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FLAM.NI
u.t^(nibus)
KA.EISS.
MEMOR.IAE
Il ne faut voir là, je crois, qu'une négligence et non pas un artifice de graveur. C'est au contraire par recliercbe d'élégance et de symétrie que l'on a parfois placé le point ou Yhedera, soit au début d'une lig-ne (n'^ 11, 49, 90, 177, 246, 2-52, 256, 319, 320), soit en tête de l'inscription tout entière (n°^ 10, 228). L'hedera est parfois mise en vedette, sur Tine seule ligne, ici au haut (n°^ 151, 228), là au bas de l'épitaphe (u° 319). Ailleurs, on trouve d. .m (n° 149), ce qui montre bien que nos lapicides bordelais, les uns par négligence, les autres par fantaisie, ont connu tous les systèmes et imaginé toutes les variétés de l'art d'écrire.
(') C'est ce que HuEnNER, Exempla, p. lxxyii, appella inUrpuncUo syllabaria.
462 INSCRIPTIONS ROMAINES DE liORDEAUX.
La pierre et la gravure.
Malgré le graud nombre de nos inscriptions et leur répartition à peu près égale dans les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, nous possédons, on vient de le voir, assez peu de beaux types d'écriture lapidaire. Cela tient, surtout, à la quantité restreinte de monuments en marbre que nous avons conservés : or le marbre était chez les Romains la matière épigraphique par excellence (')• Nous avons donné l'explication de cette rareté (p. 283): les grandes bases de marbre renfermant les dédicaces des statues se trouvaient dans la partie de la muraille qui n'a pas encore été bien explorée (nous possédons deux bases de marbre seulement, n°^ 1 et 20); les plaques, les stèles ou les tablettes de marbre qui décoraient l'intérieur des chapelles ou des monuments publics ou qui servaient de revêtement aux édicules funéraires étaient de tro]) petites dimensions pour servir de matériaux à cette même muraille, et elles se sont rapidement brisées ou perdues (voyez n°' 11, 25-27, 33, 41, dédicaces; ii°^ 50-51, 66, 72, 342).
Le marbre est d'ordinaire le marbre gris des carrières pyrénéennes {^).
Malgré les circonstances qui expliquent le petit nombre des inscriptions sur marbre, je crois que l'usage en était moins répandu à Bordeaux, et pour les inscriptions et même pour les monuments publics, que dans les autres pays de l'empire. Ce n'est sans doute pas par un pur hasard que les quatre épitaphes gravées sur cette matière proviennent toutes de tombeaux d'étrangers, et que chapiteaux, statues, colonnes et bas-reliefs sont toujours faits de pierre dure.
La pierre employée de préférence pour nos inscriptions est le calcaire crayeux des carrières de la Charente-Inférieure, notamment le calcaire de Taillcbourg, de Crazannes et de Saint-Saviuien. « A en juger parles » débris de nos monuments antiques », remarque justement Jouannet (^), « il paraît que les Romains préférèrent aux calcaires du pays ceux de la
(') Cf. Corpus, I. VI, n- 9'.5"; : invi os scbihendos vel si qvid operis mabmoraei opvs fvebii hic habes. {*) Slatistîque, t. l,p. 101 ; cf. Académie, 18Î7, p. 12'..
ci Par exception, lo u" 41 esl sur mie t.-ililelle de marlirc jaune. Nous possédons une slaluo en marbre de Parus.
» Charente-Inférieure, qu'ils pouvaient aisément se procurer par la voie » fluviatile : ou le préfère encore aujourd'hui, quand la pierre doit rece- » voir des sculptures délicates ». Les Romains connaissaient cependant et exploitaient les carrières de Bourg, et nous avons quelques monuments funéraires qui en proviennent certainement. Mais cette pierre, tendre, friable, d'un blanc lavé de jaune, d'un tissu lâche et peu homog'ène, se prête aussi peu que possible à la gravui'e des inscriptions, et l'on peut voir, par les quelques échantillons qui nous restent (n°= 204, 288, 327, sans doute aussi 278 et 308), combien il est difficile de retrouver traits et lettres sur ce calcaire si prompt à s'user et à s'effriter (i).
