L-D - EX - D:-D
DÉ DIC-XK-IVL-IVLIA*
If ET + CRISPINO + COS
D’après l'original (Dépôt J.-J. Bel, n° 204) {cf. planche III].
Var. — Mary-LAroN écrit Vitali E. Voto posu it L. D. E. D. D... Juliano Il., etc. BERNADAU, Viographe, écrit X. KAL.... COSS; COSS également chez SANsAs. Bernadau et O’RgILLY réunissent arbitrairement les lignes. — Les apices omis en partie ou en totalité par les différents auteurs.
Descr. — Lettres régulières, un peu grasses, un peu aplaties, les pleins trop fortement marqués, mais tres beaux caractères pour l’époque. — Hauteur: 1re ligne, 0,055; de la 2e à ]1n 4, 0,05; de la 3° à la 7°, 0,04; 8e, 0,036 et 0,017; 9e, 0,017.
Piédestal en marbre gris des Pyrénées, admirablement conservé, avec base et corniche. On voit encore, sur la table du monument, les traces des attaches de plomb et de
bronze qui fixaient la statue. — Hauteur: 1,50; largeur du dé: 0,60. — Dessiné par ROBERT, Soc. arch., 1V, pl. xxvu (Bull. épigr., 1, p. 163; Dunuy, Hist. rom., éd. illustrée, t. VI, p. 439).
Hist. — « Le piédestal qui porte cette inscription a été découvert, ces jours derniers, dans une cave que l'on ouvre sur un pavillon attenant à l'ancienne intendance, édifice bâti sur les fondements du mur de l'antique enceinte de Bordeaux », dit JOUANNET dans une note ms. datée du 24 août 1828. A la date du 18 août, d'autre part, BERNADAU écrivait dans ses Tablettes: «On vient de découvrir un Antique précieux et bien conservé, en fouillant le terrein des fondemens d’une maison que M. Chaudruc fait bâtir dans la nouvelle rue de l'Intendance. Le propriétaire en a fait don au Préfet, la Mairie ayant dédaigné de le lui demander pour enrichir le Muséum, qui pourrait être bien plus riche qu'il ne l'est en antiques ». Et à la fin de ses Antiques : « Le préfet de la Gironde s'est fait donner ce marbre précieux, par le propriétaire du terrain où il a été découvert en mai 1828 (M. Chandru); et après qu'on l'a laissé, pendant quelques mois, sous le péristyle de la Préfecture, il a disparu on ne sait comment ». COUDERT écrivait dans son journal l’Indicateur, n° 4907, le 22 août: « On fait depuis quelque temps des fouilles pour voûter une petite maison en forme de pavillon, dépendant autrefois de l'hôtel de l’'Intendance, et l'on y a découvert des cypes d’une haute antiquité. Nous avons recueilli parmi les décombres des objets qu’on avait dédaignés, nous en avons obtenu d’autres qui ne sont pas sans intérêt. Nous avons même fait l'acquisition d'une superbe pièce en marbre: mais sur l'invitation de M. le baron d'Haussez, préfet de la Gironde, et de M. Croneau, sous-préfet (1), qui ont témoig 1é le désir de le conserver au musée de la ville, nous avons renoncé volontiers à nos prétentions sur ce monument local, qui remonte au commencement du troisième siècle. Les connaisseurs peuvent le voir: il est provisoirement déposé sous le vestibule de l'hôtel de la Préfecture. M. Chaudruc, propriétaire, en a fait don à la ville, pour être placé à son musée, d'après la renonciation de M. Coudert ». Et le 26 août, n° 4911: « Nous avons annoncé, dans notre feuille du 22 de ce mois, que, sur l'invitation de M. le préfet et de M. le sous-préfet, nous avions cédé nos droits, en faveur du Musée de la Ville, sur un superbe monument en marbre, trouvé par M. Delbalat, entrepreneur en bâtisses, dans les fouilles ». Jouannet rappelle dans son article de l'Académie (p. 170) que « M. Desbarad, entrepreneur », consentit à « interrompre même la suite de ses travaux pour conserver à la Ville la belle inscription votive de Vitalis ». — Il s’agit des fouilles faites rue Neuvede-l’Intendance, n° 4, aujourd'hui rue Guillaume-Brochon, n° 6 (cf. le plan de la p. 51). — Aujourd’hui au Dépôt d’Antiques J.-J. Bel, n° 204 (Robert lui donne à tort le n° 10).
