‹ Inscriptions romaines de BordeauxChapitre 81 sur 156 · III? SIÈCLE · texte numérisé non relu

III? SIÈCLE

détails plus précis : les moellous de pierre dure qui en forment la seconde couche sont carrés et n'ont pas plus d'un demi-pied de hauteur; les briques sont au nombre de quatre ou cinq ou même plus par chaque rangée, ce qui, dit-il, « ajoute à la construction infiniment de » grâce : c'est ainsi qu'est bâti l'amphithéâtre de Gallien » (').

Deux siècles après Vinet, Baurein, Lebeuf et Devienne ont parlé dans les mêmes termes, quoique d'une façon infiniment moins nette, de la muraille de Bordeaux. De notre temps, Jouannet en a étudié les fondements avec un soin extrême ; il les a reconnus en particulier au couchant de la rue Guillaume-Brochon, derrière les maisons du cours de l'Intendance. « On a mis à nu et exploré », a-t-il noté en septembre 1826, « un blocage sans chaux ni ciment, composé de pierres du »plus grand appareil, entremêlées de cippes, de petits tombeaux et » de fragmens de plus grands monumens, le tout disposé par assises » régulières, autant du moins que le permit à l'époque l'irrégularité des » matériaux employés. Le blocage était revêtu extérieurement de » pierres énormes, posées par assises et sans ciment » (*). En 1860, M. Drouyn prit (^) du mur romain de la rue des Trois-Canards un dessin qui est la plus fidèle reproduction que nous en possédions, à ma connaissance, et que nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici [planche VIII]. Plus près de nous encore, Sansas a décrit avec une rigoureuse minutie la muraille découverte au nord du cours d'Alsace-et- Lorraiae, lors des démolitions nécessitées par le percement de cette voie, qu'on désignait autrefois sous le nom de voie du Peugue. Les paroles suivantes, écrites en 1865 lorsqu'on détruisit les maisons qui longeaient au midi la Cathédrale entre la place Saint- André (eu face la rue Pèlegria) et la rue Duffour-Dubergier, sont, sans contredit, ce qui a été dit, depuis Vinet, de plus net, de plus précis, de plus détaillé sur le mode de construction de la muraille : « Jusques à une hauteur d'environ » deux mètres au-dessus du sol de la rue, le mur d'enceinte était formé » d'un amas de pierres de grand appareil, ayant appartenu primitive-

(•) Hoiiim murorum materia est, in fundamentis gpidem magnat qtiadrata saxa, in reliquaparte, lapides forma quairata, semipede non altiores : qnorum exactos ordines, aîii per tolam mûri altitudinem quaterni, quint, pUiresve interjacent cocti lateris ordines: vnde opus multo vmnstius elucet. QuaUs est Amphitheatri Burdigalensis strvcturae ratio {SinET , Commentarii in Ausonitim, § 208, in fine).

(S) Jouannet, Académie. 1827, p. 127.

(') A la hauteur des u"' 17 et 15 de la rue des Trois-Canards, vers les n»' 103 el 111 du cours d'.\l3;ice-el- Lorraiue ; démoli en 1S68 eu même leoips que l'immouble Beauvalloa (Obodyn, Archives historiques, t. I, p. 425).

286 INSCRIPTIO?fP ROMAINES DE BOUDEAUX.

» meut à des constructions somptueuses, telles que palais, temples, » tombeaux, fontaines, etc. Toutes ces pierres, simplement juxtaposées » sans être liées par du mortier, servaient de support ou de soubasse- » ment à une muraille, épaisse d'environ cinq mètres, composée de » petits moellons noyés dans un bain de mortier d'une qualité supé- »rieure; l'ensemble de la construction formait une sorte de monolithe » (jue les propriétaires riverains avaient percé et creusé de toutes les » manières pour ag-randir leurs logements, former des escaliers, établir » des murs de refend ou séparatifs, en taillant à droite et à gauche dans » l'épaisseur de la muraille, sans se préoccuper de la direction primitive » donnée à la construction. La face extérieure de l'enceinte était revêtue, » au-dessus du soubassement, de pierres dures, taillées à petit appareil » allongé avec des rangées de trois fortes briques superposées. Ces » briques, placées seulement j^our former décor, n'avaient qu'environ 0"12 » de large, et s'engageaient conséquemment très-peu dans la construc- » tion » ('). En cet endroit, des pierres qui servaient de base à la muraille mesuraient jusqu'à 2'"10 de large, 0,95 de hauteur, et 0,63 de profondeur (2): dimensions colossales que M. de Mensignac a retrouvées, en 1871, chez les blocs qui servaient de soubassement à une demitour (3) de la façade orientale. Ce sont, je crois, les plus fortes qu'on ait encore constatées dans les matériaux de la muraille. «La cohésion » des matériaux est telle, qu'on a creusé dans l'épaisseur du mur des » cages d'escalier et des logements comme on aurait pu le faire dans » la roche compacte » (*).

Ailleurs [cf. le dessin de la p. 287| (^), Sansas a mesuré 6 mètres pour la hauteur du soubassement. 2'"60 pour celle du mur en petit appareil : ce qui donnerait au minimum 9 mètres pour la hauteur du rempart if), mais il est probable qu'il ne faut pas songer à une hauteur de beaucoup supérieure, puisque Grégoire de Tours (ici, p. 289) donne trente pieds au rempart similaire de Dijon. La largeur paraît en avoir varié de 4 à 5 mètres. L'aspect extérieur de la muraille, — précisément de la portion dont les mesures nous sont données ici par Sansas, — est très agréa-

l'I It PfogHs, in, p. W,\SociHt archéologique de Bordeaux, V, p. 170.

(î) Le Progrés. Ul, p. 499; Société, V, p. 178.

(3) Société archéologique, VII, p. US.

\*)>>i.»SKa,ia Gironde du 12 niiii ISG'i; Société archéologique. \V. p. 177.

l») A l'etulroil oii a été b;Uio depuis l;i inaisun n» 123 (lu cours iJ'Als.nce-cl-Lcrrainr.

(«) Le Progrés, V, p. 169; Société aickéologigue, VII, p. 159.

COMMENT LES IXSCRIPTIONS ONT ETE CONSERVEES.

blement rendue par uu joli dessiu fait sur les lieux en 1866 par notre collègue Léo Droujn, et que nous empruntons à son grand ouvrage sur la topographie de Bordeaux (').

LE MUR ROM Aïs, COURS L AL3\CE-ET-L0BRAINE.

Le soubassement en pierres de taille s'élevait, on le voit, de 2 mètres au-dessus du niveau actuel du sol : 4 mètres étaient enfouis sous la terre. La muraille était posée sur le sol presque sans fondements. C'est derrière les blocs énormes que nous apercevons, à gauche au premier

(1) Bordeavx vers 1450, paga 89.

plan de ce dessin, qu'étaient disposés les matériaux empruntés aux édifices romains, et en particulier les pierres qui nous ont fourni nos inscriptions (').

Cette muraille n'a pas été construite, évidemment, dans un â^-e de décadence. Ces blocs gigantesques, soigneusement disposés en assises régulières, ces moellons si bien taillés, alternant avec des rangées de briques, ce mortier compact et dur comme la pierre (^). tout révèle un temps où l'art de bâtir était encore en pleine splendeur. Tous ceux qui ont vu le rempart ont reconnu à la fois la force de résistance et l'élégance de la construction. Il formait une masse gracieuse à la \Tie, solide à l'attaque. Il u'y avait que les Romains pour bâtir de cette manière. Personne n'admettra sérieusement, comme le fait dom Devienne, que la muraille date du x* siècle (^). Même au début du v^ siècle, je ne crois pas que l'on ait eu un seul instant, en Gaule, au beau milieu des invasions, le temps, l'argent et l'habileté nécessaires pour élever un tel monument.

L'enceinte de Bordeaux n'est pas une construction unique en son genre, bien loin de là. Déjà Vinet remarquait les analogies qu'elle présente avec celles d'autres cités de la Gaule : « De pareille matière, » et structure, se voient encores auiourd'hui prou de demourans de » murailles de ce vieil temps la par la Gaule et ailleurs. Il me souvient » en auoir veu à Eure en Portugal ; mais sans soi-tir de nostre roiaume » vous en trouuerés a Baïonue, Acs, Saintes, Poitiers, Tours, et Paris. » le di a Paris au logis, qu'on appelle de Cluny, près la rue de la » harpe > (*). C'est un fait entièrement admis aujourd'hui, que les remparts romains des villes du nord, du centre et de l'ouest de la France ont été tous bâtis à l'aide des mêmes matériaux, au moyen des mêmes procédés, et qu'ils appartiennent tous à une même époque. Grégoire de Tours nous a donné, dans son Histoire des Francs, une exacte description des murs de Dijon, construits, comme il nous le rappelle, par l'empereur Aurélien; on dirait, à s'y méprendre, qu'il

(<) La voie est celle du Peugiie; à droite la porte rojcanan, démolie eu 1867; a gauche, lomur romain, sur leoiplanemeDl des n»' lîll et 1Î5 du cours d Alsace-el-Lorraine.

(') Sur le ciment romain de Borde-ius, rf. Coiirau, Société archéologique, I, p. 49.

(5) De\ienne pensait iiue les murs de Bordeaux avaient été rebâtis, après le départ des Normands, très exactement sur la ligne et sur remplacement des murailles romaines, mais avec de nouveaux maltriaui, empruntés aux éditices anciens, Eelairtissemtns, p. i8 ; Histoire (réimpression), p. ixi et p. îfl.

(«) Antiquité de Bourdeaus, i 43.

COMMENT LES IN SCRI PT 1 ONIS ONT ÉTÉ CONf?Ea VÉES . 289

parle de ceux de Bordeaux : « Le rempart», dit-il, « est percé de quatre » portes qui correspondent aux quatre côtés du ciel : trente-trois tours » décorent l'ensemble de l'enceinte. Le mur est bâti de pierres carrées » jusqu'à la hauteur de 20 pieds ; le sommet est en petites pierres, sa » hauteur totale est de 30 pieds, sa largeur de quinze »('). De Caumont a décrit ou figuré, dans son Abécédaire d'archéologie, des fragments de murailles empruntés aux villes les plus éloignées, à Beauvais, au Mans, à Dax, à Périgueux. « et tous ». dit-il, « ont montré le même système... » Partoiit on a placé dans la partie inférieure des murs les pierres de » grand appareil provenant des grands édifices, et le reste a été cons- » truit en petit appareil avec chaînes de briques». « Je signalais»', dit-il ailleurs, « dans presque toutes nos villes gallo-romaines, Sens, Le A Mans, Bourges, Dijon, Châlons, Bayeux, jRennes, Vannes, Brest, » Nantes, Angers, Tours, Poitiers, Bordeaux, Périgueux, Dax, Bayonne, !» et dans bien d'autres localités encore, l'existence d'un castrurn, dont » les murs sont en grande partie formés de matériaux sculptés des » II'' et iii^ siècles, fûts de colonnes, frises, chapiteaux, tombeaux, etc. ». De Caumont fixe au règne d'Honorius, «peut-être un peu plus tôt», « l'exécution de ces grandes mesures de défense qui doivent avoir été s générales » (^).

Cela, à première vue, paraît possible : on a dû bâtir de cette manière dans la Gaule impériale jusqu'aux derniers temps de l'empire. On a comparé, et l'analogie s'impose, le mode de construction de ces remparts à celui de notre Palais-Gallien, qui paraît du milieu du m" siècle, ou à celui des thermes de Paris, attribués à Julien l'Apostat; il suffit de connaître tant soit peu l'archéologie de nos cités gauloises pour attribuer une date voisine de celles-là à la construction de la muraille de Bordeaux et de toutes les murailles similaires, pour la placer entré le milieu du iii« siècle et la fin de la domination romaine. ■Pourrons-nous arriver à une date plus rigoureuse pour le rempart de Bordeaux?

(i) Q.:idltiioy forlae a quatluor plagis mtiKài iunt posifae, toUimgue aedificimn trigvUa t. es tarres cxornant, tmi'nis rero illt'us âe ipiadris lapidiàvs usgue in viginii peilcs, desuper a minuta lapide aediftcatmn haicfui-, haiens in allum pedes triginta. in latopedes Quindeam (Grégoire de Tours, Historia Francorum, 3, lll).

T^j Alécidaife d'ai-cticologle (ère gallo romaine), i' ûililiou (1S70), pages 6il el L--23.

Étendue et dimensions de la muraille.

On sait que la muraille romaine de Bordeaux formait ua rectangle à peu près régulier [cf. la planche IX] ; «Les remparts romains», dit M. Drouyu, « suivaient le côté septentrional du cours d'Alsace -et- » Lorraine, depuis la place Rohau jusqu'au sud-ouest de la place du » Palais; d'oîi, prenant à angle droit la direction du nord, ils traver- » saient le pâté de maisons formant l'extrémité occidentale de cette » place, passaient entre les rues des Bahutiers et des Argentiers; cou- » paient cette dernière rue en diagonale, et l'église Saint-Pierre en deux » parties à peu près égales [M. Drouyn ne tient pas compte dans cette » partie du tracé du chenal du port intérieur, et il semble avoir raison » de le faire, car le chenal, traversant la muraille à l'aide de la « Porte » Navig'ère », ne devait pas interrompre le rempart], passaient dans les » maisons qui séparent la rue de la Vieille-Corderie [rue Leupold] de » l'impasse Saint-Pierre [Vinet a reconnu des parties de la muraille rue » des Faussets, jusqu'à Saint-Pierre, Antiquité, 49], traversaient l'extré- > mité de la Bourse, reprenaient encore, à angle droit, la direction de » l'ouest ; traversaient les maisons qui bordent le côté sud des rues du » Pont-de-la-Mousque, de la Maisou-Daurade et Chaumet, et, plus loin, » celles qui bordent le même côté du cours de l'Intendance, jusqu'au » milieu de la rue de la Vieille-Tour ; d'où ils venaient rejoindre, en ligne » à peu près droite, le point de départ, en traversant les maisons qui » bordent le côté oriental de la rue des Remparts et la place de l'Hôtel- » de-Ville. Ils laissaient un espace de quelques mètres entre eux et la » façade occidentale de l'église Saint-André ».

Ces murs étaient flanqués de tours, rondes aux quatre angles, demicirculaires sur les façades, du côté de la campagne; M. Drouyn en a supposé 46 : 13 sur les grands côtés, 8 sur les petits côtés et les 4 tours d'angle, à une distance de 20 à 25 mètres l'une de l'autre. Ils étaient percés, peuse-t-il, de 14 portes [Vinet, si 51, en suppose 18 avec moins de raison] : 4 sur chacun des grands côtés, 3 sur chacun des petits, toutes symétriquement disposées. L'une d'elles, la « Porte Basse » (t. I, p. 602 et s.), conservée jusqu'aux premières années de ce siècle,

et connue par de nombreux dessins, peut donner une idée exacte des portes du mur romain (').

