‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 62 sur 156 · XIX« SIÈCLE · texte numérisé non relu

XIX« SIÈCLE

Nous réunissons ici les inscriptions fausses ou supposées, fabriquées ou attribuées soit à Bordeaux, soit à une localité du département de la Gironde.

L'élément apocryphe de l'épigraphie bordelaise n'est plus représenté aujourd'hui que par des fantaisies imprimées ou manuscrites : les inscriptions soi-disant de Bordeaux faites d'après l'antique, au xvi« ou au xix° siècle, ont complètement disparu. Toutefois, on ne peut encore, en toute sûreté, se fier aux monuments conservés dans nos galeries : car le département leur a fourni les fausses lampes mérovingiennes de La Réole (n°'' XXI-XXV), œuvres de la génération présente.

On n'a malheureusement fabriqué des inscriptions sur pierre, sur poterie ou sur bronze qu'à deux époques, à la Renaissance, et de nos jours ; l'inscription d'Ausone (n° III), le soi-disant cachet de Néron (n° V), le camée de Messaline (n° VI), ont réellement existé, peut-être aussi la longue épitaphe de Soulac (n° IV). La première et la dernière sont dues à des amateurs bordelais, la seconde (n" V) est moins une falsification qu'une imitation artistique de l'antique. Voilà pour le xvi'' siècle. Le XIX® n'a rien produit d'aussi littéraire ni d'aussi ingénieux dans ses essais de tromperie : ce qu'il donne à l'épigraphie fausse est misérable et sans goût. Les hommes de la Renaissance travaillaient avec intelligence, même quand ils le faisaient sans conscience, et à cet égard l'épigraphie fausse est un chapitre intéressant de l'histoire du mouvement littéraire et artistique à Bordeaux.

On pourrait grossir aisément le nombre des faux sur pierre dus aux savants de la Renaissance en y ajoutant quelques-uns des monuments réunis par Florimond de Raymond, qui peuvent éveiller les soupçons des épigraphistes trop défiants: la dédicace à Jupiter portant le nom d'Antinous (n° 6), le monument élevé à l'empereur Hadrien (n° 28),

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peuvent avoir été gravés pour établir le passage à Bordeaux du prince et de son favori; de fait, un moderne amateur avait ajouté à l'inscription d'Antinous une étoile symbolique, pour bien montrer que cet Antinous était vraiment celui qu'on avait mis au rang des dieux (cf. 1. 1, p. 23). De même, la dédicace à Mithra (n° 16) est peut-être le fait d'un archéologue à demi érudit. De même encore, il est fâcheux pour notre tranquillité que l'épitaphe de Julius Lu^ms ait été trouvée rue du Loup (n° 133), celle de Julia Paulina dans le quartier de Puy-Paulin (n° 122), et que Scdatus ait été représenté avec le livre du professeur (n°296), ce qui fait songer à son homonyme de l'Université de Bordeaux. Mais tous ces indices sont superficiels : prise isolément, chacune de ces inscriptions porte en elle-même un caractère d'authenticité indéniable; seules, les circonstances au milieu desquelles elles ont été trouvées peuvent éveiller de légères craintes, que rien ne justifie d'une façon absolue. Nous avons donc cru devoir les classer, et sans aucun scrupule, parmi les inscriptions authentiques: il vaut mieux absoudre six coupables que de condamner un innocent.

Les autres inscriptions fausses, pour ne pas tenir compte de la plaisanterie racontée par Bernadau (n" XIX) et du produit de l'ignorance d'un contemporain (n" XX), sont ou l'œuvre de la pieuse imagination de chroniqueurs du moyen âge (n"^ I et II), ou d'aimables pastiches d'érudits (n° IV), ou la création d'un homme dénué de tout scrupule (n»^ VII-XVIII); le dernier groupe est malheureusement le plus nombreux : il est vrai que toutes les inscriptions qu'il renferme sont l'œuvre du seul de Beaumesnil.

Nous classons les inscriptions fausses suivant les dates oîi elles ont été imaginées, et non pas suivant l'ordre logique adopté pour les inscriptions authentiques. Car si l'épigraphie fantaisiste ne nous apprend rien sur l'époque romaine, elle est utile et intéressante à étudier, comme nous venons de le dire à propos de la Eenaissance, pour la connaissance des différentes périodes littéraires où elle a été cultivée.

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