STATUES
DRVSO CAESAïri.germa NICI CAESARIS!.f.t1.caes AVG:*N°DIVI AVGusti.pron PRAEFECT-VRBI/So d a li HHPGNSEALINN RSS sea
Restituée d'après les copies de DE LURBE, PONTANUS, D'ARRERAC, PEIRESC et SINCERUS. Var. — Nous suivons DE LURBE, SINCERUS et d'ARRERAC pour l'indication des points. PERRAULT n’en met nulle part; PEIRESC, seulement à la 3° ligne, mais aux trois endroits; les autres, partout. — 1r° 1. CAESAR chez PEIRESC. — 2€ 1., dans l’éd. de 1672, on fait écrire à DE LURBE NISI, qui est une faute d'impression, — Voici comment est écrite chez les différents auteurs la 4° ligne : | PRAEFECT.VRBIS | DE LURBE, HENTZNER, PONTANUS, D'ARRERAC. PRAEFECT.VRBI | GRUTER, suivi par ORELLI 6t WILMANNS. PRAEFect VRBI | PEIRESC.
PRAEF.VRBIS | SINCERUS.
GVSTAL. chez PONTANUS. — PERRAULT étend l'inscription. — Voici comment HENTZNER publie cette inscription et la suivante, persuadé qu’elles n'en forment qu’une seule: Druso Caesa — Rufi. F. nici Caesaris Ca; Augusto. Aug. N. Dicvia Aug. Pont. Max; Praefect. Vrbis; 0. II, P.P. Gustal. C. Julius. Descr. et hist. — « Au mois de luillet 1594 », raconte DE LURBE dans son Discours, «le Sieur de Donzeau Lieutenant particulier de la Seneschaussée de Guyenne, faisant Parmy des vieilles masures & murailles en vn champ à luy appartenant hors la ville pres le Prieuré S. Martin, tirer de la pierre pour employer en bastiment, les maneuures qu'il y auoit commis auroient le 21. dudit mois en bechant la terre trouué dans icelle trois pieds ou enuiron de profondeur deux grandes statues de marbre blanc, l'vne d'homme sans teste & bras, en habit de senateur Romain, & l’autre de femme, ayant seulement perdu les bras, vestue en matrone Romaine... Et le 24. dudit mois aurojent trouué vne autre statue d'homme de pareille estoffe & grandeur, sans teste & bras. avec
nombre de pieces de marbre bien poly, contenant plusieurs inscriptions Latines a pieces rapportées escrites en lettre Romaine, manques toutesfois en quelques endroits, dont les deux principales, chascune de deux pieds de largeur & plus de longueur, contiennent ce que s'ensuit ({)». — La chapelle ou le prieuré de Sent-Martin-deu- Mont-Judec occupait l'emplacement où a été construit le réservoir de la rue de la Chapelle-Saint-Martin, sur la colline Judaïque (cf. Drouyn, p. 319), ce qui explique ce que dit GRUTER au sujet de notre inscription: Burdegalae, effossum c19 19 xcur mense Julio in agro suburbano non longe a S. Severini fano, una cum tribus statuis. —« Le tout », continue de Lurbe, «ayant esté recueilly auec grand soing & curiosité par messieurs les Maire & lurats gouuerneurs de la ville, & porté en l’hostel d'icelle, ayans iugé que la garde de telles pieces leur appartenoit plustost, qu'à vn particulier, ils auroient en memoire de l'antiquité & grandeur de ceste dicte ville faict dresser lesdictes statues en lieu eminent avec lesdictes inscriptions en la forme & estat qu’elles avoient esté trouuées. » — DE LURBE raconte plus brièvement l’histoire de ces deux découvertes dans sa Chronique, à la date de 15914, en les placant l’une et l’autre « le vingt-uniesme luillet». 11 y ajoute que «lesquelles statues & inscriptions, les Maire & Iurats en memoire de l'antiquité, ont faict dresser & eslever en la maison de ville dans des niches richement elabourées, avec les armoiries du Roy et de ladicte ville, estant escrit au dessoubs en un marbre, ce que s'ensuit :
Statuas Drusi Caes. Claudij Imp. & Messalinae Gothorum iniuria mutilas, à ruderibus collis ludaïci, M. Donzseau supp. Aquitaniae, prope sacellum D. Martini extra muros, cum superi. inscriptiontbus, anno Christi 1594. erutas, lac. de Matignon Franc. Maresch. Aquitaniae prorex, & maior ciuitatis, F. de Girard de Haillan scutifer. M. Thibaut Aduoc. F. Fouques, P. de Fortage scutifer, I. de Guerin Aduoc. & I. de Guichener Iurati Burdigalenses, praef. vrbis, G. de Lurbe & R. de Pichon Aduoc. & sc. Scynd. & scr. ciuitatis hic in memoriam antiquitatis, & ad perpetuam Burdigalae gloriam ponendas curarunt. GI2 D.xciiti.