La surface de la pierre était polie avant de recevoir la gravure ; mais il était toujours difficile, même avec les calcaires de la Charente, d'obtenir une surface complètement lisse et nivelée; il restait toujoui's des inégalités, des rugosités qui devaient gêner le lapicide : la pierre éclate vite ou cède trop facilement. Cela n'a pas de trop grands inconvénients quand les lettres ont des dimensions considérables. Ainsi, les inscriptions de Narbonne, dont les lettres ont 10, 15 centimètres de hauteur, sont toutes g'ravées sur pierre, et cependant, grâce à ces dimensions, les graveurs ont pu conserver à tous les détails des caractères, leur forme et leur élégance : c'est ce que nous remarquons également sur nos grandes dédicaces (n'"' 30 et s.). Mais, comme la règle générale est ici de donner aux lettres 3 à 5 centimètres de hauteur (on descend même jusqu'à 1 centimètre seulement, n" 186), les lapicides n'ont pu toujours se conformer, même malgré leur soin, au style de l'épigraphie classique : les lettres sont d'ordinaire profondément gravées, les traits ont une épaisseur exagérée, il a été souvent impossible de donner aux déliés, aux ornements de tête et de pied, la finesse et l'exiguïté que comporte seul le marbre ou la pierre froide de certaines carrières du midi de la France. L'aspect général, même des meilleures inscriptions, a quelque chose de gras et de pâteux, ce qui est la faute, je le crois bien, de la pierre et non pas de l'ouvrier, dont elles portent toujours la trace de l'effort, de l'habileté et de la souplesse. Nos bons lapicides ont pu être souvent mal servis par leurs matériaux, mais ils ne sont en rien inférieurs aux meilleurs de Rome, et la gravure de certaines iuscrip-
(') JouANXET, Académie, ISîl, p. l-2i, croil que les iascriiitious sur pierre de Bourg soat parmi les plus récentes. Je pense qu'elles se reuconli-eDt uniformémeat à toutes les époques.
tions, comme des dédicaces du préteur (u" 30), sont parfaites de netteté, de finesse et de g-oiit : il paraît difïïcilc de mieux graver sur la pierre.
Il est assez vraisemblable que beaucoup, parmi les inscriptions en demi-cursive ou même eu écriture lapidaire, ont été peintes avant d'être gravées : le lapicide s'est aidé de la peinture pour faire ses lettres. Nous avons une preuve de ce fait dans une épitapbe (n" 162), qui paraît bien du m" siècle; la dernière ligne, cvra, est demeurée peinte au minium, mais n'a pas été gravée, et on devine aisément pourquoi. Le graveur s'était trop hâté en peignant cvra (pour curavit) : il avait oublié qu'on ne lui avait pas donné les noms de l'auteur du monument, mais seulement ceux de la défunte ; quand il s'est aperçu de son erreur, il a laissé cvra en peinture, mais il ne l'a point gravé ('). Je ne cite que pour mémoire les inscriptions peintes de nos graffiti (n°^ 820 et 821). — Rappelons que beaucoup d'entre nos textes ont été peints au minium dans l'antiquité, comme c'était l'usage : Minium.... dariorcs litteras.... in sc^ulcliris facit, dit Pline {Hist. nat., 33, 122) ; nous avons eu souvent à constater les traces de ce minium, que le temps a rendu pâle et rosé, mais qui adhère fortement encore au creux des lettres (cf. n°' 162, 327, 278, oîi il semble que le minium a été remplacé par la sanguine).
