkhf, I, \>. 6i2).

ENTRE-DORDOGNE, FRONSADAIS, BOURGES ET BLAYAIS. 167

Texte établi d'après l'édition de Léo {Monunienta Gornianiac, auctores antiquissinii, 948

t. IV, 1881), et à l'aide de oaze manuscrits.

Var. — 5« vers: hinc, dans les mss. R et F [cf. supra, p. 10 et 15]. — 7" : dien ne se trouve que dans les mss. B et L; die partout ailleurs; — pro loge graduquc, dans les mss. B, D et G. — \0^: sua, dans les mss. D, G et V. — 21e: nec congusta, dans les mss. M, R et V; nec conjesla, ms. D.; — fania, dans les mss. B et L. — 22": placent ne se trouve que dans les mss. B, L et G; placet ailleurs; — culpa, ms. V. — 23» : assidue, mss. C, P, M, G et L; — cerimonia seulement dans C, G et L.

Bibl. — Venanti Fortunati Car mina, 1,11.

Cf. Acta Sanctoruni, QCiohvQ, t. IV, p. 923; — de Launoy, O/)«sc«to(1660), p. 501, etc.; Gallia christiana, t. VII, col. 17; — Le Blant, Inscriptions, n° 588, t. II, p. 381; — GuiNODiE, Hist. de Libourne, I°éd., t. III, p. 325; — Caudéran, Saint Léonce, p. 177, etc.

Corteratis (vicus?). 949-951

Corteratis, aujourd'hui Coutras {Corterac, Cortrac, dans les documents ecclésiastiques publiés par M. Drouyn), n'est connu que par la Table de Peutiuger, qui mentionne (seg-m. I, cf. plus loin, Voies romaines), comme seconde station sur la route de Bordeaux à Périgueux :

dxrrtfia'f.

Le mot est à l'ablatif; on peut supposer un nominatif Cortems ou Corteratis. Je préfère (cf. p. 156) la forme -atis, sur le modèle des noms d'origine gauloise en -atis; le nom paraît bien celtique^ en effet (cf. Zeuss, p. 26 et le nom de Eeims, Durocortorum ou Durocorterum). Coutras n'a livré que des débris de poteries; cf. sur les ruines des deux rives de la Dronne, Jouannet, Stat., II, ii, p. 432. Fellonneau, p. 14 et s., décrit le cimetière gallo-romain de Coutras, situé à l'orient de la ville, « entre la grande rue à l'ouest, le chemin de fer d'Orléans à » l'est, à peu près la rue Saint-Jean et une partie du chemin de la » Chaussée au nord, et entin la rue des Mûriers, la partie méridionale » de la grande place et la rue des Lauriers au sud » .

LVP

D'après Fellonneau, Histoire de Coutras,"^. 16: — Marque de fabrique, « en caractères réguliers», rencontrée sur «plusieurs» carreaux de briques, «de 60 cent, de côté et

949 de 6 d'épaisseur», formaut sépulture, et trouvés dans le cimetière gallo-romaiu de

Coutras.

C'est sans doute la même marque de fabrique que notre n" 301.

D'après un dessin et une communication de Braqceuaïe (collection Augier). Graffito sur la panse d'une la<jcna haute de 0,20, « trouvée a Coutras ».

Voyez des graffiti semblables sur panses de lagenae, t. I, p. 465.

isvN:

D'après une communication de Braquehaye (collection Augier).

Graffito sur le rebord extérieur d'un vase romain brisé. — « Trouvé à Coutras ».

Cf. sur ces grqfiti notre tome I", page 579 et suivantes.

952 Burgiis (castrum).

Voyez, à la page 159, la mention de l'inscription dédicatoire des thermes de Bourg, élevé par les Pontii : cette mention est faite par Sidoine Apollinaire {Carmina, 22, vers 142-144) :

Et ne posteritas dubitet qvù conditor cxstet, Fixus in introitu lapis est ; hic nomina signât Auctorum....

ENTKE-DORDOGNEj FRONSADAIS, BOURGES ET BLAYAIS. 169

Cubzac. 953

Le lieu de Cubzac est ancien, comme l'indique sa terminaison. Je ne crois pas que le nom vienne de Cuhis (cf. t. I. p. 449) et qu'il ait le moindre rapport avec les Biturig-es Cubes, congénères de nos Vivisques : il semble que le nom primitif ait été Cupitiacum, la villa ou le domaine de Cu])ihis. — Voyez, sur quelques fouilles faites à Cubzac, Académie, 1836, p. 147; Drouyn, Guienne militaire , t. II, p. 200.

