‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 11 sur 263 · CE OS · texte numérisé non relu

CE OS

ville sont très rares (voyez la monnaie d'Albinus mentionnant le GEN(?us) LvG(uduni), dans de Boissieu, p. 45). On ne trouve guère, en Gaule, que des monuments dédiés GENIO cIviTATIS, Comme le nôtre, OU GENIO coL(onine), à Avenches, (Aventicum, en Helvétie, Z. c. helo., 164), ou simplement @En10 Levc(oruim), à Naix, (Wasium, Henzen, 5239), GENIO ARVERNORVM, à Riom, (Æicomagus, Orelli, 193), GENIO TREVIRORVM, à Trèves (14., 1805).

De la nature de ces génies et du culte qu'on leur doit, l'antiquité nous dit peu de chose. Le génie d'un homme l'accompagnait durant toute sa vie, comme un conseiller ou un consolateur, soumis du reste aux mêmes caprices qu'un mortel, naturae deus humanac (Horace, Ep., 2, 2, 188). Les génies des peuples avaient nécessairement un caractère plus impersonnel: aussi bien aucun auteur n'a-t-il songé à nous les décrire longuement. Le génie du peuple romain, genius publicus, qui apparut à l'empereur Julien, avait, suivant Ammien Marcellin (25, 2, 3), la tête voilée et tenait une corne d’abondance. D'ordinaire, les génies sont représentés sous la figure d'un jeune homme vêtu de la chlamyde: c'est ainsi qu'est sculpté sur l'autel d'Auguste le génie des Bituriges; à la main gauche, ils ont une corne d’abondance, cornucopia; à la main droite, une patère, la pafella deorum, dans laquelle on offrait aux dieux le sel des sacrifices : or, notre génie est sculpté, sur le monument d'Auguste, au fond d'une patère. Enfin des autels lui étaient consacrés, par exemple celui qui nous occupe, sacrum genio : on sait qu'on appelait sacrum tout ce qui appartenait aux dieux, sacrum est quod deorum habetur (Macrobe, 3, 3, 2).

Il n'y a guère de peuple en Gaule qui n'ait un autel dédié à l’une ou à l'autre de ses deux divinités tutélaires : l'empereur est, partout, la plus honorée des deux. Tantôt, ces monuments sont élevés par des particuliers ou des corporations; tantôt, par le sénat et le peuple de la cité: c'est sans doute le cas de l'autel de Bordeaux, dont l'inscription ne porte pas de noms de donateurs. Chaque année, à des dates fixées par un décret des décurions, on venait sacrifier devant l'autel au nom de la cité. On a conservé le décret par lequel la plèbe de Narbonne consacra, l'an 11, un autel à Auguste et se voua à perpétuité au culte de l'empereur, SE NVMINI EIVS IN PERPETVVM COLENDO OBLIGAVE- RvNT (Hertzog, 1). Comme l'autel de Narbonne, celui de notre ville devait se trouver sur le forum, ou dans un des temples qui le bordaient.

Voyez, sur le culte de l'empereur, Boissier, Keligion romaine, I, p. 12 et s.; Mommsen, Séuatsrecht, II, 1877, p. 732 et 748; Marquardt, Staatsvermaltung, III, p. 443 et s.; Preller, Ræœmische Mythologie, I], 3° éd., 1883, p. 425 et s.; — sur le culte des génies, Preller, I, p. 74 et s.; [T, p. 195 et s.; et, plus loin, le commentaire de l'inscription dédiée TvTELAE (n° 20). |

Des doutes ont été émis sur l'authenticité de notre inscription dans le Dictionary of geography de Smith, I, p. 407. Il y est dit qu'elle est of doubiful authority. Rien ne saurait justifier ni même expliquer ces doutes.

num. AVG Il DEA e DIVIxTOS GEMELLI FI: PATER V:s°-L.-M

Restituée d'aprés le manuscrit de Dom DEVIENNE (Archio. départ. de la Gironde).

Var.—2° ].: poM DEVIENNE écrit dans son ms. DEA, qu'a aussi le ms. D, et imprime DRAE ; — 8° ].: il écrit et imprime DIVIRTOS qui se trouve aussi dans le ms. D; — les trois copies réunissent en une seule les lignes 3 et 4; — 6° 1.: DOM DEVIENNE imprime Ÿ. S. L. M.; le ms. D porte V S T. M. — Les points sont placés d’une manière différente dans les trois textes, et, semble-t-il, arbitrairement.