Mulla renascentur.
(1) Quelle était la nature du monument qu'ornaient ces statues et ces inscriptions? C'est ce qu'il est bien difficile de savoir, les écrivains de la Renaissance ne nous donnant que d'assez vagues renseignements. Voici, d'après de Lurbe, ce qui fut trouvé en mème temps et au mème lieu : « On auroit aussi trouué plusieurs pieces de bras, iambes et pieds desdites statues el d'autres, ensemble grande quautité de petites pieces de terre cuite de diuerses couleurs, qui restoient du paué fait à la Musayque, et des lopins de plomb fondu, et en outre plusieurs medailles et monoye des anciens Empereurs et Inperatrices, comme de Claudius, de Domitianus, des Autonins, de Commodianus, de Gordian, Victorin, Constantin, de Licinius, de Messaline, Faustine, et autres; et des anneaux de fer auec une clef, semblables a ceux trouuez au païs bas qui sont representez par Lypsius en ses Commentaires sur Tacile », sans parler du soi-disant « cachet de Néron », dont il sera question à la fin de ce volume. De Lurbe ajoute : « Les murailles qui restent sont tresfortes, espaisses, et bien cimentées ». Au dire du mème auteur, beaucoup placaient là un temple de Jupiter, parce que l'endroit de la découverte n'est qu'à truis cents pas de la porte Dijeaux, et que «porte Dijos est autant en latin que PORTA Jovis». Celte unique raison est d'autant plus faible que cette étymologie de Dijeaux est des plus contestables, et ne repose que sur une vague ressemblance de son (cf. Vinet, 2e éd. du Discours, $ 48). La conjecture faite par de Lurbe, que « ce soient les ruines des estuues ou baings bastis par les Romains», est de tout point plus acceptable et justifiée par la nature des objets découverts. Des statues d'empereurs ou de magistrats (Corpus, X, 830) oruuient les portiques, les jardins ou les promenoirs des bains publirs. « La commodité des eaux que fournit le ruisseau de la Devise », dit Baurein, Variétés, IV, p. 207, « qui a coulé de tout temps au pied de ce local, peut avoir déterminé les Bituriges
Vivisques à y construire des bains; » cf. p. 303.
ions Latin 1 ques endroit de longueur {-Martinder la rue de À Lespiyn À 3 sut NAS ‘atuis, (Le uriesit 4 jce.le, 47 +ieulier, À ser ler les aroied' Jécoureré US qurats €l dans 0e) ant 7
Fnturts tant grip, Apr urifer.
