‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 16 sur 263 · FF · texte numérisé non relu

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brochures de N. Fr. Kautz, De faurobolio et De Magna Deorum Matre, toutes deux parues, in-4°, en 1738, à Leipzig. Les textes auxquels fait allusion Fontenelle sont : Prudence, Ilset otssdvwv, 10, 1011-1050; les inscriptions de Rome (Corpus, VI, 497-512; cf. la nouvelle inscr. publiée dans les Motizie degli scavi, juin 1884, p. 222), de Lyon (de Boissieu, p. 22-38), de Bénévent (Corpus, IX, 1538-42), et de Lectoure (Mém. de la Soc. des Antiquaires, XVII; Bladé, n°* 105-126).

Voici ce qu'écrit Fontenelle (Zis{oire des Oracles, 2, 4) :

« Ce qui est constant, c’est que l’on a des inscriptions et de Rome et » d’autres villes d'Italie, par lesquelles il paroist que sous l'Empire de » Valentinien des personnes de grande considération firent les Sacrifices » nommez Taurobolia et Criobolia, c'est-à-dire Aspersion de sang de » Taureau, ou de sang de Belier. Il semble mesme par la quantité des » Inscriptions que cette cérémonie ait esté principalement à la mode du » temps de Valentinien, et des deux autres Empereurs du mesme nom.

» Comme elle est une des plus bizarres, et des plus singulieres du »> Paganisme, je croy qu'on ne sera pas faché de la connoistre. Pru- » dence qui pouvoit l'avoir veüe, nous la decrit assez au long.

» On creusoit une fosse assez profonde, où celuy pour qui se devoit » faire la cérémonie, descendoit avec des bandelettes sacrées à la » teste, avec une Couronne, enfin avec tout un équipage misterieux.

» On mettoit sur la fosse un couvercle de bois percé de quantité de

» trous. On amenoit sur le couvercle un Taureau couronné de fleurs, » et ayant les cornes et le front orné de petites lames d'or. On l’égor- » geoit avec un couteau sacré, son sang couloit par ces trous dans la » fosse, et celui qui y estoit, le recevoit avec beaucoup de respect; »il y présentoit son front, ses joües, ses bras, ses espaules, enfin » toutes les parties de son corps, et tâchoit à n'en laisser pas tomber » une goutte ailleurs que sur luy. Ensuite il sortoit de là hideux à voir, » tout soüillé de ce sang, ses cheveux, sa barbe, ses habits tout dégou- » tans, mais aussi il estoit purgé de tous ses crimes, et regeneré pour » l'Eternité; car il paroist positivement par les Inscriptions, que ce » Sacrifice estoit pour ceux qui le recevoient, une Regeneration mis- » tique et éternelle...

» Les femmes recevoient cette regeneration aussi bien que les » hommes. On y associoit qui l’on vouloit, et ce qui est encore plus » remarquable, des Villes entieres la recevoient par Deputez.

DU PES A Le

> Quelquefois on faisoit ce Sacrifice pour le salut des Empereurs. » Des Provinces faisoient leur cour d'envoyer un homme se barboüiller » en leur nom de sang de Taureau, pour obtenir à l'Empereur une » longue et heureuse vie. Tout cela est clair par les inscriptions. »

Cela étant, il est aisé de déterminer le sens des deux mots viribus et natalici.

Vzéres, dans les inscriptions tauroboliques, s'emploie quelquefois isolément : virisvs AvG{ustis) sac(rum) (Corpus, V, 8248); viRIBvs ABTERNI (!d., V, 6961, 6962). Le plus souvent le mot accompagne la mention détaillée du sacrifice : vires taurt excepit, consecravit, transtuli£ ; vires condilae. La très grande majorité des savants, Spon, Muratori, Orelli, de Vit, Preller, traduisent ici otres par testicules : suivant eux, les organes génitaux du taureau immolé étaient consacrés, et enfouis sous l'autel taurobolique. Il m'est impossible d'adopter cette opinion, au moins jusqu à la découverte d'un texte concluant : le simple récit de Prudence montre que les organes du taureau ne jouent aucun rôle dans le culte de la Mère des Dieux. Quelque idée qu'on se forme de la liberté d'’allures qui régnait dans les cultes anciens, il répugne de croire à l'existence d'autels élevés publiquement par des femmes aux testicules d'un taureau. Quoique plus vraisemblable, l’explication de Saumaise et de M. Allmer, qui voient dans le mot oires

«les cornes et l’ossature de la tête du taureau », n’est pas entièrement satisfaisante. D’autres, pour tout concilier, pensent, peut-être avec raison, que vires exprime <« l'ensemble des forces, le sang, les cornes et les parties génitales » (de Boissieu, p. 24). C'était à peu près l'avis de van Dale, dont le travail est encore en partie le plus sensé et le plus juste : il donnait trois sens à cires: Vires conditae, disait-il, de lesticulis capiendae sunt… Vires exceptac in sanguine consislebant.… De cornibus vires consecratas interpretari possemus. Je Croirais plus volontiers encore que vires a eu primitivement un sens abstrait, et qu'il désignait les forces régénératrices qui se trouvent dans le sang du taureau, et que le baptême a en quelque sorte versées sur le fidèle. Le mot a fini par prendre un sens concret, par s'appliquer au sang qui contenait ces forces et qui les communiquait; on s'explique de cette manière les expressions vires consecravit, vires excepil, res transtulit, qui ne peuvent s'entendre que si vires désigne un objet : c'est le sang que le fidèle recoit, qu’il consacre en élevant un

