L - D. EX :- DD
Copie prise sur le monument, le 15 février 1885 (parc du château de Lauzun, au haut d'un tertre, à gauche de la grande entrée).
Var. — Jusqu'à la publication du dessin de Lomet en 1792, on lisait la troisième ligne LASCIVOS CANIL, lecture évidemment fautive que beaucoup ont pieusement conservée même depuis; le vrai texte se trouve seulement chez LABENAZIE (manuscrit), LOMRT, CAILA, LAFONT-DU-CUJULA, BOUDON DE SAINT-AMANS, les auteurs du Guide pilloresque, JOUANNET (Musée et Statistique), DUCOURNEAU, BARRÈRE, MAGEN, ROBERT et BraAné. D’autres écrivent CANILIVS, CANTILIVS, LASCIVVS, et l'on trouve Lacicus Canilius chez ce même BorDEs qui crut voir l'inscription « dans le Musée d’antiquités de la Ville ». — Les deux apices, qui sont certains, ont été omis jusqu'ici.
Descr., hist. et hibl. — APrANus, Inscriptiones, 1534, p. coccLxxxiIx : Pictura marmoris, quod antiquissima illa Tutelensi porticu quae eliam nunc Burdegalac visilur quondam translatum, Tonexiis in templo Diuae Virginis secus allare majus
(tnaurate piramidi qua Chrisli corpus includitur pro base subditun) extat. — GRUTER,.
1602, p. CIV, 13 : Burdegalae: translatum ex Palatio Tutelae, Tonexiis in templo D. Virginis... Ex Apiano. — D'ARRERAC, Traicté des Antiquitez, 1625, p. 62: « Le mesme recueil [d'Apianus] le confirme [l’origine du nom des Piliers de Tutelle] mieux par une autre inscription qui fut trouuée grauuée sur vne pierre du mesme Autel, & qui fut transportée despuis en la ville de Tonneins, ou ces mots estoient.... ». — TRISTAN, Commentaires historiques, éd. de 1635, p. 275; éd. de 1644, t. I, p. 362 : « Au Palais de
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la Tutelle à Bordeaux... voyez GRUTERUS ». — DE LA BROUSSE, Vindiciae, 1657, p. 67: Alleram [inscriptionem] adjecit Appianus.…. Vnde conficitur primariae ciuitatis dignitas. — Dom MARTIN, La Religion des Gaulois, donne l'inscription, t. Il, 1727, p. 361, d'après Gruter : « Trouvée à Bourdeaux »>. — GENEBRIER, Histoire de Carausius, 1740, p. 94, cite l’insc. d'après Gruter (j'emprunte cette citation à SÉGUIER, /nd. ant. inscr. [ms. 16933], f° 178, qui transcrit le passage de Genebrier). — VENUT!I, Dissertations, 1754, p. 5 : « De Lurbe nous dit avoir vû une Pierre avec cette Inscription dans le magnifique Édifice Romain connu sous le nom de Piliers de Tutele..…..… Gruter la rapporte dans son Trésor. 11 la recut d'Appianus. On dit qu’elle a été transportée à Tonneins dans l'Eglise de Notre-Dame. Cette Eglise a été démolie par les Huguenots, & j'ai cherché inutilement cette Pierre dans Tonneins. » — SÉGUIER, Repertorium, t. II [ms. 16930], f° 1371, analyse ainsi ce passage de Venuti : Extabant olim in illa urbe praeclarissimt aedificii reliquiae, vulgo Piliers de Tutelle nuncupatae. Lurbeus aram Tutelae Auguslae inscriptam illic se conspexisse tradiderat, quam Gruterus ex Apiano, p. 104. n° 13 altulit. Tonneinsios postea migrasse fertur, et in templo D. Mariae collocatam esse. At cum islud jam dudum dirutum essel, frustra Venutus aram islam exquisioit. — MAFFEI dans son Ars crilica, p. 289, révoque en ces termes l'authenticité de l’inscription : DEO TUTELAE melioris cellem sacrificulos quam sint Mimographus [Corpus, II, 4092], Emeritus, Lascivus. — Nous trouvons l'inscription à sa place alphabétique dans SÉGUIER, Index absolutissimus [ms. 16935), f° 882. — D'après Venuti, BAUREIN : 1e Essai historique sur l’ancien état de la Ville de Bordeaux, 10 janv. 1762 (Var. bord., t. IV), p. 201,20 Recherches sur les Piliers de Tutelle, 9 janv. 1775 (id.), p. 270.
LABENAZIE (mort en 1724), Histoire de la Ville d'Agen et païs d’Agenots; seconde partie: L'histoire en particulier du diocèse et des églises d'Agen, liv. I, ch. 18: Severe Sulpice Agenors. Tome II, f05 76-77 : « De plus ce chasteau [de Lauzun] est fort ancien et un des chasteaux bastis par les romains car il y a au pied du degré une pierre de marbre de la largeur de deux pieds et de trois pieds de hauteur ou lon lit cette Inscription Tutelae aug. lascivos cantil. ex voto L. D. EX. D. D. Cette inscription est vne marque de lantiquité de ce chasteau, et sans doute quil subsiste depuis le temps du paganisme. »
MURATORI, Thesaurus, 1739, p. CII, 10 : Burdigalae. Misit Joseph Bimardus, Montis Seleuci Baro.