Pil llT„Yl/

ih^-^ /

Reproduction d'un dessin communiriué et fait par Léo Drouyn.

« Inscription relevée contre les parois d'un puits funéraire découvert par les carriers qui exploitent les carrières du château des Quatre-fils-Arjinon h. Cubzac. Au fond du puits, était un squelette debout; un casque était placé près de ses pieds. L'inscription était à un mètre environ du fond du puits. — J'ai relevé moi même l'inscription. Les autres renseignements m'ont été fournis par feu M. Mallac, maire de Cubzac» (communication de Drouyn).

Il semble bien que ce soit la très courte épitaphe du défunt. Il n'y a de certain que son âge, LXX. Peut-être les trois premières lettres sontelles les initiales de son nom ou de ses noms. Peut-être aussi faut-il lire Bfe)FY(nctus).

iNscn., T. II. 22

CÎVITAS BASATIUM

Nous conserverons, pour le nom ancien de Bazas, l'orthographe la 954 >\ < plus anciennement donnée, celle de Basâtes par un d : mais, comme on le verra plus loin, l'orthographe courante, à partir du iv^ siècle tout au moins, peut-être depuis plus longtemps, était Vasates.

Les Basâtes sont mentionnés pour la première fois, en effet, par Pline l'Ancien dans cette liste des génies de l'Aquitaine à laquelle nous avons si souvent déjà fait allusion (cf. notamment p. 124). Il n'y a pas de doute, en effet, qu'on ne doive reconnaître les Bazadais dans ces Basalocates de la tin de sa liste, soit qu'il faille corriger ce nom en « Basâtes, Bocates », ce que je crois, soit qu'il faille supposer que la cité des Bazadais fût formée à l'origine mi-partie de Basâtes, mi-partie de Bocates ou Boiates (') (cf. plus loin, même partie, III).

Apiitanicae sunt.... Tarusaies, Basalocates, Vassei, Sennates, Cambolectri, Agessinates.

Pi.iNE, Hist. nat., h, 19 (o3), 108. — Basalocates est la lei;oLi de la plupart tles luss. Le P.i=. Riccardiamis duiine Basaloiates; lu ras. de Tolède, Basaborates.

Ptolémée les mentionne ensuite, mais en dénaturant leur nom en celui de Vasarii [pour Vasatnf]; il nous parle de leur capitale qu'il semble avoir connue sous le nom de Cossium .-

'Tito lï -c^j^îj; [les Nitiobriges] Oiajâp-.n -/.al TOÀ'.^ Kôaaîov.

ProT-KMf;iî, 2, 7, H, lid. Mueller (coll. Didot).

(•) Desjardins adaiet, II, p. 374, que les Basaiocales sonl une « peuplade mixte », quoique en même temps il ideiilitic les Bazadais et les Vassei du même Pline (cf. id., p. 363), ce qui me paraît phonétiquement impossible.

172 INSCUIPTIONS ROMAINES D K lîOKDEAtTX.

U54 ei s. Le nom de Cossium a dû disparaître au m" siècle : la ville prit alors

nom du peuple dont elle était le chef-lieu (cf. p. 122), et devint Vasates, Bazas. L'Itinéraire dit de Jérusalem, que l'on doit placer en 333, indique, comme station sur la route de Bordeaux aux Lieux-Saints,

Civitas Vasatas.

Itin. Hier., NVesseling, p. 530; Partuey et PixDEn, p. îfil.

De même, Ammien ^larcellin l'appelle Vasatae, et la place parmi les principales villes de la Xovempopulanie :

A^ovempopulos Ausci commendant et Vasatae.

Ar.onEX M.vncELi.is, 13, II, 14. — La forme incorreclc de Yasatat provient peut-être 'ie ce qu'.Vmmiin aura ea sous les yeux laccMsalif Vttsalas et raura pris pour uu accusatif de la premidra déclinaisou.

Bazas en effet, comme Buch, fit partie de la province de Novempopulanie, tandis que Bordeaux restait à l'Aquitaine.