En somme, le rempart romain était un rectangle à peu près régulier, et exactement orienté de l'est à l'ouest; il mesurait, d'après Vinet {^), 230 toises en largeur sur 372 en longueur, ce qui correspond aux mesures que donnent Jouannet {Siatistiqve, I, p. 419), — 720 mètres de long et 450 de large, — et M. Drouyn, — 725 mètres de long, de l'est à l'ouest, et 450 de large, du sud au nord.

Le périmètre total serait donc de 2,340 à 2,350 mètres. C'est un peu moins que le circuit de la muraille romaine de Poitiers, qui. d'après les mesures données par M. Ledain, aurait 2,600 mètres, et que celui des remparts de Sens, qui, d'après Lallier, serait de 2,500. En reyanche, il semble supérieur à celui de l'enceinte de l'autre métropole de l'Aquitaine, Bourges, qu'on a évalué à 2,100 mètres (^). La muraille de Périgueux mesurait 975 mètres au maximum, celle deBeauvais, l,270mètres. Je tiens à donner ces chiffres, pour montrer qu'ils peuvent fournir d'intéressants renseignements sur l'importance relative des cités de la Gaule à la fm du iii° siècle.

Comme toutes ces citéS;, celle de Bordeaux formait, ainsi que le dit de Caumont, une sorte de castrum, c'est-à-dire, suivant le sens que les grammairiens du bas empire donnaient à ce mot, une ville régulièrement et complètement fortifiée. Or, c'est très fidèlement l'aspect que présentait le Bordeaux du temps d'Ausone, si nous en croyons les vers célèbres consacrés par le poète à sa ville natale :

Quadrua muroi'um species, sic turrihis altis Ardua, ut aerias intrent fastigia nubes ('').

(<) Dbouyn, page 5 et suivantes: sur la Porte Basse, p. 48; sur les tours romaines, p. 101. Nous reviendrons sitr quelques-unes de ces portes et do ces tours quand nous étudierons Thistoire des démolitions de la muraille et des découvertes épigraphiques.

(') Discours, § 66. — Chez Devienne, Histoire, 1" éd., p. xiii, réimpr., 1. 1, p. xxii, je trouve 370 loises sur •US). ■

(3) Ledain, Mémoire sur Venceinle gallo-romaine de Poitiers {iS12, Poitiers, in-S», et un vol. de planchesl, p. 45; Lallier, dans le Congrès archéologique de Sens, 1847, p. të; de Saimt-Hippolyte, dans les MOnoiies de la Société des Antiquaires de l'Ouest, année IS4I, p. 1 10. Wlghin de Taillefer ne donne que 49J luises au maximum à l'enceinte de Périgueux (Antiquités de Vésone, l II, p. 175). Cf. Barraud, Bulletin monumental, I. XXVII, p. 58 (Beauvais); Potiier, Bulletin de Borda, 1887 (Uax); de Lauhière, Congrès archéologique <iei8S4, p. 171 et s. (Saint-Lizier); Bladé, La Notempojiulanie dejcuis l'invasion des Bariares, p. 9 (pour toutes les villes de la Gascogne), etc., etc.

\*) AusoNE, Ordo urUum noUlitim, vers UO-141. Comparez à cette expression > quadrua murorum sfecies» celle dont se sert lévèque .Vnselme d'Havelberg pour décrire l'enceinte de Reims [Bulletin (pigraphique, l. III, p. 117), lûngis et lotis mûris firmata qiiedraiis.

292 IXSCUIPTION.S ROMAINES D !î B 0 lUJ E V U X .

« Le carré de ses murailles élève si haut ses tours altières, que leurs » sommets entrent dans les nuages ».

Il n'est g-uère permis de douter que le rempart décrit par Ausoue ne soit celui dont nous avons parlé jusqu'ici. Celui-ci, en eifet, ne peut être postérieur à la mort du poète, qui arriva sans doute entre 394 et 400, car il faudrait en retarder trop la construction. Les remparts d'une ville ne disparaissent pas sans laisser des traces de leur passage : que serait devenue la masse gigantesque qu'Ausone faisait admirer à ses contemporains? Les murailles romaines étaient destinées à un long usage : elles ont la vie dure. Il est impossible de croire que celles du Bordeaux d'Ausone, qui avaient au plus trois siècles d'existence, exig'èrent, peu après la mort de Théodose, une reconstruction fondamentale. II nous paraît ditBcile de douter (et je ne crois pas que personne, sauf le trop léger dom Devienne, l'ait osé jusqu'ici) qu'Ausone n'ait eu sous les yeux le rempart rectangulaire dont les énormes fondements exi.stent encore aujourd'hui.

Or, Ausone n'en parle pas comme d'une construction nouvelle, datant à peine de la veille. Le Bordeaux qu'il dépeint est une ville qui date de loin : s'il l'avait vu construire, s'il avait vu élever cette superbe muraille, il nous l'aurait dit. Bordeaux était alors une petite ville : il fut un temps, nous le verrons, où elle s'étendait bien au delà du périmètre tracé par le mur d'Ausone, où même elle avait ses plus beaux monuments, ses thermes, son temple de Tutelle, sou amphithéâtre en dehors de la ligne fixée par ces remparts ; notre poète ne veut point parler de ces monuments : c'est qu'ils ne sont plus déjà que des ruines, c'est qu'ils ne font plus partie du Bordeaux contemporain, qu'ils se rattachent à une autre ville, à d'autres temps. Ausone ne rappelle pas ces temps de grandeur : ils devaient être trop éloignés de lui. Il n'a pas connu, paraît-il, d'autre Bordeaux que ce castrum enfermé de tous côtés par une solide muraille. Or, la date de la naissance d'Ausone se place vers 310; il n'est donc pas téméraire d'affirmer que c'est au plus tard sous le règne de Constantin qu'a été élevée la muraille gallo-romaine de Bordeaux.

Doit-on remonter plus haut? C'est ce que nous dira l'examen des monuments, des matériaux qui ont servi à la construire.

Date des monuments extraits de la muraille.

Aucun de ces matériaux, quelle que soit leur nature, ne nous révèle une période de décadence. Les sculptures sont le plus souvent l'œuvre d'artistes consommés; si parfois nous en trouvons de barbares, elles ont la grossièreté des âges primitifs : elles annoncent les tâtonnements de l'inexpérience, et non le déclin de l'art. De même, les caractères gravés sur les inscriptions, souvent bizarres et informes, n'offrent jamais les particularités des épitaphes du v' siècle ou de la fin du iv«. Les débris d'architecture, chapiteaux, tambours ou fûts de colonnes, ornements de frise, nous reportent sans doute rarement à la renaissance du siècle d'Auguste, mais souvent à l'ère des Antonins, plus souvent encore à celle des Sévères, jamais aux temps de Constantin ou de ses successeurs. Enfin il n'a été extrait de la muraille romaine aucun fragment qui portât des traces indiscutables de christianisme : des deux seules inscriptions qu'on peut supposer chrétiennes, l'une (n" 61) est datée de 258, et les lettres de l'autre (n° 92) sont d'assez bonne époque, au plus tard du début du lu^ siècle.

Nous pouvons arriver à des résultats plus précis à l'aide des monuments rigoureusement datés.

Toutes les inscriptions datées extraites directement de la muraille romaine sont du m« siècle (je ne parle pas de celle d'Hadrien, sur le texte de laquelle on peut discuter, n° 28) : une est datée de l'année, la dédicace à Gordien l'Ancien, de l'an 238 (n» 29); deux sont datées de l'année et du jour, l'autel de la Tutelle, du 22 juin 224 (n" 20), l'épitaphe do la Trévire Domitia, du 28 janvier 2-58 (ii° 61); les deux épitaphes de soldats que donne notre recueil, sont, l'une, certainement postérieure à Septime Sévère (n" 43), l'autre, vraisemblablement contemporaine de Dioclétien et de Maximien (n" 44). Nous n'avons à citer que pour mémoire la dédicace à la Victoire (n° 22), qui est peut-être de 295 à 305 : car nous ne savons pas si elle provient de la muraille.

Enfin, Sansas nous apprend qu'en démolissant,, vers le mois de février 1867, la partie de la muraille romaine située au nord de la Porte Toscanan, sur l'emplacement aujourd'hui occupé par le n" 123

du cours d'Alsace -et -Lorraine (à l'endroit indiqué par le dessin de la p. 287), on trouva, engagée dans le massif même des fondations antiques, une monnaie de l'empereur Claude le Gothique. « Un fait digue » de remarque, c'est que dans l'interstice des grandes pierres formant » la base de notre muraille gallo-romaine, il a été trouA'é un petit bronze » de Claude-le-Gothiqiie (268-270). portant au revers l'aigle et la légende !> CONSECRATIO. Ce petit bronze, évidemment perdu par l'une des » personnes employées à la construction de la muraille, est dans un » état parfait de conservation; le relief est très saillant, sans trace de » frai. Cette monnaie n'avait pas longtemps circulé quand elle est » tombée entre les pierres où l'on vient de la découvrir » (').

Il nous paraît donc certain que la muraille romaine n'a pu être construite avant l'année 268, date de l'avènement de Claude le Gothique, ni sans doute avant les règnes de Dioclétien et de Maximien, dont nous supposons contemporaine l'épitaphe d'un légionnaire. On ne saurait d'autre part, nous l'avons vu, l'avancer au delà du règne de Constantin (306-337). Il semble donc qu'on doive la placer pendant les dernières années du m" siècle ou les premières du iv^, et, croyonsnous encore, plutôt dans la première que dans la dernière de ces deux périodes, à la veille de l'an 300 (-).

Et on peut, sans crainte de se tromper, généraliser pour la très grande majorité, peut-être même pour la totalité des villes des Trois Gaules. M. Schuermans (^) affirme avec raison que « tous les mouu- » ments lapidaires découverts dans les remparts appartiennent aux abonnes époques; aucun ne dépasse le iii^ siècle». J'en conclus que c'est également vers 300 que les villes de la Gaule furent enfin fortifiées.

L'histoire de la Gaule, durant cette période, nous fournit une justification à notre hypothèse.

(>) Le Progrès, V, |i. 177 [Soc. arcli., VII, p. 168); cf. la Gironde ilu 21 février 1807 \Soc. arch., IV, p. 1S5).

^^ « Ces murs eut été bàlis vers l'au 300», ilisail Lebeuf, Histoire de l'Académie, XXVII, p. HT. — « La muraillo remoiilo iiicouleslableracnl à une époque antérieure au iv siei'le». allirmait Sa.nsas, nolammeut dans un arliele paru ilans le n» K622 de la ffiVonrfc, 16 janvier 1867 {iL Société archéologique, i. ]\,

p. 181). Kaiunis en rappurtc la ilale • ;i la première iuvasiuu des Fraucs l'an 2G0» {Commission des monu-

i/unts, 1845-6, p. 36). Jouannet eu altribuait la eonsiruction à (pielqn'uu rie ees Césars improvises» qui ont règne an m» sièele {Statistique, I. H, i" partie, |i. 1 ICI.

(3) Bulletin des Commissions royales. XVI' année, 1877, p. \S3.

COMilEI^T LES INSCRIPTIONS ONT ÉTÉ CONSERVEES. 395

Transformation des villes de la Gaule en places fortifiées. Importance do ce fait pour l'histoire de l'épigraphie (*).

Sauf les colonies romaines ou latines des bassins du Rhin et dti Rhône, du Nord-Est et du Sud-Est, les villes gauloises comme Bordeaux demeurèrent villes ouvertes jusque dans la seconde moitié du III' siècle.

Les invasions barbares qui dévastèrent alors toute la contrée, depuis le règne de Gallien, révélèrent le danger et amenèrent, lors de la restauration de l'empire dans ce pays, la transformation complète des villes gauloises : la cité ouverte devint un castrum. ,

C'est ce qui, croyons-nous, résulte jusqu'à la dernière évidence de&' textes et des inscriptions de l'époque.

Peu de temps avant l'arrivée de Claude le Gothique au trône impérial, vers 267, Laelianus, qui régna pendant quelques mois sur une partie ou peut-être même sur la totalité de la Gaule, essaya, comme l'avait déjà tenté son prédécesseur Postume, de réparer les maux causés dans le pays par vingt ans d'invasions étrangères et de discordes civiles. « Ce fut », dit Trébellius PoUion, « un prince assez utile à l'Etat : » car la plupart des cités de la Gaule lui durent d'être relevées et » rétablies dans leur ancien état » (^).

Peu après l'avènement de Tétricus, vers 269, les légions assiégèrent pendant sept mois la ville d'Autun, qui avait refusé, semble-t-il, de souscrire à leurs exigences. Autun avait donc, dès cette époque, des murailles; et il fallait qu'elles fussent solides et éprouvées pour résister, sept mois durant, aux assauts de légionnaires romains ; la lassitude seule put décider les Autunois à ouvrir leurs portes (^).

Lorsque, en 273, Aurélien recouvra la Gaule sur Tétricus, il s'ap-

(M La seala éluJe satisfaisante sur les remparts des villes gallo-romaiQcs est jusqu'ici cciie qu'a ilonnée M. ScHUERMANS, Les remparts cCArlon et de ron^rcs, daas le Bulletin des Commissions royales d'art etd'a/rcMoloi/ie, XVIa année, 1877, Bruxelles, p. 451 et s.

(*) L[ae\lianus guidem nonnihilum reipublicae profiiit. Nam plerasque Balliae civitates staivm [in] veterem

reformavit, Trébzllius Pollion, Vitae XXX tyrannorvm, S, 4.

|3) Septem mensibvs clatisi et omnia inopiae miseranda perpessi. tmn demum iirtimpendas reiclliltus Sallieanis portas reliquenmt, cumfessi oliserare non possent, Panégj/rique VllI, § .

pliqua à rétablir l'ordre dans le pays. Un de ses généraux, Saturninus, se vanta d'avoir « restauré les Gaules » (*). C'est à l'empereur Aurélien qu'il faut attribuer certainement la reconstruction de Dijon (-). et peutêtre celle d'Orléans, Ait.relimiensis civitas, qui lui aurait dû son nom.