PIGANIOL DE LA FORCE, Nouvelle description de la France, t. VII, 3° éd., 1754, p. 233: « Le Palais de Tutele étoit un Temple consacré aux Dieux tutélaires. L'inscription antique qui y fut trouvée, et que voici, prouve invinciblement que le culte de la Tutelle y étoit établi...» — Almanach historique de la Guyenne pour 1760, p. 90 : «L'inscription antique qui y fut trouvée [dans le palais de Tutelle], et que voici, prouve invinciblement que le culte de la Tutelle y étoit établi. » — ExpPiLLy, Dictionnaire des Gaules ct de la France, I, 1762, p. 686: « Le Palais de Tutele étoit un Temple consacré aux Dieux tutélaires. L'inscription suivante qu'on y découvrit, et qui est telle que nous la rapportons ici, prouve invinciblement que le culte de la Tutelle y étoit établi. > — [PAUL PALLANDRE], Descriplion historique de Bordeaux, 1785, p. 151: « L'inscription qui y fut trouvée [dans le temple de Tutelle], et que voici, prouve invinciblement que le culte de la Tutelle y étoit établi. » — BERNADAU, Antiquités, 1797, p. 287 : « Lorsqu'on creusa les fondemens de la salle des spectacles, qui s'élève sur le même emplacement de cet antique édifice, on trouva dans une crypte, une pierre sépulchrale, portant cette inscription. » — H.-C. G{uiLHE], Bull. polym., 1818, t. XI, p. 337.
D’ARGENTON (mort le 4 juin 1780), a parlé de cette inscription dans sa Dissertation
sar les Niliobriges. Je ne connais ce travail que par l'extrait suivant qu’en a fait son ami et contemporain LABRUNIE, extrait publié en 1858 par Magen dans le Recueil des Travaux de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Agen, sous le titre: Extraits des essais historiques et critiques d’Argenton sur l’Agenais par Joseph Labrunie; première dissertation : les Nitiobriges. P. 35-36 du tirage à part : « On voyait au bas des degrés du château de Lauzun, sans qu'on sache comment elle y a été transportée, la belle inscription trouvée dans les débris du temple de Tutèle à Bordeaux, et que Gruter a insérée dans son trésor, l'ayant recue d’Appianus qui l’avait copiée sur les lieux. Le temple de Tutèle ayant été démoli en 1677 parce qu'il se trouvait dans l’espace qui devait servir d’esplanade au Château-Trompette, on perdit ce marbre de vue. L'abbé Venuti, abbé de Clairac, le chercha inutilement à Tonneins où on croyait qu'on l'avait transporté... Le citoyen Lometh m'en donna un très beau dessin en 1792; il le fit sur les lieux et il est dans le cahier original des mémoires de M. Argenton, dissertation sur les Nitiobriges. »
LoMeT a donné, en 1792, un dessin assez inexact, mais fort bien gravé, représentant l'autel de la Tutelle dans un cadre de feuillage; au bas, la note suivante, également en gravure [exemplaire de M. Dezeimeris]: € AUTEL VOTIF ou Piédestal d’une Statue Votive d’abord élevé dans le temple des Dieux tutélaires de Bordeaux, lequel étoit situé près de la Riviere, au nord de la Ville ; transporté ensuite à Tonneins, suivant l’abbé Venuti, et trouvé de nos jours à Lauzun, Dépt de Lot et Garonne, près la chapelle du Chateau. De Lurbe, dans sa Chronique Bordeloise, dit avoir vu cet Autel. Apianus et Gruter parlent de son Inscription dans leurs ouvrages; et le savant Abbé Venuti la raporte, page 6. de sa premiere dissertation sur les anciens Monumens de la Ville de Bordeaux. — Cet antique est d’un seul bloc de Marbre blanc, tirant sur le gris: on sure qu’un Paulin Evêque de Nones, de la famille de Caumont, le fit transporter à Lauzun; peu de temps après que les Chretiens en eurent brisé la Corniche, dans l'Eglise de N. D. de Tonneins. — M pce LxxxxII. — À. F. Lomet, ino. del. sculp. scrips. & excud. Agino 1792. > — La Bibliothèque de la Ville possède un exemplaire du dessin sans notice gravée, mais accompagnée d’une note ms. de la main de LATAPIE : «Ce monument, que l'abbé Venuti avait cherché vainement a été trouvé à Lauzun en Agenais par M. Lomet, ingénieur des Chaussées, en 1792. »
Voici une lettre de DE LAMONTAIGNE, écrite, en réponse à l’envoi qui lui fut fait de ce dessin, à une personne qui semble être le propriétaire même du château de Lauzun. Nous la donnons en entier (d’après le brouillon autographe conservé à la Bibliothèque, 1 feuillet in-4), parce qu'elle est inédite, et qu’elle est très certainement ce qui a été dit de plus sage, de plus sensé, de plus critique, au sujet de l'inscription de Lauzun, et peut-être même en matière d'épigraphie bordelaise: € Parmi les objets intéressans que vous avés eu la bonté, M. de m'envoyer, et dont j'ai à vous remercier, l'Estampe de l’Autel votif trouvé dans le chateau de Lauzun, m’a paru surtout mériter une attention particulière, et m’a donné lieu à plusieurs observations dont vous ne serés peut-être pas faché que je vous fasse part ; que je crois même nécessaire de vous communiquer.
»> Je n'ai pas besoin de vous dire que pour ce qui est de la gravure et de la maniere dont cet antique monument nous y est représenté, j'en ai été très-content ; je vous félicite même de posséder dans votre canton un artiste en ce genre, que notre capitale Pourroit vous envier. Je pourrois bien un peu le chicaner, sur le mot inventt qu'il a glissé à la suite de sa signature. Car ce monument n'est point de son invention, ce n’est point un enfant de son génie; c'est un objet conservé jusqu'à nous, au travers des siècles, que son burin a voulu mettre sous nos yeux. Il ne l’a point créé, il ne l’a point
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imaginé, non énvenit ; il n’a voulu sans doute, et dû vouloir que nous le montrer tel que l'antiquité l'avoit produit... mais passons lui, le mot, si vous voulés, pour la composition du site au milieu duquel il a placé cet antique ; en séparant ainsi le monument, de ce qui n’en est que le cadre, nous serons bientôt d'accord, pour rendre au mérite de l'artiste toute la justice qui lui est dué.