Ausoue. dont le père était de Bazas. et qui possédait de grands biens dans le Bazadais, appelle la ville Vosatcs, et, s'il rappelle une fois son nom antique (il donne Cossio au lieu du Cossiutn de Ptolémée), c'est une simple réminiscence historique, semblable à celle qui lui fait mentionner encore les vieux Biturig-es Vivisques (cf. p. 123).

tStif'pis Aqnitanae mater tiU; nam gcnitori

Cossio Vasatum, municipale gcnus....

Parentalia, H ;26, éJ. SchenklI, vers 7-8.

Vicinas urbcs colui patrim^ue domoq^uc

Vasates [iatria, sed lare Burdigalam.

Bdi/Wa, vers Z-i\Epieedion, 2, 4).

Vasates pat ria est pat ri, gens Haedua mat ri.

AusoMus lectori; ï.

Rappelons encore que l'en-tête de l'Action de Grâces d'Ausone à l'empereur Gratien porte, dans quelques manuscrits, l'indication suivante , sans doute par suite d'une confusion entre Ausone et son père :

Ausonii Burdigalis Vassatis medici ])oetae ac praeceptoris.

AusoNii Gratiarvm aciio, jd°. do Leydo Vossianus lat. U InT etc.

Le même Ausone parle iucidemment, des « chariots de Bazas », 954 attelés de trente chevaux, chariots destinés sans doute à faire les grands transports entre Bordeaux et Bazas : Tu m'as envoyé, écrit-il à Théon, trente huîtres, c'est-à-dire

quoi habetjunctos Vasafica raeda caballos.

Episiolae, 7, 1^.

Paulin de xM^ole, dans une lettre adressée à Ausone, donne à la région ou plutôt à la ville des Bazadais l'épithète de « sablonneuse » :

....Quique Sîtperia tum contemnis mœnia Romae Consul, arenosos num dcdignare Vasatasf

Paulin, Caimina, 10, ai'-SlR; cf. Ausone, éil. Peiper, p. 303.

Ce dont il faut rapprocher ce que dira plus tard Sidoine Apollinaire : Tantumne Vasatium civitas non cespiti imposita, sedpdveri ?

SiDOiNF, lettre à Trigetius, EpUtoUe, 8, 12 [8, 2, éd. B.vret].

La Notifia GalUarum, au commencement du v" siècle, mentionne la cité de Bazas parmi celles de la Novempopulanie (cf., ici, p. 119) :

Civitas Vasatica.

Not. Oall., a, 10. — C'est la leçon des plus anciens mss-, ie ms. de Cologne 212 (vii° siècle)! celui de Corbie Bitl. nal. lat. 12097 (milieu du vi« siècle). Des mss. du ix« siècle et i\as siècles suivants donnent Vesatica, Vasatcca: Basatica et Basacia se trouvent seulement dans des mss. du x\e et du xvi«. Cf. les éditions de GuÉR.inD, Divisions territoriales, p. 29; Seeck, Not. Dign., p. 271 ; Longnon, Atlas de la France, texte, fasc. I, p. 15.

Au v siècle, Bazas subit un siège inutile de la part d'Ataulph et de ses Goths, siège que Lenain de Tillemont place en 414 {Honoré, art. LUI) et qu'a raconté Paulin de Pella dans son Eucharisticon :

Exacto lariJms jtatriis, tectisque crematis,

Olsîdio liostilis vicina excepit in îirie,

Vasaiis luitria majorum et ipsa meorum.

Et gravior mtdto circumfusa liostilitate, Factio servilis paucorum mixta furori Insano juvenum .... licet ingen uonim, Armata in caedem speciaJem nolilitatis.

Pauus de PELL.i, vers 33Û-336, cf. l'édition de Brandes.

174 INSCRIPTIONS ROMAINES DE liORDEAUX.

954 ei s. Bazas fut délivré, comme le raconte le même Paulin, par l'intewen-

tion du roi des Alains, qui trahit Ataulph et l'obligea à lever le siège. C'est évidemment pendant ce siège qu'eurent lieu les miracles auxquels fait allusion Grégoire de Tours, bien qu'il parle de Huns et d'un roi Gauseric [Genseric ?] :

DE GEMMA V ASATENSI nus NATA DIVINITUS:

Qvoniam Vasatinsis urhis meminimus, operac praetiu'ni puto rairaculum, quod in eu Domhiv.s Jargihis est, memorare. Tempore, qiio dtuiurna obsiàione vallahutur a Chunis, etc.