Après la mort d'Aurélien, après 275, les Germains envahirent les Gaules, les parcoururent impunément en tout sens, et occupèrent jusqu'à soixante des plus fameuses cités, ce qui est, remarquons-le, à peu près le chiffre total de toutes les cités comprises dans les Trois Gaules : Bordeaux, sans contredit, fut du nombre des villes pillées, et c'est à cette date de 276 que je place de préférence sa destruction totale. Les barbares ne furent chassés qu'en 277, par Probus, à la suite d'une vigoureuse et sanglante campagne (^). C'est là ce que j'appellerais volontiers les années de la grande invasion.

Les barbares écartés, c'est la terrible insurrection des Bagaudes qui met les Gaules à feu et à sang : elle ne fut guère arrêtée, sinon extirpée, qu'en 287.

Le gouvernement de Maximien, jusqu'en 292, et celui de Constance Chlore, jusqu'en 306^ furent surtout consacrés à relever enfin de leurs ruines les malheureuses cités de la Gaule. «Voici celui », dit un panégyriste en parlant de Maximien (•*), « celui qui, au lever même » de sa toute-puissance divine, a réconforté les Gaules assauvagies » par les injures des derniers temps, et les a ramenées, dans l'intérêt » de l'Etat, à l'obéissance, dans leur propre intérêt, au salut. » C'est sous le règne de Maximien et de Dioclétien (286-292), comme le montrent deux inscriptions célèbres, que Grenoble, Cularo. fut restaurée et entourée de murailles (^) commencées et achevées sous ces mêmes

(') Ego certe tnslauraci Gallias, Vofi^cus, Vita Haturnini , 9, .H.

(2) Que Dijon ail été, sinou l'oiulé, du rniins rcslpurê cl fortiUé par Aurélien, c'est ce qui ressort liés nettement du Icxledc Gri'xoiri: de Tol'rs, Historia Francorum, 3,19: Veteresferunt al Auriliano hoc impet-atore fuisse aedificatum ■ Voyez la Dissertation sur l'origine de la ville de Dijon et su- les antiquités dicourertes sous les murs bâtis par Aurélien, de [Legol'z de Gerland) (1771, Dijoii, in-4"), p. 20. — J-J. Cuifflet atlriliue liypotliutiquemeiil a Aurcliou l'arc de triomphe de Besançon, connu sous le nom do . Porle-Noire • {Vesontio Ciritas Imperialis, 1618, Lyon, iu-4", t I,p. 13!) et s.). Mais je suis plus disposé à y voir, avec Casta.n, une œuvre contemporaine île Marc Aurele {Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, IY« s , 1. 11, 186C, p. 428.

(') Jnterjccio Aureliano a Oermanis fossessae. Tenta autem illic praelia et lam felieiter gessit ut a bariarit sexaginta ler Oallias uolilissimas reciperet cititates, 'V'opiscl-s. Vita Proii, 13. C. — Wi.grin deTaillefer suppose que le mur de Perigueut a éle l'onslrutl sous Probus {Antiquités de Vé.-one, I. II, p. 178).

(') Hic est gui in ipso ortti nuininis sui Gallias priorum temporum injuriis efftratat reipublieae ad oitequium reddidit, sibi ipias ad salutem, ranégyrique VI, i 8.

(5) Dd. nn. impji. Cacs. Oaiiis Aurel. Valerius Diocletlanus pp. intictus Avgusius, et imp. Caesar Uareus Avril. Valerius Maximianus p.J. inrictus Aug. mûris Cu'aronensibus eum inleiicribus aedijiciis prorideatia sua institut i s adgue perfectis portant Romaaam Joclam rocari Jusserunt. 1. autre ins''rip!ion est cod(;uo dans les mêmes termes, si co u'esl qu'elle se termine .Tinsi : Vortam Vienttensetn Hernikam rocari jusserunt.

empereurs. En 294 on entoura de murailles Winterthur (Vitodurum), jusque-là simple bourgade ouverte (^), et on a tous les motifs de croire que c'est en même temps que l'on mit en état de défense les villes et les villages de la haute vallée du Ehin, soit par des constructions nouvelles {^), soit par d'importantes restaurations (^).

C'est encore dans les premières années du règne de Constance Chlore que la ville d'Autun fut reconstruite ('').

En 301, la ville de Langres était déjà entièrement fortifiée, puisque le césar Constance, pendant sa guerre contre les Alamans, se vit un jour fermer les portes de l'enceinte, et dut se faire hisser le long de la muraille, pour échapper à l'ennemi qui le serrait de près (^).

Enfin, sous l'empereur Constantin, eut lieu une mesure d'une importance capitale pour l'histoire de la Gaule et de l'Empire, mesure qui ne s'expliquerait pas si l'on ne se rappelait les événements qui précèdent. « Constantin », dit Zosime (*), « ramena les soldats des frontières » dans les villes de l'intérieur des provinces ». Et on doit interpréter cette grande innovation de l'empereur Constantin, non pas, ainsi que la regarde Zosime, comme un affaiblissement de la situation militaire de l'empire, mais, bien au contraire, comme le complément nécessaire du nouveau système de défense. Les villes de l'intérieur venaient d'être fortifiées, le travail d'organisation militaire venait d'être achevé, notamment en Gaule, dans sa partie matérielle. Le pays était hérissé désormais de 80 places fortes (castra) formidables et de quelques centaines de châteaux-forts (castra, lurgi, castella). Il fallait compléter la tâche des règnes précédents, et constituer des garnisons dans chacune de

(') MoMMSEN, Hermès, XVI, p. 488.

(2) lascripUon trouvée au sud du Rhiu, près du lac de Constance (Mommaon, Hermès, XVI, p. 488) ; IMP ■ CAES ■ GAIVS Aur. Val. Diocletianus

et Val. Constantius et Gai. Val. Maximianus nOBILISS/wî Caesares

muium TXSGaetiensem SVMTV SVO fecerunt

(S) iQSCriplion deWiDdiscli (Vindonissa) (Mommsen, Hermès, XVI, p. 489) :

p/HilFELIX . auguSrCVS noiij7jssim«s>CAESAR MVRVM Vindonissensem [>] m<jn«|MIIJTARl . RESTITVER

curante praeSS PROV . G . S • QVI CON

dedlt hlER • COSS

(*) EuMiirjE, Oratio pro restaurandis scolis, § 4 : Panégyrique VJII, § 4. — Lenain de Tillemont, I. IV (éd. de •1732), p. 13; DunuT, édition in-4°, I. VI, p. ESI.

(5) Clatisis partis in murnm Jwiihus tnlleretvr, Euthope, Breriarium, 9, 23 (15). — Lenain de Tillemont, t. IV, p. IS; PisToLLET DE S.mnt-Feiijeux, Ancicnn'-.s fortifications de Langres, p. 231 (dnns les Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, 1877, in-4°).

(S) ZoEIMK, 2, 3l.

INSCI!., T. II. 38

298 iNscRiPTroNs homaixes de bordeaux.

ces forteresses. C'est ce que fit Coastantiu. Depuis lors, la Gaule fut un immense camp retranché, et c'est à ce moment que l'administration militaire de la contrée fut établie telle que nous la trouvons dans la Notitia dignitatum, que, notamment, la g-raude place de Bordeaux fut complétée par les deux avant -postes de Bourg- (p. 158) et de Blaye (p. 162), que dans cette dernière ville on organisa la milice provinciale des milites Garronenses (p. 162; cf. p. 207), et que tout notre pays fut placé sous l'autorité du duc de l'Arraorique, dux tractus ArmoHcani.

En même temps, l'œuvre de restauration matérielle continuait. Constantin fit élever des thermes à Reims ('). A Trêves, il fit réédifier le cirque, les basiliques et le forum, et relever les murailles (^).

Ne l'oublions pas. Cette transformation militaire des Gaules a eu pour notre pays des conséquences profondes et durables. Ces murs ont servi, presque tels quels, durant le moyen âge: ils ont sauvé plus d'une ville des envahisseurs de 406, des barbares du v« siècle, des Sarrasins et des Normands ; ils ont été la sauvegarde de nos grandes cités jusqu'au moment où, au temps du grand réveil médiéval, leurs enceintes furent élargies, au xii' et au xiii" siècle. Sans les admirables mesures prises par les princes de l'an 300, on peut se demander ce que serait devenue notre patrie dans les tourmentes du haut moyen âge.

Il semble bien que l'œuvre de défense générale des Gaules fut complètement achevée en 356, au temps où le césar Julien commença, contre les Alamans, sa série de brillantes campagnes. A cette époque, nous disent les textes, Autun, Troyes, Sens, Besançon, possédaient certainement des murailles, et sans doute aussi Auxerre et Reims ; car les barbares semblent s'être bornés, en Gaule, à occuper la campagne, et les villes ne souffraient peut-être pas trop de leurs incursions. Remarquons seulement qu'Autun, dont les murs, paraît-il, tombaient déjà de vétusté, faillit bien être pris (*): cependant ils ne dataient que de Constance Chlore ; mais ils avaient dû, depuis soixante ans, subir plus d'un assaut. Il semble également que les remparts de Besançon,

(') Inscriplion puhlioo par 1p Bulletin /pii/rapliiqiK, III, p. 9i.

l'j Video hanc fortunatissimam ciritatem mnctis moenibus resiirgentem (VU' Panfgi/riqtie, % iî. p. 178, éil. B^HBKNS). Cr. Lknmn DR TiLLEMoNT, l. IV, p. iG. — I)K S*iN T-IIii'Pui.vTi: supposo que Iss murâ do Bourges ôlaienl conlemporiiins doConslanlin, Autiqualres de l'Ovest, aiuiue 1811, p. llî.

C) Uuros spatiosi qtiidem amiitus sed cirie •xttustjtis invalidas. Voyoz Ammisn Mabcei.i.in, 16, î, I, (loiir Autun ut luules ces villes, el, pour li'js^iuvjn on partirulicr, la lollro de Julikn à Maiimc, SS" delà collection, ot CniKi'LF.x, Vesontio, I, ]!. 191.

plus près encore de la frontière, étaient dès lors à demi ruinés. Mais on peut voir, dans l'histoire des invasions du iv" siècle, que l'œuvre accomplie en 300 portait ses fruits : le torrent des envahisseurs ne submergeait plus les villes, comme sous Gallien, comme en 276.

Aussi comprend-on que les empereurs n'aient cessé de réparer et d'entretenir ces murailles jusqu'au dernier jour de leur domination, et que le Code T/iéodosien ^povte à chaque instant la trace de l'activité des souverains. Une loi d'Arcadius (adressée, il est vrai, au préfet du Prétoire d'Orient, mais qui doit avoir eu son analogue en Occident), dit nettement : Omnes frovinciamm redores Uteris moneantur, nt sciant, ordines adque incolas nrimm singxilarim, muros, vel novos delerefacere, vel Jlrmms veteres renomre (15, 1, 34).

Sous lequel de ces règnes réparateurs doit se placer la construction des remparts de Bordeaux? Il est impossible de le dire avec quelque certitude ; mais au moins nous semble-t-il également impossible de la rejeter dans aucune autre période de l'histoire delà Gaule romaine. S'il nous est permis d'exprimer ici notre avis, nous croyons que trois princes seulement ont eu le temps de songer à doter Bordeaux de murailles : Aurélien, après la soumission de Tétricus (de 273 à 275); Maximien ou Constance Chlore, après la répression des Bagaudes (de 287 à 306).

Si même nous n'avions, dans nos inscriptions, une épitaphe qui nous paraît contemporaine de Dioclétien (n" 44), nous préférerions attribuer cet ouvrage à Aurélien, le même prince qui fortifia Dijon et reconstruisit Orléans. Nous pensons, eu eiFet, qu'il y eut, sous Aurélien, une mesure générale (^) qui ordonna d'enceindre de murs, de fortifier toutes les villes ouvertes de l'empire romain. N'est-ce pas à cet empereur que Eome dut les remparts qui l'abritèrent depuis le moyen âge jusqu'à nos jours? N'est-ce pas Aurélien qui, ayant enfin rendu à l'Empire son antique unité, a àû songer le premier à prémunir définitivement ses cités ^contre les invasions, les révoltes, les misères de toutes sortes qui les avaient assaillies et dévastées depuis un quart de siècle? Que les empereurs gaulois, Laelianus ou Tétricus, aient commencé ou préparé cette œuvre en deçà du Rhin, que Probus, Maximien, Constance ou Constantin, l'aient continuée et achevée, c'est probable; on ne fortifie pas en un jour les villes d'un vaste empire.

(') Schueumans, Inscriptions âe Namur {Soc. arei. deNamur,l. SVII), p. 10, daterait la loi d'entre 287-S88.

300 INSCIUI'TIONS ROMAINKS DK BORDEAUX.

Mais que le mérite, que la réelle initiative, sinon raccomplissement de cette grande œuvre doive revenir à Aurélien, qu'il ait été, pour les villes de la Gaule, comme un second fondateur, qu'il ait. plus qu'aucun de ses prédécesseui's ou de ses héritiers, mérité le glorieux surnom de restitutor orMs que les inscriptions lui donnent, c'est ce qui pour nous en fait l'objet d'aucun doute. L'enceinte de Rome, commencée par Aurélien, n'a été achevée que par Probus, et peut-être même y travaillait-on encore sous le règne de Dioclétien, en 2S7('), et, à Rome, aucun ennemi n'a pu inquiéter ou troubler les travailleurs. Il en était autrement dans les Gaules. En 273 seulement, Aurélien les recouvra, et dès 276 les barbares eu sont les vrais maîtres : ce n'est pas dans ces deux années de calme que les murs ont pu s'élever, étant donné surtout le soin qui présida à leur construction. Qui nous empêche de croire qu'ordonnées et peut-être aussi tracées sous Aurélien, les murailles de Bordeaux n'ont été vraiment achevées que sous Maximien et Constance Chlore, qui donnèrent enfin à la Gaule de longues années de paix?

Certes, les murailles de Bordeaux, comme celles de Dijon, de Périgueux et des autres villes, ont été construites avec une certaine hâte : l'absence presque complète de fondements (ici les murs reposent parfois directement sur la vase), le choix des matériaux le prouve. On a procédé comme on a toujours fait dans le monde en pareille circonstance lorsqu'il y a péril eu la demeure, on a demandé aux temples, aux monuments publics, aux cimetières, les pierres de taille nécessaires aux fondations; on a fait entrer dans le soubassement de la muraille tous les fragments qui, par leur nature et leurs dimensions, pouvaient le consolider : autels sacrés ou funéraires, statues ou bas-reliefs, chapiteaux, fûts ou tambours de colonnes, frises, entablements ou pilastres, tout a paru bon, tout a servi pour l'édification de ces murs. Les cimetières et les monuments de la ville ont été les véritables carrières où ont puisé les entrepreneurs. Cela, sans doute, s'est vu dans tous les temps et dans tous les pays, en orient, à Athènes, à Rome, au m", au iv siècle et au moyen âge, et cela se fait encore, sous nos yeux, en Algérie, quoique avec infiniment moins de motifs. C'est ainsi que furent reconstruites les murailles de Narbonne par El Samah au vin« siècle et par François \" au xvi^ siècle. C'est ainsi que Thémistocle fortifia

(') Lenain nE TiLi.Exo <T, Histoire des Btnp'.rmrs, III, p. 20S.