Hist. — Dédicace d’un autel trouvé « dans les fondemens de l’Intendance [entre la place Puy-Paulin et la rue Chaumet, sur la ligne du mur romain], en l’année 1756 », suivant DOM DEVIENNE. La pierre a dû être aussitôt brisée ou retaillée.

Bibl. — [DoM DEVIENNE]: 1° Inscriptions [ms.], n° 5; 2 Eclaircissemens, p. 55. — D'après lui, JOUANNET : 1° Académie, p. 1829, pl. [II], n° 32; 20 Statistique, I, p. 420. — DUCOURNEAU, Guyenne monumentale, t. II, 1119 p., p. 11.—O’REILLY, Histoire, "0 p.,t.1I, P.84.— Archives départementales, ms. D, n°5 (3).

[Num(ini)] Aug(usti), [.....] deafe]. Divilxjtos, Gemelli filius); pater v(otum) [s(olvit)] l(ibens) m(erito).

D'après la place que dom Devienne donne aux mots Av& et pEae, on ne peut hésiter à reconnaître dans cette inscription la dédicace d'un autel élevé à la fois à la divinité impériale et à une déesse dont le nom est perdu, et que Jouannet croyait être la déesse Tutelle. Selon l'habitude consacrée, celle-là est placée la première. — A la rigueur, on

je

pourrait suppléer Ava. sacrum. Cf. les inscriptions du Puy-de-Dôme : NVM AVG ET DEO MERCVRIO (Revue arch, n. s., XXVIII, p. 332); de Feurs : NVMINI. AVG DEO. SILVANO (Henzen, 5216); d' Auxerre : AvG. SACR. DEA6. MINERCAE (Antiquaires de France [Bulletin], 8° s.,t. X, 1868, p. 126); de Châlon-sur-Saûne : AvG sAcR DEO MERCVRIO (Ac. d. Znsc., [comptes-rendus de 1874], p. 212), etc. :

Numen désigne la puissance souveraine d'un dieu: aumen dicunt esse impcrium (Varron, De lingua Latina, 1, 5). Elle est donc au même titre que la #ajestas, que l'aeternitas, l'attribut de l’empereurdieu. On élevait du reste des autels aussi bien à tel ou tel attribut d'un dieu, p. ex. 2adulgentiae, providentiae, virtuti, qu'au dieu luimême. Naturellement le nwumen apparaît de beaucoup le plus souvent, puisqu'il personnifie la souveraineté divine.

Le monument a été promis aux dieux par Divixtos, fils de Gemellus : il a été élevé, en son nom, par son père, qui a accompli son vœu « volontiers et à juste titre », Zibens merilo. C'est la formule qui termine ordinairement les dédicaces des ez-voto. Votum solvere rappelle que l'autel a été promis à la déesse en échange du bienfait qu'on lui demandait, merito, que la déesse a accordé ce bienfait. — Il est plus difficile d'expliquer le sens de l'expression Zbens. Peut-être faut-il admettre deux sortes de voa. Les uns étaient faits solennellement par écrit ou devant le prêtre : ceux-là avaient un caractère légal et officiel; on était tenu par les lois religieuses de les accomplir : St quis rem aliquam voverit, voto obligatur, dit Ulpien (Digeste, 50, 12, 2). Les autres vœux, faits mentalement ou prononcés sans cérémonie publique, n engageaient que la conscience : quand on tenait sa promesse, on le faisait volontiers, sans contrainte légale. Cf. Plaute, Zrinummus, 4, 1, 1: Jovis fratri.…. laetus, lubens, laudes ago, gratas gratisque habeo et fluctibus salsis; le même auteur, Persa, 2, 3, 1: Jovi opulento..…. lubens vitulor [af]que [ Dis cunctis] merito. — Peut-être encore peut-on opposer l'expression de Zibens à celle de damnatus voti : celui dont les dieux exauçaient les souhaits était censé condamné par eux à tenir ses promesses, damnatus voti. En inscrivant le mot /ibens sur un ex-voto, le fidèle montre qu'il donne son offrande de très bon cœur, et non pas seu-

lement parce qu'il est condamné à le faire (cf. notre n° 18). En tout cas

libens marque la spontanéité de la reconnaissance opposée à l'obligation qui résulte des engagements contractés devant la loi ou avec les dieux.

Dom Devienne écrit prvimTos. Ce nom, s'il fallait l’accepter, apparaîtrait ici pour la première fois. En revanche, celui de Divixrtos est extrêmement commun: et dom Devienne lisait fort mal les inscriptions. Nous sommes donc autorisés à rectifier sa lecture, de la facon proposée par Jouannet (Académie, 1829, p. 176).