Gsi'.GuinE DE Tocns, Liler tu gloria marlyrmii, 5 12, éù. KRUscn.

Il existait alors à Bazas une église élevée en l'honneur du sang de saint Jean-Baptiste, qu'une femme gauloise avait rapporté de Jérusalem :

... Cruorem clcvota siiscepit ; qvam diligente)- in ampdlam positum, patriac detulit et apiid Vasatensem arlem, aeàifirMta in ejus honore edesia, in sancto altare collocavit.

GnKGoinE deTouii?, (<?., § 11.

C'est la Cathédrale, placée aujourd'hui encore sous le vocable de Saint- Je au-B apti ste .

Au milieu du v« siècle, l'église de Bazas, comme les autres églises de l'Aquitaine et de la Novempopulanie, se trouvait dans une situation déplorable, sans évêque et sans clergé :

Burdegala, Petroconi, Rutcni , Lcmovices, Gàbalitani, Elnsani, Vasates. Conrcnae, Ansccnses, imiUofpic jam major ,,winerus civitatum, sîc/nmis sacerdotilms ipsarum morte truncatis, nec uUis deinceps episcopis in defuiiciorurn oj'cia sujfectis.

Sidoine, BpiitoUe, 1, 6 [7, 7, éd. Baret] (a Basilius), iliGNF, Pati: lat., I. LVIII, col. 571 jètl. Siumond).

En 506 et .511 Bazas avait pour évêque Sextilius, qui souscrivit au concile d'Agde et assista à celui d'Orléans :

Polemius presbytcr missus a domino meo Sextilio episcopn de Yasatis civitate suhscripsi (concile d'Agde, 506).

SinucND, Concilia aniiqua QalUac, I. p. 174.

Scx'ilim episcopus ecclesiae Vasaticae sulscripsiiGOXLOÀlQ d'Orléans, 51 1). 954 fi s.

la., I, p. 1S3. — Cf. GaWa chiistiana, I, col. 1191.

En 582 un incendie détruisit la ville :

Vasatensis civitas incendio concremata est, iia ut ecclesiae vel domus aeclesiaMicae vastarentur.

GiiLGoiuE DK Touns, Hiftoiia Franco-non, G, 21.

La même année, un monastère de la yilie reçut la nièce de Félix, évêque de Nantes :

Feliœ ;puellam...apud Vasatensem urlem in monasterio 'posxdt .

Gr.HGoinE DE Tours, Hisloria Francomm, 6, IS.

En 585 le diocèse avait Oreste pour évêque : il assista à l'ordination de Faustinus comme évêque de Dax, et la même année aii concile de Mâcon, chargé de régler cette affaire :

Fiiit cmtcm ad liane ordinationem et Orestis Vasatensis episcoims ; sed negavit hoc coram rege.

Grégoibe de Tours, Historia Francomm, 7, 31; cf. 8, 20.

Ot'esfes episcoptis ecclesiae Vasaticae sîitscripsi (second concile de Mâcon).

SiRMOND, Concilia Oalliae, 1. 1, p. 389.

Sous le règne de Childéric II, l'église de Bazas avait pour évêque Gundultus, qui assista, vers 662, au concile dit de Bordeaux (cf. p. 147).

Gundulfus Vasatensis m'iis episcopus.

Pardessus, I. II, p. 130; Maassen, ZivciSynoden, p. 15.

C'est vers l'an 700 que nous plaçons les monnaies mérovingiennes au nom de Bazas, vasatis, les seuls documents numismatiques que possède cette cité pour la période qui nous occupe.

U Anonyme de Ravenne cite parmi les cités de la S]}anogumconia (interprétez de la Novempopulanie) celle de

Vasatis.

Anonytmts Ratennas, 1, 41, p. .300, Rd. Pinder et Parthey.

La fin de la période mérovingienne et la période carolingienne ne

n.vi 11 s. furent certainement pas sans gloire pour le diocèse et la ville de Bazas (cf. p. 179), mais nous ne retrouvons le nom de l'un et de l'autre qu'au ix« siècle, en 839 {Arcîi. Mst., t. V, p. 158).