Bibl. — JouANNET : 1° notes ms. [VIII]; 2° l’Indicaicur, 26 août 1828, n° 4911, 3° Académie, 1829, pl. [IV], et p. 164; 4° Statistique, I, p. 239, — Étendue, d’après lui /Acad.), par LA CURIE, Bulletin monumental, VIII, p. 253. — ManY-LAFON, Bordeaux, dans l'Histoire des Villes de France, de GuiLBERT, p. 336, n.1. — BERNADAU: 1° Tablettes [ms., t. X], f° 433; 20 Anéiques [ms., t. XLII], à la fin, $ VI bis; 3° Viographe, p.110. — DucourRNEAU, Guyenne, t. Il, In° p., p. 18. — O’REILLY, Histoire, Ie p., t. 1, p. 631. — ARBELLOT, Bulletin monumental, XXVII, p. 660. — SAnsas, Le Progrès, III, p. 456. — DE CAUMONT, Abécédaire, éd. de 1870, p. 236. — RoBerT: 1° Ac. des Inscr., Comptesrendus de 1872, p. 55; 2° Soc. arch., IV, p. 195, et pl. xxvir (Bull. épigr. de la Gaule, 1, p. 163; DuruY, Histoire romaine, éd. illustrée, t. VI, p. 439).
(i) C’est sans doute par flatterie qu'on donne le litre de sous-préfet à Croneau, que lcs Annuaires de l’anuéo 1828 appellent seulement secré/aire général.
Tutelae Aug(ustae). C(aius) Octavius Vitalis ex voto posuit. L{ocus) d{atus) ex d(ecreto) diecurionum). Dedic(atum) decimum k{alendas) jul{ias), Juliano iterum et Crispino co/n)s(ulibus).
Le monument a été dédié (sur le sens de l'expression dedicare, cf. n° 6) le dixième jour avant les calendes de juillet, le 22 juin, sous le consulat de Julianus et Crispinus, 224 après notre ère, la troisième année du règne de Sévère Alexandre. Les noms complets de ces consuls étaient Appius Claudius Julianus, consul pour la seconde fois (on ignore la date de son premier consulat), et Caius Bruttius Crispinus ; cf. Klein, Fasti consulares, p. 97.
Quelle est la divinité dont la statue s'élevait au-dessus de cette base et qu on adorait sous le nom de Z'utela?
Le culte de Z'ufela, comme son nom l'indique, a une origine toute romaine. Il repose essentiellement sur une métonymie: car il consiste à adorer, sous ce nom, le dieu inconnu qui protège un peuple, une ville, un individu, la divinité sous la tutelle de qui l'on est placé. C’est ainsi que l'on appelait Z'utela navts, « la Tutelle d'un navire », la statue qui ornait la poupe et qui représentait la divinité sous l'invocation de laquelle était le vaisseau. C'est ainsi qu'Horace (Curmina, 4, 14, 43) appelle Auguste « la Tutelle de l'Italie » :
O Tutcla pracsens Îtalire dominaeque Romae.
Aussi faut-il avoir toujours soin de bien distinguer le culte de la Tutelle de celui des génies (cf. n° 1). Le génie naît et meurt avec l'individu, avec le peuple auquel il est attaché : la Tutelle est éternelle, et son existence est entièrement indépendante de celui ou de ceux qu'elle protège : « Beaucoup étaient persuadés qu'une ville ne > pouvait jamais être prise tant que ses dieux y résidaient; si elle > succombait, c'est qu'ils l'avaient d'abord abandonnée » (Fustel de Coulanges, Za Cité antique, 3, 6). Le génie est un esprit, et il a le sexe de la personne à laquelle il est attaché. La Tutelle est une divinité qui vit par elle-même, qui peut s'appeler Jupiter ou Minerve, être dieu ou déesse : aussi trouve-t-on aussi bien comme dédicace neo TVTELAE (Corpus, IE, 3021, 3377, 4092) que TvTeLAE simplement. On sait d'autre part que chaque dieu avait son génie, aussi bien que chaque mortel : on connaît
l'inscription d'Espagne (II, 2107) dédite, entre autres divinités, genio Jovis, genio Martis, genio Victoriae, genio meo. Or les Tutelles avaient aussi le leur: une inscription de Saragosse (11, 2991) est consacrée GENI0O TVTELAE. — Cf. les inscriptions TVTELAE. ET GENIO. LOCI (III, 4445). DEO. TVTEL(GC) GENIO. MENTES(anoruin), à entesa en Tarragonaise (II, 3377), GiNIo ET FORTVNAE TVTELAEQVE Hvivs LOCI (VI, 216); neo TVTEL(@C) GENIO. LOCI (IT, 3021) (1).