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autel à l'endroit où le taureau a été immolé, c'est encore le sang bénit qu'il transporte, — comme on transportait l'eau du Jourdain. Et ce qui peut décider à adopter cette hypothèse, c'est précisément l'union, ici, des mots nafalici viribus : notre dédicace ne peut se traduire décemment et raisonnablement que si vires y signifie « la vertu du baptême ». Natalici peut être le génitif du nom ou de l'adjectif. Voici ce que signifiait sans doute le mot nafalicium dans le culte taurobolique. Le sang du taureau et la vertu mystique qu'il renferme font naître à nouveau le fidèle qui en a été baptisé, — celui qu'on appelait {auroboliatus, — comme le baptême de l'eau « régénère » le chrétien, c'est-à-dire, suivant la théologie catholique, lui communique une nouvelle naissance. C’est ainsi que le « taurobolié » se disait IN AETERNVM. RENATVS (Corpus, VI, 510), ARCANIS PERFVSIONIBVS IN ÆTERNVM RENATVS (24., 136). Les dévots de ce culte pouvaient donc nommer nafalicium le jour de cette seconde naissance, le jour où ils avaient été appelés à une vie nouvelle, —comme les chrétiens désignaient par ce mot le jour du supplice des martyrs, c'est-à-dire celui où ils avaient été appelés à la vie céleste et éternelle. Zaurobolium natalicium (*) est le taurobole qui a

‘ () L'adjectif natalicius se rencontre à côté du mot fauroboliuwm dans l'inscription suivante de Mérida que nous donnons avec les deux interprétations différentes, et différentes de la nôtre, qu'elle a provoquées de la part de MM. Hübner et Mommsen, ÆEphemeris Epigraphica, |. I], p. 32, ne 2:

M . D . S Hübner : Aram taurfibolf{ nata-

licii sui redditi intellege aram posi-

VAL + AVITA tam propter tawrobolium deae redditum

ARAM:TAVRIBOL die natali Aritae, quod breriter dictum SVI + NATALICI + RED est taurobolium natalicium.

DITI . D D « SACERDO Mommsen : Cum smotwm sit taurobo-

« lium ceodem die itera:it, mih$i est ara

TE - DOCVIRICO + VALE , ,

dedi “eddi lici RIANO:ARCIGALLO qua icata redditur nalaiicium fauro-

bolii ante annum cel, ss placct, ante riginti PVBLICIO-MISTICO annos ab Avila suscepti.

Natalicium taurobolium suum a sans doute le sens de « taurobole du jour de sa renaissance» : matalicti, comme swf, comme #réddité, sont des adjectifs qui déterminent fauriboli. Quant à redditum, il s'explique aisément. La vertu du taurobole n'était pas éternelle dans tous les cas; on n'était pas toujours « rené pour l'éternité». Certains sacrifices n'avaient d'effet que pendant vingt années; ce temps écoulé, la vertu du taurobole primitif était perdue, il falluit renouveler «le sacrifice du jour de la renaissance». C'est ainsi qu'une foscription de Rome (Corpus, VI, 512) nous apprend qu'un tidéle a renouvelé, après vingt ans, l'autel commémoratif de son tauruboule, ITERATO VIGINTI ANNIS EXP/6TIS TAVROBOLII 8VI ARAM CONSTITV$F: aram tauriboli sui natalici redditi, c'est l'autel commémoratif du retour ou du renouvellement du taurobole fait le jour de la nouvelle naissance. — Le terme de vingt années, assigné à la vertu du taurobole, se retrouve dans une inscription de l'an 376 (VI, 504): Vota Farentinus dis dens suscipit ordis, ut mactet repetens aurata fronte bicornes, el dans le passage suivant d'une poésie du quatriéme siècle (Riese, Anfhologia, n° 4: Mommsen, Hermes, IV, p. 356) :

57 Quis tibi, taurobolus. restem mutare suastt, Inflatus dires, subito mendicus ut esses, Obsitus et pannis, modica tepefactus ep[ajeta, Sub terram missus, pollutus sanguine taurs, Sordidus, infectus x restes serrare crucntas, Vivese cum speras viginti mundus in annis ?

amené cette régénération, éourus natalicius, le taureau dont le sang l'a produite. On peut donc lire notre inscription: [Wagnae Deum Matri, exceptis, ou consecraiis laurobolit ou tauri] natalici viribus, puisqu'il pourrait se faire qu'elle fût incomplète. Mais on est en droit aussi de ne rien sous-entendre, de lire : NATALICI VIRIB{UuS sacrum), et de traduire par : « consacré à la vertu de la régénération ».

Un troisième monument relatif à la Mère des Dieux a été trouvé à Bordeaux: c'est un autel taurobolique (Dépt du Colisée; n° 15 du Musée de la rue des Facultés), dont deux faces seulement sont intactes : celles qui portent la tête du bélier et la tête du taureau. La face principale, sur laquelle se lisait sans doute l'inscription, a disparu. Il provient du mur romain, fouilles faites en 1868 à la hauteur de la maison Béchade (devant le n° 99 du cours d’Alsace-et-Lorraine; cf. Sansas, Ze Progrès, VI, p. 583; Soc. arch., VIII, p. 128).

PSG -MERC:SA

CR AVTVMN GRAECINI * SER-V/S/L-M-

D'après l'original (Dépôt J.-J. Bel, n° 162):

Var. — P.S. G. chez SANSAS. — ALLMER ne met des points qu’à la dernière ligne et en met après les cinq mots : il n'est plus possible de constater l'existence du 3° et du 4° à cause des incrustations déposées sur le marbre.

Descr. — Hauteur des lettres : 0,022. — Caractères peu profondément gravés, grèles et sans élégance, quoique assez réguliers.

Inscription encadrée dans un cartouche accosté de deux appendices demi-circulaires et sculpté sur un cippe, ou fragment de colonne, en marbre gris. —-Hauteur du cippe: 0,47; diamètre, 0,22.