Cf. la CJirunifi'ne de Bazas {Titulns Vazatensium) de Dupuy, publiée dans les Archives historiques de la Gironde, t. XV; Gaîlia christiana, I, col. 1191 ; O'Reilly, Essai sur l'histoire de la ville et l'arrondissement de Bazas, 1840, Bazas, in-8°; Samazcuil, Histoire de VAgenois, dtt Condo- ■ihois et du Bazadais, 2 vol.^ 1846-1847, Auch, in-8o.

Les limites de la civitas et du diocèse primitif do Bazas sont impossibles à fixer: nous n'avons aucun texte, absolument aucun, à cet égard. Le seul document complet est un Département daté de 1711, qui nous donne la liste des paroisses du diocèse groupées par archiprôtrés : ce document a été publié par Virac, Bazas et son diocèse, in-4°, 1863, Bordeaux, Lacaze.

Du côté du couchant, les limites du diocèse de Bazas peuvent être obtenues, indirectement, pour une époque infiniment plus reculée, pour le xiii^ siècle, grâce aux documents relatifs à l'étendue du diocèse voisin de Bordeaux : il ne semble pas que, vers l'ouest, les limites du diocèse aient changé depuis le v*' siècle ailleurs qu'à Langon.

On ne saurait en dire de même du côté du nord et de l'est, de la partie qui confine au diocèse d'Agen. Il me paraît certain qu'il y a eu entre les deux diocèses de Bazas et d'Agen des compétitions et des fluctuations incessantes, conséquences de leur réunion momentanée : nous les devinons, nous pouvons les supposer presque à coup sûr, quoiqu'il nous soit impossible de préciser à ce sujet, car c'est là, semble-t-il, un des points les plus obscurs et les plus difficiles de la géographie historique du Sud-Ouest. Faute de textes décisifs, nous avons dû nous interdire de marquer aucun changement sur la carte, où nous reproduisons l'état de 1711, — à une exception près, que voici :

Au nord de la Garonne, le diocèse de Bazas s'étendait au xviii* siècle jusqu'aux abords de Marmande et englobait toutes les paroisses qui forment aujourd'hui la lisière nord-ouest du département de Lot-et- Garonne. Nous croyons qu'avant l'an mil le diocèse de Bazas s'avançait beaucoup moins vers l'est et celui d'Agen beaucoup plus vers l'ouest. Dans un document de 1026 l'église de Saint-Hilaire-de-Mous-

lier, aujourd'hui Saiut-Hilaire-la-Noaille, à quelques kilomètres N.-O. 954fis. (le La Réole, est dite située in pago Bezelmeïsi (sans doute pour Bezelmensi), dans le pays de Bezaume {Archives historiettes de la (rironde, t. V, p. 110). Or, d'une part, Saint-Hilaire faisait partie au xviii^ siècle de l'archiprêtré de Monség-ur dans le diocèse de Bazas; et le pagus Bczeliiiensis, d'autre part, a formé l'arcliidiacoué de Bezaume dans le diocèse d'Agen. Il faut conclure de cela ou que \epagus BezeJmensis était à l'origine dans le diocèse de Bazas, ou que Saint-Hilaire dépendait au xi= siècle de celui d'Agen, ce qui me paraît plus probable. — D'autre part, il résulte de l'excellente Notice de M. Bladé sur la vicomte de Be:auine (1878, Bordeaux, Lefèvre, in-8o) qu'au xi^ siècle le vicomte de Bezaume, voisin du couvent de Saint -Pierre -de -la -Réole, possédait d'importants domaines entre Monségur, La Réole et Marmande, c'està-dire dans ce qui a fourni l'archiprêtré de Monségur du diocèse de Bazas (cf. p. 45-47). Nous pouvons donc indiquer, sans trop d'hésitation, sur notre carte, que le pagns Beselmensis, dans le diocèse d'Agen (représentant l'ancienne cité des Nitiobriges), englobait primitivement la partie du Bazadais qui est devenu l'archiprêtré de Monségur et que cet archiprêtré était rattaché jadis à la cité d'Agen.