Le culte des génies est de date relativement récente, et la philosophie est pour beaucoup dans sa diffusion: le cuite des Tutelles remonte à l'origine des religions antiques. Ce ne fut qu'assez tard que l'on crut à l'existence de ces génies, de ces esprits des peuples, nais- Sant et mourant avec eux : il avait fallu tout d'abord personnifier le peuple, la nation. Au contraire, on s'est imaginé de bonne heure qu'une ville, qu'une étendue déterminée du sol était sous la protection d'un dieu. La religion primitive a été celle des divinités topiques (cf. Fustel de Coulanges, Z. c.). Il était difficile, à l'origine, de concevoir l'esprit d'un peuple, d'une réunion d'hommes: il l'était moins de croire que la surface de la terre était partagée entre un certain nombre de domaines appartenant chacun à son dieu.
Ici se marque la principale caractéristique du culte des Tutelles: ce sont des divinités de villes, non de peuples. Tandis que l’on dit genius civitatis, populi, on dit Z'utela urbis, loci: ce n’est pas le peuple, l'Etat, qui est sous la tutelle d'un dieu, c'est la réunion des maisons, c'est l'emp'acement, c'est la ville. Cela est bien indiqué par les inscriptions; aucune n'est dédiée Z'utelae zopul, civitatis, mais simplement Zufelae, Z'utclac augustac. Si l'on ajoute un nom, c'est toujours celui de la ville, jamais celui de la nation.
Nous rattacherons donc étroitement le culte des Tutelles gauloises ou espagnoles au culte des divinités poliades de la Grèce et de l'Italie, et nous rapprocherons nos inscriptions des textes des anciens où il est question des divinités tutélaires des villes, en particulier de celui de Macrobe (3, 9): Constat omnes urbes in alicujus dei tutela esse.
La divinité qui protégeait une cité était généralement connue: ici clle s'appelait Athéné, là Minerve ou Junon. Mais souvent les anciens nc se croyaient pas entièrement certains de posséder le vrai nom de
(*) M. Hüboer explique celte dernière inscription d'une manière loute diflérente: Negue eæplicandum deus Tutela, sed deus Tutclae, #4 Geuius Tutelae supra fuit in titulo C'acsaraugustanu ne 2991. .
la déesse qui protégeait leur patrie. C’est ainsi que, dans les Acées des frères Arvales du 13 mai 183 (Corpus, VI, p. 560), les sacrifices sont adressés à un certain nombre de dieux, et, en outre, SIVE DEO SIVE DEAE IN CVIVS TVTELA HIC LVCVS LOCVSVE EST.
Le plus souvent on ignorait ou l'on tenait caché le vrai nom de la Tutelle. Car on pouvait craindre que les ennemis, en l'appelant par son nom, ne la fissent sortir de la ville qu'elle protégeait. Aussi celui de la Tutelle de Rome, par exemple, était-il un mystère: Zpsius urbis nomen etiam doctissimis ignotum est, caventibus Komanis ne, quod saepe adversus urbes hostium fecisse se noverant, idem ipst hostili evocatione paterentur, si Tutelae suae nomen divulgaretur (Macrobe, 3, 9. — Servius, Ad Aeneida, 2,351; Pline, ist. nat., 28, 18; Plutarque, Pou4, nous ont conservé la même particularité; cf. là-dessus les Dissertations de Venuti, p. 7, où la question est nettement indiquée).
On appelait de deux manières la Tutelle dont on ignorait ou dont on voulait éviter de prononcer le vrai nom: on disait le plus souvent Tutela urbis ou loci, Tutela augusta (cf. les inscr. déjà citées et Pétrone, 57: Z'utelam hujus luci habeam propitiam). Quelquefois, on l'appelait du nom même de la ville qu'elle protégeait, soit en ajoutant, soit en omettant l'épithète Z'ufelae. Ainsi, les inscriptions dédiées pro NEMAVSO OU DEAE BIBRACTI s'adressent à la déesse tutélaire, adorée sous le nom de la cité; TYTELAE VESVNNAE, dans l'inscription si connue de Périgueux, doit se traduire non pas par < à la Tutelle de Vésone », mais par « à la Tutelle, Vésone »; TVTELAE Tarrac (Corpus, II, 4091) doit se lire Z'ufelae Tarraconi, et non, comme fait M. Hübner, Z'uéclac Tarraconensi; voyez à la fin de notre volume l'inscription TVTELAE vssrBio. De même, on appelait d’un même nom le navire et sa Tutelle. Ce qui explique pourquoi les ruines du temple de la Tutelle de Périgueux s'appellent aujourd'hui «la tour de Vésone », et, pourquoi, inversement, un certain nombre de localités espagnoles se sont appelées, du nom de la déesse Tutelle, Zudela: Tutela est également l'étymologie du nom de Tulle.
