‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 10 sur 263 · ESS PT · texte numérisé non relu

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[lJexhuma en 1413, des ruines des Piliers-de-Tutelle », ne méritent la moindre confiance. — Vinet le vit dans le château en 1552: « Vous aués», dit-il dans son Antiquité, 1re éd., « une pierre de marbre gris en le Chasteau de Troupeite, que i’aduisay plantée la dedans au coing d’une estable, il y a enuiron douze ans [Vinet écrit en 1564] : et priai le Capitaine, que pour l'amour de la uille de Bourdeaus, et reuerance de l’antiquité, il ne laissast là gaster ceste pierre, ains la fist oster, et esleuer sur quelque

mur en veué de tout le monde : ce que uolontiers me promit faire, et le fit, comme l'on m'a dit». — En 1590, dit De LurBE, Non alienum à dignilate, imo maxime exislimatliont suæ consultum putarunt huius anni lurati, si Leucophæum illud marmor, quod à Vineto egregie descriptum est, & cuius inscriplio per totam Europam circumfertur, à tenebris in lucem reuocarent, & prope sacellum eiusdem basilice municipalis ponendum curarent, quod illi sedulo et accuratè effectum dederül: «Les lurats de ceste année ont estimé de leur deuoir de retirer du chasteau Troupeite un grand marbre gris, tout couuert de poussiere, lequel cy-deuant a esté descrit par Vinet, et l'inscription duquel est recommandée par toute l’Europe. Ce qu'ayant faict, ils l’ont esleué en ladicte maison de ville pres la chapelle». De Lurbe ajoute : Insculptum est autem basi marmoris islud elogium: «Kt au pied dudict marbre est adiousté en latin»: Hoc annosum marmor in arce Tropeita puluere & sordibus obsitum, impetrarunt à Jac. Matignono Franciæ Mareschallo, & ciuilatis maiore, Gr. Mulet, F. Bonalques, P. Desaigues, Io. Thalet, I. Guichener, & Ioan. Labat, Turati Burdigal. Prefectique orbis, & G. de Lurbe, & R. Pichon, Syndicus & Scriba ciuilatis: & hic in memoriam antiquitatis, & Viuisci nominis locandum curarunt. cls. I5. xc. [L'inscription se trouve avec quelques variantes, dans l’éd. latine de 1590, dans les éd. françaises de 1594, 1619, 1672, 1703, et chez SINCERUS.] La place qui fut donnée alors au monument nous est indiquée par un document du 80 juillet 1594, publié dans les Archives historiques de la Gironde, XII, p. 375, et où il est question de statues antiques, que l'on placera « à main droicte, entrant à la grande salle de ladicte maison commune, près du pillier de l’enticquité d’Auguste ». C'est là que le virent HENTZNER, en juillet 1597 (in Curié Civitatis); PONTANUS, vers 1604 (in areû Capitolinä); Sincerus en 1612 (in Basilicâ erectum). D'ARRERAC parle, en 1625, du € marbre de nostre hostel de ville », et il ajoute, d'apres Apianus : « Le marbre que j'ay dict à autresfois esté tiré de nos piliers Tutele ». — « Vers le milieu du xvii® siècle», dit VENUTI en 1754, «on mit ce monument dans la cour de la Maison de Ville de Bordeaux, où il est encore». Venuti, qui semble n'avoir pas lu de Lurbe, fait peut-être allusion au transfert du monument en 1590. et commet à ce sujet une double erreur; mais peut-être aussi songe-t-il à l'abandon du monument dans la cour, hors de la grande salle où il fut placé à l’origine : fait qui eut lieu sans doute à la suite des réparations nécessitées par l'incendie de l'Hôtel-de-Ville, le 18 décembre 1657. — BAUREIN disait, à la date du 25 août 1773 : « Il existe encore à présent dans Bordeaux un monument très connu dans la République des Lettres... Ce monument est ce fameux Hôtel [sic] qu'on voit dans la cour de l'Hôtel de Ville ». — Lorsque l’intendant DuPRÈ DE SAINT-MAUR songea à faire établir un musée d’antiquités dans l'hôtel de l’Académie, il écrivit, le 28 janvier 1781, aux jurats, pour leur demander le monument (lettre publiée par GAULLIEUR, Société archéologique, V, p. 120) : « Vous enrichiriez bien autrement le nouveau museum qu'il s’agit de fonder, en donnant à l’Académie cet autel de marbre que l'on croit avoir été tiré des fondations des Piliers de Tutèle et qui porte pour inscription en lettres romaines ces mots..…, exposé depuis si longtemps a toutes sortes d'insultes dans la cour de vôtre hotel de ville, c’est encore un singulier bonnheur que ce monument se soit conservé dans l’état où il est». Les jurats, dans la séance tenue le 29 janvier, décidèrent « de remettre à l’Académie des Sciences et Belles-Lettres de cette ville l'autel de marbre dont il s’agit, pour être placé dans le nouveau muséum qu'on se propose de former » (Arch. mun., BB, reg. des délib. de la Jurade, 1778-81). L'Académie envoya des députés aux jurats pour leur présenter