En revanche, on a pu croire que, au sud de la Garonne, l'ancienne cité des Bazadais s'est étendue beaucoup plus vers l'est que le diocèse du xvii^ siècle et du moyen kge, dont les limites étaient à peu près marquées par le cours de l'Avance. Ultinéraire Antonin et la Table de Pc'Utinger indiquent en effet, à XV lieues gauloises (33 kilomètres) à l'ouest d'Agen, un endroit appelé Fines. A cet endroit passait évidemment la limite de deux cititates, et, nommément;, des cités de Bazas et d'Agen. Si l'on s'en tient à l'indication fournie par les deux documents, ce Fines serait à la hauteur d'Aiguillon ou du confluent du Lot. S'il fallait accepter ces données, on voit combien les YvimXe^, fines, entre les deux cités ou diocèses auraient été déplacées à une époque quelconque du moyeu âg-e. — Mais on peut corriger ces données, et, pour notre part, nous voyons un moyen de le faire (cf. plus loin, Voies romaines). A l'ouest et à XXIV lieues de Fines, les Itinéraires nous font connaître la station û'Ussuh'um, laquelle se trouvait à XX lieues de Sirio, Gérons, c'est-à-dire à l'embouchure de l'Avance, c'est-à-dire à la liinite même des deux diocèses de Bazas et d'Agen. J'inclinerai volontiers à intervertir les deux stations et à placer Fines au lieu

ISSCR., T. II. 23

lli^ IN'SCIÎIPTIONS UOMAIXES DE B 0 lî D lî A U X .

954 fis. d' Ussi'.hmm et inversement. De cette manière, nous tombons exactement, -pouv Fines, à l'embouchure de l'Avance, et nous pouvons supposer que l'étendue des diocèses primitifs a été celle des cités (').

Nous n'avons pas à prolong-or outre mesure cette recherche, qui sort des limites de ce département et du cadre de ce travail. Qu'il nous suffise d'affirmer pour notre compte, que, certainement au nord, probablement aussi au sud de la Garonne, les limites du diocèse de Bazas ont varié, et que tout le pagus Beselmcnsis, de Gontaud aux abords de La Réole, dépendait primitivement d'un seul diocèse, soit de celui de Bazas, soit, plutôt, de celui d'Agen. On sait que les deux diocèses ont été un instant réunis au x" et au xi^ siècle : c'est au moment de leur disjonction définitive qu'aura été fait le démembrement du pays de Bezaume.

Le diocèse de Bazas comprenait trois archidiaconés, sept archiprêtrés, ceux de Bernos, Cuillerou et Sadirac sur la rive gauche, de Jugazan, Juillac, Monségur (que nous avons détaché du diocèse sur notre carte) et Rimons sur la rive droite (cf. Virac, Bazas et son diocèse). Il m'a été jusqu'ici impossible de retrouver l'étendue des archidiaconés du Bazadais. Par suite, nous ne pouvons rien dire sur le nom et les limites des pagi que devait renfermer la cité de Bazas.

Nous savons seulement, par les documents du x° siècle, que le monastère de La Réole a été constitué in 'pago Alliardensi (cf. la charte de 977, plus loin. p. 183). On a identifié ce nom de Alliardensis avec celui d'Aillas dans le canton d'Auros. Cela paraît vraisemblable. Or Aillas et La Réole sont sur deux rives opposées de la Garonne, l'un dans l'archiprêtré de Sadirac, l'autre dans celui de Rimons, et séparés encore par celui de Cuillerou. Le ])agns Alliardensis s'étendrait-il sur les deux rives de la Garonne et sur le territoire de ces trois archiprêtrés? Dans ce cas on pourrait croire que les deux autres pagi fussent

(') D'Anville, Notice de l'ancienne Oaule, p. 306, corrige XV en XX ol place Fines un peu à l'ouest du M is-d'Aneaais sur la rive gaui:lio. — AncENTON (extraits de Labrunie, Soc. d' Agt icnlture d'Agen, VII, p. 13il place /'mes au même endroit, À un lieu appelé j'igneis (ou Higneis, de FinM, cf. p.US). — De uiêmeBofDON DE Saint-Amans. Antiquités du Lot-et-Qaronne, p. H, suppose une interversion do copie eulrc Vssubiutn- X\lV-Fines-\\-Agiiimim, et, Ir.ansposant XXIV et XV, donne XXIV comme distance entre Fines et Agen, et place Fines a Higueis sur la rive gauche, prés de l'Avance. Cela est fort ingénieux, fort séduisant, mais très hardi. Où est en elTetcet Higneis ou Figneis'.' et qui le connaît?

fAZADAIS.

l'un au nord, l'autre au sud de celui d'Aillas. Nous l'avons supposé 954 ci s. sui" la carte, mais cela est bien hypothétique.

