CHAPITRE PREMIER
Historique.
L'idée d’opposer une digue au sang qui s'écoule des voies génitales a dû conduire les plus anciens accoucheurs à la pratique du tamponnement.
On a depuis longtemps remarqué que la présence de caillots retenus dans la partie supérieure du vagin et dans la cavité cervicale coïncidait avec la cessation de l’hémorrhagie. L'histoire de ce procédé, cependant, ne remonte pas au delà de l’époque où furent scientifiquement connues et décrites les présentations placentaires et les pertes graves qui les accompagnent.
Leroux (1776) fut le premier qui l’appliqua avec méthode, donna des observations sur son efficacité pendant la grossesse, et en posa formellement les indications. Hippocrate conseille bien quelque part contre les métrorrhagies des pessaires astringents et Paul d’Egine une éponge saupou-
drée d’alun, et l'inventeur du tamponnement, raconte lui- BOURIIER 10
même qu’au XVI° siècle, Fabrice de Hilden et Hoffmann le pratiquèrent : mais ce furent là des exceptions. et avant qu'il l'ait fait connaître, les accoucheurs étaient, nous l'avons vu, sous l'influence des idées régnantes sur linsertion vicieuse et sur les causes de l’hémorrhagie, surtout partisans d’une intervention plus radicale, l'accouchement forcé.
Ceux d'ailleurs qui jusqu'alors s'étaient adressés au tampon, dans le double but de diminuer l'hémorrhagie en favorisant la formation de caillots oblitérateurs et de faire resserrer les orifices des vaisseaux, faisaient usage de liquides astringents, à l’action desquels ils prétendaient attribuer les bons effets de la méthode. L'accoucheur dijonnais montra que celle-ci ne pouvait agir que mécaniquement, par la compression exercée sur l’œuf et les parois vaginales.
« Ce moyen, dit-il (1), est des plus simples, il n’exige pas une longue préparation : on le trouve sans peine dans’ la cabane du pauvre comme dans le palais des grands. Il consiste à opposer une digue à l’écoulement du sang, par le secours de plusieurs lambeaux de linge ou d’étoupes, imbibés de vinaigre pur, dont on remplit le vagin, et qu’on introduit même quelquefois jusque dans la matrice quand les circonstances J'exigent ».
Après Leroux, son tampon fut modifié dans ses détails : les uns changèrent la substance, chacun voulut avoir la sienne ; c’est ainsi qu’on employa tour à tour l’agaric, l’étoupe, la laine en flocons, l’ouate en rouleau (Mme Boivin),
(1) LEROUX, Obs. sur les pertes de sang des femmes en couches, 1876, Dijon.
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des compresses pliées (Wigand). Puis on songea à remplacer le liquide dont il était imbibé, et alors défilérent tous les hémostatiques : alun, perchlorure de fer, eau de Pagliari, citron (Moreau) dont le seul résultat était de tanner pour ainsi dire, la muqueuse vaginale et d'amener une rétraction des parois qui devenait une gêne pour l’accouchement. Quant à la manière d'appliquer le tampon, elle varia beaucoup aussi. Désormeaux se servait d’un carré de linge qu'il enfonçait jusqu’au col en le bourrant de charpie de façon à ce que les quatre coins restent hors la vulve; les uns employaient le speculum, les autres le rejetaient ; les uns reliaient entre eux les bourdonnets de charpie en queue de cerf-volant, les autres les laissaient libres.
Mais le tampon classique devait subir bien d’autres modifications.
