‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 8 sur 156 · ÉPITAPHES D'ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

ÉPITAPHES D'ÉVÊQUES

Léonce I"'

La poésie suivante, composée par Venance Fortunat, a été destinée, S48 comme le prouve le troisième vers, à servir d'épitaphe au tombeau élevé par un personnage nommé Théodose (TJieudosius) àLeontius, évêque de Bordeaux. Le ce Leontius nous ne savons qu'une cliose en dehors de ce que nous apprend l'épitaphe, c'est qu'il signa, en 541, le quatrième concile d'Orléans (i). Fortunat nous dit qu'il ne le cédait à personne en noblesse (mdïi de nohilitate semindtis), qu'il fut l'objet de la faveur des rois (fi'inciinbus canes) et qu'il mourut à l'âge de cinquante-sept ans.

Le Proprium Sanctorum de l'église de Rodez veut qu'il soit mort et qu'il ait été enterré à Saint-Léons, dans l'Aveyron : cela ne paraît guère vraisemblable et cette opinion a dû prendre naissance à la suite de la conformité des noms.

La question de savoir si Leontius est au rang des saints et s'il est vrai que sa mémoire ait été célébrée à Bordeaux autrefois, le 21 août, est fort controversée parmi les hagiographes ; Lopes prétendait en 1668 n'en savoir rien et les Vies des Saints du diocèse de Bordeaux de 1723 (Bordeaux, 1723, in-8), ne parlent pas davantage de saint Léonce I""". Nous ne trouvons rien non plus sur lui dans les anciens Pro])na du diocèse de Bordeaux. S'il a été honoré comme saint ici, la tradition de son culte a dû s'y perdre avant le xvi^ siècle (^).

(') Leontitis in Cliristl nomine episcopus Ecclesiae Bwiegalensis, consensi cum miiversis comprmincialilus mets, indictione IV, Basilio V. C. consuls (Sirmond. Concilia antiqtia Gàlliae, I, p. 268). (-) Csuard et ses édiljurs du xvi" siècle ue le couQaisseai pas cC. Mig.ne, Patr. Ut., t. CSXV, col. 383.

848 Epitaphium Leonti episcopi auierioris civitatis Burdegalensis.

Ultima sors avido graviter prnperavit hiatii,

Pastorem rapiens qui fuit arma gregis.

Hoc recubant tumulo venerandi membra Leonti,

Quo stetit eximium pontificale caput.

s Quem plebs cuncta gemens confusa voce requirit :

Hinc puer, hinc juvenis defiet, et inde senes. Defensoris opem hic omnis perdidit aeias,

Et quantum coluit nunc lacrimando docet. Nemo valet siccis oculis memorare sepultum, 10 Qui tamen in populo vivit amore pio.

Egregius, nulli de nobilitate secundus,

Moribus excellens, culmine primus erat.

Hic pietate nova cunctis minor esse volebat :

Sed magis liis meritis et sibi major erat. i'j Quo praesente viro meruit discordia pacem,

Expulsa rabie corda ligabat amor.

Ecclesiae totum concessit in ordine censum

Et tribuit Christo quod fuit ante suum; Ad quem pauper opem, pretium captivus habebat, 20 Hoc proprium reputans quod capiebat egens;

Cujus de terris migravit ad astra facultas,

Et plus iste Deo qiiam sibi vixit homo. Cordis in amplexu retinens et pectore plebem,

Diceret ut populum se générasse patrem.

2;i Namque suos cives placida sic voce monebat,

Confitereris ut hune ad sua membra loqui. Ingenio vigilans, dives qiioque dogmate Christi,

Et meruit studio multiplicare gradum.

Largior in donis absens sibi junxit amantes : 30 Et quo non fuerat, munere notus erat.

Principibus carus hujusque amor unicus urbis,

Festinans animis omnibus esse parens.

Lustra decim pollens, septem quoqiie vi.xit in annos;

Mo.x urguentc die raptus ab orbe fuit.

3s Sed quis cuncta canat, cum tôt bona solus habebat?