» Un point plus essentiel m'a frappé dans sa gravûre, j’y ai observé que dans le nom, qui termine la troisième ligne de l’Inscription, il a figuré la lettre + sur le dernier jambage de la lettre N ; de sorte qu’on y lit visiblement le mot Cantil; or, dans cette inscription rapportée par l’abbé Venuti, d'apres Gruter (où je l’ai moi-même vérifiée) il y a le mot CANIL. (Canilius); et non pas le mot cANTIL. (Cantilius).. de quel côté, M. doit se trouver l'erreur ? il est important, M. que vous veuilliés bien l'examiner par
vous-même sur le Type original, puisque vous êtes assés heureux que de le posséder;
c'est un service à rendre aux antiquaires. Si votre Graveur a rendu bien fidélement les lettres gravées sur ce précieux reste de nos antiquités, alors Gruter aura été trompé par Apien, et l'abbé Venuti par Gruter. Ce sera une correction à faire dans ces Auteurs : c'en sera une à faire sur l’Estampe, si c’est votre artiste qui s’est mépris.
»> Venons maintenant à la Notice qui est au bas de l’Estampe; et c’est ici, que j'ai à relever bien des erreurs et des contradictions; quel que soit le rédacteur, je lui en demanderois pardon, si lui-même n’avoit été trompé tout à la fois et par l’abbé Venuti dont il a cru l'autorité infaillible, et par l'espèce de tradition qu'il y ajoute.
»> D'abord, il est faux que de Lurbe ait dit dans aucun de ses ouvrages qu'il ait vû ce marbre avec cette inscription dans le magnifique temple de Tutèle à Bordeaux: il est constant qu'il n’en dit pas un mot ni dans sa chronique, ni dans son discours sur les antiquités de cette ville ; nulle part, il ne parle de cette inscription; et on ne peut trop s'étonner de l’assurance avec laquelle M. Venuti nous cite de Lurbe au sujet de ce monument. M. l’abbé Venuti peut avoir été un savant antiquaire, mais à coup sûr, il ne se montre pas ici un auteur bien exact dans ses citations... Bien plus, c’est qu'il paroit prouvé aux yeux d’une saine critique, que {st ce monument a jamais existé à Bordeaux) il n’y existoit plus, au temps de Delurbe ; qu’ainsi il ne peut avoir dit l'y avoir vû. Ce silence qu'il a gardé à son sujet, celui de Vinet, son contemporain et son émule, qui n’en a dit mot non plus dans ses antiquités de Bordeaux, suffisent à eux seuls pour établir cette preuve. En effet, le soin scrupuleux avec lequel ces deux auteurs, et plus particulièrement Delurbe, ont recueilli tout ce qui s’étoit pû découvrir de montuimens antiques dans notre ville, pour nous en conserver le souvenir, est véritablement un témoignage irréfutable, qu'ils n'ont point vû à Bordeaux ce monument trouvé aujourd’hui à Lauzun, puisqu'ils n'en ont absolument rien dit, et que par conséquent il n’y existoit pas de leur tems. Comment Delurbe dont l'attention s’est étendué jusques aux moindres fragmens d'inscriptions, jusques aux plus petits lopins de marbre où pouvoient se trouver quelques lettres romaines, auroit-il oublié de nous parler d’une pièce aussi remarquab'e, s’il l’avoit vuë ? Comment lui, qui a marqué avec tant de soin duns la Chronique, l’époque où les jurats de cette ville firent oter du chateau Trompette, pour le placer et le conserver dans l'hotel de la Commune, le fameux autel qui nous rappelle notre origine, auroit-il négligé, si cet autel votif de Canilius eut aussi existé de son tems, de nous apprendre par quel évènement il auroit été enlevé de Bordeaux, pour être transporté aillenrs ; par qui; à quelle occasion ; et comment la ville auroit consenti à se laisser dépouiller d’une telle propriété? Je m'arrête, M. il me semble suffisamment démontré par ces considérations, d’un côté que si Delurbe n'a pas dit ce que lui fait dire si faussement l’abbé Venuti, c'est qu'il ne
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pouvoit pas même le dire ; et d’un autre coté que si l’abbé Venuti a fait dire à Delurbe ce qu’il ne disoit pas, c’est qu’il a écrit sur cet article bien légérement, avec bien peu de réflexions, et bien peu de critique; ce qui paroit encore non moins évidemment, lorsque quelques lignes plus bas, il dit que Gruter qui rapporte l'inscription de ce monument, l’avoit reçué d'Apien. Or, Apien mourut en 1552 et Gruter ne naquit queen 1560. Qu’en conclure ? c’est que Gruter n’avoit pû rien recevoir de la main d’Apien, et que l'abbé Venuti devoit dire que c’étoit du recueil d’Inscriptions publié par Apien en 1534, que Gruter avoit tiré celle-ci. Voilà ce que signifient ces mots, ex Aprano, mis par Gruter au bas de cette inscription, que l’abbé Venuti a mal interprêtés.
» Mais en voila assés sur la première partie de la Notice de votre Estampe. Je laisse au rédacteur à juger lui-même s'il a eu raison de s’en rapporter à l'autorité de cet antiquaire, pour répéter d’après lui, que Delurbe a dit avoir vû le monument à Bordeaux.
» Je passe à la seconde partie de cette notice, où le Rédacteur rapporte en historien ce que la tradition du pays raconte au sujet de la translation de ce monument, de l'Eglise de Tonneins dans le chateau de Lauzun. «On assure, dit-il, qu'un Paulin, > Evêque de Nones, de la famille de Caumont, le fit transporter à Lauzun, peu de tems > après que les chrêtiens en eussent brisé la corniche, dans l'Eglise de Tonneins. »
» Écartons d’abord les fautes qui se trouvent dans ce récit, et puis nous verrons les contradictions où ce Rédacteur s’est jetté avec lui-même, en l’adoptant..…. 1° Onne connoit point l’Evêché de Nole [lisez Nones], en Italie; et l'on ne connoit point ailleurs de ville, du nom de Nones : mais peut-être n'est-ce ici qu'une faute du graveur qui aura écrit par méprise une lettre pour l’autre : 2° un Paulin fut effectivement évêque de Nole; et c'est le grand S. Paulin, né à Bordeaux en 353, non moins célébré par ses ouvrages que par la sainteté de sa vie: mais il n'étoit point de la famille de Caumont, dont l’origine ne va pas se perdre dans un temps si reculé: il étoit de l’illustre famille des Anicius, et fils de Ponce Paulin, le fondateur de la ville de Bourg. Il possédoit à la vérité de grands biens dans les Gaules, en Espagne et en Italie, mais on ne voit point qu’il en eut précisément dans l’Agenois; et d’ailleurs il seroit peut-être difficile détablir que Tonneins et Lauzun éxistassent de son tems dans les territoires des Nitiobriges. » Ici s'arrête le brouillon de de Lamontaigne.