Athènes « dans un court espace de temps», dit Thucydide (1, 93) : « l'ouvrage porte encore aujourd'hui des traces de la précipitation avec » laquelle il fut exécuté. Les fondements sont en pierres de toute espèce, » non appareillées, telles que chacun les apportait. On y fit entrer » jusqu'à des colonnes sépulcrales et des marbres sculptés». Mais iamais la chose ne fut faite avec la régularité officielle et le soin méthodique que les empereurs de l'an 300 mirent à édifier nos remparts.

Peut-on dire, en effet, que ces remparts aient été élevés précipitamment, sous la menace de l'arriA'ée des ennemis, ou sous la terreur du brigandage ? On ne saurait admettre qu'il ait été plus facile de les élever que de les démolir: or, lorsqu'on abattit, en 1866, les abords de la porte Toscanan, « nous avons été émerveillé », dit M. Drouyn, « du peu de » travail qu'arrivaient à faire, par jour, dans leur œuvre de destruction, » une quinzaine d'hommes manœuvrant une immense poutre ferrée, sus- » pendue par des cordages à des grues aussi hautes que des mâts ; le » feu jaillissait à chaque coup, et toutes les heures, une bribe du mur » s'écroulait » ('). Le soin avec lequel beaucoup de ces matériaux ont été taillés, ravalés, équarris, l'élégance de la construction en petit appareil et en briques qui couronnait l'édifice, la solidité étonnante du mortier, tout indique que les ingénieurs ont eu le temps de déployer les ressources de l'art de construire chez les Romains. Il semble que le danger fût plus près dans le passé que dans l'avenir, que les villes à fortifier avaient récemment traversé d'épouvantables catastrophes, qu'il fallait, en les mettant désormais en état de résistance, prévenir le retour de pareils désastres, mais que, pour le moment, on avait le loisir de soigner cette œuvre de défense, de chercher à la rendre solide et durable.

Il n'est point permis non plus de croire que les ingénieurs aient absolument, de parti pris, détruit les temples et les basiliques, saccagé les places publiques et profané les cimetières. Cette œuvre de dévastation a été faite avant eux, j'imag'ine, par les barbares (surtout ceux de la grande invasion de 275-277, cf. p. 296) ou les brigands; ils se sont bornés à en profiter. Bordeaux, entre Gallien et Probus, a dû être pillé et incendié peut-être plus d'une fois, sans aucun doute en 276, et les traces de ces incendies sont encore visibles dans les ruines des maisons antérieures à la muraille (t. I, p. 426);

(') DnoL'TN, Bordeaux vers f-iSO, p. 33.

un très grand nombre de pierres retirées de la muraille romaine, surtout de la façade méridionale, de la partie qui avoisine la Cathédrale, portent des traces manifestes d'incendie : la flamme les a calcinées, effritées; certes, il était inutile d'incendier les monuments que le génie militaire avait pu vouer à la destruction. Mais il profita, bien plutôt, des désastres causés par les ennemis, il utilisa les débris qu'ils avaient accumulés. Il est diflBcile de penser, en outre, que, même avec l'excuse d'un péril urgent, les Romains se soient départis de leur respect religieux pour les monuments consacrés aux Dieux et aux Mânes. Pour qu'ils aient consenti à les traiter comme de simples matériaux de bâtisses , il faut qu'ils aient un jour cru ces monuments dépouillés de leur sainteté. Jouannet a supposé, avec beaucoup de finesse et une certaine vraisemblance, que, si ces tombes avaient subi le contact de l'ennemi, elles perdaient entièrement leur caractère religieux et qu'on pouvait, dit-il, « en employer la pierre à toute espèce » d'usage », comme on le faisait des tombeaux des ennemis ('). Jouannet allait trop loin; mais ce qu'il ajoute corrige ce que sa première hypothèse pouvait avoir d'exagéré : « A la vérité, cette même loi voulait que, » le calme rétabli, on consacrât de nouveau les monuments religieux ; » mais l'enceinte murale était elle-même un objet sacré ; elle put donc » recevoir des monuments funéraires » (-). Voilà la vérité.

On sait, en effet, que les murs des villes ont été, de tout temps, regardés par les anciens comme « choses saintes », et que Justinien encore dira, dans ses InstiHites (2, 1, 10) : Sanctae quoqxie rcs, vehiti mûri et portae, (juodammodo divinijuris sunt. Le soin avec lequel les tombeaux ont été ainsi placés dans la muraille, sans mutilation inutile, montre qu'on n'a pas, suivant l'heureuse expression de M. Schuermans, voulu seulement les utiliser, mais aussi les préserver.

Tous les débris des monuments deveuus inutiles ou tombés en ruines étaient consacrés à la réparation des ouvrages indispensables à la vie d'une ville, aqueducs, routes, ponts etremparts. Quand le comte d'Orient, Asterius. demanda à l'empereur Arcadius, en 397, oîi il pouvait trouver les ressources nécessaires à l'entretien des routes et des enceintes

(•) Cf. : SepuMira hosUum religiosa «lotis non iunt: ideoque lapides inde svl/Uitos in qvemliiet usum eonter- Itre possvmus : non sepulchri tiolati actio competit, Paul, Digeste, il, 12, 4.

(«) JouANNtT. Académie, I8Î7, p. 1Î9. — l'.ireiUe reiiiannic vient d'être faite par M. ScnuERiiANS, dans ses Inscriptions de Namur {Annales de la Soc. arch. ile Namur, 1. XVII), ]>. 10.

murales de sa pro\'ince, l'empereur lui répondit : « La démolition des » temples te permettra de faire face aux besoins dont tu me parles » (*). En ce temps-là, sous la domination grandissante du christianisme, les temples païens étaient devenus inutiles ou dangereux. Sous le règne de Maximien, détruits en Gaule par la grande invasion, ils étaient au moins hors d'usage; rien ne s'opposait à ce qu'on en fît servir les matériaux à la construction des remparts. « Le travail humain », dit un poète du xii^ siècle en parlant des remparts romains de Reims, « le travail humain, fragile parce qu'il est vain, en brisant les temples » et en pillant les débris pour élever de nouveaux bâtiments et restau- » rer les toits délabrés, a utilisé les ruines voisines pour élever l'édifice » des murailles » :

Vel labor humanus, cito casunis quia vamis, Dehihra frangendo fragmentaq^ue diripiendo, Ut nova fundaret , vel tecta vetusta novaret, Traxit vicinas ad opus murale ruinas (}).

C'est à ce concours de circonstances que Bordeaux, au sortir d'épouvantables désastres, dut, à la fin duiu* siècle, l'enceinte carrée qu'admirait son poète Ausone ; c'est grâce à ces remparts que nous ont été conservés, en aussi g-rand nombre, les merveilleux débris de son passé, les restes de ses trois premiers siècles de prospérité ; le sort sacré mais obscur auquel on les destina, fut précisément ce qui les sauva et devait les rendre à la postérité. On peut dire, d'une façon presque absolue, que les remparts romains des cités de la Gaule occidentale et septentrionale ont été la sauvegarde de leurs monuments et de leurs inscriptions, et sont aujourd'hui encore, et demeureront long-temps, la ressource suprême et la mine historique de notre épigraphie nationale.

(i) Q,uoniam vins, pontes, per qttos itinera celebrantur , a/ique aqiiaeâurtus, muros qiiinctiam jiivari provisis sumptiàits oportere si'gnasti, cjtnctani materiam quae ordinata dicitnr, tx demoh'tione templontm mcmoratis nccessitatHms deputari censemus, quo ad perfectionem cvncta peneniant, Anc\Dics et Honobius, Code ThCodoiien, 15, 1 (De operibus piiblicis) , 36. Voyez, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, une Étude smdes textes de lois romaines expliquant la destniction des monuments dans les derniers temps de l'empire d'Occident, par DE L.\ Marsonnière, année 1857, p. Q& et s.

l») Vie d'Adelbert II, archevêque de ifayen'.e, par Anselme, évèque d'Havelberg, dans les Jahrlilclier des Yereins von Àlterthnrns/reunden im Rheinlande, t. XLII, p. 503-203, el Bulletin (pigraphiqnc, t. III, p. 117.

Répartition chronologique et topographique des inscriptions du département.

Le département , en dehors de Bordeaux, a livré jusqu'ici 33 inscriptions (n"^ 940-972) : sur ces 33 textes, 2 sont des bornes milliaires (n°^ 971-972). Les 31 autres sont en majorité des trois premiers siècles (les deux tiers environ , 20) ; le bas empire et l'ère mérovingienne, du IV*' au vin'^ siècle, n'ont fourni que 11 textes.

Il ne faudrait pas cependant conclure de cette proportion que la contrée, que la campagne girondine fut moins habitée ou moins peuplée aux temps chrétiens que sous la domination des empereurs. C'est la conclusion contraire qui me paraît nettement ressortir de l'étude du caractère de ces inscriptions. Sur les 20 textes du haut empire, il n'y a qu'une seule épitaphe, et bien misérable (n° 953), 2 inscriptions sont encore plus informes (n-^ 943 et 954) : les autres numéros sont fournis exclusivement par des marques de poteries ou de briques, par des inscriptions sur menus objets. Au contraire, sur les onze monuments des temps barbares, il y a deux dédicaces (n°= 948 et 952), il y a cinq tombeaux (n"" 944-946, 955, 962), dont deux portent les inscriptions du v« siècle les plus intéressantes peut-être de notre région, Bordeaux compris (n"" 945-946).

En outre, tandis que. pour les trois premiers siècles, Bordeaux fournit 353 inscriptions proprement dites et la région girondine. 3 seulement, le bas empire livre 16 inscriptions, dédicaces ou épitaphes, à Bordeaux, et 7 dans le département : la proportion change alors de un pour cent à plus d'un tiers en faveur du département. Le v* siècle en particulier, qui a été, grâce à la domination wisigothique, un des beaux siècles de prospérité matérielle et de splendeur intellectuelle de notre pays, laisse 3 inscriptions à Bordeaux et 2 dans le département.

En d'autres termes, tandis que sous le haut empire la région rurale, les pays des Bituriges Vivisques et de leurs voisins immédiats, n'ont point d'importance épigraphique, que toutes les inscriptions sont alors en quelque sorte entassées à Bordeaux, à partir du iv" siècle, surtout du v«, la campagne tient sa place dans l'épigraphie de la région : on grave sinon autant, du moins presque autant de dédicaces ou d'épitaphes

hors de Bordeaux que dans Bordeaux. Il y a dans notre région comme une diffasion, une décentralisation de l'épigraphie et de l'archéologie, que les trois premiers siècles n'avaient point connue.

Cette statistique, quelque insignifiante qu'elle puisse paraître, a son importance et ajoute un fait nouveau à l'histoire de la civilisation dans notre pays.

Il semble, en effet, que pendant les trois premiers siècles, la vie, chez les Bituriges Vivisques ou chez les Bazadais leurs voisins, ait été surtout une vie municipale. A l'existence rurale qui a été celle des Gaulois d'avant la conquête, les Romains ont tout mis en œuvre pour faire succéder la vie à la ville , la vie dans ces grands centres de population qu'ils ont ou créés ou, comme Bordeaux, transformés, embellis, développés à leur guise. N'oublions pas que vivre à la ville, c'était, pour un Gaulois, vivre surtout à la romaine, et que Bordeaux, eu particidier, agrandi, doté de monuments, de fontaines, d'amphithéâtres, de temples, de lieux de plaisir, devait séduire de toute sa splendeur naissante les nobles Gaulois qui n'étaient après tout, avant la conquête, que de riches paysans. L'activité se porta tout entière du centre au foyer, c'est-à-dire dans la ville, comme il arrive toujours dans les pays 011 la civilisation succède à la demi-barbarie : c'est une remarque que les anciens ont souvent faite et elle est singulièrement vraie pour le Bordeaux romain. Pendant trois siècles, les Bituriges ont voulu vivre à Bordeaux : ils ont voulu s'y ménager, après leur mort, de somptueux monuments aux abords de la cité, le long de ses six grandes voies, comme pour goûter, même au delà du tombeau, la jouissance de la ville, de son luxe et de la popularité qu'elle dispense. — De là sans doute, pendant trois siècles, la présence d'épitaphes presque uniquement à Bordeaux.

Cela paraît avoir changé au iv'' siècle : on dirait que de nouveau, alors, dans notre région, la vie à la campagne ait eu un regain de popularité pour les riches et les nobles. D'abord, la construction de la grande muraille, vers l'an 300, a modifié le caractère de la ville de Bordeaux: la cité a été comme étouffée, resserrée par ce rempart, on devait y être mal à l'aise, et la présence des soldats pouvait y paraître gênante. Plus tard, au v« siècle, le séjour des villes dut devenir plus incommode encore aux yeux des Gallo-Romains, car il fut gâté par l'arrivée et l'installation des Wisigoths. qui n'aimaient guère, je pense, vivre en

INSCK., T. II. 39

dehors de leurs remparts et des plaisirs de la ville. En ce temps, la cité devait être abandonnée à demi aux barbares^ et les villas étaient les vraies demeures de l'aristocratie romaine ; elle s'y sentait là franchement chez elle, au milieu de ses clients, de ses colons, de ses esclaves, au sein de son luxe, avec ses bibliothèques, ses galeries de tableaux, ses thermes, ses greniers, ses ateliers et ses chapelles. Voyez chez Sidoine Apollinaire la description de la villa de Pontius Leontius, à Bourg (cf. ici, p. 159) : c'était un véritable village, dont le sénateur était vraiment le seigneur. On comprend aisément qu'il aimât à y vivre, loin de la foule plébéienne et servile ou de la soldatesque barbare qui devaient encombrer les rues de Bordeaux et qui se montraient d'ailleurs également hostiles aux nobles gallo-romains (cf. Paulin de Pella, Eucharisticou, vers 288 et 366).