Guerif
his ti onde
al
ut Le1 roi
Et en un autre marbre,
Hoc opus à prioribus Turatis prudenter institulum, noui istius anni Iurati, R. du Burg, quaest. Reg. Ger. Testoris Proc. & Math. Salomon, cum reliquis ad Vmbilicum duxcerunt. Imperante Henrico IIII. Franc. & Nauar. Rege Christianissimo. Calend. Decemb.1594.>»
Comme on le voit par ces deux dernières inscriptions (reproduites toutes deux, et avec de légères variantes, par SINCERUS, la première seulement, et très écourtée, par PONTANUS), l'installation des statues, décidée par les Jurats de 1594, ne fut achevée que par leurs successeurs, à la fin de l'année 1594. Les Archives départementales (série E, Notaires, 172), possèdent le contrat conclu par les premiers, le 30 juillet 1594, avec des entrepreneurs engagés pour placer les inscriptions et les statues dans l'Hôtel-de- Ville; le voici d’après une nouvelle collation obligeamment faite pour nous sur l’original par M. Roborel de Climens (cf. Archives historiques de la Gironde, XI, p. 374) :
« Ont esté presens en leurs personnes messieurs : François de Girard, seizneur du Haï!lan, conseiller du Roy, commissaire ordinaire de ses guerres; Martial Thibault, advocat en la cour; François Fouques, Pierre de Fortaige, escuier, seigneur dudict lieu; Jehan de Guerin, aussi advocat en ladicte cour, et Jehan de Guichaner, les tous juratz de la présente ville de Bourdeaux, lesquelz, en ladicte qualité de juratz, pour la décoration d’icelle ville et en mémoire de l’enthicquicté des statues tres anticques, qui ont nagueres esté trouvées dans le champ de terre Judayque, près la porte de Jaux de ladicte ville, ont convenu de marché avec Loys Baradier, maistre des œuvres du Roy et maistre masson juré de ceste ville, Pierre Ardoyn, Jacques Guilharmain et Pierre Prieur, aussi maistres massons d'icelle, lesquelz ont promis, et seront tenus ausdictz sieurs juratz, de faire dans ladicte maison de la ville la besoigne que s'ensuit, savoir est : de faire et construire troys niches sur bazes entournées et couvertes de voultes, armoiries, chapiteaux et tables des anciennes inscriptions, trouvées avec lesdictes statues, que de celles esquelles est faicte mention du soing que lesdictz sieurs juratz sus nommés ont heu de les retirer dudict lieu et les coloquer en ladicte maison coinmune, en laquelle table seront leurs noms inscriptz et dénommez, ensemble de messieurs Gabriel de Lurbe et Richard de Pichon, advocatz en ladicte cour, procureur sindic et clerc ordinaire de ladicte ville, en memoire de ce que dessus; et faire ladicte
besoigne selon la forme qui est contenue par ung model, tracé sur ung pappier au
créon, duquel model en est demeuré ung devers lesdictz sieurs et ung semblable devers lesdicts maistres massons; laquelle dicte besoigne ils seront tenus faire à main droicte, entrant à la grand salle de ladicte maison commune, pres du pillier de l'enticquité d'Auguste, tirant le long de la murailhe vers la chapelle, a vingt piedz de long ou environ et de mesme haulteur, ou telle qui sera necessaire; et icelle dicte besoigne lesdictz maistres massons fairont de bonnes pierre de Bouchet, de la meilheure et fine et plus belle qui se pourra trouver, et icelle fournyr à leurs despens:; ensemble toutes aultres estoffes qui seront nécessaires à faire ladicte besoigne, sauf
s'il convient atacher de fer pour retenir lesdictes statues dans lesdictes niches et
la table de marbre, paintures, gravures et dorures de ladicte table ou sera ladicte
inscription de ladicte invention et soing desdictz sieurs-juratz. Et ce, le tout, pour et moyennant le pris et somme de troys-cens-cinquante escuz sol, que lesdictz sieurs juratz seront tenus leur faire paier par le thrésorier de ladicte ville, suivant les
Ordonnances qu'ilz luy en feront lors, et à la mesure que lesdictz maistres massons
feront ladicte besoigne. Laquelle dicte besoigne lesdictz maistres massons seront
tenus commencer au premier jour du mois d'aoust prochain et la rendre faicte,
parfaicte, parachevée bien et deuement et proprement, comme sapartient, dans Île premier jour du mois de janvier, aussi prochainement venant; le tout à peine de tous despens, domaiges et intérêts.
» Et pour faire, tenir et acomplir ce que dessus lesdictes parties ont obligé l’une à l’aultre, savoir : lesdicts sieurs juratz le revenu de ladicte ville et lesdictz maistres ma;:s0ns. l’ung pour l’aultre et ung seul pour le tout, renonceants au beneffice de division et discution, leurs personnes et biens, meubles et immeubles, etc., soubzmectant, etc., et par expres lesdicts maistres à la rigueur de l’exécuteur, etc., promis et juré, etc.
» Faict à Bourdeaux, dans la chambre du conseil de ladite ville le xxx® jeulhet M. VC. IIIXZ, XIII, apres midy; presens: M° Vital Curat, praticien, et Jehan Riouzal, praticien, habitans de ladicte ville, témoins.
» De GIRARD, jural; TIiBAULT, Jural; D& GUERIN, Jural; DE FORTAGE, Jurat, GUICHANER, Jural; Loys BARADIE, P. ARDOUIN, Jacques GUILLERMAIN, P. PRIEUR, RIOUZAL, present ; CURAT, present, et DE LAVILLE, notaire royal.»