Nunc wio in tumulo plurima vota jacent. Haec tibi parva nimis cum tu merearis opima,

Carmina Theudosius praebet amore tuus.

Texte emprunté à l'édition Léo et établi à l'aide de dix manuscrite.

Var. —2"^ vers : arca, ms. R. — 4' : capud, ms. R. — 5" : requirel, mss.C, P [S'-Péters-

bourg-, XIV 1 /], M et D [Bibl. nat., lat. 9347]. —Ô» : senex, mss. B [Bibl. uat., lat. 8090] 848

et L [ms. de Laon 469]; senis, ms. A. — 7»: kinc, mss. A, G, B, L et F. Omnes, mss. C, P et M. — 10« : oivet, mss. A, M, D et G. — 15« : qui, mss. A et F. — 17» : eclesiac, ms. C. Cessum, mss. D. — 19^ : at mss.. A, D et B. — 27" : docmate, ms. P. — 29« : juncxit, ms. R; unxit, ms.C. — 3P : hujus anior, mss. A, M,D et G. Orbis, ms. L.— 33« : decim, dans sept mss.; deceni, dans trois, accepté par tous les éditeurs. — 34": urgente, ms. L, accepté par Brower, Luchi et Le Blant. Rabtus, ms. M. Urbe, dans huit mss. — 38"> : Tliaodosius, mss. D, G, B; Teudosius, ms. L; Theusius, ms. F; Theudosiosus, ms. P.

Bibl. — Venanth Fortunat! Carmina, 4, 9.

Voyez, sur cette pièce et la suivante, et par conséquent sur la vie des deux Leontius, les ouvrages suivants : Brower et Luchi, notes à leurs éditions de Fortunat (la seconde réimprimée dans Migne, Patrol. lat., t. LXXXVIII, c. 161-163); — Le Blant, n" 585, t. II, p. 373; — Savaron, notes à son édition de Sidoine Apollinaire, p. 173; — Liruti, Letteratl del FrluU, t. I, p. 132; — Castalius, notes à son édition de Rutilius Namatianus, p. 66; — Maynard, De sancto Fortunato, p. 23 ; — [Chastelain], Marti/rolo;:/e universel, p. 702 et 721; — Du Saussay, Martyrologium gallicanum, t. II, p. 883, 884 et 1160; — Acta Sanctorum, 21 août, t. IV, p. 442; — Dictionnaire hagiographique, t. II, col. 256; — Officia propria dioec. Burdig., pars aestiva (1855), p. 42; — Proprium Sanctorum de l'église de Rodez dans L Aquitaine du 29 mars 1779, p. 229; — Bauonics, Annales, t. VII, p. 556 (t. X, p. 253 de l'édition avec les notes de Pagi); — Le Cointe, Annales, t. I, p. 600-602; t. II, p. 89; — Bajole, Histoire sacrée d^ Aquitaine, p. 155; — Dutems, Le Clergé de France, t. II, p. 188; — Chenu, Archiepiscoporum historia, p. 413-414; — Robert, Gallia christiana, p. 63; — Sc^evola et Louis de Sainte-Marthe, Gallia christiana, 1. 1, p. 199; — Denis de Sainte-Marthe, Gallia christiana, II, c. 793- 794; — Longdeval, Histoire de l'Église gallicane, t. II, p. 463; — Fleurï, Histoire de l'Église (in-4), t. VII, p. 534; — Oihenart, p. 434; — Alteserra, t. II, p. 23; — Vingt, Discours, 2« éd., § 92; — de Lurbe, Chronique (éd. de 1672), p. 5 y°; — Lopes, L'Eglise métropolitaine, p. 171-178; — Devienne, Histoire, t. II (1862), p. 11-13; — Baurein, t. III (éd. Méran), p. 133; — Jouannet, Statistique, II, n, p. 104; — Caudbran : 1» Saint Léonce; 2» L'Aquitaine du 29 mars 1879, p. 229; du 10 mai 1879, p. 333; — Callen, réimpression de Lopes, t. II, p. 123.