De fait, dès le milieu du iv'= siècle, nous voyons que les riches Bordelais ne se sentent réellement heureux qu'à la campagne, et que tous faisaient et disaient volontiers comme Ausone {Epistolac, 10) :

N'as ctenim j)rimis sanctum j^ost pascha dielus

Avemus agrum viser e .jVam populi coetus et compita sordida rixis

Fastidientes ccrnimus Angusfas fcrtere vias et congrege volgo

Komen plateas perdere...

Haec et gv.ae imssunt placidos offendcre mores

Cogunt rélinqid moenia.

On le sent vite en lisant Ausone, et la preuve est surabondamment faite par l'impression que donne cette lecture : la grande place dans ses œuvres et dans ses affections est celle qu'il fait, non pas à sa maison de Bordeaux, mais à ses demeures de la campagne (cf. p. 148 et 156) : c'est là qu'il accumule ses richesses et c'est là qu'il renferme ses joies. C'est surtout à Hebromagus que vit Paulin de Noie (cf. p. 141) ; n'est-il pas, en effet, comme un vrai souverain dans ce que ses contemporains appellent régna Pav.linil Au milieu du v^ siècle, Sidoine nous montre les Leontii étalant tout leur luxe à Bourg ou à Langon (cf. p. 159 et p. 143) et Trigetius refusant de se résigner à venir à Bordeaux (cf. p. 210).

L'aristocratie romaine et chrétienne n'aime donc pas à quitter ces

bords de la Garonne et de la Dordogne où elle trône en Yéritable dominatrice. Elle laisse maintenant Bordeaux aux barbares, illettrés et arriérés. C'est là, à la campagne, que ses membres vivent et meurent; c'est dans leurs villas qu'on les enterre, et non pas aux portes des villes, et c'est au milieu des ruines de leurs demeures que de nos jours nous retrouvons leurs épitaplies : en changeant leurs habitudes au i\« et au v^ siècle, les riches gallo-romains ont déplacé l'activité épigraphique.

Et remarquez un fait qui vient appuyer les précédents : ces épitaphes de la campagne sont sur marbre (n"" 945 et 946), tandis que les épitaphes contemporaines trouvées à Bordeaux sont simplement sur pierre (n°= 860 et 861).

Le vi« siècle (je parle toujours seulement pour cette région) modifie un peu la situation, et, de nouveau, au profit de l'épigraphie urbaine des villes, au détriment de celle des campagnes. C'est le siècle des grands sarcophages anonymes à symboles chrétiens. Sans doute nous en trouvons trois (n"^ 944, 955, 962) dans le département, dont un à Bazas ; mais le plus grand nombre, onze (n°' 851-859), proviennent de Bordeaux, et notamment des cryptes de Saint-Seurin. Il est à croire que si, à cette époque, les grands seigneurs ont continué à vivre surtout dans leurs domaines (on peut d'ailleurs s'en rendre compte par les poésies de Venance Fortunat, cf. p. 139, 140 et 145), cependant ils ont préféré ne plus y être enterrés : ils ont aimé à se reposer, non plus isolés dans leurs demeures, mais groupés, dans les faubourgs des grandes villes ou aux abords des chapelles les plus illustres, près du tombeau célèbre d'un saint vénéré, comme Seurin de Bordeaux, Romain de Blaye ou Vincent du Mas-d'Agenais. De nouveau, ainsi que dans les trois premiers siècles, les sépultures se sont réunies alors autour de Bordeaux : mais ce n'était plus, comme autrefois, le long des routes, pour permettre aux passants d'admirer la richesse du tombeau et le luxe des héritiers du défunt, mais autour du corps d'un saint, pour faire participer le sépulcre du mort à la vénération qui entourait les restes du bienheureux. On méritait ainsi, suivant l'expression consacrée, d'être « associé au sépulcre des saints » (Le Blant, Manuel, p. 146). C'est ainsi que se forma, à partir du vi^ siècle, cette grande ag-glomération de sarcophages anonymes que tout le moyen âge admira autour de Saint-Seurin (cf. p. 19), et dont on pouvait dire ce que Le Dante

dit de l'autre cimetière célèbre de la Gaule, celui des Alyscamps d'Arles {Inferno, 9, 115),

Fanno i sepolcri tutto 7 loco varo.

Et cela demeura ici l'usage, depuis le commencement jusqu'à la fin de l'ère carolingienne, et il se forma ainsi autour de Saint-Seurin, autour de Saint-Romain de Blaye, un nouveau groupe de tombeaux, comme il s'en était formé sous le haut empire , aux abords des grandes voies qui sortaient des villes.

C'est donc à l'aide de ces faits, et non pas du simple hasard, que nous expliquerons les différentes manières dont les inscriptions de Bordeaux et du département se groupent suivant les siècles et se présentent à nous suivant les lieux. 6i l'épigraphie ainsi entendue n'est pas une vaine science, elle ne doit rien abandonner au hasard.

2" COMMENT LES MONUMENTS ONT ÉTÉ TROUVÉS: HISTORIQUE DES DÉCOUVERTES FAITES A BORDEAUX

Nous venons de voir comment nos inscriptions nous ont été conservées : nous allons voir maintenant de quelle manière et à quels différents moments elles ont été retrouvées. Il est inutile de s'occuper, dans cette recherche, des inscriptions du département : car l'étude de l'histoire de leur découverte ne présenterait rien d'intéressant. Il n'en va pas de même pour celles de Bordeaux, et on s'en rendra aisément compte à la fin de ce chapitre. Après avoir cherché quand fut construite la muraille romaine, il importe d'indiquer à quelles différentes époques de l'histoire de notre ville elle a été démolie, de tracer, par la même occasion, l'historique des fouilles qui ont fait réapparaître au jour les monuments de notre passé (*).

Il n'est pas superflu d'ajouter, dans cet historique, à la nomenclature des inscriptions, celle des principales sculptures ou des plus importants débris trouvés à Bordeaux : nous pensons épargner ainsi quelque recherche à ceux qui voudront faire pour nos monuments figurés ce que nous avons tenté pour les inscriptions. Aussi bien est-il souvent utile, pour commenter ou apprécier un texte gravé, de savoir quel bas-relief ou quel fragment architectural a été découvert à côté de lui.

Pour trouver les preuves à l'appui de cette chronologie, nous prions le lecteur de se reporter à l'historique des inscriptions indiquées.

En 1468, le mur romain a été démoli devant l'entrée méridionale de la Cathédrale Saint-André, à l'endroit qui a formé, jusque vers 1865, la petite place Saint-André [en face la rue Pèlegrin] (^). C'est peut-être à

(') Cette chronologie a été commeacée sommairement par Jouannet, Académie, 1829, p. 170 et s. (') D'après un registre des délibérations du Chapitre de Saint-André en date du 29 mars 1468, Baiikein, t. lY, p. 310.

310 l^'sc^lrTIO^•s romaines de boudeaux.

cette date et à cet endroit, c'est sans doute dans les portions du mur adossées alors à l'église qu'ont été trouvées les inscriptions qui, au commencement du xvi'' siècle, existaient dans la Cathédrale (n" 270), dans l'Archevêché (n" 18) et dans le Doyenné de Saint-André (n" 9), et que nous connaissons par la copie qu'en prit alors Hubert-Thomas Leodius.

Début du XVI'' siècle. — A cette date on possédait à Bordeaux, comme nous l'apprend le même Leodius, outre ces trois inscriptions, l'autel du génie (n° 1), alors dans le Château-Trompette, et quatre épitaphes qui paraissent avoir été conservées avec soin, l'une à Sainte- Eulalie (n" 301), une autre encastrée dans un mur de l'Hôtel-de-Ville (n" 185), la troisième et la quatrième, dans une maison particulière du quartier Puy- Paulin, rue Saige (n°' 122 et 296): ces deux dernières proviennent sans doute du mur romain qui longe au nord la rue Saige. Ces huit inscriptions, dont une seule nous est demeurée (le n° 1), formaient, au commencement duxvi'' siècle, le patrimoine épigraphique de Bordeaux, auquel on peut sans doute joindre, dès cette époque, l'épitaphe de MommoUnns (n° 862).

15G3. — On découvrit l'épitaphe de Julius Lupus {Ti° 133), en démolissant, rue du Loup, en face le carrefour de la rue Guérin, une partie du mur romain, pour y chercher des matériaux.

1564. — Six épitaphes (n"^ 107, 123, 145, 259, 310 et 325) furent trouvées, comme nous l'apprend de Lurbe, « aux ruynes de la maison ;> ancienne du sieur de Duras, près ladite petite Observance ». Cette maison, qui semble avoir occupé l'emplacement des maisons n°* 7 et 9 de la rue de Grassi, était adossée, au nord, à la muraille romaine (*). Les inscriptions ont dû être retirées du rempart soit en 1.564 même, soit; plutôt, antérieurement.

Avant 1572. — Le président Joseph de la Chassaigne, mort cette année, avait trouvé l'épitaphe de C. Jîtl/us Scverus, il la fit transporter dans son domaine, « le bien d'Ausone », au Bouscat (n" 139), avec d'autres antiquités, parmi lesquelles deux statues (acquises plus tard par Florimond do Raymond), et un cadran solaire imité de l'antique et portant le nom d'Ausone (cf. nos Insc)'ij.jtions fausses, t. II, p. 246).

Le 24 juillet 1594. — Nous apprenons par le même chroniqueur de

(<) Baubein, IV, p. 351; DnouïK, p. 441!; cf. Dezeimekis, Suc. arch., VI, p. ^1.

Lurbe, qu'on trouva près la chapelle Saint-Martin du Mont-Judaïque, dans un champ appartenant au sieur de Donzeau, lieutenant particulier en la sénéchaussée de Guyenne, une statue et trois inscriptions sur marbre, dédiées à Drusus, à Claude, et à un des tils de Germanicus (n°^ 25, 26 et 27) ; le 21 juillet on avait trouvé au même lieu deux statues, dont la célèbre Messaline de Bordeaux. La nature des débris rencontrés sur ce point du sol donne à penser qu'ils appartiennent aux anciens thermes (t. I, p. 92, n. 1). Comme nous l'avons dit plus haut (p. 283), ces plaques de marbre ont dû à leur fragilité de ne pas servir de matériaux pour la muraille, d'être découvertes à l'endroit même où les Romains les placèrent tout d'abord.

1504. — « Bien tost après » cette découverte, le sieur du Haillan, frère de l'historiographe du roi, fit démolir une partie de la muraille romaine « aboutissante au derrière de sa maison », et trouva, derrière les énormes blocs de pierre dure qui en formaient le soubassement, i'épitaphe de Publida (n" 281). Je ne sais de quelle partie de la muraille il s'agit.

1594. — On trouva encore cette année rue du Loup, toujours sans doute dans les fondements du mur, la prétendue dédicace à l'empereur Hadrien (n" 28).

Avant 1595, ont été trouvées les inscriptions que renfermait à cette date, au dire de de Lurbe, le musée de Florimond de Raymond, et dont l'origine ou la date de la découverte est inconnue : — une dédicace et une statue de Jupiter (n° 16), originaires de la maison de M. de Nesmond, rue Porte-Dijeaux, maison qui, située sur l'emplacement oîi s'élève aujourd'hui l'Archevêché, n'était pas très éloig'née du mur romain du côté du couchant, — une autre dédicace (n" 3), provenant des fondements mêmes de la maison de Florimond de Raymond (rue du Temple, vers le n° 24, t. L p- 16), — deux épitaphes (n°' 50 et 51), du Château -Trompette '(ces deux épitaphes, gravées sur des « piliers de marbre » ont pu ne pas entrer dans la construction du rempart, cf. t. II, p. 285). — De quatre autres, que de Lurbe copia également en 1594 dans ce Musée (n°= 6, 22, 67, 88), nous ignorons entièrement la provenance. 11 en est de même de l'autel et des fragments de statues conservés dans ce musée, dont nous parlerons plus bas (VIP p., I, § 3).

Entre 1595 et 1601, date de la mort de Florimond de Raymond, furent trouvées ou acquises par lui les quatre inscriptions dont de

Lurbe ignora toujours l'existence, et que virent dans le musée fondé par lui Jodocus Sincerus (n° 72) et Sanloutius [que nous avons aussi appelé l'anonyme de Bouhier] (n"^ 72, 205, 242, 267).

En 1604, lorsque l'on détruisit le château du Hà, raconte le chroniqueur Jean Darnal, « il se treuua parmy les batimens des grandes » colonnes rondes, qui auoient servy ailleurs » ('). En 1840, on remarquera le même fait (cf. p. 282i. mais on notera des inscriptions.

1715. — Le xvii^ siècle, qui vit démolir les Piliers de Tutelle, fut à tous les égards une période désastreuse pour l'épigraphie bordelaise. Toutes les inscriptions qui furent alors découvertes (il est inadmissible de croire que l'on ne trouva absolument rien durant 150 ans) furent perdues et la copie même n'en fut point conservée. Il paraît certain, par exemple, que la démolition, en 1692 (-), de la tour de Gassies, élevée sur l'emplacement et sans doute sur les fondations d'une tour romaine, dut mettre au jour des antiquités romaines: il n'en est rien resté, pas même le souvenir. Il faut descendre jusqu'à l'année 1715 pour voir s'accroître le patrimoine épigraphique de Bordeaux par la découverte, dans le cimetière de Saint-Seurin, de l'épitaphe de la chrétienne Aîtcilia Pascasia (n° 853), d'ailleurs également perdue.

En na, lorsque Venuti rédigea ses Dissertations sur les anciens monurnens de Bordeaux, imprimées dix ans plus tard, il n'ajouta que deux inscriptions à celles qu'avaient connues les amateurs de la Eenaissance. L'une (n° 125) se trouvait dans la cour de l'Intendance; l'autre (n" 147) encastrée « dans le coin du rempart qui fait face à la rue Porte-Dijeaux » : toutes deux semblent provenir du mur romain, qui était fort peu éloigné de l'un et de l'autre endroit : la première a été perdue. — Ajoutons, comme connu seulement depuis les recherches de Venuti {Soc. arch., t. XII), le lalrum à bas-reliefs conservé en 1744 dans la rue des Minimes [rue du Palais-de-Justice] en face le fort du Hà, lalruni extrait peut-être des fouilles de 1604.

En 1756, eut lieu la première grande découverte que nous ayons à enregistrer depuis celles du xvi® siècle. Cette année, la reconstruction

(I) SuppUment dts Chroniguef, 1666, p. 120.

