CHAPITRE IT
Application du tampon.
Les conditions nécessaires pour qu’un tampon soit efficace sont :
1° Que le souci de l’asepsie et de l’antisepsie les plus rigoureuses préside à son emploi. |
2° Que la substance dont il est fait soit suffisamment perméable pour se laisser imprégner par les liquides antiseptiques et assez souple pour ne permettre, entre les éléments qui le composent, aucune solution de continuité.
3° Qu'il soit appliqué avec méthode.
4° Qu'il soit suffisant.
I. — Tous les éléments semblent ici conjurés pour faciliter la pullulation des germes, et la septicémie guette les femmes qui viennent d'échapper aux dangers de graves hémorrhagies: les touchers répétés, pratiqués en ville souvent par des personnes pour qui l’antisepsie est un luxe inutile et qui ne voient pas les terribles conséquences de leur négligence coupable; les multiples interventions auxquelles donnent si souvent lieu, pendant la grossesse, l’accouchement ou la délivrance, les complications dues à la présence du délivre sur le segment inférieur, sont les occasions de l'introduction des micro-organismes pathogènes. Le col utérin dilaté, et quelquefois déchiré, l'œuf ouvert, surtout si le fœtus est mort, le délivre décollé, la plaie placentaire
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rendue très accessible à l'ensemencement microbien par la situation qu’elle occupe dans la cavité utérine, sont autant de voies ouvertes à l'infection qui rencontre une proie facile dans une femme épuisée : ce sont aussi des portes ouvertes à l'absorption des liquides antiseptiques, toxiques pour Ja plupart, d’où la nécessité de n’employer ces solutions que très diluées.
Il est évident tout d’abord que si l’on introduit un tampon, même aseptique, dans un vagin qui regorge de microbes, on va enfermer, en quelque sorte, « Le loup dans la bergerie », à plus forte raison si le tampon porte avec lui des germes infectieux. Grâce à cet état de réceptivité où se trouvent les nouvelles accouchées qui ont perdu beaucoup de sang, les accidents septiques évoluent chez elles avec une rapidité presque foudroyante, ainsi qu’en témoignent les anciennes observations.
Ce grave inconvénient du tampon d'hier, celui de produire la septicémie, qu'on lui a tant reproché, a disparu depuis l'introduction dans la pratique des accouchements, de la méthode antiseptique, immense et heureux progrès dû’ en grande partie aux efforts et à l’enseignement de M. le professeur Tarnier qui vient (1), dans un récent ouvrage, d’en tracer magistralement les règles.
Parmi les précautions de cet ordre à prendre, les unes concernent la femme, les autres l’opérateur, les autres enfin le tampon.
Avant de pratiquer le tamponnement, et après avoir vidé le rectum par un lavement, la vessie par un cathété-
(1) TARNIER, De l’antisepsie et de l'asepsie en obstétrique, Paris, 1894.
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risme aseptique, il faudra procéder d’abord à une toilette vulvaire complète, puis à une injection vaginale. « Vous ne vous contenterez pas de faire passer simplement un liquide antiseptique dans le vagin, mais vous introduirez deux doigts dans ce canal et, pendant que le liquide, de préférence une solution de sublimé(à1/5000) coulera, vous frotterez à plusieurs reprises les parois du vagin et du col pour bien en détacher toutes les mucosités ». (Tarnier, loc. cit.).
Ces précautions, qui sont celles qu'on doit prendre avant toute intervention de quelque importance par cette voie, sont, on le conçoit surtout de mise dans les cas qui nous occupent: elles ne seraient pas superflues avant même de pratiquer le toucher, en présence d’une perte de sang abondante dont les caractères peuvent faire soupconner une insertion vicieuse. L’accoucheur, les ongles coupés ras, se désinfectera les doigts, les mains et les avant-bras par les procédés habituels (brossage au savon et au sublimé à 1/1000, lavage à l’alcool pour dissoudre les matières grasses, et à la solution de permanganate de potasse à 1/2000 afin d'achever la désinfection de la peau décolorée ensuite par le bisulfite de soude) ; alors seulement il sera prêt à appliquer le tampon.