La terminaison os est celle du nominatif singulier dans la déclinaison masculine de l'ancien gaulois (Zeuss, p. 222). Divixtos ou Divirtus, son féminin Divicta, ses diminutifs Divivtillus, Divixtulus, sont des noms essentiellement celtiques, dont on peut rapprocher le radical de celui de Divicus, Divica, Divictus, Divicta, Divicius (nom gentilice dérivé du surnom Divicus), Divico (César, De bello gallico, 1, 13 et 14), Divicatus, Divicianus (Corpus, VI, 2107, 22), Diviciantillus, peut-être aussi de celui de Diviliacus, Divona, Divogena, Divodurum, Divio, radical qu'Ad. Pictet ramène < au sanscrit déva.…, de div (lucere), ou de div, ciel» (Revue celtique, II, p. 3).

I est à remarquer que le père de Divixlos porte un nom aussi . . romain que celui de son fils est celtique, Gemellus, qu'il faut rapprocher de Gemellhius, Gemellicus, (remellinus, Gemellianus, (eminus, Geminius, (eminatus, Geminianus. De toutes ces variétés, celle de Gemellus est de beaucoup la plus usitée.

IVNONIBVS IVLIAE ET SEXTILIAE

D'après la copie conservée par DE LURBE.

Var. — GRUTER et, d’après lui, VENUTI mettent des points entre les mots.

Descer. et hist. — DE LuRBE nous apprend, à la date de 1594, qu'il y avait dans la maison de Florimond de Raymond «une [pierre] fort grande, trouvée dans les fondemens de sa maison », sur laquelle « ces mots se lisent en lettre digitale ». — GRuTER écrit: Burdegalæ apud Florimund. Ræmundum. — Voici ce que dit BAUREIN, Recherches, p. 121, au sujet de la maison de Florimond de Raymond: « Elle a été démolie depuis quelques années et on y a construit un autel qui appartient à M. Duperier, grand sénéchal de Guienne.... J’observerai... que la démolition de l'hôtel de Florimond de Reymond a été l’époque de la destruction de ces anciens monuments que ce savant Conseiller y avait rassemblés avec tant de zèle. >» BERNADAU, dans son Viographe, p. 166, reproduit la donnée de Baurein, en ajoutant : « Nous avons vu Cependant, en 1825, deux inscriptions remarquables [mudernes], fixées à côté de la

porte d’entrée du jardin ». Une note ms. du même Bernadau, intercalée dans son exemplaire de Sincerus (possédé aujourd’hui par nos Archives municipales), dit de cet hôtel : « Les issues sont dans les rues du Temple et des Treilles [de Grassi] ». 11 appartenait, ajoute Bernadau, «en 1825, à M. le baron Mallet, conseiller à la Cour royale de Bordeaux ». Et plus loin : «Il nous a été impossible de découvrir où sont passées les curiosités de ce museum, et les descendans de Florimond de Ræmond qui subsistent encore à Bordeaux, sous le nom de Raymond de Sallegourde, ne savent pas un mot de tout ceci ». — Dans le Bulletin polymathique de l'an XII, t. II, p. 240, Bernadau nous donne un renseignement plus utile: « L'hôtel où il demeuroit {[Fl. de Raymond] est celui occupé maintenant par les directeurs de l'octroi, connu sous le nom d'hôtel Dupér'ier ». Le Calendrier de la Gironde pour l’an XII, p. 155, place en effet la régie de l'octroi rue des Treilles, ce qui, il est vrai, ne nous avance pas beaucoup. Mais à partir de 1813 (Calendrier de la ville de Bordeaux pour 1813, p. 228) l'octroi est indiqué rue du Temple, n° 12, où il se trouve encore en 1825 (Calendrier bordelais de 1825, p. 197). Or la situation de la maison n° 12 de la rue du Temple nous est donnée par l'ancien cadastre, qui date précisément des dernières années du règne de Charles X, et nous croyons certain, sans pouvoir, il est vrai, donner la preuve décisive de ce fait, que l'immeuble de la rue du Temple est le même qu’occupait l'octroi en l'an XII. L'hôtel n° 12, en effet, avait deux issues, l’une sur la rue des Treilles, l'autre sur la rue du Temple; sa disposition rappelle la description donnée par Bernadau de l’hôtel Dupérier; et, enfin, du côté de la rue des Treilles, où se trouvait le jardin, il n'était point numéroté, ce qui explique pourquoi le Calendrier de l’an XII ne donne point l'adresse