O Voyez la Chronique, édition (le 1703, cf. Deouan, p. 1(15.

d'un nouvel hôtel de l'Intendance sur les ruines mêmes de celui qui venait d'être incendié (entre les rues Chaumet et Guillaume-Brochou et la place Puy- Paulin) amena la démolition du mur romain dont la présence gênait l'établissement des fondations; dans ce mur, on trouva, dit dom Devienne, « deux Statues mutilées [sans tête] et sans » inscription, l'une de marbre..., posée sur un pied d'estal; on voit au » bas d'une espèce de toge dont elle est couverte, un gland qui repré- » sente l'extrémité de sa chaussure;... et l'autre de pierre avec un » porte-feuille qui est au côté droit [Dépôt d'antiques Jean-Jacques Bel], » plusieurs médailles, et environ une trentaine d'inscriptions latines », et, en outre, « des débris de Statues et des Pierres travaillées. Nous » avons remarqué eutr'autres une Pierre sur laquelle il y a un feuillage » très-bien sculpté et une oye presque entière en relief» (*). Le chiffre exact des inscriptions copiées par Devienne est de 31 (les n°^ 2 et 19 sont des dédicaces d'autels ; les autres sont des épitaphes : n"^ 73, 74, 79, 103, 113, 116, 140, 142, 144, 176, 203, 208, 214, 215, 221, 226, 231^ 247, 249, 257, 262. 263, 266, 273, 282, 290, 304, 309, 329) ; comme il n'a pas négligé les fragments même les plus insignifiants, on peut croire qu'il n'a omis aucune des inscriptions trouvées en 1756. Il n'est pas douteux que la conservation de la presque totalité de ces monuments ne soit due au célèbre de Tourny, alors intendant, dont nous aurons plus loin à constater le zèle archéologique. — Voyez, sur la situation du nouvel hôtel de l'Intendance, la Commission des monuments historiques, 1848-1849, p. 16 et planche.

En 1757, on reconnut le mur romain en élevant une maison rue des Faussets (maison Chassin), mais on ne paraît pas y avoir touché. Vinet avait déjà aperçu ces ruines de la muraille (^). Peu avant cette époque, on retrouva et on démolit en partie deux tours romaines sur la ligne septentrionale, l'une entre la place Saint-Rémi et la rue Courbin, l'autre au coin de la rue Jouannet et de la rue du Pont-de-la-Mousque (3).

1765. — Découverte d'inscriptions (perdues, cf. n° 349) dans le mur romain rue du Loup, entre la rue du Pas-Saint-Georges et la rue Caudeyrere [aujourd'hui démolie; cf. Drouyn, p. 196].

(') EclairciiSemens , p. 52 et p. S4.

(2) Baurein, YariHés lordelaises, t. IV, p. 321.

(4) Baurein, IV, p. 323-32o; Bulletin jiols/mamique, 1817, p. 353-4; Drouyn, p. 101, place, je crois à tort la première tie ces leurs aa coin de la rue Dieu. '

iNscn., T. II. 4Q

Eu 1775, la déraolitiou de l'Archevêché, qui occupait l'emplacement marqué aujourd'hui par la place de l'Hôtel-de-Ville, fit découvrir « des fûts et des tambours de colonnes, des bases, des chapiteaux, » des restes d'entablemens, de corniches, de frises, d'architraves et

» autres ornemens de sculpture et d'architecture Les tambours de

» colonnes cannelées ont pour le moins quatre pieds et demi de dia- » mètre ». Parmi ces débris, on a rencontré trois épitaphes (t. I, p. 283, n°^ 169-171) ('). Tout cela devait provenir de la muraille romaine à laquelle l'Archevêché était adossé.

En 1780, Bourignon vit lui-même à Bordeaux ou fit copier, dans la cour de l'Intendance, un certain nombre d'inscriptions qui ont été ignorées de Venuti, de Devienne et de Baurein et qui avaient sans doute été découvertes depuis peu dans le mur romain et aux abords de l'Intendance (n°' 193, 210, 232, 320 et 344).

En 1782, on découvrit, dans la rue des Glacières, au n"" 2 d'alors [n" 3 d'aujourd'hui], la statue de la muse (escalier de la Bibliothèque) (-), et l'autel dit « d'Esculape » {Dépôt Bel). Il est possible qu'il y ait eu là quelque temple dont les statues auraient été respectées lors de la construction de la muraille : mais il est possible aussi qu'elles aient été ari-achées du mur, qui est voisin de là. — A cette même date, et peutêtre au même endroit, découverte d'un « bloc de marbre g-ris avec un » vase en relief contenant des fleurs » (•'').

Le 14juillet 1793,Bernadau écrit dans ses l'ablettesi^): « On vient de » faire une fouille sous l'église Puy-Pauliu. On a trouvé phisieurs débris » d'un magnifique édifice avec deux statues romaines et des morceaux » gothiques » : on sait qu'on appelait en ce temps-là « gothique » même les sculptures romaines. L'église Puy-Paulin occupait l'angle nord-est de la place et était adossée à la muraille. C'est là peut-être l'emplacement de ce temple de Mercure d'où furent enlevées les pièces retrouvées, en 1848, dans la muraille voisine ; cf. p. 321.

En 1795, on démolit, paraît-il, la partie du mur romain qui traver-

(') Batjhein. I. IV, p. 342-3J3.

(•) CK\i,k, Explication, a" 5 et li (Caila ajoute : « Li tète fut trouvée dans la mènia aiiaéo. rue Sainlc- Calherine, daus les fouilenients de la maisnu n" 50 », ce ijiù prouva bien que celle tète, qu'oa a si dUgracieuaement ajustée au cou de la muse, ne lui appartieal pas); cf. le même, Mémoires [ms.\, a' 10; Joua.n.nkt, Statistique, l. 1, p. 253 ; Bernadao, Annales, p. 233 (qui mêle U ailleurs les dates et les objets).

(5| Caila, Explication, u-iS.

(•) Manuscrits, l. VI. p. 75».

sait la rue Pey-Berland ('). — Cette rue longeait, à l'est, le clocher et a été depuis englobée par la place et par le square.

Avant 1795 et après 1780, découverte, on ne sait où, de l'inscription n° 283.

En 1801, on trouva la dédicace d'une fontaine (n" 30 c). La date paraît certaine. Mais nous ne savons où elle a été découverte, si c'est dans les terrains de l'Intendance et par conséquent dans le mur romain, vers la rue Guillaume-Brochon, ou dans ceux des Jacobins, allées de Tourny. Cf. n° 305.

1801. — Découverte d'une statue de Vertumne {Dé^ôt Bel), rue Neuve-du-Temple, n" 3 [auj. n" 6] O.

1801. — Découverte, dans la même rue, mais dans l'enceinte romaine, vers les n°" 8-10 actuels, d'une épitaplie (n°195). Peut-être faut-il rattacher cette découverte à celle dont il vient d'être parlé tout à l'heure.

Le 18 mai 1802 [29 floréal an X], en reconstruisant une maison dont l'emplacement est aujourd'hui indiqué par les n°^ 4 et 6 de la rue du Palais [et non 3 et 4, comme il est indiqué à tort t. I, p. 154], on retira du mur romain (peut-être des soubassements de la tor deu Rey) les deux épitaphes des citoyens de Dax (n°^ 46 et 47), et, en outre, de grands blocs de pierre, travaillés pour la plupart, qui semblent avoir été des fragments de corniches ou d'architraves.

1803. — Jouannet signale des inscriptions à Terre-Nègre (n° 350).

Vers mars ou avril 1804, on fit des fouilles dans la partie haute de la rue de Grassi (alors rue des Carmélites, cf. le plan du t. I, p. 51), derrière l'ancienne chapelle du Temple, à la hauteur du n° 9 d'alors: elles amenèrent la découverte, dans le mur romain, de tombeaux, d'une inscription (n" 264), et « de plusieurs bas-reliefs représentant des per- » sonnages armés, des casques, des armes, des trophées..., partie d'un » monument triomphal » (^). La partie du mur fouillée est sans doute celle qui passe à la hauteur des n"^ 7 ou 9 actuels de la rue de Grassi, et qui était adossée à Voîtstcm de Duras (cf. p. 310).

En juin 1804, en construisant « à l'endroit où étaient les écuries de

(<) Bulletin polj/mathique, (. VI, p. 436. — C'est vers 1793 qu'on transporta au Musée • l'ove de cirque» qui servait de • de baze à la croix appelée la Croix de Seguey », Caila, Explication, n" 71.

(') Caila, Explication, n» 6.

P) Jocannzt, Académie. 1819, page ISO. Cf. Bernadah. Bulletin polj/matliigue, I. II, p. 202 et p. 340. Les liasreliefs se trouvent au Bfpôt d'antiques Jean-Jacques Eel.

» la ci-devant Intendance de Bordeaux » l'immeuble portant le u" 8 de la rue de la Mairie ou Neuve-de-riuteudance (plan dut. I, p. 51 ; aujourd'hui n" 7 de la rue Guillaume-Brochon), on trouva uu assez grand nombre d epitaphes (u"' 55, 114, 224, 306). Tout cela peut-être directement du mur romain. « Le conseil municipal », écrit Bernadau, « a, dans » l'intérêt de l'Archéologie, affecté une certaine somme pour continuer » ces fouilles et en conserver les produits. On a trouvé des archi- » traves, où sont sculptées des mitres à infuies et des animaux, un » Sphynx acéphale , d'un mètre de longueur, des modillons, des pilas- » très » ('). C'est de ces fouilles qu'est sorti en particulier le triple bas-relief de Léda, Ganymède et Junon {^). Ajoutons, d'après Caila (n° 14) : « un bas-relief représentant quatre ligures drapées qui parais- » sent se tenir la main», et (n° 15): «un bas-relief dans lequel on » remarque deux scènes, dans l'une deux personnages se tournent à » peu près le dos, dans l'autre un jeune homme porte la main droite » sur l'épaule gauche d'une jeune femme voilée qui paraît l'écouter » attentivement ». Tous ces monuments sont au Dépôt Bel. Sausas a conjecturé avec assez de vraisemblance que quelques-uns d'entre eux (les bas-reliefs représentant des mitres) avaient jadis décoré un arc-detriomphe (^) : à cet arc se rattacheraient sans doute aussi les débris trouvés rue de Grassi, en mars ou avril 1804 (p. 315).

De 1780 à 1804. — Il faut attribuer aux fouilles précédentes la découverte d'inscriptions sans provenance certaine, et que nous fait connaître, pour la première fois, Millin, dans son voyage d'octobre 1804 (n°^ 115, 2'75).

En 1805. — Caila signale une fouille, faite au coin de la rue du Pas-Saint-Georges et de la rue Poitevine, qui amena la découverte d' « un fragment d'entablement dans lequel on remarquera le pelta, » bouclier des Amazones» {Explication, n° 15) [Dépôt d'anti(ii(es'QQ\\{^).

En 1808, raconte Bernadau, au mois d'octobre, « en nivellant le

(>) Pernadmj, BuVetin polymatliiqve, t. II, 18M, p. 215 cl u" du 2 saptemlirc, p. 281 el auivanlos; Tiblttlts 1ms., t. Vlll|. 1° 67 ; ol'. Caila, Explication, à la Bu. C'est évidenimenl a iurl que Jouannbt, Académie, 1829, p. 179, .issigao l'année 1803 comme date à cette découverle.

(«) ZJcpôt .lean-Jaciiues Bel, u- 31; cf. ici, l. I, p. 29.

(S) SocMt archéologique, 1. U, p. U4 et s. Élaut donné que les monumenis dont parle Sansas dans co travail ont été trouvés, les uns cours d'Alsace, les autres près de l'Intendance, Us ne peuveat appartenir au mùiiio ;édilice. J'imagine que les premiers se rattachent à un monument funéraire plutôt qu'a l'arcde-trioniphe; cf. ici, p. 323.

(♦) Cl'. Bulletin poJymathiqui, t. III, p. 156; Caila, mémoires (ras), n« 10, oii l'eutablemont est dessiné.

» sol de la nouvelle rue percée près du clocher de Pey-Berland, et qui » aboutit à la rue du Peug-ue, on a découvert plusieurs grandes pierres » sculptées, formant des chapiteaux de colonnes, des fragmens de » frontons, d'architraves, etc. Ces pierres avaient servi à bâtir le mur » méridional de la première enceinte de Bordeaux, qui a été démoli en » cet endroit, en 1795 » (') (cf. ici, p. 314).

En 1810, on découvrit « dans les cloîtres de Saint-André, à vingt pieds de profondeur», la statue, en argent, « d'un philosophe grec » l^) (un Sophocle, aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de Paris).

En 1812, en construisant la maison qui portait alors le n" 4 de la rue du Temple (aujourd'hui le n" 8), on détache du mur romain « quelques bustes présumés gaulois », dit Jouannet, et un petit nombre d'inscriptions (=>) (n"'' 220, 244, 295, 305, 345).

1780-1812. — C'est aux fouilles laites entre ces deux dates qu'il faut attribuer les inscriptions de provenance inconnue, que mentionne tout d'abord Caila dans son E x])licaiion , rédigée vers 1813 (n"' 97, 156, 159, 172, 190, 230, 243, 297, 300, 336).

En mars ou avril 1818, on démolit une maison située au coin de la rue du Pont-de-la-Mousque et de la petite place Saint-Rémi : on dut alors mettre au jour une portion du mur romain, mais il ne ressort pas nettement des notes prises par les contemporains, si le mur était intact ou s'il avait déjà été ruiné par une brèche et reconstruit après la période romaine. On en retira une inscription de date ancienne (n" 86), et d'autres débris importants, notamment deux socles à double bas-relief (le bas-relief du dragon et le bas-relief de la femme assise) (*). Tout cela est demeuré à l'hôtel Bel.

A partir de 1826, les fouilles et les découvertes se succèdent presque sans interruption jusque vers 1843 : c'est l'âge d'or de l'épigraphie bordelaise.

En septembre 1826, on construisit deux maisons sur l'emplacement du local qu'on appelait alors tantôt le ihisée, tantôt X ancien Lycée, ou

(1) Bulletin polfjmathiine, t. VI, p. 436.

(2) JouiNXET, Statistiqne, i. I, page 254; cf. Soc. arch., Il, p. vu.

(') Jouannet, Àcaiémie, 1823, p. 180; Caila, Eseplicatioit, à la Hq el passitn. (»i JouANNâT, Bulletin polymathiQue, t. XVI, p. 207.