Le monument a été élevé par les soins d'un prêtre nommé Thcodosnts qui a sans doute chargé Fortunat d'en faire l'épitaphe.

Remarquez l'orthographe Thcudosius .• c'était l'orthographe courante au v^ et au vi^ siècle :

Teudosium parvum quem 'pura mente parentes Optàbant sacro fontes M'ptesmate tingui,

dit une inscription du v« siècle de la Provence ; Theuderice tuo vixit amore pio, porte une autre pièce de Fortunat (4, 4).

La banalité de cette épitaphe est étonnante. Fortunat a consacré 38 vers à l'évêque Leontius, sans nous apprendre rien d'important sur ce qu'il a fait durant sa vie, si ce n'est qu'il a vécu cinquantesept ans.

Léonce II.

849 Nous connaissons mieux la vie de Léonce II que celle de son homo-

nyme et prédécesseur, g-ràce aux poésies de Fortunat, qui fut son ami (4. 10, V. 18). C'était un homme d'origine sénatoriale, membre de la noblesse des clarissimes {de sanguine patrum, id., v. 9). Il naquit dans la province d'Aquitaine {gcmdt radieras Aquitanicus axis, 1. 15, v. ]).sans doute à Bordeaux (id., v. 67 et 68), fit eu 531 la campag-ne d'Espagne, étant encore fort jeune (parviis annis, id., v. 8) ('), épousa Placidina, fille d'Arcadius et descendante de l'empereur Avitus {id., v. 95), et fut nommé évé([ue de Bordeaux. Sa nomination est antérieure à 549, puisqu'à cette date Léonce se fit représenter au cinquième concile d'Orléans (-). On le voit assister ensuite .au second concile de Paris, en 555 (^), au troisième concile de Paris, en 5.57 ('); en 563, il provoque la réunion d'un concile à Saintes pour déposer Emerius, évêque de cette ville, ce qui lui attire une violente persécution de la part de Charibert (■'). Il dut mourir peu après ; car, comme le remarque Lopes, il ne vécut que cinquante-quatre ans (Fortunat, 4, 10, v. 23), et devait avoir déjà seize à dix-huit ans en .531, quand il combattit en Espagne; ce qui le fait naître vers 515 ou 513. Ce fut, si nous en croyons les poésies que lui consacre Fortunat {^), un des plus illustres évêques de son temps, la gloire de Bordeaux {Bihrdegalense dccus, 1, 15, v. 68), le médiateur des rois {placalat reges, 4, 10, v. 21), et le bienfaiteur de l'Église. Son grand mérite semble avoir été surtout l'emploi généreux qu'il faisait de ses richesses immenses; il consacra toute sa fortune à embellir, réparer, restaurer les temples de son diocèse et des diocèses voisins et à construire de nouveaux sanctuaires (1, 10, v. 41-92) : ce

(i) Voyez sur celle cnnipaiîne fiRtaoïRE dk Tolrs, Hisloria Franconim, 3. 10.

l') SinMfiND, Conrilia aniiqna Oalline, p. 586.

(3) SiRMOND, Concilia antiqnu GiiUiae, p. 302.

(•) SiBMOND, Concilia anhqva Qallltie, p. 3-27.

{') GKÉGoinF. iiE Tijins, Hisioria Francnrum, 4, 2'>.

(6) Voyez (le FimTiiNAT, oulre lépilaplie que iiiuis donnons iei, les pièces De Leontio episcopo, 1,15; Hymnus de Leontio episcopo, l, 16; les dédicaces de Saiul-.\I;iiliii (1,6: cf. noire il- 817), de S.iinl-Denis, do Sainl-N.izaire, île S:iiul-Vinceiil. de Verneiiielis (1,11, 10 cl 9 : if. notre V» ]mrlie), du c;ilice |l, l-i : cf. IV' p irlie, m), de S:.inl-ViiicciU iiUra Gmonnam (1.8), de Saiiilc-Bihiane el de Sninl-Kulrope île S^iuiles(l,12 cl 13), la poésie Ad Placidinam (1, 17), les pièces sur les villas de Léonce, Bissomm, Vaeginis cl Pr««mittcvmW. 18, 19 et 20).