C’est ainsi que, vers le milieu de ce siècle, Miquel (d'Amboise), et Stein (de la Haye), préconisaient le système de Wellemberg, lequel n’était qu’une réminiscence de ce qu’avait proposé Rouget en 1807. Il consistait à introduire dans le vagin jusqu’au col de l’utérus, une vessie de cochon à laquelle s’adaptait un tube permettant de la gonfler une fois mise en place. Ce procédé fut perfectionné ; on substitua le caoutchouc à la vessie animale. Gariel et Braun firent construire l’un son pessaire, l’autre son colpeurynter, simples poches sphériques en caoutchouc munies d’un tube de même substance, qu'on pousse, repliées sur elles-mêmes, dans le vagin, et qu’on gonfle ensuite, avec une seringue quelconque. Ces deux appareils agissent l’un et l’autre en comblant et distendant la cavité vaginale. Mais l’occlusion est moins complète que celle qu’on obtient avec le tampon
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de Leroux ; car, malgré leur souplesse, ces poches de caoutchouc ne peuvent se mouler dans les culs-de-sacs et au pourtour de l’orifice utérin. Si elles sont peu gonflées, le liquide sanguin s’insinue le long de leurs parois; si elles lesont suffisamment, il se collectionne derrière l'instrument etremplit les culs-de-sacs qu’elles sont impuissantes à combler. L'hémorrhagie persiste donc, soit qu'elle se fasse au dehors, soit qu’elle devienne seulement interne.
Tous les insuccès qu’on a eus avec eux ont été mis sur le compte du tampon en général.
Un accoucheur lyonnais, Chassagny, frappé de l'insuffisance de ces ballons, source de dangers par la fausse sécurité qu'ils donnent, imagina d’abord ce qu'il appela le double ballon hémostatique. Get appareil se compose de deux ballons de caoutchouc, l’un utérin, mince, l’autre vaginal, plus épais, mis chacun séparément en communication avec l’extérieur par l'intermédiaire d’un tube spécial, disposition permettant à volonté de gonfler ou de dégonfler progressivement l’un ou l’autre de çs ballons, entre lesquels les lèvres du col se trouvent comme enchâssées el comprimées. L'auteur de cet appareil lui en à depuis substitué un autre qu’il a baptisé é/ytro-ptérygoide. Il se compose d’une vessie de porc, maintenue dans le vagin par un anneau métallique et dont deux parties latérales viennent,
en s'ouvrant, s'appuyer derrière les branches ischio-pu-
biennes tandis que la vessie, distendue par le liquide, pousserait un prolongement intra-utérin, prenant ainsi la forme d’un sablier à petite sphère utérine et à grosse sphère vaginale.
Le ballon Champetier de Ribes, utilisé aussi pour com-
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battre l’hémorrhagie dans les cas de placenta prœvia, doit être introduit plié, dans l'intérieur même de l'œuf à l’aide de pinces spéciales, après la rupture des membranes ou la déchirure du délivre ; il agit en comprimant celui-ci sur la surface saignante et en dilatant le col ; placé entre la paroi utérine et le placenta, ilne pourrait qu'augmenter la perte. Ainsi se comportent également les sac-violons de Barnes, dont l'emploi fait partie du procédé de l’accoucheur anglais: ceux-ci sont portés en place au moyen d’une tige métallique reçue dans une petite poche ménagée sur une de leurs faces, et gonflés ensuite avec de l’air ou de l’eau.
Les ballons de caoutchouc présentent l'inconvénient
- qu’on reproche à tous les instruments de ce genre, et qui
est grave ici en raison des circonstances qui motivent leur usage : ils s’altèrent: facilement et par suite se rompent quelquefois au moment où l’on veut s’en servir; de plus, étant donnée la difficulté où l’on se trouve de les avoir toujours sous la main, ils font encore, par leur absence, défaut au moment voulu. On les a accusés en outre de faciliter les changements de présentation et d’exagérer le décollement placentaire dans certains cas.
Le procès de ces ballons n’est d’ailleurs pas fini et la méthode dont ils sont les instruments n’est pas encore définitivement jugée.
La méthode de Leroux est certainement plus recommandable, car elle présente sur celle-là l’avantage d’avoir fait ses preuves, d’être d’un emploi plus simple et plus facile et, ce qui n’est pas non plus à dédaigner, d'être partout applicable. Nous lui donnons donc la préférence. Ce qui a
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