De même encore, on identifiait les figures, comme les noms, de la Tutelle et de la cité. On représentait la déesse sous la forme d'une femme couronnée de tours et tenant une corne d’abondance (sur le type de TvTELA des monnaies impériales, voyez Robert, Société archéologique de Bordeaux, t. IV, p. 198). Telle devait être la statue qui surmontait
la base où se lit notre inscription : on ne peut s'empêcher de rappeler, à ce propos, le simulacrum Urbis Viennae qu'offrirent à leurs concitoyens deux magistrats de Vienne (Bull. cpigr., III, p. 60; cf. ici n° 21).
De ce que le nom de la Tutelle n'apparaît guère que sur les inscriptions du sud-ouest de la Gaule (Bladé, n°* 28, 29, 87, 175), sur celles de l'Espagne et des bords du Danube, on ne saurait rien encore conclure de positif. Je hasarderai seulement une hypothèse. Le culte des divinités topiques était universellement répandu au temps de l'empire, en Espagne et surtout en Gaule : nous avons eu l'occasion (n° 4) de le remarquer pour ce dernier pays, où les divinités romaines, grecques et oricntales ne s’acclimatèrent que lentement et faiblement. Les « Jupiters » ou « Mercures augustes » ne sont que des dieux indigènes déguisés. Or, il y avait plusieurs manières d'habiller ces dieux à la romaine : on les identifiait avec des dieux latins, en les appelant par exemple Jupiter augustus (n° 4 et 5), ou bien Mercurius Visucius (n° 15), Apollo Borvo, Mars Vorocius, en leur donnant une épithète tirée de la ville qu'ils protégeaient. C'étaient là, en se plaçant au point de vue dela terminologie religieuse des Romains, des expressions à peine correctes, et sentant la superstition étrangère. Dans la partie de la Gaule la plus civilisée, et, pour ainsi dire, la plus littéraire, dans l’Aquitaine, et dans cette Espagne qui devint si vite romaine, la divinité topique fut adorée sous le nom de Z'utela, nom qui avait le double avantage de ne porter aucune atteinte au culte traditionnel du pays et d'être fidèlement empruntée à la langue religieuse des vainqueurs.
Enfin, il est probable que le culte de la divinité tutélaire était le plus important de la cité, le culte municipal par excellence. Le temple de la Tutelle à Bordeaux, dont les ruines ont longtemps subsisté sous le nom de Piliers de Tutelle, était sans contredit le principal monument religieux de la cité, son premier sanctuaire, et comme sa cathédrale. Sans doute, un collège de prêtres et de prêtresses y était attaché : les prêtres de la Tutelle se nommaient, dans une ville d'Espagne, ministri où ministrac Tuiclae augustae (Corpus, IT, 3319).
Enfin, pour compléter ce que nous savons sur les Tutelles, on peut dire que les maisons, comme les villes, avaient la leur. Voyez les inscriptions : TvrTelae pomws rvriliande (Corpus, V, 3304), TVTELE CANDIDIANE (VI, 726); les textes de saint Jérôme, Zn E'saiam, 6, 51:
Tpsaque Roma, orbis domina, in singulis insulis domibusque Tutcelae simulacrum cereis venerans ac lucernis, quam ad tuitionem acdium isto appellant nomine, ut tam intrantes quam exeuntes domus suas incliti semper commoneantur errorts; et du Querolus, 2, 3, 150 : Sacrario tria sigilla, unum T'utelae, geniorum duo. I] est visible qu'il faut ici distinguer entre la Tutelle, déesse protectrice de la maison (domus), et les génies ou le Lare, esprits des individus ou de la famille (gens), comme nous avons distingué plus haut la Z'ufela urbis et le genius civitatis.