Hist. — « Lorsqu'on a construit en 1850 la maison qui se trouve au coucaant de la fontaine Saint-Projet, emplacement dépendant de l’ancienne église de ce nom...., dans les fondations de l'église qui reposaient sur des débris gallo-romains, on a trouvé divers fragments de colonnes en marbre gris. Une petite colonne entre autres, conservée au

Musée, porte l'inscription suivante... >», dit SANsAs dans sa Notice. Cf. le Mémorial bordelais du 12 avril 1850, n° 14359 : « Depuis quelques jours, une partie de l'église Saint-Projet a été détruite pour faire place à une construction moderne ». C’est sans doute la maison n° 2? de la place Saint-Projet. — La note suivante se lit sur l’Invcentaire du Musée d'armes, à la date de janvier 1851, n° 66 : « Un petit fût de colonne portant une inscription à Mercure, découvert dans la maçonnerie qui servait de fondations au mur nord de l’église S. Projet. Le clocher de cette église... les fondations enlevées en août dernier reposaient sur un sol préparé à l’époque romaine composé d'environ 30° de moellons non liés, mais tassés et recouverts d une couche de ciment et mortier garni de petits cubes de briques et de pierre placés sans ordre et unis au rouleau. Sur cette sorte de mosaïque était une couche de débris sur laquelle l’Eglise avait été construite sans autres précautions que de donner aux murs de fondations une épaisseur extraordinaire et de relier par un mortier devenu plus dur que le caillou — une quantité énorme de debris romains, briques à rebords, tuyaux de chaleur, etc., etc., formant de grands remblais. Deux petits murs en moellons carrés avec deux lignes de niveau en briques et un petit canal dans la direction du clocher à la rue des Trois-Maries ont été mis à découvert et démolis. Le petit canal se prolonge encore sous le clocher. (Don du propriétaire). » — Au Dépôt Jean-Jacques Bel, n° 162.

Bibl. — SaNsas : 19 Notice, p. 10 (Congrès, p. 469);,2° Reoue d'Aquitaine, XIV* année (1870), n. 8., t. I, p. 778. — ALLMER, Revue épigraphique du Midi de la France, n° 279, t. 1, p. 240.

P(ro) s(alute) G(raecini) Merc(urio) sacr{um). Autumn{inus?), Graecini ser(vus), v(otum) s{olvit) l{ibens) m(erito).

Ce monument a été élevé à Mercure par un esclave de Graecinus, qui le lui avait promis s'il guérissait son maître. Les deux noms sont romains : Graecinus est un dérivé de Graccus. Autumninus est un nom fort rare : on trouve également Aufumnalis, que l'on peut supposer ici aussi bien qu Auéumninus : je ne sais si l’on a rencontré Aufumnus, qu'indiquait Sansas.

Le culte de Mercure est, avec celui de Jupiter, le culte dont on trouve à Bordeaux le plus de monuments. En effet, Mercure, au dire de César, était le principal dieu des Gaulois: Deum maxime Mercurium colunt. Hujus suné plurima simulacra, kunc omnium incentorem arlium fcrunt, hunc viurum alque ilinerum ducem, hunc ad quacstus pecuniac mercaturasque habere vim mazimam arbitrantur (6, 17). C'est en effet à Mercure que sont dédiés, en Gaule, le plus d'autels votifs.

Mais quel est le dieu gaulois que César a identifié avec la divinité romaine de Mercure, et que les inscriptions appellent de ce nom? L'opinion très générale est que les Gaulois adoraient, sous ce nom,

leur dieu Teutatès : ce dieu n'est d'ailleurs connu que par un vers où Lucain (1, 444) parle des sacrifices

Quibus immitis placatur sanguine diro Teutales,

vers que Lactance reproduit sans doute lersqu il dit (Div. 2nst., 1, 21): Gall Esum et Teutatem humano cruore placabant. Cette identité est fort possible ; mais, comme l'indique avec raison M. d'Arbois de Jubainville, elle n’est nullement démontrée. Cf. ce que dit ce dernier sur le mot Teutatès (Revue celtique, I, p. 451).

P°:GEMIN VS v°sS L°M

D'après l'original (collection Dubois).

Descr. — Hauteur des lettres: 0,03 et 0,035. — Caractères assez mal formés; L à terminaison tombante ; la première barre de l’N amorcée à mi-hauteur de la seconde.

Bloc en pierre dure, fendu par le milieu. La face antérieure est évidée et forme une niche, dans laquelle est sculptée, entre les deux parties de l'inscription, l’image de Mercure. Le dieu est debout, de face, nu, la chlamyde attachée à l'épaule droite et retombant sur le bras gauche. La main gauche tient le caducée appuyé sur une base. Le bras droit semble reposer sur un appui ou tenir un objet (la tortue ou la bourse) que l’état de la pierre ne laisse pas distinguer : au-dessous, un bouc.— Le caducée reposant sur une base rappelle que Mercure est le dieu qui apporte la paix : le caducée en est le symbole. Il est appuyé sur un autel: sur les autels sont prêtés les serments garants des traités. Le bouc est la victime préférée par Mercure : edum Mercurio saucrum, dit une inscription (Corpus, VIII, 8246 et 8247). — Hauteur du fragment: 0,92; largeur, 0,70. — Voyez le dessin de BERNÈDE. La Commission des mon. hist., 1848- 1849, a donné, dans la pl. de la p. 4, un petit dessin de ce monument, en oubliant l'inscription. :

Hist. — Trouvé en 1848, dit FARINE, D. 138, « sur l'emplacement de l’une des portes de l'enceinte romaine, au nord de Bordeaux, place Puy-Paulin ». 1l s’agit des fouilles faites rue Combes, à la hauteur du n° 8, alors n° 3 de la rue du Jardin (cf. le plan annexé, ici, au n° 17). Voyez ce que dit à ce sujet la Commission des monuments, 1848- 1849, p. 5 : « Quelques-uns de ces débris ont été retirés des libages de la tour.placée au côté oriental de l’ancienne porte romaine et dont l'intérieur était autrefois occupé par un escalier du bâtiment de l’Intendance [tour et escalier marqués sur notre plan] ». — Transporté dans la propriété CouDERT, aujourd’hui Dubois, rue Ségalier, 27: il se

trouve au fond du bois, pavillon de droite. — Légué par Dubois à la ville de Bordeaux, en janvier 1885.