Lycce -Variétés, tantôt encore le Lycée irûlé : ces noms venaient des différentes destinées subies par le monument, construit par de Tourny pour être une salle de concert, puis devenu théâtre et lieu de réunion de sociétés littéraires, enfin incendié et détruit le 9 février 1803. Ces maisons portent aujourd'hui les n'"' 22 et 24 du cours de l'Intendance : le Lycée faisait façade sur le cours, dont il occupait le n° 11 ('), et était adossé au mur romain. Pour procéder à ces constructions, il fallut détruire le rempart, ce qui amena la découverte de plus de cinquante inscriptions, toutes funéraires, dont un certain nombre, il est vrai, n'ont pu être retirées intactes. Comme on peut s'en convaincre par le plan cadastral de l'époque, dont nous donnons ici (t. I, p. 51) un extrait, le Lycée était contigu au jardin de la maison Faget, alors n" 8 de la rue Neuve-de-l'Intendauce. Les nécessités de la construction obligèrent les entrepreneurs à toucher à la partie du mur comprise dans le jardin Faget : on en retira trois inscriptions (n^"^ 82, 194, 285, peut-être aussi 197 et 338, et des fragments de bas-reliefs (^), que Faget donna à Coudert). Les autres furent conservées par Brown, propriétaire du Lycée, puis données à la Ville (épitaphe d'esclave de la Ville, n" 76; autres épitaphes: n»^ 83, 102, 106, 108, 118, 127, 128, 163, 168, 177, 178, 187, 201, 211, 229, 234, 258, 278, 287. 323, 324. 332). Un certain nombre n'ont pas été conservées (n«^ 95, 104, 119, 121, 131, 141, 151, 153, 157,200, 213, 225, 236, 238, 277, 289, 299, 303, 352, 353).

Ajoutons les tombeaux anépigraphes de la femme à la balance, de l'homme au fouet, de la femme assise {Acad., 1827, pi. XXXVIII), au Dépôt Bel.

Eemarquons enfin, pour avoir une idée de la richesse en inscriptions du mur romain, qu'il n'a été entamé alors que sur 7 mètres de longueur et 2 mètres de profondeur, et que ce seul fragment de l'enceinte a fourni près de cinquante textes.

En août 1828, on démolit une maison en forme de pavillon, attenant aux bâtiments de l'Intendance, et située, en face la maison Faget, rue Neuve -de -l'Intendance, u° 4. C'est, sans aucun doute, celle qui fait le coin de la rue Chaumet et de la rue Guillaume-Brochon, n" 6 de cette dernière (cf. t. I, p. 51 et 52). Il n'y a pas à s'arrêter au texte de

(«I Cf. le journal l'Indicateur, n* il60, le SI scplembre I8îC. ('; Soc. arc»., l. in, p. W cl planches X cl XI.

Jouannet, qui donne à cette rue le nom de Petite rue de l'Intendance, qu'elle ne portait pas, et qui était en revanche celui de la rue Saio-e actuelle : Jouannet confond constamment les deux rues, mais les autres renseignements qu'il donne, et ceux que donnent ses contemporains, permettent de rectifier son erreur et de retrouver d'une façon très précise l'emplacement de ces diiïérentes fouilles. Celle d'août 1828 amena la découverte, dans le mur romain, de 12 inscriptions, dont

4 sont perdues (autel d'Onuava, n° 17; épitaphes, n"^ 130, 286, 288),

5 furent cédées à la Ville (autel de la Tutelle, n° 20; inscription de Gordien, n" 29; épitaphes, n" 93, 112, 117), 3 acquises par Coudert, (n"^ 52, 105, 186, peut-être aussi n"^ 197 et 338), qui obtint aussi un fragment de bas-relief et le serpent enroulé ('). Il est à remarquer que c'est ici la portion de la muraille où. l'on a trouvé le plus d'inscriptions datées et présentant un caractère public et officiel, ce qui nous permet de croire que le forum, ne devait pas être bien loin de là et nous rappelle que nous sommes à quelques pas de l'emplacement du temple de la Tutelle, le plus important sanctuaire de la cité.

En octobre 1831, on explora, une fois encore, la maison Faget, à l'est de l'endroit fouiUé en 1826, à l'endroit déjà touché en 1804 : on découvrit dans le mur romain, — fouillé sur une longueur de 16 mètres, — deux bas -reliefs (le jeune homme au cercle et le pâtre assis, au Dè]^ôt Bel) (^), 24 inscriptions, dont aucune n'est perdue (inscription du préteur, n" 30 «; épitaphes, n°' 45 et 68 [ces deux d'étrangers], n°'87, 137, 154, 161, 207, 209, 212, 227, 228, 241, 265, 268, 269, 280, 298, 321, 322, 326, 327, 328, 333). On peut remarquer le nombre relativement considérable d'épitaphes d'esclaves ou d'affranchis rencontrées sur cette portion de la muraille : 5, c'est-à-dire un tiers du nombre total que renferme ce recueil; d'oii on pourrait croire que ces monuments ont été extraits ensemble d'un cimetière ou d'un emplacement réservé aux individus de ces conditions.

1832. — Vers le même temps, en ouvrant la Galerie Bordelaise, on perça, sur une larg-eur de 10 mètres, la muraille romaine : « mais », dit Jouannet, « on n'a eu à percer qu'une construction en moellons si mal » unis que, par endroits, le mortier était presque friable » (^). Le mur

(I) Soc. arch., t. III. p. o3, pi. XVI; Académie, 1823, p. 169. (») Cf. Académii, 1832, p. 134 (3) Académie, 1832, p. 113.

320 INPCRIPTIONS UOMAÎNES DE BOnDKAUX.

romain avait dii être démoli et restauré à une époque antérieure. D'autres monuments furent trouvés de ce côté en octobre 1834.

En 1832, on retira, soit des fondations soit plutôt du voisinage de la Tour de Gassies l'autel à Jupiter auguste (n" 4), qui est bien, par la forme des caractères, la plus ancienne inscription trouvée jusqu'ici à Bordeaux.

En 1832 encore, on découvrit la statue en bronze d'Hercule, dans un égout, à l'entrée de l'impasse Saint-Pierre, « presque sur le mur de » l'antique enceinte de Bordeaux » (').

« En 1833, presque à l'angle du mur antique, près de la chapelle de » la Bourse, on retira des fondations deux très beaux chapiteaux et » d'autres membres d'architecture (-) ». On reconnut alors les fondations d'une demi-tour, aux abords de la rue Dieu et de la place Gabriel.

En 1836. se place la découverte d'une épitaphe d'Espagnol, rue Saubat (u'' G6), c'est-à-dire à l'endroit même où elle avait dû être placée dès l'origine.

En 1838, la construction de la Prison Municipale amena la découverte, à l'intérieur de l'enceinte romaine, de fondations que Jouannet suppose avoir été colles de thermes; en même temps, on creusant un passage souterrain pour conduire de la Prison à l'Hôtel-de-Ville, on dut percer la muraille du m^ siècle, et on en retira les restes d'un édifice colossal, le plus considérable peut-être de Bordeaux après les Piliersde-Tutelle : tambour et base de colonne, chapiteau, fragment d'architrave, le bas-relief connu sous le nom des Dcndrofliorcs [planche VII] et un fragment d'Hercule colossal {Dé^ôt Jean-Jacques Bel). Le tout semblait le débris d'un portique considérable, d'une basilique ou d'une bourse, élevée peut-être dans le voisinage du port intérieur i^). D'après les calculs de Jouannet, cet édifice aurait mesuré jusqu'à la frise près de 14 mètres de hauteur. — Cf. les fouilles de 1775, p. 314.

De 1840 à 1844, la construction du Palais de Justice, sur l'emplacement de l'ancien château du Hà. amena la découverte d'un grand nombre de débris, arrachés autrefois, peut-être en 145i, à l'enceinte romaine (cf. p. 282) : 14 inscriptions furent découvertes dès 1840 (n° 10,

(') JoLANNET, StatisUqve, I, page 243; Labet, Société archéologique. I. I, |>. iS. C) Jouannet, SlatisU/iue. lomo I, page 421; cf. Atailfmie, 1835, p. IS8; DnouYN. p. 101. (S) Stalistigm. i" partie du lomc I!, p. .S7I; Habams. llei-herrhes sur les Dcndrophorcs et sur tes corporation» romaines en gfnéial (1841, Bordeaux, II. Kayi', in-8), uole de la p;it!o 1.

autel taurobolique ; n°' 31, 32, 35, dédicaces de monuments; épitaphes : n°s 92, 120 [perdue], 222, 239 [perdue], 246, 248, 252, 279, 311, 313); ajoutez le tombeau de la jeune fille à la pomme et au panier, le basrelief d'Epona (au I)è]^ôt Bel), et un second serpent enroulé ; d'autres furent trouvées les années suivantes (n'"' 158, 179, 251, 294; et sans doute aussi les n°^ 81, 96, 98, 164, 188, 253, 319).

En 1842 on retira des fondations du Palais de l'Ombrière, que traversait le mur romain, une épitaphe (n" 148), des fragments de colonnes cannelées et d'entablements, un bas-relief représentant une course de biges (au Colisée), un autre figurant deux gladiateurs aux prises (ilid.), un troisième présentant le même sujet (ilid.). Une épitaphe, dit Jouannet, est demeurée engagée dans le mur (n° 175). Nous ne connaissons malheureusement pas l'endroit précis oiila fouille a été faite. Il est à remarquer que les deux inscriptions étaient également de très bonne époque. Ces débris paraissent provenir moins d'un édifice public que d'un monument funéraire de très grandes dimensions (').

1842-1845. — C'est entre 1842, date de la dernière publication de Jouannet, et 1845, date de sa mort, que peut se placer la découverte d'un petit nombre d'inscriptions qu'il a copiées ou estampées, mais sans nous renseigner sur leur origine (n°= 174, 206, 233, 256).

En mars 1845, à l'angle sud-ouest de la rue des Remparts et de celle des Trois-Conils (occupé jusqu'en 1885 par les bâtiments des Facultés), peut-être dans la muraille romaine, ou au moins tout à côté d'elle, on trouva l'épitaphe d'un soldat (n° 44), le bas-relief dit des changeurs [scène de perception? (au Colisée)], et des débris présentant des ornements tels « que le sphinx, une tête ailée et casquée de Mercure, » le vase isiaque, les palmes, un animal qui a toutes les formes d'un » hippopotame » (^), ce qui faisait croire à Eabanis, je ne sais pourquoi, que ces débris appartenaient à un temple d'Isis.

En 1848, la démolition d'une tour et d'un fragment de l'enceinte romaine, à peu près sur l'emplacement du n° 8 de la rue Combes (n° 3 de la rue du Jardin, sur le plan de notre t. I, p. 51), fit découvrir un certain nombre de bas-reliefs dédiés à Mercure (cf. I, p. 47), dont deux

(1) Statistique, lome II, w partie, p. 433.

(5) Rapport présenté par la Commission Ses Mommtnts Itistorigves, 184i-1845, p. 5 ; cf. Drouyn, p. 32.

IKSOR., T. II. 41

avec inscriptions (a"' 12 et 14). et un monument funéraire (n'' 302). Le tout fut recueilli par Coudert. Ici nous nous trouvons en présence de débris enlevés en même temps à un temple de Mercure qui devait dominer la colline de Puy-Paulin, qui e.st, de tous les quartiers de Bordeaux, le plus riche en monuments de ce dieu (cf. p. 314).

1848. — On mit à nu les fondements d'une tour romaine sur l'emplacement du Temple, à la hauteur, semble-t-il, des n°^ 8 ou 10 de la rue de ce nom. Les inscriptions qu'on en retira passèrent en la possession, soit de Durand (n° 100), soit de Coudert (selon toute vraisemblance n"'!!, 110, 192, 199, 240 [perdue?], 255, 314). Le Musée obtint le double bas-relief dit du jugement de Paris {Dépôt Bel). C'est sans doute à la construction de cette maison qu'il faut rattacher la découverte d'une autre inscription que Sans-^.s place, peut-être à tort, en 1849 (n'' 254) (^).

1845-1850. — C'est entre 1845, date de la mort de Jouannet, et 1850, date de l'arrivée de Sansas à la direction du Musée, date également 011 commence la numérotation des objets du Dépôt d'antiques, que peut se placer, selon toute vraisemblance, la découverte d'un certain nombre d'inscriptions qui furent peu après numérotées et dont l'origine est demeurée inconnue : nous y joignons quelques fragments sortis on ne sait d'où, mais dès lors arrivés au Dépôt J.-J. Bel (n'"" 37, 40, 85, 165, 184, 189, 218, 245, 307, 337, 340, 347 [?] ).

En mars ou avril 1850, on trouva, sur l'emplacement de l'église Saint -Projet (n" 2 de la place), dans l'intérieur, par conséquent, de l'enceinte romaine, l'autel à Mercm-e fn" 11). J'imagine, comme cet objet n'a pas été déplacé pour être inséré dans la muraille, que; là se trouvait un temple à Mercure (cf. p. 283).

Vers 1851, on trouva dans la rue Puy-Paulin (rue Combes), sur l'emplacement de la maison Vène, près de l'enceinte, des débris de statuettes et, en particulier, un joli Mercure en bronze (^), sans doute celui qui fait aujourd'hui partie de la collection Dubois.

En mai 1851 (*), en nivelant le sol de la rue Neuve-de-l'Intendance (Guillaume-Brochon), entre les n'' 6 et 7, ou retira du mur cinq inscriptions (n''^ 43, 94, 274, 292, 330).

(•i Commission des Monuments historiques, 18l8-18i9, p. 6. (> Commission des Monuments historiques, 18âO-18Sl, p. U. (') Ijf. eu.îore Bebnadau, Tablettes [ms., l. XII), f» 561.

A la fin de 1852 ou au commencement de 1853, se place la découverte, au coin de la rue Guiraude et de la rue Sainte-Catherine, du tombeau du joueur de corne (n" 182). Comme il n'est pas probable que le défunt ait été enterré là, il faut bien supposer qu'on a retiré son monument, dans le temps, de la muraille.

Pendant huit ans, par je ne sais quel hasard, nous n'avons aucune découverte à enregistrer. Mais en 1860, les fouilles reprennent pour continuer sans interruption jusqu'en 1871 et pour donner des résultats magnifiques^ supérieurs à ceux de 1756, et presque comparables à ceux de 1826-1831. Sansas préside à celles-ci, comme Devienne et Jouannet ont présidé aux précédentes.

En 1860, des fouilles faites, dans la maison Motelay (rue Guillaume- Brochon, n° 7), sur un point de la muraille déjà cependant bien souvent entamé, ont amené la découverte d'un certain nombre d'inscriptions (sans doute les suivantes : inscription monumentale, n" 39; épitaphes, n"' 143, 181, 191, 216). — Cf. sur ces fouilles, t. I, p. 318, note 1.

1860-1863. — Léon Renier, qui vient à Bordeaux vers ce temps, copie une inscription dont nous ne trouvons mention nulle part ailleurs (n° 217).