«le témoignage de sa vive reconnaissance » (id., BB, reg. de corresp., lettre du 26 fév. 1781).— Depuis, le monument est demeuré à l’hôtel de l’Académie, et a partagé les destinées des collections de la société, qui furent confisquées par l’État en 1793, puis mises à la disposition de la Ville et constituées en musée par arrêté du maire, du 10 octobre 1810. En 1803, il était, suivant BERNADAU, Annales, « au haut de l'escalier de la ci-devant Académie »; le même auteur dit au sujet de ce monument, dans le Bulletin polymathique de l'an XII, p. 16 : « Le prince de Biscaris, savant archéographe italien, auquel un homme de lettres de Bordeaux (M. Latapie) parlait de cet autel, disait que, s’il l'avoit en son pouvoir, il le feroit entourer d’un balustre d’or ». Il se trouvait, en 1804, suivant MILLIN, «dans l’ancienne salle des séances publiques de l’Académie » ; en 1806, suivant CAILA, « au-devant de la porte d’entrée de la bibliothèque publique ».— 11 est maintenant dans le Dépôt d’Antiques de l'hôtel Jean-Jacques-Bel, sous le n° 148.

Bibl. — Publiée, d’après. des notes quas à secrelis Electoris Comitis Palatini Ludouici [HUSERT-THOMAS LEoODIUS?] nobis misit, par APIANUS, p. CCCCLXXXVIN. — D’après lui, PIGHIUS, ms. de Berlin A 61 a, fo 41 [communiqué par M. Paolo Lantaret]. — DE LA BROUSSE, Vindiciue, p. 61. — D’après le monument, VinET, 1° L’Antliquité de Bourdeaus, éd. de 1565, p. B [to] r° (réimp. [de 1718], p. 415); 2° dans l’éd. de 1574, s. 28, Vinet décrit au long l'inscription « dont vous baillos ici le pourtrait »; ni l’exemplaire de la bibliothèque de la Ville, ni la réimpression de Ribadieu, faite sur cet exemplaire, ne donnent le dessin annoncé par Vinet et qui doit se trouver dans les autres exemplaires de l'édition originale; 3° Commentaru, s. 208 B et (dans l’éd. de 1580) p. Y 2 r0.— Ex Vineto, GRUTER, p. CCXXVII, 4. D'après Gruter, OELLARIUS, Notitia orbis antiqui, éd. de 1703, I, p. 117; éd. de 1731, I, p. 147; DOM BOUQUET, I, p. 130; SÉGUIER, Maison carrée, éd. de 1759, p. 35; éd. de 1761, p. 39; DESJARDINS, Table de Peutinger, in-f°, p. 5. — D'après Vinet, [TILLET], Chroniques historiques, p. 1. — ScaLr- GER, Ausonianarum lectionum lb. I, éd. de 1574, p. 18; éd. de 1588, p. 24; éd. de 1590, p. B1 v°; cf. Ausonic opera, éd. ToLLius, 1671, p. 431, n. 289. — D'après Scaliger, Juste -Lipse, Auctarium, p. 22. BERTHALDUS, De ara, in-8°, p. 217 (reproduit dans le Thesaurus de Graevius, VI, c. 332). — D’après Scaliger ou Gruter, ToMAsiNus, De donarus (dans le Thesaurus de Graevius, XII, c. 791). — D’après Scaliger, PirTiscus, Lexicon, 1, p. 283. — DE LURBE, Chronique, année 1590, éd. de 1590, p. 28 r°; éd. de 1594, p. 51 vo; éd. de 1619, p. 50 r° (recopiée par SÉGUIER, Index antiquarum inscriptionum [ms. 16933], f° 255); éd. de 1672 et de 1703, p. 35 v°. — D’après Vinet et de Lurbe, DALECHAMPIUS, Plinii opera, III, x1x, éd. de 1599, p. 89. D’après les mêmes, MeruLA, Cosmographia, 11, in, éd. de 1605, p. 550. — HENTZNER, linerarium, éd. de 1629, p. 88. — PONTANUS, ltinerarium, p. 93. — SINCERUS, ApPp., 1616, p. 13; 1627, p. 367. — D'ARRERAC, Traicté des antiquitez, p. 60. — ALTESERRA, Rerum Aquitanicarum libre, édition de 1648, p.50. — VaLois, Notitia Galliarum, p. 87. — Sans doute d’après lui, D'ANVILLE, Notice des Gaules, p. 163. — BELLET, L’antiquitlé de la ville de Bordeaux [ms. de l’Académie, t. V], fo 4. — VENUTI, Dissertations, p. 9. — (SÉGUIER, Index absolutissimus [ms. 16931], f° 167.) — Almanach historique de la province de Guyenne pour 1760, p. 86. — Dom DEVIENNE : 1° Eclairc., p. 8; 2° Hist., I, p. x; réimpr., p. XVII. — BAUREIN, discours du 25 août 1773, Recherches, IV, p. 388; du 9 janvier 1775, 1d., IV, p. 272. — DUPRÉ DE SAINT-MAUR, lettre du 28 janvier 1781, Arch. municip., AA1S (Soc. - arch. de Bord., V, p. 120). — BERNADAU : 10 Anéiquilés, p. 289; 20 Annales, pl. de la p. 240; 30 Bulletin polymathique, t. II (an XII), pl. de la p. 16; 4° Tableau de Bordeaux, p. 81; 5° Histoire de Bordeaux, éd. de 1837, p. 395; éd. de 1839 (1840), p. 335;