Bibl. — BERNÈDE et FARINE, Société archéologique, t. IX, pl. XxIU. = ALLMER, Revue, n° 455, t. Il, p. 3.

P{ublius) Geminus v{otum) s{(olvit) l(ibens) mferito).

Geminus doit être pris ici, non pour un cognomen, mais pour un gentilice. On le retrouve en effet employé comme nom de famille dans une inscription publiée par l'Archivio storico per Trieste, 1881, p. 23: GEMINVS BONINVS HOSTIDVCIS, que je Cite d'après l'Onomaslicon de de Vit, p. 224 du t. III. Voici deux autres inscriptions où Geminus sert également de gentilice : |

D M M:APVSTIVS IANVARIA SE VIVA D-:L-ASCLEPIADes T° GEMINO ZOTICO M : M-/: EROS

ET GEMINIAE IANVARIAE L:GEMINVS : DJ°L FELIX

Romae.

Muratori, MCDLXX, 4. Muratori, MMXC, 1; Corpus, VI, 12245.

M. Mommsen corrige la quatrième ligne de la seconde inscription, et lit GcEMIN?VS, mais rien ne l'autorise à le faire.

Il faut rapprocher de ce gentilice à terminaison ins celui de Zonginus, qu'on trouve dans les inscriptions d'Orient, £phemeris epigr., II, n° 336; IV, n° 348; V, p. 6, lignes 5, 13, 35; d'Arquinus, Corpus, VI, 12350; d'Acserninus, X, 26176, d'Arrecinus, porté par des préfets du prétoire du premier siècle, Tacite, Æsf., 4, 68; Suétone, V. Titi, 4; V. Dom., 11; de Pomptinus, Corpus, I, p. 464; de Secundinus dans l'inscription du célèbre monument d'Igel, près de Trèves, Brambach, 830; d'Auctinus, 14., 829 (Brambach a tort de suppléer Aucfin(i)us dans son /ndex); de Capellinus dans une inscription de Côme, Corpus, V, 5442; d'Albinus et Albina, 1bid., 2607, 5522; de Ligustinus et Ligustina, ibid., 2115; Magaplinus ou Magplinus, ibid., 501 et 8199; et d’autres noms semblables que cite Borghesi, Œuvres, 1V, p. 317.

La très grande majorité de ces gentilices en aus, comme d'ailleurs de tous les gentilices qui s'écartent de la règle commune, sont formés de noms de lieux.

Sur ce nom de Geminus et sur la formule de la dédicace, cf. n° 2.

MERCVRIO . MERCVRIO SACRVM SACRVM

POMPEIA'HEL POMPEIA:-THE GV/IA-MATER LEGVSA-MATX

SACRORVM SACRORVM V.S-L-M V-S:L-M

D'après l'original (Dépôt du Colisée).

Descr. — Hauteur des lettres: A : 1re 1., 0,053 et 0,060; les autres lignes, 0,015 ct 0,055. B: 1r° 1., 0,05 et 0,035; 2° 1., 0,045; les autres lignes, 0,032, 0,040, 0,048. — Caractères réguliers, gras, qui rappellent assez l’inscription de Tutelle (milieu du uie siècle [cf. planche ui]).

Autel en calcaire dur avec base et entablement. Sur la face principale, l’inser. À; sur la face postérieure, l’inscr. B, encadrée dans un filet. Sur la face de droite, un guttus; sur la face de gauche, une patère.— Hauteur: 1 mètre. — Le monument a peut-être servi d’abord d'autel funéraire (cf. plus loin l'inscription d’ATTALVS).

Hist. — Trouvé en 1868, d’après SANSAS, Le Progrès, dans les fondements de la muraille romaine, maison Béchade, rue des Trois-Canards. La rue des Trois-Canards était comprise entre la rue Porte-Basse et la rue Sainte-Catherine, sur la ligne du cours d’Alsaceet-Lorraine. La maison Béchade, qui portait le n° 3, a complètement disparu : elle était située devant la maison qui porte aujourd'hui le n° 99 du cours d’Alsace-et- Lorraine. — Déposé au Musée de la rue des Facultés (sous le n° 11), en 1883 au Dépôt d’Antiques du Colisée.

B1b1. — Saxsas n’a publié que l'inscription B : 1° Le Progrès, t. VI (1868), p. 584 (Société archéologique, VIII, p. 128); 2° Revue d'Aquitaine. XIV® année, n. s.,t. 1, p. 716; 3° Société archéologique, IlN, p. 77. — D'après Sansas (3), CASTAN, Revue archéologique, n. s., t. XXX VIII, p. 84.

Mercurio sacrum. Pompeia Thelgquis]a (Thelegusa), mater sacrorum, v(oltum) s(olvit) l(ibens) m(erito).

Des deux formes données au cognomen de la prêtresse, Zhclqusa et Thelegusa, la première est la plus correcte. Comme presque tous les noms féminins en usa, Thelqusa est d'origine grecque et représente un participe en ovca; il vient de 6éxyerw, « charmer », comme 7’kallusa, de OaAkev, Ecprepusa, de éxxecérew. — Le gentilicium Pompetus, très rare à

Bordeaux, se rencontre fréquemment dans les inscriptions de Périgueux (Galy, n°° 247, 248, 257-261).