Ce fut dans la Maison de Ville que les virent HENTZNER, en 1597 {in Curiä cioitatis), PonTANUS vers 1604 (in areû Capitolinä), Sincerus en 1612 (in Basilica urbis). D'AR- RERAC en parle, en 1625, en homme qui les à vues. PERRAULT, qui était à Bordeaux vers 1673, nous dit « qu'elles sont dans la cour de l’Hôtel-de-Ville de Bordeaux ». TiLLET, dans ses Chroniques, imprimées sans doute en 1718, ne parle pas des inscriptions, mais nous apprend que les statues se trouvaient encore « dans des niches qui sont dans la Cour à main droite et à l’entrée de la grande Salle ». « Au bas de ces niches sont les Armes du Roi et de la Ville en sculptures relevées en bosse (p. 179). » I1 semble cependant que nos inscriptions existaient encore en 1728, puisque les Délices de la France écrivent à cette époque (II, p. 277) : « L'Hôtel de Ville est un des beaux orne-
ments de Bourdeaux, où il y a beaucoup de belles choses à considérer, comme des.
statuës, des Inscriptions », ce qui suppose d'autres pierres inscrites que l'autel du génie. Les statues, — que l'on croyait être celles de Messaline, de Claude et du Drusus de l'inscription, — eurent une destinée diverse. La Messaline, cédée à Louis XIV par les Jurats dans la séance tenue le 12 octobre 1686, se perdit dans la rivière avec le vaisseau qui la transportait (cf. TAMIZEY DE LARROQUE, La Messaline de Bordeaux, dans la Soc. arch. de Bord., t. VIll). L’intendant DUPRÉ DE SAINT-MAUR demanda les deux autres aux Jurats, un siècle plus tard, au nom de l'Académie (lettre du 26 février 1781; cf. Arch. mun., BB, reg. de corr.; et GG, 304): « Il existe dans la cour de votre Hôtel d'anciennes statuës, qui échappées jusqu'ici aux injures du tems, s'y dégradent chaque jour. Ces statuës enrichiroient encore la precieuse collection dont l’Academie s'occupe. Elle m'a chargé, Messieurs, d’avoir l’honneur de vous en faire la demande de sa part ». Accordées par le Conseil, elles sont restées depuis au Dépôt J.-J. Bel (n°5 18 et 127). Bibl. — De Lurse, Discours, éd. de 1595, p. 60; de 1619, p. 60 vo (recopiée d’après cette éd. par SÉGUIER, /nd. ant. inscr. [ms. 16933], fo 255); de 1672 et de 1703, p. 42 v° (réimpr. Soc. arch., VII, p. 117). — D’après lui, DEZFIMERIS, Remarques, p. 12 (Soc. arch. de Bord., VI, p. 58). — E VERDERI schedis, GRUTER, p. CCXXX VII, 2; cf. éd. de 1707, Variorum corrigenda, p. CCCXXVI. — D'après Gruter, GRAEVIUS, Pracefatio du Thesaurus, t. VII, p. "3 v°; réimprimée dans les Praefationes, p. 370 (j'emprunte cette dernière citation à SÉGUIER, /nd. ant. inscr. [ms. 16933], f° 351). — Sans doute aussi d’après Gruter, Corsixt, Series pracfectorum, 31 [que je n’ai pas vu]. — D’après Gruter, VENUTI, Dissertations, p. 15. — D'après Venuti, JOUANNET: 1° notes ms. {VII, f° 29]; 20 Statistique, 1, p. 253. — D'après Gruter, ORELLI, 667; WILMANNS, 891. — HENTZXER,
ans Je > (60
Jane à aisures iFisio9 l, ete.
eulhet ouzal,
ura, MaIX, ptare
atis), D'AReaut
Iiinerarium, éd. de 1629, p. 88. = PONTANUS, léinerarium, p. 94. = SINCERUS, Appendix, p. 28, éd. de 1616; p. 381, éd. de 1627. — D'après Sincerus, DE BEAUMESNIL [ms. de Chasteigner|, qui figure l'inscription et le monument comme s’il les avait vus. — D'après une copie envoyée de Bordeaux, PEIRESC, lettre à Rubens, du 12 fév. 1624 {bibl. de Carpentras, copie obligeamment communiquée par M. Charles Ruelens]. — D’ARRERAC, De la Vanité des dignitez, p. 231. — PERRAULT, Les dix licres d'Architecture de Vitruve, 2e éd. (1684), p. 217. — (SÉGUIER, /ndezx absolutissimus |[ms. 16931], f° 306 bis.) [C£., à la fin de ce volume, les inscriptions fausses de D£ BEAUMESNIL.]