La grande majorité de nos inscriptions sont gravées au ciseau du sculpteur (scalpruni), coupant la pierre, comme nous l'avons dit (p. 426), en triangle, ,Si&l0W , plus ou moins irrégulier : dans les inscriptions grossières, la coupe devient presque en forme de trapèze, Wf^j^l^. Quelques-unes ont été non pas gravées, mais grattées, entaillées, soit au scaljrrum, soit au couteau (n°^ 202, 165, etc.; cf. t. II, p. 442). Une épitaphe (n" 163) présente toutes ses lignes gravées, sauf la dernière, qui est grossièrement tracée par plusieurs grattages successifs de la pierre (-).
Enfin, le compas (circinus) me paraît avoir été employé pour tracer les courbes de nos deux inscriptions (n°° 4 et 19) qui sont les plus anciennes, c'est-à-dire à l'époque où l'on avait, par-dessus toute chose, dans l'art lapidaire, le souci de la forme et de la ligne géométrique.
(!' IIUEiixcn, Excmpla, p. xxviii, cilo un seul uxemplo d'un fail analogue {Corpus, V, 6421). l*) Sur 1,1 rrgtila dos graveurs, ri'. llULBNEB, p. xxvii.
Le monument.
Un des traits caractéristiques de nos inscriptions, c'est qu'elles font presque toujours partie intégrante du monument auquel elles servent de dédicaces : en d'autres termes, elles ne se lisent pas d'ordinaire sur des plaques de marbre ou sur des blocs de pierre détachés du monument auquel elles appartiennent. Je ne parle ici, bien entendu, que des épitaplies : elles ont été gravées directement sur l'édifice funéraire, et non pas sur des tablettes ou des blocs détachés du tombeau. A Rome, dans la Gaule Narbonnaise, les épitaphes sur plaques de marbre ou de pierre sont fort communes : cela est infiniment rare dans nos collections (n°'66, 72, 115, 126, 154, 274). ANarbonne, elles se lisent souvent sur de grands blocs de pierre sans ornement, qui faisaient partie de l'encadrement du tombeau ou de la clôture de l'emplacement funéraire : des blocs de ce genre soat tout aussi rares à Bordeaux (n"" 86, 183,190, 191,283,298).
Remarquez que, dans l'un et l'autre cas, les inscriptions sont parmi les plus anciennes épitaphes de ce recueil (cf. p. 421).
La très grande majorité de nos monuments épigraphiques ne sont pas des parties détachées d'un plus grand édifice : mais ils forment un tout, un ensemble architectural, avec ses détails bien nets, ses formes consacrées et ses proportions régulières. Et même, malgré le grand nombre de ces monuments funéraires, malgré leur apparente diversité, il sera aisé de les ramener à quatre types faciles à caractériser.
Aucun de ces types n'est d'ailleurs particulier ni à Bordeaux, ni à l'Aquitaine, ni même à la Gaule. Ils reproduisent tous les types conservés dans l'architecture funéraire des Grecs et des Romains (').
I. — Le sarcophage. — Nous ne trouvons à Bordeaux, avant l'an 300, que quatre inscriptions gravées sur des sarcophages (n'"' 93, 94, 279, 330) ; elles semblent l'une du i^"", les autres du ii" et du iii^ siècle, ce qui montre que l'usage d'enterrer les morts, sans être très répandu, ne se perdit jamais à Bordeaux. Il devint la règle à partir du v° siècle (t. II, p. 23 et s.).
(>) Cr. CoLLiGNoN, L'archéologie grecque, p. 2U et s.
INSCK., T. II. 59
II. — Le cippe (cippus) et la stèle sont de deux formes. — L'une est quadrangulaire, mais au sommet arrondi en demi-cercle, ne se rencontre
que fort rarement ici (n"' 182, 250 et 312), tandis qu'elle est très fréquente à Narbonne et dans toute la vallée du Rhône. Les deux derniers spécimens sont ornés de fleurons et de rosaces qui les rendent entièrement semblables aux stèles si communes en Grèce et en Orient ('). — La forme cubique ou prismatique, en colonne ou en pilier, qui est plus proprement la vieille forme romaine du cippe funéraire, n'est pas moins rare à Bordeaux (u" 102, où la J colonne est interrompue au milieu par un caisson en pierre ; cf.