La dignité de water sacrorum ne s'est rencontrée, à notre connaissance, que dans une inscription de Besancon (Xerue archéologique, n. 8, t. XXXVIII, p. 83), et dans un monument de Maurétanie (Corpus, VIII, 8812). Il s'agit, dans ces deux derniers exemples, d'inscriptions funéraires, de simples épitaphes de s#atres sacroruin. Nous en apprenons davantage sur cette dignité à l’aide d'une inscription de Cologne (Brambach, 313): DEAE. SEMELAE. ET sororiBvs. EÏIVS DEABVS. OB HONOREM SACRI. MATRATVS REGINIA. PATERNA MATER. NATA. ET FACTA. ARAM. POSVIT SVB SACERDOTALI SERANIO. CATVLLO PATRE. La dignité de x“ater sacrorum s'appelait sacer matratus; on pouvait la tenir par droit de naissance, #7ater nata; lorsqu'une mère était solennellement consacrée, elle devenait sxater facta. Enfin la mater dépendait d'un pater sacroruim.

Il est fort possible que la #ater sacroruin fût simplement la femme du pater. C'est ainsi qu'à Rome, la femme du sex sacrorum prenait le titre de regina sacrorum, que la farminica Dialis est l'épouse du flamen Dialis : l'une et l'autre, sans être des prêtresses proprement dites, participent au caractère sacré de leur mari. De même, dans les collèges, un lien de parenté semble unir d'ordinaire le pater et la mater collegü (voy.p.ex. Corpus, VI, 10234, où la water et le pater s'unissent pour honorer la mémoire d'un défunt, mari de l’une, frère de l’autre, et qui peut bien avoir précédé ce dernier dans la fonction de paéer).

À quelle divinité étaient attachées «les mères des sacrifices » que les inscriptions nous ont fait connaître, et en particulier la prêtresse de Bordeaux? Les deux cultes où l’on rencontre cette dignité sont celui de Mithra, le Dieu-Soleil, et de Ziber ou Bacchus, que nous savons avoir été adorés tous deux chez les Bituriges (cf. n° 16, et Ausone, Epigr., 30). Dans la religion de Mithra, le pafer sacrorum (Corpus, VI, 509, 511, 1778) est le chef des fidèles et le pontife suprême du dieu:

c'est Le pater patrum (1) (cf. l'inscr. VI, 1779, où Vettius est appelé pater

patrum, tandis que dans une inscr. contemporaine, VI, 1778, il est dit

(‘) Lajard n'a pas eu le temps d'étudier les différents titres des nrètres de Mithra: « Dans le volume suivant», est-il écrit dans son Zntroduction, p. 560, « j'examinerai, à l'orcasion de ce rite, jusqu'a quel point se confondent, avec les qualifications de PATER PATRVAM et de PATER PATRATYVS, celles do PATER SACRORVM, de PATER. ET. PONTIFEX, et de PATER. ET. SACERDOS ». La mort l'empècha d'aborder cette partie de son étude.

pater sacroruin). Dans celle de Bacchus, qui eut, sous l'empire, d’étroites affinités avec celle de Mithra, on rencontre seulement la dignité de pater (Corpus, X, 6435; Brambach, 313); mais il ne semble pas douteux que la #ater sacroruin de Cologne ne soit attachée au culte de ce dieu, qui admettait, comme celui de Mithra et de Cérès, et comme tous les cultes mystiques, à la fois des prêtres et des prêtresses (cf. Corpus, VIII, 4883; X, 5422). C’est donc à l’une ou à l’autre de ces religions qu'on peut rapporter la #ater sacrorum de Bordeaux. Il est encore possible qu'elle fût consacrée à Mercure, auquel elle élève un autel (quoique, comme on sait, rien n'interdisait au prêtre d'un dieu de faire des présents à une divinité rivale): le culte de Mercure pouvait d'autant plus aisément admettre des prêtresses qu'il était intimement

uni à celui de Maia, comme celui de Bacchus au culte de Sémélé.

Toutes ces questions auraient du reste besoin d'une étude nouvelle et approfondie. — D'autres patres sacrorum sont mentionnés dans les inscriptions, sans que nous sachions quelle religion ils desservent; Cf. Bulletin monumental, XLVII, p. 861; Herzog, 91 (à Murviel, près Montpellier).

D’après l'original (collection Dubois).

Var.—1I1 est certain qu’il n'y a pas eu de ligne écrite au-dessus de CIVES.

Descr. — Hauteur des lettres : 0,033; 0,027; 0,02. — Caractères d’une assez bonne époque.

Bloc en pierre dure : entre les deux parties de l'inscription, Mercure debout, de face,

nu, la chlamyde jetée sur l'épaule gauche. La tête, les bras, les pieds manquent. —

Hauteur du fragment : 0,66; largeur totale : 0,47. — Voyez le dessin de ROBERT que nous sommes heureux de pouvoir reproduire.

Hist. — Trouvé sans doute vers 1848 dans les fondements de la muraille romaine, ligne septentrionale, rue Combes, à la hauteur du n° 8; cf. n° 12, hist. Transporté dans la propriété COUDERT, aujourd'hui Dubois, rue Ségalier, 27, où il se trouve dans le bois, pavillon du fond et de droite. — Légué à la ville par DuBois au mois de janvier 1885.

Bibl. — ROBERT, Soc. arch., VIII, p. 57.

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Merclujrio. Viduco, cives Lemovic(us), v(otum) s(olvit) I(ibens) mierito).