Druso Caesafri, Germalnici Caesaris [f{(ilio), Tifberii) Caes(aris)] Aug(usti) n{epoti), divi Aug[(usti) pronfepoti)], praefect(o) Urbi, s[odali auljgustali.....
De Lurbe hésitait, pour identifier ce Drusus, entre le fils de Tibère, frère adoptif de Germanicus (fratri Germanici), et Drusus, le père de l'empereur Claude et de Germanicus fpatri Germanici). Mais les titres mentionnés sur l'inscription ne conviennent ni à l'un ni à l’autre de ces personnages ; et, en outre, des expressions comme pater ou frater Germanici sont insolites en épigraphie.
Comme le pensaient déjà d'Arrerac et Peiresc, comme l'ont pensé tous ceux qui après eux se sont occupés de notre inscription, elle ne peut concerner que le plus récent des Drusus, le fils de Germanicus. Ce dernier laissa trois enfants mâles, Néron, Drusus, Caius, qui fut plus tard empereur : Tibère ayant adopté Germanicus en même temps qu'il était adopté par Auguste (le 27 juin de l'an 4 de notre ère), Drusus était par conséquent son petit-fils et l'arrière petit-fils d'Auguste, Z'iberii Caesartis nepos, divi Augusti pronepos. Par suite, il devait porter le surnom, le cognomen de Caesar: ce nom n'était pas, en effet, au premier siècle, comme il le devint à partir du règne d'Hadrien [cf. p. 81], le titre de l'héritier présomptif de l'empire; mais il était porté par tous les descendants, adoptifs ou naturels, de Jules César;
c'était le cognomen distinctif de la race des Jules.
Drusus naquit vers l'an 8 de notre ère: son nom est en effet gravé sur l'arc de Pavie (Corpus, V, 6416 : prvso . IVLIO . GERMANICI. F .AVG PRONEPOT GERMANICO), arc dédié entre le 26 juin de l’an 7 et le 26 juin de l'an 8. Il ne porte pas encore sur cette inscription le nom de César.
A la mort de leur oncle Drusus (le fils de Tibère), les deux aînés des enfants de Germanicus, Néron et Drusus, furent présentés par leur aieul au sénat comme les futurs maîtres de l'empire (en l'an 23, Tacite,
Annales, 4, 8): cette année-là, Drusus revêtit la toge virile. Des lors, les deux frères furent comblés d'honneurs. En l'an 25, Drusus fut nommé wraefectus Urbi feriarum lautinarum, « préfet de Rome pendant les fêtes latines », comme nous l’apprend encore Tacite (4, 36). On sait que cette charge, bien différente de la préfecture urbame proprement dite, qui fut une création d'Auguste et qui comportait le gouvernement civil et militaire de la capitale, était une fonction purement honorifique, un vestige pieusement conservé des institutions royales : pendant la durée des fêtes latines, qui avaient heu sur le mont Albain et auxquelles la tradition obligeait tous les magistrats d'assister, la juridiction suprême sur les habitants demeurés à Rome était confiée à un préfet : cette magistrature n'était, sous l'empire, qu'un simulacre, mais on le conservait avec soin encore au second siècle : Durat simulacrum, dit Tacite (6, 11), quofies ob ferias latinas praeficilur qui consulare munus usurpet. Cette charge était réservée alors à de tout jeunes gens, presque toujours à des fils de sénateurs, mais qui n'avaient pas encore l'âge d'entrer dans la curie.
Le collège des sodales augustales, créé en l'an 14 par Tibère et assimilé dès sa fondation aux quatre grands collèges de prêtres famplissima collegia), était voué au culte d'Auguste divinisé : il se composait de 21 membres ordinaires, tous de noblesse sénatoriale. Lors de sa fondation, il eut en outre quatre membres d'honneur, appartenant à la famille des Jules, Tibère et son fils Drusus, Germanicus et son frère Claude. Ce qui formait un total de 25 membres. Or nous savons qu'une 27° place fut créée en 51 pour Néron (Corpus, VI, 1984) : entre cette date et la création du collège on a donc dû établir une 26° place. M. Dessau (Zphemeris, III, p. 76 et p. 207) conjecture avec infiniment de raison qu'elle l'a été pour notre Drusus : « Germanicus », dit-il, « étant mort en 19, son fils aîné Néron lui aura succédé comme » sodalis; lorsque Drusus revêtit la toge virile en 23, on créa en sa » faveur une 26° place {decuria) d'augustale ».