LAFONT-DU-CUJULA, Annuaire du dép. de Lot-et-Garonne, 1806, p. 56: eOn voit à Lauzun, près de la chapelle du château, un marbre ayant servi de piédestal, où l’on trouve cette inscription... Ce marbre a jadis existé dans le temple de Tufèle à Bordeaux; et l’on ne sait comment il se trouve aujourd’hui à Lauzun..… M. de Saint-Amans en a donné à la société littéraire d'Agen une copie réduite au 12m° des dimensions de l'original. »
CaILA, Explication (ms. achevé vers 1813), donne l'inscription après celle du génie (n° 7) : « C’est ici le cas de parler de l'autel de Lauzun qui appartient à la ville de Bordeaux. Apien..…. dit que ce marbre avait été transporté, quonñdam, autrefois de l'antique
‘édifice des piliers de Tutelle, dans l’église de notre Dame de Tonneins et placé auprès du maître autel. Cet autel fut découvert vers 1790 dans le chateau de Lauzun. On en ft graver le dessin avec une notice pleine d'erreurs, refutée dans un memoire lu à la Société des Sciences et belles-lettres de cette ville dans sa séance publique du 9 avril 1807. D'après la note envoyée à Apien en 1534 par quelqu’habitant de cette ville jaloux de la conservation de ses monuments et qui ne pouvait être que Florimond de Raimond OU Francois de la Chassaigne, ‘cet autel avait été autrefois sur l’aire du Temple de Tutelle, et sans doute adossé à quelqu'un des piliers de cet édifice. Il serait à souhaiter
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que cet autel votif revint dans la Metropole, il ne pourrait être mieux placé qu'auprès de l’Autel consacré à Auguste. > — Le mémoire lu le 9 avril 1807 par Caila se trouve analysé dans le Bulletin polymathique de 1808, t. VI, p. 135 : « L'autel votif, qui se trouve actuellement dans la cour du château de Lauzun, faisait partie, selon M. Caila, du temple de Tutelle. Cet autel avait été long-temps égaré, il fut retrouvé en 1790, dans la cour du château de Lauzun, dans laquelle il fut sans doute transporté de Tonneins par le duc de la Force, après la prise de cette ville, en 1622. »
BouDON DE SAINT-AMANS (mort le 28 oct. 1831), Essas sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne, donne l’inscript'on à la pl. 111, et dit à la p. 181 : « Cet autel votif fut d'abord élevé dans le temple de Tutèle, à Bordeaux, où il a été vu par Delurbe et par Appianus, qui nous transmit alors son inscription pour la communiquer à Gruter, qui l’inséra dans son recueil. Le temple de Tutèle ayant été démoli en 1677, parce qu'il 8e trouvait placé sur le terrain qui devait servir de glacis au Château-Trompette, cet autel fut perdu de vue. On crut depuis qu'il avait été transporté à Tonneins, où Venuti, abbé de Clairac et savant antiquaire, le chercha vainement. Il se trouve aujourd'hui, l’on ne sait comment, à Lauzun, où je l'ai rencontré, il y a quelques années, sous un hangar, en bas de l'escalier de la chapelle du château... Le propriétaire actuel du château de Lauzun l'a fait placer dans son jardin, où il est exposé à toutes sortes de dégradations et d’injures de la part des hommes et des saisons. > — Guide pittoresque du voy. en Fr.,t. IV, 1838, Lot-et-Garonne, p. 9: « On remarquait à Lauzun, auprès de la chapelle du chäteau, un autel votif en marbre, qui, d’abord élevé dans le temple des dieux tutélaires de Bordeaux, et ensuite transporté à Tonneins, avait disparu de cette ville et fut retrouvé dans le xvie siecle à Lauzun. Ce marbre est précieux pour l’histoire du Midi. »
[JJouANNET], Le Guide ou Conducteur de l'Etranger à Bordeaux (s. d., Bordeaux, in-16), p. 206: « Quelques antiquaires en font honneur {des Piliers de Tutelle] à un particulier nommé Lascivius-Canilius..…., et ils se fondent sur l'inscription suivante. » — Du même, Ruche d'Aquitaine, 11 (1818), p. 280 : « Arraché du sanctuaire où les décurions de Bordeaux avaient permis à Canilius de l’ériger, il fut jeté dans les environs du château Trompette, de là transporté à Tonneins. » — Du même, Musée d'Aquitaine, I, 1823, p. 196 : « Ce monument, placé d’abord dans l'édifice, en fut enlevé, transporté à Tonneins, et enfin au château de Lauzun, où il a été retrouvé en 1790. » —Cf. du même, Acadénuie, 1829, p. 164, n. 1 : « C’est la seconde inscription [dédiée à la Tutelle] trouvée à Bordeaux : la première est maintenant au château de Lauzun; Delurbe et Venuti l'ont copiée. » — Du même, Statistique, 1, 1837. ». 238 : « Le culte de Tutelle.…. fut admis chez les Bituriges-Vivisques, ainsi que l'était celui de Jupiter. Plusieurs inscriptions nous l’attestent. La plus ancienne est celle que De Lurbe avait vue dans l'édifice des Piliers de Tutelle. Klle avait disparu ; mais l'ingénieur Lomet la retrouva, en 1792, dans le jardin du château de Lauzun, où elle est encore. »— DUCOURNEAU, Guyenne historique et monumentale, 1843, t. II, int® p., p. 13: « Un petit autel, en marbre gris des Pyrénées, découvert non loin du temple [de Tutelle] porte cette inscription. » — BoRDESs, Histoire des monuments, t. 1, 1845, p. 18 : « Un deuxième autel votif était dans ce même sanctuaire [de Tutelle].. Ces deux autels sont aujourd’hui réunis dans le Musée d’antiquités de la Ville. » — O’RgILcy, Histoire, 1r° éd., Ir0 p., t. I, 1857, donne le texte p. 632 et dit à la p. 75: « Non loin de cet autel {du génie], dans la même salle, se voyait un autre... Ces deux autels se voient maintenant dans le Musée d’antiquités de la ville. »