M. Robert lit Mercurio viduco et écrit au sujet de l’épithète viducus donnée à Mercure : « Son dérivé Viducius (Brambach, n° 1567) se » retrouve sous la forme Visucius comme épithète de Mercure dans » de nombreuses inscriptions votives de l'est des Gaules et dans un » texte de Bordeaux que nous rapporterons plus loin [cf. n° 15]. » L’équivalence phonique de Viducius et de Visucius est justifiée par

» la parenté qui existait en Gaule entre le D et le $. »

Il faut voir dans vinvco le nom du donateur. En effet, ce nom n'a pu être inscrit à droite du bas-relief: d'abord, à peine s'il y a place au-dessus de cives pour deux ou trois lettres; puis, la surface de la pierre est lisse et polie, et il est évident qu'il n y a jamais eu là de

. lettres gravées. La seconde colonne commence à dessein à la hauteur

où finit la première, pour bien marquer que c1ves fait suite à vipvco. Enfin, vinvevs ou vipvcos est un nom répandu en Gaule (cf. les marques de potier, Corpus, VII, 1336; Schuermans, 5734-5741), et rien n'empêche l'existence de la forme vinvco à côté de celle de vipvovs (cf. n° 2: Divico et Divicus; si l'inscription donnée par Schuermans, 5138, est exacte, on peut la lire vipvco r(ecit)).

Cives Lemovicus signifie citoyen de l’État, de la civifas des Lemovict, dont le cheflieu, Awgustoritum, aujourd'hui Limoges, a conservé le nom. César (7, 4; 7, 15; 1, 88; 8, 46), Pline l'Ancien (4, 109), la Motitia Galliarum (12, 7), Strabon (4, 2, 2, p. 190) donnent Zemovices, Lemovicum, Acysevlxes, ce qui suppose le singulier Lemovir. Ptolémée seul (2, 7, 9) donne Armcutxa, Zemovici, forme que nous retrouvons ici.

Remarquez l'e pour l' dans le nominatif cives, changement assez fréquent.

MERC AVG : VISVCIOIVL MONTANVS-T:IVL SECVNDI:FAVSTI

LIiB VV. S - L : M

D'après l'original (Dépôt du Colisée).

Var.—2° 1., RoBerT supplée I[u/]: mais ces deux dernières lettres existent véritablement.

Descr. — Hauteur des lettres : entre 0,30 et 0,42. — Caractères d’assez basse époque, gras, profondément gravés : les différents traits des lettres ne se lient pas entre eux.

Bloc de pierre dure, sans aucun ornement, haut de 0,51, large de 0,44. — Sans doute le dé d’un autel dont la base et le couronnement manquent. — Cf. le dessin de ROBERT, Soc. arch.

Hist. — Trouvé en 1868 dans les fondements de la muraille romaine, maison Béchade, rue des Trois-Canards (devant le n° 99 du cours d’Alsace-et-Lorraine), d'après SANSAS. — Était en 1870 au Dépôt de la rue des Facultés (où il avait le n° 13); transporté en 1883 à celui de la rue du Colisée.

Bibl. — Saxsas : 1° Le Progrès, t. VI, p. 585; 2° Revue d'Aquitaine, XIV® an., D.S.,t. I, p. 777. — ROBERT : 1° Epigraphie de la Moselle, p. 60; 20 Société archéologique, VIII, p. 119.

Merc(urio) Aug(usto) Visucio. Jul(ius) Montanus, Titi) Jul(ii) Secundi Fausti lib(ertus), v(otum) s(olvit) l(ibens) m(erito).

L'épithète de Visucius est donnée à Mercure dans les inscriptions suivantes : 1° sur la rive droite du Rhin, en face de Spire, visvcto MERCVRI(O) (Brambach, 1696); 2° à Kœngen dans le Wurtemberg, neo. MERCVRIO. VISVCIO. ET. SACTE. VISVCIE (2d., 1581); 3° tout près de Heidelberg : visvcio ABDEM cvM sIGN(0), etc. (Br., 1704); 4° à Wareswald dans l’ancien département de la Moselle : tisvcro (Robert, £'p. de la Mos., p. 59); 5° à Nancy: 1. o. M. APOL ET visvei0 (24., p. 60); 6° à Besancon, MERcvRIO vesvcio (!) (Robert, Soc. arch, VIII, p. 120). L'inscription de Bordeaux est donc la septième où se rencontre cette épithète de Mercure : quel sens faut-il lui attacher?

Visucius « pourrait être simplement », dit M. d'Arbois de Jubainville . dans la Æevue celtique (t. IT, p. 123), « dérivé au moyen du suffixe cio- » d'un thème gaulois visu - identique au latin visu — vid-tu. Ce thème » se trouve en vieil irlandais dans le substantif fus — tissu -— vistu- — » vidtu- « science ». Visuc-us pourrait donc signifier « le voyant », «le »> savant. »

« Un auteur franc-comtois », dit M. Robert dans son £'pigraphie de la Moselle, « dit que Visucius n'est autre que Vesonticus et qu'il rappelle » le nom de la cité de Besançon (Duvernoy, Doc. inéd. sur l’hist. de » Franche-Comté, 1838, t. I, p. 147-149). M. K. Christ, acceptant cette » donnée, a tout récemment, par des déductions philologiques, tenté » d'établir comment le surnom Visucrius se serait formé de l'ancien nom » de Besancon Visontium (Kuhn, Beitraege zur vergleichenden Sprack- » forschung, t. VI, 1870, p. 407-410). » C'était aussi l'avis de Sansas.

D'autres font dériver Visucius du mot allemand messe, « sage », et, en même temps, du nom de la rivière appelée Weschnitz, affluent du Rhin issu de l'Odenwald : Visucius serait à la fois le « dieu sage » et «la divinité de la Weschnitz » (cf. Lamey, Acta Academiae Theo-

(1) C’est ainsi que M. Robert corrige l'inscription suivante, donnée par Chifflet le jeune: APOLLI.ET.MERC.

ESVCCVS. MINERV. ST.