Le Bazadais ne renfermait pas de localités célèbres à l'époque romaine ou mérovingienne. C'est au moyen âge carolingien seulement qu'il a son moment de renom et de célébi'ité avec son palais de Cassinogilum, Casseuil, et son abbaye de jSpiii's ou Rcgula, La Réole.

Cassinogiliiin (villa).

Il n'y a plus à douter aujourd'hui un seul instant que la célèbre villa carolingienne de Cassinogilian ne soit Casseuil sur Garonne, dans l'ancien archiprêtré de Rimons du diocèse de Bazas. Cette villa, dit en effet Aimoin, est à trois milles environ de La Réole : la position convient à Casseuil. De plus, Casseuil s'appelle dans les documents du x^ et du xi° siècle, Cassanoilum, Cassinoïmm, Cassinoilo - Villa {Archives historiques de la Gironde, t. V, p. 185 [an 980], p. 126 [1079], p. 186. [980]). — Voici les documents les plus importants sur cette localité :

(Charlemagne) religuid Hildegardam nolilissimam pissimamq^ue regiiiavi in villa rcgia cujus vocahxdum est Cassinogilus, gemina gravidam frôle, et transiit Garo^inam Jluvium, Âqîcitanorum et Wascomim conterminem [an 769].

yita Wuâoiviei itxp., § 2, apHif Pëbtz, Monumenla Germaniae, t. II, ]i. 607. Cf. Hùt. des Gaules, t. VI, p. 8S.

Celelravit (Charlemagne)... pascha in Aquitania et i)i villa Cassinogilo [an 777].

Annales Eginhardi et Annales laurissens's, année 777, Mione, l. CIV, col. 407 et 408. Cf. Htst. des Gaules, t. V, \1. 381.

Ordinavit (Charlemagne) qualiter quatuor locis Mherna transigeret, lit trihis annis exactis, quarto demum anno hiernatiirum se quisqxie eorum susciperet locus, Theotuadum scilicet palatium, Cassinogilum, Andiaciim et Eurogilum [an 796].

Viia Hhidowici imp., § 7, Pebtz, t. II, p. 610. Cf. Hist. des Gaules, t. VI, p. 90.

954 a s. (Louis) yetiit eum (Cliarlemag-no) in Aquitaniam divcrtere, et regmtm

qiiod siU deierat invisere, et ad locîwi qui Cassinogihis vocatur venire [an 800].

V. Hludomici, 5 12, apui Pbrtz, (. II, |i. 6li Cf. Hist. des anules, S. VI, p. 91.

(Pracceptum Ludovici régis Aquitanorum)... Actum Cassa )wgeIo païatio [an 807]. — Cf. le Capitulaire de 827, daté du même lieu.

Capitularia, éd. BiLLZE (de Cbimac), 1780, I. II, o. 1402. Cf. Hist. des Saules, VI, p. 453 cl 066.

Jn Aquitania KaroU Magni Imperatoris Palatium, quod Cassinogihan rocalatu)', dissipatum est et eversum [an 853?].

Hisior. tics Gaules, 1. VIII, p. 300.

A'on longe quippe iU [de La Réole] abest pialatium ipsius magni pn'ncipis Cassinogilum, sed quasi triius milliaribus.

AiaoïN, Vita sancti Ahlonis, § 20, Muînu, t. CXXXIX. c. 409. C. Hist. des Gjtilss, t. IS, p. 138; I. X, p. .338.

L'importance historique de Cassinogihm a été considérable pendant deux siècles : la villa fut la vraie capitale de l'Aquitaine carolingienne : ce qui s'explique quand on songe à sa merveilleuse situation au croisement de la Garonne et de la grande route d'Espagne (cf. Voies romaines). Elle était réellement immense et devait s'étendre jusqu'à Caudrot (localité regalihus cdijiciis olim, sicut apparet, constmctum, comme dit un document de 1285 que me signale M. Ducaunnès-Duval, Arch. hist., XV, p. 539), ce qui justifie eu partie l'attribution de Cassinogihm à Caudrot, faite par M. Ch. Grellet-Balguerie {Les deux églises, par L.-Charles Bal, 1862, inf% et Journal de Lacaur, n° 1435) (*).

Les localités de Fines et de l'res Arbores, mentionnées par les Itinéraires (cf. plus loin), doivent être cherchées dans le Bazadais.

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