6° Viographe, p. 88. — D'après les Antiquités, BORDES, Histoire des monuments, p. 18. — MiLLiN, Voyage, IV, p. 645. — D'après Gruter et lui, ORELLI, 196. — D’après Orelli, DE VIT, Onomasticon, au mot Brituriges, nu. = CaAILA : 1° Mag. encyclop., 1806, IT, p. 157; Bull. pol., 1806, p. 38; 20 Explication [ms.], n°7. — JouANNET: 19 Ruche, II, p. 279, n.2; 20 Musée d'Aquitaine, 1, p. 195, et III, p. 57; 3° Académie, 1827, planche [111]; 4° Séatistique, 1, p. 2140. — [FILLASTRE], Le Guide, éd. de 1827, p. 298 et p. 400. — DE CAUMONT : 19 Bulletin monumental, I, p. 380; 2° Abécédaire, éd. de 1870, p. 254. — LIÉONCE DE] L{AMOTHE] : 1° L'ami des champs, XXVI® année, p. 353; 2° Nouveau Guide, p. 221. — DUCOURNEAU, Guyenne, I, 10 p., p. 96; II, mme part., p. 13. — BRUNET, Revue archéologique, 1r8 s., X, p. 270. — O'REILLY, Histoire, I'e p.,t. I, p. 26. — ARRELLOT, Bulletin monumental, XXVII, p. 659. — SaAxsas: 19 L’ami des champs, mai 1863, XLI, p. 152 (réimp. Soc. arch. de Bord., 1, p. 182); 2 Le Progrés, IN, p. 163 et 272; 3° Revue d'Aquitaine, XIV® an., n.s., 1, p. 574. — Diclionnure archéologique de la Gaule, t. 1, p. 165. — RoBerT, Soc. arch. de Bord., VII, p. 26 (cf. le dessin ci-dessus).

Augusto sacrum et genio civitatis Bit(urigum) Viv(iscorum).

Cette inscription devait figurer en tête de ce recueil; elle est consacrée à l'empereur et au génie de la cité; c'est la dédicace du monument élevé à ses dieux protecteurs.