■ KPITAPHES CHRÉTIENNES. 17

lut, comme on peut le voir par les pièces de Fortunat, le plus grand bâtisseur du sixième siècle.

On a dit que la mémoire du second Léonce était célébrée autrefois à Bordeaux le 15 novembre. Nous n'en savons rien : « Cette feste nous » est aussi inconnue que celle du précédant archevesque», ditLopes.De même, les Vies des Saints dtc diocèse de Bordeaux, de 1723, ne connaissent pas plus son nom que celui du premier Léonce (*). Mais depuis 1853, l'Eg-lise de Bordeaux a, sur l'initiative du cardinal Donnet, inscrit la fête de « saint Léonce, évêque et confesseur », au onzième jour de juillet.

Epitaphium Leonti episcopi sequeulis ch'itatis Burdegalensis .

Omne bomim velox fiigitivaque gaiidia mundi;

Prosperitas hominum quam cito rapta volât! Mahteram potins ciii carmina ferre salutis,

Perverse veto Jlere sepidchra vocor.

5 Hoc recubant tumiilo venerandi membra Leonti,

Qiiem sua pontijîceni fama sub astra levât. Nobilitas altum ducens ab origine nomen,

Qiiale geniis Romae forte senatus habet;

Et quamvis celso flueret de sanguine patrum,

10 Hic propriis meritis crescere fecit avos :

Regum siunmus amor, patriae caput, arma parentnm,

Tutor amicorum, plebis et urbis honor, Templorum ciiltor, tacitus largitor egentum,

Susceptor peregrum distribuendo cibuni.

15 Longius extremo si quis properasset ab orbe,

Advena mox vidit, hune ait esse patrem; Ingenio vivax, animo probus, ore serenus.

Et mihi qualis erat pectore fiente loquor. Hune habuit clarum, qualem modo Gallia millum; '20 Nunc hiimili tumulo culmina celsa jacent.

Placabat reges, recreans moderamine cives:

Gaiidia tôt populis, heu ! tulit iina dies. Lustra decim felix et quattiior insuper annos

Vixit, et a nostro lumine raptus obit.

25 Funeris officium, magni solamen amoris,

Dulcis adhuc cineri dat Placidina tibi.

Texte donné par l'édition Léo et établi à l'aide de dix manuscrits.

"Var. — 6» vers : volât dans le ms. L. — 9» : fuerat, mss. B. et L. — 15e ; urbe dans 1*

(*) UsuAnD et ses édi leurs ne le connaissent pas. Migne, (. CXXIY, col. 695. INSOH., T. II.

18 INSCRIPTIONS KOMAINES DK liORDEAUX.

849 moitié des mss. — 23«: deccm ne se trouve que dans le ms. L. Léo et les autres éditeurs

ont imprimé dccem. Quatuor, ms. G. — ii": aurorac lamine dans les éditions de L'nowEU et de Lucni. — 25" : solainina, ms. C.

Bibl.— Ven.\ntii Fortcnati Carmt'na, 4,10. — Cf. les éditions deBROWEn et de Lcciii, et Le BlAîJT, t. II, p. 375, n° 586.

Pour la bibliographie de la vie de Léonce II, voyez page 15.

« Au début de l'épitaphe, Fortuuat fait allusiou à ses nombreuses » cpîtres en vers. La composition de cette pièce porte au plus haut » degré la marque du laisser- aller qui caractérise les productions » du saint évêque ; le cinquième , le dixième . le onzième et le «treizième vers se retrouvent ailleurs dans ses œuvres; le premier » liémisticlie du dix-huitième est emprunté à l'Enéide (2, 274) » (Le Blant).

Le cinquième vers :

Hoc reculant tumuïo venerandi menibra Leonti,

indique que la pièce était destinée à être gravée sur le tombeau de Léonce, quoiqu'il soit fort possible qu'elle ne l'ait jamais été. C'est ce même A^ers qui a servi à l'épitaphe du premier Léonce (cf. p. 14, vers 3).

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