BICCVS. VL.RI.

Vetus lapts erutus é guteo domus Illustrium Achacorum Vesontione anno 1591. Cuius sic notatam inscriptionem à Joanne Chiffetio patre meo reperi ( Vesontio civitas imgertalis, 1618, Lyon, in-4°, p. 76).

doro-palatinae, t. I, p. 203; et Scheiffele, Æeal-Encyclopacte, t. VI, p. 2680).

De toutes ces hypothèses, j'accepterais plus volontiers la dernière. Visucius semble avoir plutôt un radical germain qu'un radical celtique. C'est surtout dans le nord-est de la Gaule et notamment près de Heïdelberg, qu'il est adoré. Toutefois on peut hésiter entre l'opinion qui en fait «le dieu sage», der weise Got, et celle qui y voit la divinité locale de la Weschnitz : si cette rivière coule non loin de Heidelberg, près des endroits où ont été trouvées deux inscriptions du dieu, le culte de Visucius n'était cependant pas localisé dans cette partie de la Germanie ; il avait des dévots en Belgique, il était associé à une déesse qui portait son nom, Visucia, il a une place à part parmi les autres Mercures topiques de Gaule ou de Germanie. « Toujours est-1l», dit avec raison M. Robert, «que le culte de Mercure Visucius appartient spécialement à l'est, et que ses dévots en Aquitaine devaient être des étrangers (VIII, p. 121). »

Sur l'épithète d'augustus donnée à Mercure, cf. n° 4.

Montanus, Secundus, Faustus, sont des surnoms romains. IL est à remarquer que le patron de l’affranchi Montanus a, — ce qui d'ailleurs n'est point rare, — deux surnoms, et s'appelle 7'ifus Julius Secundus Faustus. D'autre part l'affranchi n’a point de prénom, ce qui peut être un oubli du lapicide.

D'autres monuments relatifs au culte de Mercure ont été trouvés sur différents points du sol de Bordeaux: ce sont tous des statuettes du dieu: 1° figurine de Mercure trouvée à Bordeaux et cédée par le baron de Caila à Grivaud de la Vincelle (Grivaud, II, p. 182 et pl. x1x); 2 petit Mercure en terre noire, trouvé en 1789, à la hauteur du n° 3 de la place de la Comédie (Soc. arch., VII, p. 11; sans doute la même statuette qui est décrite Musée d’'Aquit., IT, p. 146); 3° et 4° deux Mercures en bronze, trouvés en 1791 dans le cimetière de Saint-Séverin (au Muse d'armes : Bull. pol., V, p. 261; Revue d'Aquit., XIV° an., p. 7119); 5° et 6° deux bas-reliefs à demi brisés, trouvés en 1848, rue Combes (collection Dubois; analogues aux bas-reliefs qui accompagnent les inscr. 12 et 14: Commission des mon., 1848-1849, p. 4; ,S0c. arch., IT, p. 138); ‘7° une statuette en marbre blanc, trouvée dans Îa ligne

méridionale du mur romain (Musce des Facultés, n° 12, au]. au Dépôt du Colisée : Revue d'Aquit., XIV° an., p. 719). Voilà qui justifie la parole de César au sujet du culte de Mercure en Gaule: ÆZujus sunt plurima simulacra.

DEO INVICT-O-M:

Copie de DE LURBE et de SINCERUS.

Var. — Un point après DEO dans SINCERUS et GRUTER.

Descr. et hist. — DE LURBE écrit, à la date de 1594 : « 11 y a pareillement [dans la maison de F1. de Raymond] l’Idole et statuë de Jupiter, d'environ quatre pieds de haut, ayant à costé l'aigle rompuë, doat les pates paroissent encores, & le foudre en la main gauche avec ces mots ». « Laquelle statuë fut trouvée en une petite maison appartenant au sieur de Nesmont President en ladite Court, pres la susdite porte Dijaux ». GRUTER traduit la donnée de DE LURBE: Burdegalac incentum in domo Domini Nemonti Praesidis signum Jovis, quatuor pedes altum, manu sinistra fulmen tenentis, ad latus aderat ei aquila, subscriptumg;. — La maison de Nesmond devint plus tard l'hôtel du Gouvernement, qui occupait tout le côté de la rue Porte-Dijeaux compris entre la rue du Temple et la rue Saint-Paul, aujourd’hui des Facultés: une partie de son emplacement a servi au tracé de la rue Vital-Carles et à l’'Archevêché (cf. Drouyn, p. 426).— SINCERUS vit l'inscription vers 1612, in ciridibus Remondi, loco Musis amato. Là, dit-il, émprinus notatu digna est stalua louis fulmen manu sinistra habentis, cuius tamen defractae voix pedes adhuc cognosci possunt. Inscriptio haec addita. 11 va sans dire que l'inscription n'a pas été la dédicace primitive de la statue, puisque c’est à Mithra, et non à Jupiter, qu'elle se rapporte. Mais le monument et l'inscription auront été trouvés ensemble, et rapprochés l’un de l’autre. Qui sait même si l'inscription n'a pas été faite après coup, par un amateur peu au courant des épithètes de Jupiter, pour servir de dédicace à la statue trouvée rue Porte-Dijeaux ? — Disparue après 1612.