En juillet ou en août 1863, on démolit une tour romaine, rue de Grassi (alors rue des Treilles), sur l'emplacement de laquelle semble s'être élevée la maison n° 7 ; on trouva dans les fondements l'épitaphe du licteur (n" 42), celle d'un médecin (n" 78), d'autres (n°= 101, 111, 134, 138 [perdue]). Les monuments furent donnés à la Ville par M. Faurie.

En novembre 1863, on démolit les maisons qui masquaient, à l'est, la tour Pey-Berland et on atteignit le mur d'enceinte, d'où l'on retira une inscription monumentale (n" 38).

En juillet 1864, on découvrit, en dehors de la muraille, des débris d'un monument de dimensions considérables [modillons en forme de têtes d'homme que Sansas attribuait à un théâtre; auj. au Colisée] en creusant les fondations de la maison qui forme l'angle sud-ouest des rues Porte-Dijeaux et de la Vieille-Tour (i).

(1) Sansas, la Gironde du 12 juillet 1864; Soc. arcli., IV, p. 40.

324 INSCRIPTIONS UOMAIXES DE BOUDEAUX.

En 1865, commencèrent les démolitions qu'exigea le percement de la grande voie destinée à joindre la place Rohan au quai de Bourgogne, voie qu'on appelait alors la voie du Peugue, et qui est aujourd'hui le cours d'Alsace-et-Lorraiue. Les travaux devaient entraîner nécessairement la démolition du mur romain : car le tracé de la voie du Peugue, dans toute sa longueur, suivait la ligue de l'enceinte ; pour élever toutes les maisons du côté nord du cours d'Alsace-et-Lorraine et le trottoir qui les borde, il fallut enlever ce qui restait du rempart : les fondations des maisons modernes ont remplacé les assises des murailles et des tours romaines. C'est grâce à ces grands travaux que notre Musée a vu doubler ses richesses : c'est de la voie du Peugue que sont sortis presque tous les monuments qui constituent aujourd'hui le Dépôt d'antiques du Colisée. Voici, aussi brièvement que possible, la chronologie de ces découvertes.

Juiu-juillet-août 1865. — Démolition de la partie comprise au sud do la Cathédrale (à la distance, dit Sausas ('), de 21™60), entre la place Rohan et la rue Duffour-Dubergicr(-): découverte de deux dédicaces du préteur (n"^ 30 h et d), de deux autels (n°^ 5 et 23), des épitaphes de la /laminica et du compotor (n""* 75 et 84), d'une série d'autres épitaplies (n" 109, 124, 132, 260, 284, 316. 34-3), de fragments d'architecture et de sculpture, entre autres une tête de statue polychrome, la corniche aux Sirènes, le fronton nymphéen (débris sans doute de la fontaine monumentale sur laquelle se trouvaient les dédicaces du préteur, rencontrées sur le même pan de mur), la tête colossale de femme, les caissons représentant l'aigle, le soleil, etc., et formant ce que Sansas appelle la « corniche hiératique »; tout cela, comme les autres objets que nous mentionnerons désormais, est conservé au Dépôt du Colisée. Ajoutons, sur certaines pierres, des marques d'ouvriers (n"' 829-8.38) (3).

Septembre-octobre 1865. — Découverte, hors de la ligne des murs, à quelques mètres à l'ouest de la tour Pey-Berland, de la dédicace de Cams Sercmis (n° 36), et des deux inscriptions de la période gothique (u""^ 860 et 861).

(»)Soc. arrih., l. IV, p. 177; t. V, p. 169 et s.

(«) Sansas, la Oiroade ilu lî jiiiu 18S5; Soc. arch., IV, p. 175.

(3j Prog>t!:,\l\,\>. 588(Soc.arc7t., VI, p. 41-3); ia 0<i-o«ii« du 16 janvier 1867 (Sof. arc»., IV, p. 181).

Janvier-février 1867. — JJémolitioii de la maison située au nord de l'ancienne porte Toscanan, vers le n° 123 du cours d'Alsace-et-Lorraine; découverte, dans le mur romain, du bas-relief au cheval marin, du basrelief de l'homme à la cucuUe, du bas-relief du marché ('), des piliers imbriqués, des fragments de frises et de corniches, ces débris venant peut-être d'un même monument funéraire, de 5 épitaphes, dont 2 d'étrangers (n°^ 58 et 65; n"' 149, 167, 196), et de la médaille de Claude-le- Gothique (t. lî, p. 294) f-).

Juin-juillet 1867. — Démolition d'une tour romaine, à l'angle du cours d'Alsace-et-Lorraine et de la place (maison u" 127) ; découverte de 5 épitaphes, dont une d'étranger (n°^ 60, 80, 150, 219, 271), de deux bas-reliefs, l'un représentant un débarquement, l'autre un sacrifice ; enfin d' « une très grande corniche, dont les caissons offrent un poulet » sacré mangeant le grain, un hibou, etc. ». Il semble que ces sculptures, et quelques-unes de celles qu'on venait de découvrir plus à l'est, appartiennent à un même monument ou tout au moins à des monuments du même caractère (^).

Décembre 1867. — - Démolition d'une maison à l'angle de la rue du Loup et du Pas -Saint -Georges, et découverte, dans le mur, de 2 épitaphes (n°^ 129, 308).

1868. — Démolition du mur romain :

1" Dans la rue des Trois -Canards (partie du cours d'Alsace-et- Lorraine comprise entre les rues Porte -Basse et Sainte -Catherine) : sur l'emplacement de l'immeuble Beauvallon (n"^ 13-19 de cette rue; à peu près 119-109 du cours d'Alsace-et-Lorraine) : découverte de nombreuses sculptures paraissant appartenir à des monuments funéraires, du bas-relief du peseur (*), et de l'épitaphe d'un étranger (n° 54) ; — sur l'emplacement de la maison Souleau (n" 9 de cette rue ; vers les n"" 103-105 du cours) ; découverte de 4 épitaphes (69, étranger ; n"" 155, 293, 318) ; — sur l'emplacement de la maison Lespéron (n° 7 ; vers le n° 101 du cours) ; découverte de 4 épitaphes, dont 3 d'étrangers (n°^ 48, 61, 63 et 291). C'est ici le point où les épitaphes d'étrangers deviennent

(i) Décrit par de Mensignac, F!oc. arcJi., VI, p. "7.

(5) La Gironde, du 2i février 1867 (Soc. arch., IV, p. ISS).

(3| S.4.NS.4S, la Gironde du 24juillet 1867 [Soc. arch., V, p. 129); Progrés, V, p. 743 (Soc. arch., VII, p. I7ai; le bas-relief du sacrifice décrit par S.iNSAS, Soc. arch., III, p. 75 et pi. XX, et Delfortwe, »<?., p. 161 ot pi. XXXI.

(«) Décrit par DE Me.nsign.vc, Soc. arclt., VI, p. 82 et pi. XV.

le plus fréquentes : ce qui semblerait faire croire que le cimetière des pérégrius (t. I, p. Ii9), d'où elles ont été transportées ensemble dans la muraille, était situé sur une des deux routes qui partaient de ce côté de la ville, de Toulouse (t. II, p. 220), ou, plutôt, de Bazas (p. 218); — sur l'emplacement de la maison de Mérignac (n" 5; vers le n" 101 du cours, plus à l'est et au sud que la maison précédente); découverte du bas-relief de la Tutelle (n" 21), d'un bas-relief polychrome, d'une corniche où l'on voit un serpent, une flûte de Pan, une femme soutenant un bouclier, le tout évidemment se rattachant au même édifice que le monument à la Tutelle, et, en outre, de 2 épitaphes {n°'' 56, étranger, et 1Q2) (') ; — sur l'emplacement de la maison Béchade (n" 3 ; vers le n" 99 du cours), découverte d'autels à Mercure (n"'' 13 et 15), à Jupiter (n" 7) ; d'un autel taurobolique anonyme (t. I, p. 37), d'un autel sans nom do dieu(n'' 24), et d'épitaphes (n° 70, étranger; n"' 160, 180, 204; cf. 202). Ici les dédicaces religieuses se multiplient : nous touchons sans doute à un point de la muraille construit à l'aide de monuments empruntés à un ou plusieurs temples des environs, à un autre groupe d'édifices religieux, faisant pendant à celui de Puy-Paulin ; — dans la rue des Trois-Canards, sur un point inconnu, l'épitaphe d'un étranger (n" 64); — sur l'emplacement de la maison Ravez, rue du Loup, 78, une épitaphe de la bonne époque (n" 126).

2° Dans la rue du Mù (entre les rues Sainte-Catherine et du Pas- Saint- Georges) : sur l'emplacement de la maison Fourcand (vers les n°' 97 et 95 du coiirs), une marque d'appareil à caractères bizarres (n" 839); — maison Boucaud (Bourieaud? vers le n° 79 du cours): découverte de 4 épitaphes, dont 2 d'étrangers (n"^ 59, 62, 173 et 315). Les monuments d'étrangers réapparaissent, peut-être ceux de la voie de Toulouse.

3° Rue Poitevine (entre la rue du Pas-Saint-Georges et la place du Palais), rue du Cerf-Volant et rue d'Enfer (prolongement de la rue des Bahutiers jusqu'au cours) : maison Bondeau, rue Poitevine : épitaphe n" 312 et bas-relief représentant des gladiateurs [perdu] ; — maison Marly, rue d'Enfer, vers le n" 2 de la rue du Cerf-Volant : dédicace d'un portique, n" 34; épitaphes, n°' 237, 261 ; — maison Lafon, vers la rue des Bahutiers, au sud du précédent immeuble, une épitaphe (?n'' 91).

I»j Sansas, Progrès, VI, p. 580; Soc. arch., MU, p. 124.

1869. — Uémolition du mur romaiu à la hauteur de la rue du Pas- Saint-Georges ; découverte d'un autel à Jupiter (n" 8), à rapprocher des autels trouvés sur l'emplacement de la maison Béchade.

1871. — Rue du Peugue (cours d'Alsace), sans doute vers le bas, découverte, dans l'enceinte, de deux monuments funéraires (n"^ 57 et 250), qui semblent concerner des membres d'une même famille d'étrangers.

C'est aux fouilles faites de 1865 à 1871, dans le mur romain, le long- de la voie du Peugue, qu'il faut rapporter la découverte d'un assez grand nombre d'inscriptions sur lesquelles je n'ai pu obtenir aucun renseignement, et qui se trouvaient exposées, dès 1870 ou 1871, dans le Ehisée lapidaire de la rue des Facultés (dédicace du préteur: no 30 e; épitaphes : n°^ 49, 53 (étrangers), 77, 89, 90, 135, 136, 198, 223, 235, 272, 276 [?], 334, 339, 346 [?], 348, 351).

Depuis 1872, les fouilles ont été isolées et accidentelles et, se produisant sur des lieux déjà explorés, ont donné assez peu de résultats.

En juin 1873, dans le mur romain, à l'angle oriental formé par le cours d'Alsace-et-Lorraine et de la rue des Epiciers (partie de la rue du Pas-Saint- Georges), on trouva deux inscriptions funéraires (n"^ 148 et 317).

Les 19, 22 et 23 juin 1877, on découvrit dans le mur romain, sur l'emplacement du n° 123 du cours d'Alsace-et-Lorraine, l'épitaphe de Paterculus, une autre inscription plus courte (n"' 166 et 183) , et « le biberon g'allo-romain » (^).

Vers le commencement de 1878, « en creusant les fondations du » mur qui doit supporter la grille du jardin de la nouvelle sacristie » Saint - André , on a découvert, sur une longueur de 25 mètres, » le soubassement extérieur de l'enceinte gallo - romaine », d'où l'on a retiré un certain nombre de blocs, dont un avec marque (n° 841) (2).

En février 1880, on découvrit, dans les fondations du n° 9''" de la

(1) De Mensignac, Soc. arcli., UI, p. 157; V, p. 109. (') De ilExsiGNAC, Soc. arc':., IV, p. 58.

rue de Grassi (partie du n° 9 actuel, maison Mateo Petit), deux lambeaux d'inscriptions monumentales (n°^ 33 et 41) et trois fragments d'épitaplies (n"' 152, 335, 341). Il faut rattacher ces fouilles à celles de 1564, faites dans les ruines de la maison de Duras (').

En mai-juillet 1880, on reconnaît des ruines romaines sur l'emplacement du no 125 du cours d'Alsace-et-Lorraine, et des vestiges du mur d'enceinte sur celui des n^" 81 et 83, à 0™50 en arrière de l'alignement (2). Là encore il y a de riches découvertes à faire.

1880. — Vers la même époque, on retrouva le mur romain sous l'angle sud-ouest de l'église Saint-Pierre, en face de la rue des Bahutiers : ce miir repose « sur un radier de grosses poutres de chêne », au-dessous duquel on rencontre « une terre vaseuse, passée à l'état de » boue ». On a retiré du sol un débris d'inscription (u" 340). Le même mur a été mis à découvert à l'angle nord-ouest de l'église ; c'est, suivant M. de Mensignac, le mur intérieur du port romain, et il est construit de la même manière et avec les mêmes matériaux que celui de l'enceinte, quoique sur pilotis (').

En 1881, « dans la construction des n°^ 4 et 6 de la rue Tour-de- Gassies», on découvrit, « à 3 mètres environ en contrebas », le soubassement d'une demi-tour romaine (■*). C'est la tour Saint-Aubin ou de Gassies, démohe en 1692, et dont les environs ont livré, en 1832, la plus ancienne inscription romaine de Bordeaux. Ce soubassement existant encore aujourd'hui, on y trouvera, un jour ou l'autre, de précieux débris.

En janvier 1884, eu élevant la maison qui porte le n" 12 de la rue du Temple (hôtel Français), on trouva une épitaphe {n° 99) et un fragment de statue. — Voyez encore, pour cette année, n° 331.

En décembre 1884, on retrouva le mur formant le quai nord du port romain, en construisant la maison qui fait l'angle de la place du Parlement et de la rue du Pas-Saiut-Gcorges.

En janvier 1885, on reconstruisit la maison qui porte le n° 8 de la rue de Grassi, et qui est située [près de l'endroit où passa jadis le mur

Cl Dezetmeris, Soc. arch., VI, p. 51.

(«) De Men.-ignac, Soc. orch., VI, p. 80 cl 94. P) De Mensignac, Soc. arch., VI. p. 97 el s.

(') De Mexsigxac, Comptts-rendus tics séances de la Société archéologiçiue, 1881- 1S?2, [.. 2i). Voyez encore lo m6nae, t. VU, p. 65, noie 1, et p. 73, uolo 1.

înscr de Bordeaux. Tomell.

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