CHAPITRE IT
Étiologie.
Quelles peuvent être les causes de l'insertion vicieuse du placenta ? Osiander (1832) aborda le premier ce problème qui n’est pas encore résolu, et dont la résolution importerait pourtant beaucoup pour la prophylaxie.
L'auteur allemand incriminait, avec raison, l’élargissement de la matrice, conséquence de la multiparité, mais, à l'encontre de toutes les données de la physiologie qui nous enseigne que l’œuf n'arrive dans l’utérus que plusieurs jours après la fécondation tubaire, il admettait que celui-ci était entraîné par son propre poids sur le col quand la femme se tenait debout un certain temps après le coîït. Mais la station verticale est la station normale et caractéristique de l'espèce humaine, et l'insertion vicieuse est une exception. Velpeau, qui réfuta l’hypothèse émise par Osiander, enseignait que l’ovule, en pénétrant dans l’utérus, décollait la caduque et se portait vers les points où la résistance est moindre; il croyait aussi qu’une première atteinte prédisposait à une seconde pour les grossesses subséquentes : Ingleby et Ménard ont bien en effet, cité des cas de récidive, mais les observations de pareils faits se comptent. Il est donc excessif, comme le voulait de Lignerolles, d'interdire toute nouvelle grossesse aux malheureuses qui ont une première fois échappé à cet accident.
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Moreau pensait, comme Velpeau, que la pathogénie pouvait s'expliquer par un décollement de la caduque se produisant, d’après lui, quand les contractions de la trompe chassaient avec une violence insolite l’ovule fécondé.
Kilian (de Francfort) entreprit lui aussi, de déchiffrer l'énigme étiologique, et s’en prit à l’inégal développement de la caduque amenant la chute de l’ovule non enveloppé à sa sortie de la trompe, sur le segment inférieur.
Quoiqu'il en soit de ces diverses hypothèses, nous avons va que la multiparité est souvent constatée. Jacquemier, Ahlfeld, Schrœder, incriminaient aüssi l'ampleur de la cavité utérine et les lésions anatomiques dues aux états pathologiques antérieurs de l’organe, lésions qui permettraient à l’œuf, ne pouvant se greffer dans les zones supérieures, de glisser jusqu’au voisinage de l’orifice interne.
Pour Depaul, il y aurait absence de congestion de la muqueuse utérine au moment de l’arrivée de l'œuf dans la matrice.
On a signalé dans un cas l’abouchement des trompes au niveau du segment inférieur, M. Guéniot a trouvé une fois un cloisonnement incomplet de l'utérus. Ces malformations, et d’autres encore, ont été dénoncées par M. Polaillon comme une des causes de l’insertion vicieuse, et il est de fait que cette coïncidence a été relevée plus d’une fois depuis (utérus bicorne ; prédominance du diamètre horizontal sur le vertical). Dans le même ordre d'idées, on peut citer les cas d’insertion vicieuse qui se rencontrent dans les flexions et déviations utérines, les tumeurs fibreuses.
En somme, les femmes chez lesquelles on constate le plus souvent cette anomalie sont des femmes à l’utérus
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malade : les métrites ayant pour résultat d'agrandir sa cavité et de permettre le glissement de l’ovule; on la rencontre aussi chez celles dont l'organe gestateur, par suite d’avortements ou d’accouchements répétés à de courts intervalles, n’a subi qu'une involution incomplète.
M. le professeur Pinard a noté dans un certain nombre d'observations que la femme aurait fait un voyage au début de sa grossesse, et il se demande, n’avançant toutefois cette idée qu'avec réserve, si la trépidation due au chemin de fer ou à la voiture ne pourrait pas être invoquée comme cause. Jacquemier avait déjà émis la même hypothèse et au commencement du siècle, d’Outrepont, en Allemagne, avait trouvé certaines époques plus fécondes en insertions anormales. ;
Il ne serait donc peut-être pas inutile de soigner les utérus malades avant qu’ils ne redeviennent gravides, et de conseiller aux femmes de s'abstenir de voyages au début de leur grossesse.
Les notions pathogéniques sur les localisations anormales du placenta sont, on le voit, peu nombreuses et encore moins précises ; et, parmi les causes qu'on peut invoquer pour les expliquer, il n’en est guère auxquelles on puisse remédier avec la certitude du succès.