IT. — Pour préparer celui-ci, deux objets sont nécessaires, des bourdonnets et un corps gras. Les bourdonnets peuvent être faits de charpie ordinaire ou de coton hydrophile. Le coton nous semble préférable, parce que, ne s'effilochant pas comme la charpie, il rend plus facile la confection et plus tard l'enlèvement des bourdonnets entiers,
chacun d’eux formant un tout compact. Pour être en me- BOURDIER 11
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sure de l'appliquer immédiatement au moment voulu, il faut qu'il soit préparé à l’avance. Tout médecin qui se livre à la pratique des accouchements doit avoir chez lui un tampon tout prêt à être employé.
On se sera procuré une certaine quantité (500 grammes) de coton hydrophile aseptique (on le trouve aujourd’hui chez tous les pharmaciens), qu’il sera bon de suspecter et de faire passer de nouveau à l’étuve, ou tout au moins de faire bouillir dans une solution de sublimé à 1/1000 avant dérs'enservir
Avec cette ouate, étalée sur une lame de taffetas gommé préalablement trempée dans une solution antiseptique forte, les mains bien aseptisées, on fait, au nombre de 60 ou 80, des bourdonnets de la grosseur d’une noix ou d'un marron, qu'on lie avec un fil croisé aseptique afin de les rendre plus consistants et plus compacts, et qu'ils ne s'étirent pas pendant leur introduction. La moitié de ces bourdonnets devront, en outre, être munis chacun d’un fil long de 25 à 30 centimètres.
Il est préférable que ces derniers bourdonnets soient appendus à des fils séparés que fixés à un même fil en queue de cerf-volant, disposition qui rend leur introduction et surtout leur extraction plus compliquée. Les bourdonnets ainsi préparés seront conservés dans un bocal en verre hermétiquement clos et rempli d'une solution de sublimé à 1/1000.
Si l’on n’a pas de tampon préparé d'avance, il ne faut pas pour cela renoncer à une aussi précieuse méthode de traitement, car 1l sera partout possible d’en préparer un extemporanément et dans des conditions suffisantes d’a-
sepsie. Il suffira de prendre ce même coton, de faire les bourdonnets et de plonger ceux-ci dans une solution antiseptique avant de les introduire dans le vagin, si l’on n'a pas le temps de lés faire bouillir. On peut encore à défaut d’ouate, se servir avec avantage de gaze antiseptique au sublimé, au salol, à l’iodoforme, sans oublier qu'avec ce corps, on peut craindre des dangers d'intoxication.
« Si vous êtes appelé dans un pays pauvre, sans ressources, Où il n'y a ni ouate, ni gaze antiseptiques, procurez-vous du coton ordinaire qui n’ait pas encore servi (on en trouve chez presque toutes les couturières), ou, à défaut de coton, demandez de l’étoupe. Si vous en avez le temps, et vous l’aurez presque toujours, faites bouillir ce coton ou cette étoupe dans de l’eau phéniquée forte ou encore dans de l’eau simple additionnée de carbonate de soude ou de sel de cuisine, et, ce n’est qu'après avoir stérilisé par l’ébullition les bourdonnets d'ouate ou d’étoupe que vous serez autorisés à les introduire dans le vagin ». (Tarnier, loc. cit.).
Que l’on se serve d’un tampon improvisé ou préparé à l'avance, quelques instants avant leur application, les bourdonnets sont retirés du liquide où ils séjournent, bien exprimés, et reçus dans un récipient contenant une assez grande quantité (500 grammes environ) de vaseline au sublimé (à 1/1000) dans lequel on les malaxe pour les bien imprégner du corps gras qui doit les cimenter les uns avec les autres et faire de leur groupement dans le vagin, une masse compacte imperméable au sang.
Tout est prêt. Mais quelle position donner à la patiente: les Anglais préfèrent, comme pour la plupart des interven-