Même en attribuant au mot vrais l's dont nous avons fait l’initiale de Sodali, il est impossible de songer à un autre titre, pas même à celui de flamine, auquel pensaient Peiresc et Gudius (éd. de 1707 du Z'hesaurus de Gruter). En effet, il n'y avait jamais qu'un flamine pour chaque empereur : or, du vivant de Drusus, le famen augustalis était son frère aîné Néron César, comme le prouvent les dédicaces des
statues qui lui furent élevées (Corpus, VI, 913; III, 2808; Il, Do et son épitaphe (VI, 887).
Comme Germanicus et comme ses deux frères, Drusus fut de bonne heure un prince populaire : nous avons des preuves nombreuses de Ia faveur dont Néron et Drusus jouissaient, surtout dans les villes de la province. Des statues, dont les inscriptions sont restées, leur furent publiquement érigées, un grand nombre de cités d'Italie les choisirent pour magistrats, ce qui est, dit M. Mommsen (Sfaatsrecht, II, p.801), «un merveilleux fait historique », ein historisch merkrwürdiges F'actum.Tibère finit par s’en alarmer : en 29, Néron et sa mère Agrippine furent bannis; l'année suivante, Drusus fut jeté en prison, et y mourut en 33.
L'inscription a donc été gravée entre l'an 23 et l’an 30. Elle ornait sans doute le socle d'une statue : mais rien n'indique que cette statue soit celle qu'on a trouvée en 1594, et qui a l’air de représenter plutôt un homme fait qu'un jeune homme de 15 à 20 ans.
Nous reproduisons ici la partie de la lettre de Peiresc à Rubens qui concerne le commentaire de cette inscription : L’altra, per quanto io posso congetturare dalli fragmentr che m'hanno mandatr dr Bordeaux, io non credo che si possa mai applicare a Druso, padre di Claudio, ne a qualcuno altro che a Druso secondo figlio di Germanico, il quale Tiberio fece morir di fame, potendosi commodamente supplire in questa maniera :
DRVSO CÆSAR GERMA NICI CÆSARIS FTI-CAES- AVG:N-DIVI-AVG: PRON.:
PRAEFect VRBI FLAM- AVGVSTALI
Essendo di tuto fuor di proposito[...], che se ne facevano per applicarla a Druso padre di Claudio, 11 quale non fu mai adoptato nella famiglia d'Augusto, ne vi puo nocere la dignità di prefetto urbano (benche dovesse parcre di prima fronte mal compatibile nella persona d’un principe cosi ÿiovane come era quello, se si riguarda la fontione di questa dignitlà ne’ Secoli piu bassi) ma in que’ tempi non era di tanta importanza; scrivendo A. Gellio Lib. XIIITI, cap. ult., che ex ca actate praefectus fit quae non est praetoria, parlando de’ prefetti urbani che si lasciavano in Roma Juando uscivoa il magistrato per andare alle ferie latine, che non era . altro prefetto urbano in que’ tempi.
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C////I1I1 ANGNSTO PONT: MAX:///II HIIIIDS IT -P-Pe CeIVLIVS/II/I
Restituée d'après les copies données par DE LURBE, PONTANUS, D'ARRERAC, PEIRESC 6t SINCERUS.
Var. — D'ARRERAC complète le commencement. — 1re 1.: HOLTENUS écrit RVSI. °L ; 29 1.: CAE chez D'ARRERAC, les autres écrivent C. AVGVSTO, sauf PONTANUS qui supprime C. ; — 4°]: COSSIII chez D'ARRERAC ; C.S chez HOLTENUS. Les traits au-dessus des lettres manquent chez SINcERUS. Nous avons remplacé par un apex la barre que . les autres auteurs mettent sur cOS, et dont la présence nous paraîtrait étonnante pour une inscription d’une aussi belle époque. PP chez DE LURBE et SINCERUS. — Voyez, dans les var. de l’inscr. précédente, comment HENTZNER donne celle-ci. — PRIRESC et PER- RAULT étendent l'inscription.