complète de l'octroi. — En comparant l'ancien cadastre à celui de 1851, on voit que

l'hôtel dont parlent Baurein et Bernadau, qui existait encore à cette dernière date, correspondait aux numéros 24 et 24 bis de la rue du Temple, 21 et 23 de la rue de Grassi. C’est sur l'emplacement de ces deux dernières maisons que se trouvait donc au seizième siècle le jardin de Florimond de Raymond, que nous étendrons volontiers vers le midi, pour lui faire englober le jardin du Rectorat; c’est sur l'emplacement des deux premières qu'était sa maison et que fut trouvée l'inscription qui nous occupe. — La trace de l'inscription est perdue depuis 1594.

Bibl. — DE LURBE, Discours, éd. de 1595, p. 69; éd. de 1619, p. 65 r° (recop. par SÉGUIER, Repertorium [ms. 16929], f° 97, et Ind. ant. insc. [ms. 16933], f 255); éd. de 1672 et de 1703, p. 46 vo. — E VERDERII schedis [schedae copiées sur de Lurbe ?], GRUTER, p. XXV, 11. — D'apres Gruter, GRÆVIUS, Prolegomena du t. V du Thesaurus, p. (2) v°; réimprimés dans les Praefationes et Epistolae, p. 320 (citation empruntée à SÉGUIER, /nd. ant. insc. [ms. 16933], f° 350). — D'après de Lurbe et Gruter, VENUTI, Dissertalions, p. 4. — D'après Gruter, DOM MARTIN, Religion des Gaulois, II, p. 165. — (D'après ces auteurs, SÉGUIER, {ndex absolutissimus [ms. 16931], f° 532.) — D'après Venuti, JOUANNET, Slatistique, 1, p. 242. DUCOURNEAU, Guyenne, IT, In p., p. 16. O'REILLY, Histoire, Ire partie, I, p. 89. — LACOUR, dans un dessin conservé par M. Delpit, a figuré l'inscription avec la pierre qui l'aurait portée: il est inutile de dire qu'il ne faut voir là qu’un jeu de son imagination, et que Lacour n'a connu l'inscription que par de Lurbe.

Junonibus Juliae et Sextiliae.

Graevius fait remarquer à propos de cette inscription : Won Junones hic sunt Sextilia et Julia, sed earum J'unonibus hic lapis est consecratus,

LL — ce d

hoc est illaruin Gentis. C'est qu en effet on appelait 7uxo le genius des femmes, qui naissait et mourait avec elles. Une pièce de Tibulle (4, 6, 1) est supposée adressée au génie d'une jeune fille, le jour anniversaire de sa naissance, et commence par ces mots : |

Natalis juno, sanctos cape turis acervos, Quos tibi dat tenera docta puella manu.

Tota tibi est hodie : tibi se laetissima comsit, Staret ut ante tuos conspicienda focos.

On lui rendait absolument le même culte qu'au génie, dont elle était l'équivalent féminin. |

Si la déesse qu'on appelait proprement Juno a donné son nom au genius des femmes, c'est qu'elle représentait essentiellement, en Italie, la nature féminine, étant la déesse qui enfante, la mère et la matrone (Preller, 3° éd., I, p. 271).

Il n’est pas très rare de trouver, dans les inscriptions de la Gaule, deux femmes désignées seulement par leur nom de famille, servant pour ainsi dire de prénom, Julia et Sextilia.

Un certain nombre d'inscriptions dédiées aux génies, genit ou junones, sont sépulcrales : DIS.MANIBVS GENIO C. IVLI NICEROŸ?S, porte une inscription de Rome (VI, 4307). On ne saurait décider, pour la nôtre, si elle est consacrée aux génies de deux femmes défuntes ou encore vivantes. D'une manière générale, les monuments élevés aux junones sont très rares : dans ceux-ci, d'ordinaire, la 7uno de la femme est associée au genius du mari. Voyez p. ex. la jolie inscription de Lambessa dédiée par une femme GENIO . MITISSIMI. AMANTISSIMIQ. CONIVGIS ET IVNONI. SVAE (Corpus, VIII, 3695). C'est surtout dans le nord de l'Italie, à Milan, à Turin, à Suse, et en Gaule, que se développa ce culte, à ce qu'il semble du moins d’après les inscriptions (cf. Corpus, V, p. 1179). Voici deux inscriptions, l’une (Allmer, Revue, n° 275), de Narbonne, dédiée au génie d’Appea Cüla; l'autre (id., n° 448), de Nîmes, à celui de Quieta : |

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