LAGARDE, Recherches historiques sur la ville et les anciennes baronnies de Tonneins,
1833, donne un dessin de l’autel dans la planche n° 1, et dit, p. 4: « On voyait dans l’ancienne église le piédestal d’un autel votif dont je rapporte la figure sur la planche n° 1. en tête de cet ouvrage, quoiqu'il me soit impossible d'indiquer son rapport avec l'origine de la ville. Venuti..…., M. de Saint-Amans.…., et Delurbe..., affirment que les chrétiens, à une époque inconnue, brisèrent dans l'église Notre-Dame de Tonneins, la corniche de ce monument, qui fut transporté à Bordeaux, dans l'édifice romain connu sous le nom de Piliers de Tutelle, et de là à Lauzun, où il est resté, et où l’on peut le voir dans un parterre du château. »
BARRÈRE, Histoire du diocèse d'Agen, t. 1, 1855, p. 20 : « On trouve aussi au château de Lauzun, sur un très-bel autel votif en marbre, l'inscription suivante, que les antiquaires modernes prétendent sortir de l’ancien palais de Tutelle, détruit à Bordeaux vers la fin du xvu® siècle. La facilité de cette méprise se comprend par la similitude d’une inscription qu'on y voyait en effet avant sa destruction... On trouve cependant une variante dans l'inscription de Bordeaux, rapportée par Gruter et par Vénuti. Celle-ci porte Canil au lieu de Cantil, c'est-à-dire Cantilius au lieu de Cantilius. On pourra bien dire que c'est là une faute de copiste, mais il est au moins étrange que cette variante n'ait pas été expliquée par ceux qui confondent ces deux inscriptions... Rien donc ne prouve que l'inscription de Lauzun ait jamais appartenu à Bordeaux. Labenazie, qui écrivait au moment même où l’on démolissait le palais de Tutelle, parle aussi du monument de Lauzun. Il le donne comme une preuve de l'antiquité de ce château, et il n’a pas confondu, comme Labrunie, Canilius avec Cantilius. Il écrivait sous l’inspiration de Mascaron, et son manuscrit, tout informe qu'il est, était alors bien autrement apprécié que par ses détracteurs d'aujourd'hui... L'inscription de Lauzun était alors parfaitement connue, et personne ne songeait à l’attribuer au palais de Tutelle. Plus tard, le savant Vénuti vint chercher à Tonneins celle qui provenait de Bordeaux, et il ne la trouva nulle part. Ce n’est que de nos jours qu’on s’est imaginé de confondre ces deux monuments. La méprise de l'historien de Tonneins est encore plus grande, quand il attribue à cette ville l'inscription de Lauzun. Laissons donc à Lauzun un monument qui fait son orgueil et sa gloire. >» Voyez un croquis de l'autel pl. I, n° 7. — Barrère est revenu sur cette inscription dans son Sulpice Sévère (Congrès scientifique de 1861, t. IV), p. 522-528.
DE PicHARD a publié sur l’autel de Lauzun une étude que j'ai vainement cherchée et que je ne connais que par le résumé qu'en a donné l'abbé Barrère dans le t.IV du Congrés scientifique de 1861, p. 522-523 : « Les arguments en faveur de Lauzun me paraissaient si péremptoires que je me suis fortement prononcé pour cette ville, et que je lui ai attribué le monument de Cantilius. Un savant Bordelais, M. de Pichard, a été frappé de
- Ce trait de lumière. Il a pris la question où je l’avais laissée, et l’a portée beaucoup plus
haut, il a démoli pièce à pièce l’échaffaudage si habilement dressé par Venuti, et au milieu de ces ruines il s’est demandé comment l'Académie de Bordeaux et tant d’autres érudits avaient accepté sans contrôle l'affirmation du savant Italien. J'ignore si on a répondu à M. de Pichard, qui prétend que jamais personne n’a vu à Bordeaux le monument de Lauzun. Vinet, qui donne le plan des Pilliers de Tutelle, n’en parlerait pas davantage. Gruter l'avait copiée sur Apien, et Apien la tenait d’un cabinet allemand. Que devient l'opinion de ce dernier en présence du silence de Vinet son contemporain ? M. de Pichard n’a-t-il pas quelque raison de la rejeter parmi les légendes allemandes ? »
MAGEN, note des Extraits des essais d’Argenton, 1858, p. 36 : « M. l'abbé Barrère n’admet pas que l'inscription votive de Lauzun soit la même que celle de Bordeaux... Nous serions d'accord avec M. Barrère, s’il pouvait placer en même temps les deux originaux
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sous nos yeux, ce qui nous paraît assez difficile, pour le moment, l’un échappant depuis deux siècles aux recherches faites pour le retrouver. Donc, et pour clore cette discussion, nous croyons positivement que l'autel de Lauzun n’est qu'un transfuge venu de Bordeaux. » |
RoBERT, Soc. arch. de B., IV (1877-1878), p. 194 : « La pierre, après avoir disparu de Bordeaux, fut retrouvée au château de Lauzun par M. Boudon de Saint-Amans. Je l'ai reproduite d'apres une photographie que je dois à l’obligeance de M. Magen. »
JEAN-FRANÇOIS BLADLÉ, Epigr. antique de la Gascogne, 1885, n° 174 : « Autel en marbre blanc, conservé au chäteau de Lauzun (Lot-et-Garonne). H. 1m 05; L. 1m 53 (à la base). Cet autel se trouvait autrefois à Bordeaux, dans le temple de Tutèle, dont les débris disparurent entierement en 1667. On ne peut dire, avec précision, quand et pourquoi il a été porté à Lauzun. Le musée d'Agen possède une réduction moderne en marbre blanc de ce monument, dont l'inscription se trouve dans Appianus, Gruter, Delurbe, Venuti, etc. Cet autel devait jadis servir de base à une statue votive. »
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D'après l'original (Dépôt du Colisée).