Descr. et hist. — L'inscription a été découverte en même temps et au même lieu que la précédente, dont elle a partagé les destinées. Voyez le paragraphe correspondant du n° 25.
Bibl. — DE LORBE, Discours, éd. de 1595, p. 60; de 1619, p. 61 r° (recopiée sur cette édition par SÉGUIER, {ndex antiquarum inscriptionum [ms. 16933], fo 255); éd. de 1672 et de 1703, p. 43 r° (réimpr. Société archéologique de Bordeaux, VII, p. 117). — D'après de Lurbe, DEZEIMERIS, Remarques, p. 13 (Société archéologique, VI, p. 59).
D'après Dezeimeris, ALLMER, Revue épigraphique, t. I, p. 163. — ÆE VerDeru schedis, GRUTER, p. CCXXXVII, 7; reprise par HOLTENUS dans l'édition de 1707, Variorum corrigenda, p. CCCXXVI. — D'après Gruter, VENUTI, p. 21. — D'après Venuti :
BERNADAU, Bulletin polymathique, 1I1° année, p. 181; JOUANNET: 1° notes ms. [VII, {0 29]; 2e Slalistique, I, p. 253; DUCOURNEAU, Guyenne historique, II, in° p., p. 16. = HENTZNER, ltinerarium, éd. de 1629, p. 88. — PONTANUS, l{inerarium, p. 94. — SINCERUS. éd. de 1616, p. 29; de 1627, p. 382. — D'après Sincerus, mais en dessinant le monument comme s’il l'avait vu, DE BRAUMESNIL [ms. de Chasteigner]. — D'après une copie envoyée de Bordeaux, PEIREsC, lettre à Rubens, du 12 février 1624 {bibliothèque de Carpentras; copie communiquée par M. Ch. Ruelens]. = D’ARRE- RAC, De la Vanité des dignitez, p. 232. — PERRAULT, Les dix livres d'architecture de Vitruve, 2e édition (1684), p. 217. — (SÉGUIER, /ndex absolutissimus [ms. 16935], fo 776.) [Cf. à la fin du volume, les inscriptions fausses de DE BEAUMESNIL.]
[Tifberio) Claudio, Djrusi f{ilio), Claes{ari)] Augusto, pont{ifici) max(imo), [tr(ibunicia) p{otestate), imp{eratori) III, clo{n)s(uli) II, p(atri) p(atriae), C(aius) Julius...
L'inscription est de la première moitié de l'an 42, date du second consulat de Claude (son premier consulat est de l'an 37): on ne saurait la placer trop tard dans l'année, puisque le quatrième consulat de Claude, qui fut, cette année 42, consul désigné pour 43, n'y est pas indiqué, et que ces sortes de désignations étaient souvent mentionnées dès les premiers mois de l’année qui précédait le nouveau consulat; cf. Mommsen, Saatsrecht, I, p. 568, note 1.
Claude est monté sur le trône le 25 janvier 41 : c'est à partir de ce jour que sont comptées ses puissances tribunices. Suivant que l'inscription à été gravée avant ou après le 25 janvier 42, il faut compter une ou deux puissances tribunices {{rtb. pot. ou trib. pot. ZT).
Claude fut nommé pater patriae peu de temps après être monté sur le trône. Il semble avoir revêtu le pontificat suprême dès son avènement. Ce dernier titre est toujours placé en tête des noms de dignités ou de magistratures; celui de paéer patriae vient le plus souvent en dernier lieu, quoique la chose ne paraisse être devenue une règle que sous Domitien.
Le mot d'imperator apparaît deux fois dans la série des titres impériaux. — D'abord en tête, précédant même les noms et prénoms du prince : à cette place, il désigne la souveraineté militaire de l'empereur, il rappelle qu'il est le chef suprême des armées. Claude, qui voulait reléguer à l'arrière-plan sa toute-puissance militaire, refusa, comme dit Suétone, $ 12, le prénom d'imperator : Parcus atque civilis, praenomine imperatoris abstinuit. — Ensuite, dans la liste des titres ordinaires, il se trouve à une place qui a varié sous les premiers empereurs, tantôt avant, tantôt après le consulat ou la puissance tribunice. Depuis Claude, le titre d'émperator a son rang à peu près fixé, avant celui-là et après celle-ci. À cet endroit, le mot rappelle les salutations du prince comme général victorieux, comme imperator : il est suivi d’autant de nombres que l'empereur, ou que, sous ses auspices, les généraux de Rome ont remporté de victoires. Sa proclamation comme empereur est considérée comme une première victoire. Les trois salutations qui devaient être mentionnées sur notre inscription, rappellent donc la nomination du prince et deux victoires remportées en l'an 41.
