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nées (en 1564) après les voyages de Thomas Leodius: or Vinet n'en dit rien, ni dans son Discours sur l'antiquité de Bordeaux, ni dans ses Commentaires à Ausone. En second lieu, si l'autel avait jamais orné les Piliers de Tutelle, aucun Bordelais n’en eût souffert l'abandon; et les jurats, qui déjà, lorsque Leodius vint à Bordeaux, avaient donné une place d'honneur dans leur Hôtel-de-Ville à l'inscription de Zurquinia, auraient pieusement conservé l'autel de la divinité tutélaire de leurs ancêtres, et ne l'auraient pas entouré d'une moindre vénération que l'insignifiant tombeau d'une ancienne Biturige. Enfin, s'il avait jadis été élevé à Bordeaux, il n'eût pas échappé au sort des autres monuments, à celui par exemple de l'autel dédié en 224 à la Tutelle (n° 20), sort qui ne fut épargné à l’autel du génie que parce qu'il était pour ainsi dire le centre politique et religieux de la cité: le monument de Tonneins eût été employé parmi les matériaux de la muraille romaine du quatrième siècle. L'erreur dans laquelle est tombé Leodius, qui était d'ailleurs un bon épigraphiste, et un savant plein de critique, est celle qu'aurait commise, au commencement du seizième siècle, tout voyageur se rendant à Tonneins après avoir visité à Bordeaux les Piliers de Tutelle. On lui aura montré, dans l’église de Notre-Dame, un autel antique sur lequel il aura lu le nom de la déesse Tutelle : comme il n'avait encore vu ce nom sur aucun monument épigraphique, pouvait-il s'empêcher de croire que la divinité inconnue à laquelle il était dédié n'était autre que celle dont le temple subsistait encore à Bordeaux sous le nom étrange de Piliers de Tutelle? que la pierre, par suite, avait été jadis transportée de Bordeaux à Tonneins? Depuis, on a trouvé un peu partout des Tutelles : il y en a une au Mas-d'Agenais, à l'ouest de Tonneins; il y en a à l’est, à Agen. Nous sommes donc autorisés, jusqu’à nouvel ordre, à considérer le guondam translatum d'Apianus comme une hypothèse de Leodius.
Peu d’hypothèses ont eu une aussi brillante fortune : voilà 350 ans que l'inscription de Tonneins est connue : et pendant ces trois siècles et demi, deux hommes seulement, de Lamontaigne et de Pichard, ont eu l'idée de critiquer l’assertion du premier éditeur. Et encore ce que l'un et l’autre pensaient au sujet du monument, n'a-til jamais été imprimé, ou est perdu dans une brochure introuvable : la vérité est demeurée cachée; l'hypothèse et l'erreur se sont étalées au grand jour. Non seulement les Bordelais ont revendiqué la pierre
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comme leur propriété; non seulement de la Brousse l'invoque pour prouver la primauté du siège archiépiscopal de Bordeaux, ce qui est bien étrange; mais encore des hommes comme Bordes et O’Reilly, bien placés cependant pour savoir la vérité, se sont imaginé l'avoir vue au Musée de la ville. Quelques savants de l’Agenais ont faiblement protesté ; encore, se sont-ils bornés à donner pour origine à l'autel le village de Lauzun : pour tout concilier même, l'abbé Barrère a admis l'existence de deux monuments portant la même inscription; pas un d'eux, sauf l'historien de Tonneins, Lagarde, qui même hésitait grandement à le faire, n'a voulu rendre à l'autel sa véritable patrie.
Nous nous bornons à dire, pour notre compte, — les citations que nous donnerons plus bas, fourniront le moyen de contrôler et de combattre au besoin notre opinion, — qu'une seule chose est certaine au sujet de l'origine de l'autel de la Tutelle : au commencement du seizième siècle, il était conservé à Tonneins, dans l'église de Notre- Dame. Cette église (voyez Lagarde, Recherches historiques sur Ta ville et les anciennes baronnies de Tonneins, p. 4) était située dans ce qu'on appelait Z'onneins- Dessous : « Elle était, comme celle que l’on voit » aujourd'hui, sous l'invocation de Vofre-Dame de Mercadieu ou Mer- » cadil; elle fut détruite pendant les guerres de religion du xvr° siècle, » et l'église actuelle fut construite à peu près sur l'emplacement de » l'autre, dans l'espace de temps qui s’écoula entre 1701 et 1755 ». C'est donc au milieu ou vers la fin du seizième siècle que l'autel de la Tutelle dut disparaître de Tonneins : on le retrouve cent ans après, au témoignage de Labenazie, qui écrivait vers la fin du règne de Louis XIV, dans le château de Lauzun, à dix lieues au nord de Tonneins. Ce transfert, qui a toujours paru inexplicable, s'explique assez aisément. Au milieu du seizième siècle, au moment où fut détruite Notre-Dame de Mercadieu, Lauzun formait une baronnie, et, depuis 1570, un comté, qui appartenait à la famille de Caumont. Cette famille fut alors représentée, d'abord par François de Caumont, seigneur de Castelnau, puis de la Force (1524-1572), puis par son fils Jacques- Nompar de Caumont, marquis, ensuite duc de la Force (30 octobre 1558 — 10 mai 1652), tous deux chefs célèbres du parti protestant (cf. Anselme, ist. généal. et chron. de la maison de France, 3° éd., 1728, IV, p. 467): or ces mêmes de Caumont, comtes de Lauzun, étaient aussi barons de Z'onneins-Dessus, et, quoique Z'onneins-Dessous, où se
trouvait Notre-Dame, appartînt aux de Caussade, ils en étaient les maîtres véritables : les de Caussade étaient en effet fervents catholiques, et Zonneins-Dessous fut de bonne heure protestant, ce que suffirait à prouver la destruction de Notre-Dame de Mercadieu. Il est
donc permis de supposer que lorsque les huguenots démolirent l'église,
François de Caumont sauva l'autel de la Tutelle et le fit transporter à son Château de Lauzun.
Il y est demeuré depuis, exposé, disait Boudon de Saint-Amans, « à > toutes sortes de dégradations et d'injures de la part des hommes et » des saisons ». Les hommes le respectent davantage aujourd'hui: les saisons sont moins clémentes, et la mousse ronge ce monument, qui, ne fût-ce que pour les vicissitudes qu'il a traversées, et les erreurs qu'il a fait commettre, mériterait des soins meilleurs.
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