Var.—1r ligne: ...VG LVPVS PEI.... FE MONIANVS FIL chez SANSAS ; ALLMER lisait VC au commencement, et a été corrigé par HiIRSCHFELD, Revue épigraphique, I, p. 28; au milieu, il omet l’N de PERegriNI. — 2€ ligne: SANSAS lisait : . HO . GAN (ou GAV). SVI. ALLMER (II, p. 3) semble tenir l’H pour ajouté par une main moderne, ce qui ne nous paraît pas probable.
Descr. — 1" ligne : hauteur des lettres : 0,032; caractères grèles, mal gravés, mais plus réguliers que ceux de l’autre ligne. — 29 1,: hauteur des lettres: 0,07; les caractères, très profonds, rappellent l'écriture cursive, en particulier l’L, dont la barre vient s’amorcer à mi-hauteur de la haste.
Bloc de pierre bâtarde, creusé en forme de niche: sur les côtés, des pilastres avec chapiteau; en haut et en bas, l'inscription. Dans la niche, une sculpture dont nous empruntons la description à ALLMER : « Une déesse, assise de face, vêtue en matrone et remarquable par une ampleur de formes qui touche presque à l'obésité, tient dans le bras gauche une corne d’abondance largement garnie de feuilles de vigne, et dans la main droite un objet sphérique devenu indistinct. Elle a à sa gauche un chien accroupi qui tourne la tête vers elle, et à sa droite un taureau monté des deux pieds de devant sur un petit autel carré en forme de cippe. Une couronne murale, qui forme sa coiffure, indique en elle la personnification d’une ville. » — Le monument est d’ailleurs fort dé-
gradé, et les sculptures n’en paraissent que confusément. — Le dessin que nous donnons ici a été fait d’après une photographie. — Hauteur du fragment : 0,70; largeur, 0,56.
Hist. — Trouvé en 1868, d’après SAnsAs, dans les fondements de la muraille romaine, « maison de M. de Mérignac, rue des Trois-Canards ». La maison de Mérignac portait le n° 5 de la rue et son emplacement correspondait à la partie du trottoir du cours d’Alsace-et - Lorraine comprise devant le n° 101. — Musée lapidaire de la rue des Facultés (sous le n° 3); depuis 1883 au Dépôt de la rue du Colisée.
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Bibl. — Sansas, Le Progrès, t. VI, p. 580 (Société archéologique, VIII, p. 124). = ALLMER, Revue, n° 456, t. II, p. 3; cf. p. 28 et p. 43.
[Tut(elae)] Aug(ustae). Lupus, Perlegrilni f(ilius), et Montanus, fil(ius) : [iln ho(norem) Can(ii?) Sul(lae?).
La restitution de la première ligne ne présente aucune difficulté : il s'agit évidemment d’une divinité ayant l'épithète d'augustus. Le nom de cette divinité a dû s’abréger par ses trois premières lettres seulement, comme l'indiquent les dimensions du monument, qui ne laissent point place, sur la gauche, pour un plus grand nombre de
caractères. D'autre part, le nom qui se trouvait gravé était, fort probablement, celui de la déesse représentée dans la niche.
Or, comme nous l'avons dit (cf. n° 20), les déesses Tutelles étaient figurées sous la forme de villes personnifiées : elles tiennent toutes une corne d'abondance, symbole de la prospérité qu'elles accordent à leur cité. « Un reste de bas-relief », dit M. Robert (Soc. arch., t. IV, p. 199), « conservé au château Barrière, à Périgueux, montre, au-dessus de la légende TvTEL...,un animal assis et une main tenant une patère ». Le taureau sculpté sur notre monument, la patère que tient sans doute la déesse, rappellent les sacrifices qu’on lui doit. Le chien, symbole de la fidélité, était consacré aux dieux protecteurs des villes.
Il est donc très vraisemblable, comme l'ont supposé MM. Allmer et Robert, que nous avons sous les yeux la représentation de la Z'uéela de Bordeaux, ou, mieux, de Purdigala personnifiée. Il est à remarquer que des feuilles de vigne remplissent la corne d'abondance, ce qui rappelle l'éloge que le poète Ausone accordait à Bordeaux (Ordo urbium, 129) :
Insignem Baccho, j'uviisque, virisque.
Le monument a été élevé par Lupus, fils de Peregrinus, et par son fils Montanus : ce sont trois noms entièrement romains et très répandus. .