Comme monument, le cippe n'a aucune signification religieuse : il semble rappeler simplement que le lieu sur lequel il s'élève appartient aux dieux Mânes, ou mieux à réserver et à délimiter l'emplacement consacré au mort (^). Il a une valeur juridique et civile, et non religieuse ou sacrée, à la différence des deux catégories suivantes de monuments funéraires, l'autel et l'édicule.
III. — L'autel, ara. — Il ne diffère en rien des autels consacrés aux dieux de la terre ou du ciel sur lesquels se lisent la plupart de nos dédicaces religieuses, et les figures de l'autel d'Auguste (t. I, pi. I, et p. 4 et s.) et de l'autel taurobolique (t. I, p. 31 et s.) peuvent servir do modèles ou de prototypes à tous nos autels funéraires, — Il se compose d'une base, d'un dé et d'un entablement quadrangulaire, ce dernier généralement surmonté de deux volutes, entre lesquelles on voit assez souvent la cavité destinée aux sacrifices (^). L'épitaplie se lit sur le dé: D. M. est d'ordinaire placé sur l'entablement, plus rarement sur le dé; parfois même l'inscription commence sur le bandeau de l'entablement
cip?e; d'après le u° lOÎ.
STELE :
d'après le n- 182.
(•) Cf. CoLLiGNON, L'archéoJooie grecque, \i.'i.l\-iK. — Vos Stackelderc, Die Graier der Hdlenen {\%YI . Berlin, in-f»), dislinsuo chez les Grec», ji. 31, la i7TT,).r, ou pilier .irrondi, la colonne (xiwv) ou l'aulel arrondi, l'édicule ou vaîôiov.
(«) Cf. DE Vit, au mol cippus.
(Sj Voyez 1 article ara dans lo Dictionnaire des Antiquitls de Daremberq el Saglio.
LA PALEOGRAPHIE.
pour finiv sur le dé (n"» 45, 275, 284), ou même sur la base (n" 317). II est très rare que le dé soit orné de lignes, de figures ou de guirlandes (n"^ 237, 320), réservées d'ordinaire pour les côtés anépigraplies. — Nous avons de très rares exemples d'autels circulaires (n" 313).
IV. — L'édicule (aedimla, aedificium) . — C'est le type le plus fréquemment employé pour nos monuments funéraires. Ce n'est autre qu'un petit temple rectangulaire, une chapelle, qui reproduit entièrement, et dans l'ensemble et dans les détails, mais en miniature, la forme consacrée de tous les temples gréco-romains : une base, un corps ou un dé ordinairement flanqué de colonnes, un entablement avec fronton cintré ou plus souvent triangulaire (fastignim), et acrotères aux angles ('). La base et le couronnement forment saillie dans les monuments les plus artistement sculptés : mais souvent aussi ils ne dépassent pas la largeur du dé et semblent le continuer, n'en étant séparés par aucun relief ni aucun ornement. Le fronton et les acrotères ne sont pas là comme un simple ornement : parfois à peine indiqués, à peine visibles, ils ne manquent cependant à aucune de ces édicules, ils en sont les parties essentielles et consacrées, aussi indispensables à ces monuments dont ils définissent le caractère sacré, qu'ils le sont aux temples les plus augustes de Rome et d'Athènes (cf. les monuments reproduits t. I, p. 166 et 170). L&fastîgmm, on le sait, est l'attribut de la demeure de la divinité : lorsqu'on décerna à Jules César les honneurs divins, on lui accorda un prêtre, une statue et le droit d'avoir un fastigium à sa demeure; Quem is lionorem, dit Cicéron {11^ Phili^jp., 43,