‹ Inscriptions romaines de Bordeaux. Tome IChapitre 51 sur 263 · LS ‘ [1 À · texte numérisé non relu

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pas le but réel de ces fondations, c'en était au moins le but avoué et le prétexte.

Le repas pris en commun, une même sépulture, voilà par quoi se distinguaient au dehors les membres de ces collèges. Ils se réunis saient à une même table, ils étaient réunis dans un même tombeau. Aussi, ne faut-il point s'étonner de ce que les épitaphes de ces associés unissent au souvenir de ces repas la pensée de la mort. Voici l'inscription qu'on lit sur le monument d'un prêtre de Mithra ou de Sabazius, Vincentius (Corpus, VI, p. 23) : |

Plures me antecesserunt : omnes expecto.— Manduca, vibe, lude et ben: at me: cum vibes, bene fac : « Beaucoup m'ont devancé; j'attends tous » ceux qui restent. — Mange, bois, amuse-toi : puis, viens à moi : tant » que tu vis, fais-toi du bien » ({).

Cette curieuse inscription, où l’idée de la réunion dans la mort des membres d'un même collège est étrangement mêlée au triple conseil de manger, de boire et de se divertir, révèle suffisamment le but de ces associations, but religieux dissimulé sous le prétexte du repas pris en commun. Elle nous donne en même temps la clef de notre épitaphe bordelaise, et, en particulier, du mot anlecessi. Je ne doute pas que ce mot n'ait été écrit là, à dessein, pour anfecessi : antecessi, participe passif de antecedere, « précéder », désigne « ceux qui ont été précédés » dans la tombe par celui auquel ils élèvent le monument, les survivants. L'inscription a donc été élevée au membre d'une corporation de copofores, par tous ceux qu'il a devancés dans la mort. L'un d'eux, l'ami particulier, le parent ou l'affranchi du défunt (peut-être faut-il lire U/Zircus, libertus), a gravé son nom le premier, à côté de celui du défunt: à la suite, viennent ceux des autres survivants, précédés de la mention ef omnes anlecessi : omnes a le sens de « tous les autres », comme dans omnes expecto de l'inscription que nous venons de citer.

Des noms, il nous est bien difficile de dire quoi que ce soit de certain. Leur forme bizarre, leur terminaison insolite montre suffisamment que ce sont des noms de guerre : du reste, cela convenait au caractère de cette association. Toutefois, il semble que, pour se forger des pseudonymes, les copotores aient simplement dénaturé leur vrai nom.

(1) D'autres ont traduit bene fac par : « fais le bien»; nous préférons adopter le sens qui convient le mieux à l’idée générale de l'inscription; cf. Le Blant, Revue archéologique, 1835, I, p. 858 et s.; Réville, Za Religion à Rome sous les Sévères (1386, Paris, in-8), p. 95.

Même, celui du défunt cst-1l simplement abrégé par ses initiales : GAL

pour Gallus ou tout autre nom analogue. Le premier qui suit, Tircli, peut-être Ulirc., li(bertus), rappelle le nom de peuple gaulois Aulircus où Aulercus (cf. ici n° 52). De Dueti!, de 7bhk, je ne sais trop que dire. £'ppimus est certainement le nom le plus authentique, et est formé du radical gaulois ep-, qui a donné naissance à un très grand nombre de noms (cf. ici n° 45, Æpomima). Soris a aussi une assez bonne apparence : on connaît des noms analogues, par exemple Sora (Corpus, V, 5142; X, 3923), Siora (à Bordeaux).

Quant au salut qui termine l'inscription, o#ntbus copotoribus bene, il s'adresse à tous les membres présents et futurs de la corporation, à tous les initiés qui auront l'occasion de lire et les moyens de comprendre cette épitaphe. Berne est un souhait de joie où de bonheur comme il s'en trouve très souvent à la fin des inscriptions funéraires : lu qui legis, vale et cum voles venito (Wilmanns, 2555), bene valeat is qui litulum perlegit meum (2304), bene ren geras et valeas, dormias sine cura (548). Le salut isolé, bene, est fort rare: mais il est ici bien à sa place, car c'est l'exclamation dont on se servait à table pour porter une santé : de bene! ou éibi bene! signifie « à ta santé! » On connaît le vers de Plaute (Persa, 5, 1, 20):

Bene mihi, bene vobis, Llene amicac ineac!

et ceux d'Ovide (Fasti, 2, 636) :

Parca precaturae suinile vina manus, ET : « Bene nos, patriae, bene te, pater, optime Caesar! » Dicite : suffuso sint rata verba mero.

Quant à dire sous la protection de quel dieu étaient tous ces copotores, l'inscription ne nous y autorise pas : peut-être est-ce Bacchus (j'avais même songé à interpréter D M par Deo Magno, mais le caractère nettement funéraire du monument ne le permet pas), peut-être plutôt encore à Mithra : le Vincentius de Rome dont nous avons vu l'épitaphe assez voisine de la nôtre était prêtre de Sabazius, le dieu du feu et le père de Mithra.

Rappelons que Sansas faisait venir anlecessi du celtique : « Le mot » anlecessi n est pas latin, ce doit être une expression barbare et proba- » blement gauloise, comme les noms propres dont elle est accompa-

* es a ne ne. nn

» gnée; ne serait-ce pas une transcription défectueuse de deux mots » celtiques annlesket (ici brûlés), auxquels on aurait donné une termi- > naisOn latine? ou bien aurait-on écrit anlecessi pour antecessi (prédé- » cesseurs, prédécédés)? Le sens serait à peu près le même dans les » deux Cas ».

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