La dernière ligne n'a pu jusqu'ici être suffisamment interprétée. Suivant M. Allmer (Revue, II, p. 43), les dévots qui ont élevé cet autel auraient associé à la Tutelle d’autres déesses dont les noms seraient gravés en abrégé au bas de ce monument, et le savant épigraphiste développe can en Campestribus (bien qu'il soit impossible de lire cam sur l'inscription), svz en Sulevis : les Suleviae et les Campestres sont, ceux-ci, des dieux, celles-là, des déesses champêtres, divinités qui se trouvent précisément associées les unes aux autres dans une inscription de Rome (Corpus, VI, 768). Restent les premières lettres, qui embarrassent encore M. Allmer. S'il fallait accepter l'hypothèse de ce dernier, on pourrait cependant les expliquer en supposant : juN(ontbus) et nofriensibus) : les dit Hortenses sont connus par une inscription (Orelli, 1626); les Junones sont associées aux Su/eviac dans une autre (Ac. des Znscr., 1884, p. 344). Mais tout cela est bien hypothétique. — Peut-être sommes-nous en présence d’une date consulaire, indiquant l'année de la dédicace du monument, et faut-il voir dans les quatre
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groupes de lettres les noms et les surnoms de deux consuls :.... N. (gentilice en nius, p. ex.) mo(mullus?), et can(îus, ou tel autre gentilice commençant par Can) svr(la?), étant consuls. Ces initiales ne correspondent du reste à aucune des dates consulaires connues, et l'absence du mot consulibus est anomale. — Je ne pense pas que cansvz doive être considéré comme une faute pour consul(ibus) ou consul(e). — L'explication que nous avons donnée en transcrivant l'inscription, et que nous préférons de beaucoup, nous a été suggérée par la fréquence des monuments élevés à des divinités en l'honneur, 2x7 honorem, de personnes vivantes, Ou en souvenir, 2% memoriam, de personnes défuntes. Voyez les inscriptions de Tarragone et d'Aquilée dans le Corpus, tomes IT et V, et, dans Herzog, n° 532, l'inscription de Vienne : Belen{o) Aug(usto) : in memor(iam) Marcelli et Marcellae, et in honorem Juliarum Charites et Marcellae filiae et Licin(ii) Macron(is) junior(is) nepolis, etc. Le personnage en l'honneur duquel notre monument a été dédié à la Tutelle, personnage dont les noms ne sont conservés que par leurs initiales, Can. Sul., devait être le patron des donateurs ou quelque personnage important de Bordeaux. — L'abréviation 1N xo{norem) se retrouve ailleurs (Brambach, 721).
De ces deux inscriptions dédiées à la déesse Tutelle de Bordeaux, la première seulement se trouvait dans le temple qui lui était consacré : l'autre a été rencontrée loin de l'emplacement qu’il occupait. Ce temple, dont les ruines ont de tout temps conservé le nom de Piliers de Tutelle, était situé à peu près à l'endroit qui correspond aujourd'hui à l'angle nord-ouest du Grand-Théâtre. Nous en trouvons la description, accompagnée de dessins, dans Vinet, L'antiquité de Bourdeaus, $ 14, et Commentarit in Ausonium, s. 210, et dans Perrault, Les dix livres d'architecture de Vitruve, 2° éd., p. 217; cf. encore de Lurbe, Chronique, à l'année 1127; Pierre de Brach, éd. Dezeimeris, IT, p. 85; dans les Discours prononcez par M. Daniel de Priezac (1621, Bordeaux, in-12), le éroisiesme discours (p. 125 et s.), sur le subjet des ruines d’une Colomne du Palais de Tutele; enfin les documents cités par M. Leo Drouyn, Bordeaux vers 1450, p. 421. La démolition des ruines a commencé le 1° février 1677: voyez Sonnets sur la démolition d’un
temple, ou des piliers de Tutelle de Bordeaux par Chaumet (1677, sans nom de lieu, in-4°, pièce : Bibliothèque nationale, L k 7, 1152).
VICTORIAE AVGVSTORVM ET CAESARVM
D'après DE LURBE.
Var. — Les points manquent dans DE LURBE, et sont mis par GRUTER. — JOUANNET, Statistique, écrit AVGG | ET.CAESS.
Descr. et hist. — DE LURBE nous dit, à la date de 1594, que, dans le jardin de Florimond de Raymond [rue de Grassi], « il y a aussi deux grandes pierres, en l’une desquelles sont graués ces mots jinsc. n° 6]... En l’autre pierre restent escrits ces mots ». C’est tout ce que nous savons du monument. Ce que dit GRUTER : € Repertum Burdegalae clo I xcui», ou « Burdegalae erutum 1594 », est une erreur, causée par le titre du Discours où de Lurbe publia cette inscription.
Bibl. — DE LuRBE, Discours, éd. de 1595, p. 69; de 1619, p. 64 v° (recopiée par SÉGUIER, d'après cette édition: 10 Znd. ant. insc. [ms. 16933], f° 255; 29 Repertorium [ms. 16929], fo 97); éd. de 1672 et de 1703, p. 46 v°. — D’après de Lurbe, ALLMER, Revue épigraphique, t. I, p. 178. — GRUTER: 1° Ex VERDERI schedis [copiées sur de Lurbe ?], p. CII, 8; 2° E libello Gullico, qui est de Antiq. Burdegal. [de Lurbe], p. CI9XVIIL, 6. — D’après Gruter, VENUTI, p. 4.— (D'après ses trois prédécesseurs, SÉGUIER, Index absolutissimus [ms. 16935], f° 929.) — D'après Venuti, JOUANNET, Séatislique, I, p. 242.
: Victoriae Augustorum et Caesarum.
La Victoire fut, surtout sous l'empire, une des déesses favorites des Romains: un des principaux monuments du culte officiel était cette glorieuse statue de la Victoire qui ornait à Rome la salle des séances du Sénat, et au sujet de laquelle s'est livré L dernier combat entre le paganisme et le christianisme.
Il est évident que la Vicforia était moins une divinité ayant son caractère et ses attributs propres qu'un symbole des conquêtes et des triomphes du peuple romain; ou, mieux, les Romains désignaient par ce nom le dieu inconnu qui leur avait donné la victoire: Quid Concordiac? dit Cicéron (De nat. deor., 2, 23), Libertatis? Victoriae? quarum omnium rerum quia vis erat lanta, ut Sine deo regi non posset, ipsa res deorum nomen obtinuit. Aussi ajoutait-on d'ordinaire au nom de la déesse un qualificatif qui rappelait le nom de l'ennemi vaincu ou celui du vainqueur: on disait Victoria Armeniaca ou Parthica, Victoria
augusti où caesaris : on ne dressait de statue à la Victoire qu'en souvenir de victoires réellement remportées.