Bibl. — DE LURBE, Discours, éd. de 1595, p. 68; de 1619, p. 64 v° (recopiée par SÉGUIER, nd. ant. inscr. [ms. 16933], f° 255); éd. de 1672 et de 1703, p. 46 r°. — Ex libello Gallico qui de Antiquit. Burdegall. {de Lurbe], GRUTER, p. CIOIX, 7. — D’après Gruter, BREVAL, Remarks, II, 1. 1, 108 (cité d’après l’Index de Séguier). = SINCERUS, Appendix, éd. de 1616, p. 38; de 1627, p. 390. — (D'après ces auteurs, SÉGUIER, Index absolutissimus [ms. 16934], f° 286.) — D'après Sincerus, BAUREIN, Recherches, IV, p. 121. DE BEAUMESNIL [ms.], (lequel fait le dessin du monument comme s’il l'avait vu lui-même). JoUANNET : 1° Académie, 1832, p. 193, n. 1; 2° Statistique, 1, p. 237. Ducour- NEAU, Guyenne, t. 11, II° p., p. 14. O’REILLY, Histoire, Ire p., t. 1, p. 86.

Deo invicto M{ithrae).

Les archéologues du seizième siècle attribuaient à Jupiter cette dédicace : mais l’épithète d'inviclus n'est pas une des épithètes clas-

siques de Jupiter. Si elle lui est donnée dans une ode d'Horace (3, 27, 73) :

Uzxor invicti Jovis esse nescis?

on ne la rencontre pas, à ma connaissance du moins, dans les inscriptions. En revanche, de toutes les qualifications que l'on donne au dieu solaire Mithra (Mithras en tatin, de M{ôpxs), — aeternus, dominus, indeprehensibilis, magnus, mazximus, saecularis, sanctus, — celle d'invictus est la plus répandue : elle est consacrée pour le Soleil comme celle d'optimus mazimus pour Jupiter. Aussi se contente-t-on souvent, pour désigner Mithra, d'écrire : p£o ImNvicro, et, si l’on fait suivre ces mots du nom du dieu, on l'abrège généralement par son initiale. Voyez même l'abréviation p. 1. M, fréquente dans les provinces danubiennes, où le culte de Mithra rencontra le plus d'adhérents (Corpus, III, p. 1164). En Gaule, il ne fut jamais aussi populaire que celui de la Mère des Dieux ni même, peut-être, que celui d'Isis.

Remarquons encore que l'épithète de Zeus ou de dea est à peu près exclusivement réservée, en style épigraphique, aux petits dieux ou aux divinités étrangères au panthéon romain. Elle n'est presque jamais accolée au nom de Jupiter, de Junon ou de Minerve : et, dans le cas contraire, ce n'est pas au Jupiter ou à la Minerve du Capitole qu’elle sapplique, mais à un dieu indigène assimilé à une des divinités de Rome (cf. les inscr. citées p. 14). — Voyez l'ouvrage posthume et malheureusement incomplet de Lajard, Znétroduction à l'étude du culte public et des mystères de Mithra en Orient et en Occident, Paris, 1847, in-4°, et un vol. in-f° de planches.

Nous ne saurions donner une idée plus nette du mithriacisme qu’en transcrivant un passage célèbre du Marc-Aurèle de M. Renan, ch. XXXI:

« Un dieu oriental surtout balança un moment la fortune du christia- » nisme, et faillit devenir l’objet d'un de ces cultes à propagande > universelle qui s'emparent de parties entières de l'humanité. HWifra > est, dans la mythologie aryenne primitive, un des noms du soleil. Ce > nom devint, chez les Perses des temps achéménides, un dieu de pre- > mier ordre. On entendit parler de lui pour la première fois, dans le » monde gréco-romain, vers l'an 70 avant Jésus-Christ. La vogue lui > vint lentement. C’est seulement au n° et au mr° siècle que le culte de

» Mithra, savamment organisé sur le type des mystères qui avaient » déjà si profondément ému l’ancienne Grèce, obtint un succès extraor- » dinaire.

» Ses ressemblances avec le christianisme étaient si frappantes, que » saint Justin et Tertullien y voient un plagiat satanique. Le mithria- » cisme avait le baptême, l’eucharistie, les agapes, la pénitence, les » expiations, les onctions. Ses chapelles ressemblaient fort à de petites » églises. I] créait un lien de fraternité entre les initiés... A beaucoup » d'autres égards, le mithriacisme ressemblait à la franc-maçonnerie. » Il y avait des grades, des ordres d'initiation, portant des noms » bizarres [cf. ici n° 13], des épreuves successives, un jeûne de cin- » quante jours, des terreurs, des flagellations. Une vive piété se » développait à la suite de ces exercices. On croyait à l'immortalité des » initiés, à un paradis pour les âmes pures...

» On peut dire que, si le christianisme eût été arrêté dans sa crois- » sance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste. »

C°IVLIVS

FLORV }/ ONVAVA:

D'après les notes de JOUANNET.

Var. — JOUANNET a laissé trois copies de cette inscription : 1° dans une note manuscrite [V] conservée à la Bibliothèque de la Ville : les trois lignes sont écrites en lettres de même hauteur; les lacunes des deux dernieres lignes sont indiquées comme nous l'avons fait ici; 2° dans une note [IV] conservée avec la précédente : la 3° ligne est en caractères moins hauts ; FLORVS et ONVAVAE sont écrits en toutes lettres; il y a un point après C, après IVLIVS et ONVAVAE ; 3 dans l'Académie (reproduite dans le ms. des Archives départementales) : les trois lignes sont d'éxale hauteur, et le texte est en tout conforme à celui de la seconde note, sauf l’absence de point après IVLIVS. Nous empruntons à la seconde note les dimensions des lettres, à la première l'indication des lacunes. — SANSAS, Am des champs, réunit en une seule les deux premières lignes.

Descr. et hist. — Voici ce que dit JOUANNET dans une note manuscrite [IV, cf. supra] : « Cippe en pierre de la Charente: jetté sur le terrein du château Trompette. — La lettre est belle ». Nous apprenons par son article de l’Académie que le monument a été découvert en 1828 dans les fondements de la muraille romaine, ligne septentrionale, «dans une maison petite rue de l’Intendance » (Ac., p. 48). Il y a erreur : c'est rue

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