L'autel est dédié au souverain de l'État, considéré non pas comme chef civil, princeps, ou comme chef militaire, 2#perator, mais comme saint ou comme dieu, augustus. Le titre d'augustus fait du prince une personne sacrée, 1l caractérise sa divinité: /mperator cum augusti nomen accepit, tanquam praesentr et corporali deo fidelis est pracstanda devotio, dit Végèce (2, 5, Lang). C'est donc sous le nom d'augustus qu'on adore l'empereur, qu'on lui dresse des autels.

Par suite, rien ne prouve que cette inscription ait été dédiée au premier empereur, à Auguste. Vinet avait raison de dire qu'il ignorait de quel « auguste » il s'agissait.

En supposant même que l'autel ait été dédié à Auguste, le sens primitif de la dédicace a dû se perdre de bonne heure. Même s'il fut destiné à honorer le fondateur de l'empire, ce monument a servi au culte de tous ses successeurs. Lorsqu'on venait sacnfier dans les temples élevés sous Auguste ROMAE ET AVGvsTo, C’est à l'empereur régnant que s'adressaicnt les prières. Sur certaines monnaies impériales on voit, d'un côté, la face d'un temple, avec la dédicace RoMAE ET AVGVSTO, qui ne change pas; de l'autre, l'effigie de l'empereur régnant (Eckhel, t. VI, p. 101).

Il est vrai que, sur la face postérieure du monument, est sculptée une couronne de chêne, corona civica, quernca, ct que l'empereur

Auguste, en l'an 27, reçut du sénat une couronne civique, « pour avoir sauvé des citoyens romains » (Xes gestae, éd. de 1883, p. 151), civisvs SERVATEIS, Comme portent les monnaies (Eckhel, VE, p. 88). Mais bien d'autres empereurs ont recu également cette récompense. La couronne de chêne se trouve, en effet, gravée sur des monnaies de Caligula (Eckhel, VI, p. 226), de Néron (i4., 264), de Galba (:4., 298), toujours avec la légende oB civis SERVATOS.

L'empereur est 1ic1 associé au genius de la cité. Pour mieux dire, il est considéré comme un autre génie tutélaire, comme le premier. Il est infiniment rare, en effet, dans les dédicaces d’autels élevés à la fois à l'empereur et à un autre dieu, fût-ce même à Jupiter, de voir le nom du prince placé au second rang. Il semble même que le nom du génie de- la cité ne soit gravé sur l'autel et associé à celui de l'augustus que pour bien montrer que l’empereur est, lui aussi, un génie tutélaire, et un génie supérieur à tous les autres. Dans le culte domestique, il prend place à côté des dieux protecteurs du foyer et de la famille, Laribus tuum misces numen, dit Horace à Auguste (Carmina, 4, 5, 34). Dans le culte provincial il est associé à la déesse Rome, souveraine et protectrice des provinces. De même, dans le culte municipal, le nom de l’empereur est constamment uni à celui du génie de la ville.

Comme les individus, les nations et les villes ont leur genius: Ut animae nascentibus, tla populis fatales genit dividuntur, dit Symmaque (Relationes, 3, 8, Seeck). Il n'y avait guère de réunions d'hommes, publiques ou privées, de collèges, de corps de troupes, de bureaux, à qui la croyance populaire n'attribuät un génie. Tout édifice avait aussi le sien, les camps, les corps de garde, les greniers, les maisons, et jusqu'aux places publiques, comme le montrent de curieuses inscriptions de Germanie, célébrant GENIVM PLATEAE Novi vici1(Brambach, 1444). Comme le disait Servius, nul'us locus sine genio est (Ad Acencida, 5, 85).

Le génie de notre autel n’est pas celui d’un endroit, d’une réunion d'édifices, mais d’une réunion d'hommes, d'un peuple: ce n’est pas le génie de la ville de Bordeaux, mais celui de la nation des Bituriges Vivisci, considérée comme formant une civitas. Il faut le rapprocher des nombreux gent coloniarum, municipiorum, que nous font connaître les inscriptions : génies, non pas de telle ou telle ville, mais d’une Commune, respublica, jouissant des droits de colonie ou de municipe. [l est à remarquer, en effet, que les autels consacrés au génie d’une

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