Voyez l'inscription de Pannonie (Corpus, III, 4364) : VICTORIAE AVGG - NN ET - LEG:-I ADI-P.F ANTONINIANAE et celle de Rome (VI, 790):
VICTORIAE IMP : CAESARIS : COMMODI ANTONINI : AVG PII - FELICIS Ici, il est question d'une victoire remportée par les augustes et les césars. L'inscription nous reporte donc à un temps où il y avait plusieurs augustes, plusieurs césars : aussi peut-on facilement lui donner une date. Il y eut à la fois plusieurs augustes et plusieurs césars depuis 293 jusqu'en 308, et depuis 317 jusqu'en 323. Il est vraisemblable qu'il s'agit ici des deux augustes Dioclétien et Maximien, et des deux césars Galère et Constance, et que le monument rappelle une des victoires remportées par Maximien ou Constance Chlore sur les barbares du Rhin, de 293 à 305. En effet, les princes qui ont régné de 317 à 323, les augustes Constantin et Licinius, et leurs fils, les césars Crispus, Constantin et Licinianus, n'ont point remporté de grand succès intéressant particulièrement la Gaule et Bordeaux. On sait qu'une victoire due à un seul des princes était censée commune à tous : car c'était sous les mêmes auspices que tous combattaient. Aussi les panégyristes, même s'adressant à un césar, disent-ils toujours: vestrae victoriae, vestra felicitas. La « Victoire des augustes et des césars » peut donc être celle qui a présidé à une bataille gagnée par un seul prince.
Sur le titre d'augustus, cf. n° 1. Le titre de caesar est celui que prit, à partir du règne d'Hadrien, l'héritier présomptif de l'empire : Cuesares dicti sunt, dit Spartien (Vita Melii, 2), quasi quidam principum filii veri et [corr. de M. Mommsen] designati augustae majestatis hercedes. Seulement, ce ne fut qu’à partir de Dioclétien qu'à ce titre de césar on joignit une part cffective dans le gouvernement de l'empire; cf. Mommsen, Séaatsrecht, t. II, p. 1082.
A {ONAE-M-SVLPICIVS-PRIMVLVS
a TVRIASSONESIS-SEVIRAL:-D-S-P-F:C b SVLPICIA-PHOEBE:L
SVLPICIA-CENSORINA-F d SVLPICIVS-SACYVRo.F
D'après l'original (Dépôt du Colisée).
Var. — a: SANSAs lisait d'abord IVRIASSONESISSEVIRAI.D.S.P.P.C.(ou F ou E); il a corrigé plus tard AI en AL, et a lu à la fin D.S.F.C; — b: Sansas: SVLPICIA PHOEBH ; ROBERT: SVLPICIA . PHOEBE.F ; — c: SANSAS, après avoir hésité entre CEN- SORINAE et CENSORINAF, a adopté la première lecture.
Descr. — Hauteur des lettres : 0,052; 0,047 et 0,02. — Caractères très allongés, à peine gravés, réguliers pourtant.
Autel quadrangulaire en pierre bâtarde, avec corniche, volutes et cavité centrale. Les inscriptions À et a se lisent sur la face principale, À sur le bandeau de l'entablement, a sur le fût, au-dessous de la corniche; b, c et d correspondent à a et se lisent au haut du fût: c sur la face postérieure, b sur celle de gauche, d sur celle de droite. Au-dessous de chaque ligne, dans une niche, une figure en relief dont la tête et le torse ont été seuls conservés: sous à, une femme tenant, semble-t-il, un sceptre, ce qui nous permet d'y reconnaitre Junon; sous b, un Mars armé d’une lance; sous c, un Hercule armé de la massue; sous d, un Mercure reconnaissable aux ailes de son pétase et au sommet de son caducée. Le tout, très dégradé: la partie inférieure manque. — « Quand il a été découvert », dit SANSAS, Revue d'Aquitaine, « dans la démolition de l’enceinte gallo-romaine de Bordeaux, il portait encore sur sa patère les traces du feu qui y avait été allumé lors de la dernière cérémonie religieuse ». — Hauteur du fragment: 0,65: largeur à la corniche : 0,62 (la largeur totale ne devait point dépasser 0.66); profondeur à la corniche : 0,52. — Voyez les dessins de ROBERT, Soc. arch., dessins que nous pouvons, grâce à l’amabilité de Robert et de la Société, joindre à notre recueil. Voyez aussi les dessins de BERNÈDE dans Le Progrès, Ill, pl. in, 1, 2, 3, 4, et de MOULINIÉ, Soc. arch., VI, pl. XVII.
Hist. — Trouvé, d'après SANSAS, en juillet ou août 1865, dans les fondements de la muraille, entre la place Rohan et la rue Duffour-Dubergier, assez près du lieu où a été découvert l’autel d'Escingus (n° 5). Transporté à l'hôtel Fieffé; puis, en 1870, au Musée de la rue des Facultés (sous le n° 10); en 1883, au Dépôt de la rue du Colisée.
Bibl. — Sansas : 1° Le Progrès, III (1865), p. 501 (Société archéologique, t. V, p. 180); pl. ut, 1, 2, 3, 4; 29 Revue d'Aquitaine, XIV® année, 0. 8., t. I, p. 577 ; 3° Sansas a présenté l'inscr. à la Société des Antiquaires, le 20 mars 1872 (cf. Bulletin, p. 83). = DEZEIMERIS, Sulpice Sévère, p. 10 et 11, et planche (Société archéologique, t. VI, p. 118 et 119, et pl. xvin1). — ROBERT : 1° Revue celtique, t. IV, p. 266; 2° Société archéologique, t. VIII, p. 94, 96, 98 et 99.
....onae. M. Sulpicius Primulus, Turiassonefn)sis, seviral(is), d(e) s(ua) p(ecunia) f(aciendum) c(uravit);
Sulpicia Phoebe, liberta);
Sulpicia Censorina, f(ilia);
Sulpicius Sacuro, f(ilius).
À Lu:
Vanier