Il faut encore séparer le culte de Fortuna de celui de la Zutela; cf. Corpus, VI, 179: F'ortunac adjutrici et Tutelae. La Fortune ressemble plus à un génie qu'à une Tutelle : elle préside aux actions de la vie des peuples ou des individus; elle ne protège pas spécialement les demeures ou les domaines, mais ceux qui y habitent. Ainsi la Fortune des thermes, Fortuna balnei ou balnearis, est la déesse qui rend la santé aux baigneurs. Mais, à la différence des génies, la Fortune n'est pas un esprit, mais une déesse indépendante de ceux qu'elle favorise. Enfin, 1l n'y a qu'une Fortune, elle est une déesse unique, mais présente à la fois partout et se manifestant de mille manières : il y a autant de génies que de peuples ou d'individus; chaque ville ou chaque maison a sa Tutelle. — Preller et Jordan, I, p. 87; Il, p. 185; et Marquardt, Privatleben, I, p. 234, ont, je crois, le tort de faire de Tutela l'équivalent de F'artuna et de celle-ci le génie féminin. À certains égards, on peut dire qu'il y a eu parfois confusion dans l'esprit des anciens : mais il me paraît certain que les trois cultes ont été à l'origine et sont demeurés en théorie, sinon toujours en pratique, entièrement distincts l'un de l'autre.
Locus datus ex decreto decurionum : l'emplacement sur lequel s’est dressée la statue a été concédé à Vitalis, au nom de la ville, par un décret des décurions. Le monument a donc été érigé sur un terrain appartenant à la commune, sur une vole ou une place publique, ou dans un sanctuaire municipal. L'inscription a été trouvée à deux cents mètres au plus de l'endroit où s'élevaient jadis les ruines du temple appelé vulgairement les Piliers de Tutelle (cf. à la fin du n° 21); C'était le temple consacré à la Z'utela de Bordeaux: dans l’intérieur du monument ou sous le portique qui le précédait devait se trouver la statue dédiée par Vitalis. La concession de l'emplacement ne pouvait être faite que par le Conseil de la commune, avec l'autorisation du gou-
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verneur ou du curateur de Ja cité. Une inscription (Wilmanns, 2083) mentionne la demande faite par un habitant de Caere en Étrurie uf sibi locus publice daretur sub porticu basilicae, et le décret des décurions : ex consensu decurionuin locus et, quem desiderarerat, datus est. — Nous apprenons par cette inscription qu'il y avait à Bordeaux un sénat, une assemblée de decuriones, assemblée que rappelle le poète Ausone dans son éloge de Bordeaux et dont il parle en termes pompeux (Ordo urbium, 130), célébrant sa patrie
insignem Baccho fiuviisque virisque, Moribus ingenrisque hominuim proccrumque senatu…
Les noms du donateur sont entièrement romains. Le gentilicium Octavius est particulièrement rare à Bordeaux.
L'inscription de la Tutelle que nous allons donner maintenant a été jusqu'ici considérée, sauf par quelques sceptiques tels que de Lamontaigne et de Pichard, comme faisant partie du patrimoine épigraphique de Bordeaux. Tout le monde a cru sur parole les premiers éditeurs, Apianus et Amantius, qui ont fait précéder le texte de cette dédicace d'une note dont voici la traduction : « Inscription d’un monu- » ment en marbre, qui, transporté jadis (quondam translatum) de ce » Célèbre portique de Tutelle que l'on peut encore visiter aujourd'hui » à Bordeaux, est conservé à Tonneins dans l'église de la sainte Vierge » le long du maître-autel servant de base à une pyramide dorée (un » Ciboire) qui contient le corps du Christ ». Les deux compilateurs de ce recueil ont, semble-t-il, reçu la note d'un secrétaire de la cour palatine, Hubert-Thomas Leodius (de Liège), qui visita plusieurs fois Bordeaux et le sud-ouest de la France dans le premier quart du seizième siècle (voyez notre Znétroduction). C'est le même voyageur qui prétendait (cf. hisé. du n° 1) que l'autel d'Auguste avait été tiré des Piliers de Tutelle.
Pour l'une comme pour l’autre de ces dédicaces, nous pensons que l'assertion d'Apianus n'est qu'une hypothèse de son correspondant. Si l'autel de la Tutelle avait été jadis transféré à Tonneins, nous l'aurions su par Vinet, qui n'écrivit son premier livre qu'une quarantaine d'an-