Le Caius Julius qui dédia cette inscription à l'empereur Claude, peutil être identifié à un personnage connu? « Le lecteur jugera », écrit de Lurbe, « si ce C. Julius peut estre celuy, lequel estant Gaulois, comme » escrit Dion [63, 22], gouuerna les Gaules du temps de Néron, & fut » appelé C. Julius Vindex. » Vindex gouvernait « les Gaules », c'est-àdire la Lyonnaise, en l'an 68, et il n'est guère probable quil soit demeuré vingt-six ans en charge. Je croirais plus volontiers que ce C. Julius est le même que le préteur de Bordeaux dont il est question plus loin (n° 30), dans plusieurs inscriptions dont les caractères peuvent fort bien être contemporains de Claude. On sait que cet empereur, né à Lyon, combla les Gaules de bienfaits, et qu'en particulier il demanda et obtint pour les premiers magistrats de leurs cités (primores Galliae, dit Tacite, Annales, 11, 23) le droit de devenir sénateurs romains. Le préteur C. Julius fut sans doute au nombre des personnages ainsi favorisés, et le monument, la statue qu'il éleva à l'empereur Claude, fut un témoignage public de sa reconnaissance et de celle de sa patrie.
Rien ne prouve, du reste, que ce soit cette statue que nous possédions.
GERMANICI
D'après DE LURBE, le seul qui ait parlé de ce fragment. Var. — GERMANIC à tort chez JOUANNET.
Descr. et hist. — A la suite de la découverte des deux inscriptions de Drusus et de Claude, DE LURBE rapporte qu’ « il s'est trouué autres petits lopins de marbre, où il y auuoit des lettres Romaines, lesquelles ne se pouuoient ioindre en façon quelconque, si ce n’est trois petites pièces qui faisoient, GKERM A NICI, toutesfois de plus petite lettre que les susdites deux inscriptions ».
Bibl. — DE LuRBE, Discours, éd. de 1595, p. 60; éd. de 1619, p. 61 r°; de 1672 et 1703, p. 43 r° (réimpr. Soc. arch., VII, p. 117). — D'après lui, JOUANNET, Statistique, 1, p. 253.
.…... Germanici [f(ilio)].
Ce fragment ne pouvant s'adapter aux inscriptions de Drusus et de Claude, il concerne un autre prince, sans doute un fils de Germanicus, Néron ou Caius.
DIVI ADRI-P-P.-MEMO- L.SAB-PRO-D-D-
Telie est la copie de DE LURBE et de SINCERUS, copie à l’aide de laquelle nous pouvons nous risquer à supposer l’inscription suivante :
imp.caesari.)DIVI da a ano.aug)°P:Pad.:MEMOïriam.beneficiorum Danses ius;-SAB : PRO: D:D:
Var. — Voici le texte que donne GRUTER :
DIVI.ADRI.P.P.MEMO | L.SAB.PROC.D.D.
L.SABI. PROC. D.D. chez URSATUS, qui ajoute : Quae omnia sic lego : DIVI ADRIANI PATRIS PATRIAE MEMORIAE LUCIUS SABINUS PROCULUS DONO DEDIT Se DEDICAVIT.
Descr. et hist. — « Autant ou plus est remarquable [que l’inscr. n° 16] », écrit DE LURBE en 1595, « la statue d’Adrian, renfoncée dans une pierre en forme de coquille, trouuée en la rue du Loup, de ladicte ville, il y a enuiron un an, avec cette inscription ». Elle devait provenir des remparts romains, que longe la rue du Loup. Elle se trouvait, rue de la Treille, dans le musée de Florimond de Raymond, où SINCERUS la vit en 1612 : Secundo loco ponam [après l’inscr. n° 16] statuam D. Adriani cum hac inscriptione…. : subiunclus noutissimé fuit hic versus: