LECTURE PUBLIQUE
SOSEPE DOUTRE, Ecuier, Avorat, MEMBRE ACTIF DE L'INSTITUT.
17 Décemere 1850.
SUJET : — Le sixième anniversaire de la fondation de l’Institut-Canadien,
M. le Président, Mesdames et Messieurs,
L’honneur de succéder, dans cette tribune, aux personnages distingués dont les travaux, les lumieres et les talents ont jeté, sur les soirées littéraires de l’Institut-Canadien, le reflet de popularité dont elles ont joui, suflirait pour produire en moi l’émotion dont je ne puis me défendre, s1 cette émotion n’était d’ailleurs créée par le sentiment de ma faiblesse et de mon inhabilité. Quand ceux qui ont honoré jusqu’à présent cette institution de leurs travaux, ont cru devoir préparer leur auditoire, en sollicitant son indulgence, il faut que j’aie placé une
ss OL ne
foi aveugle dans la bienveillance de ceux qui m’entendent, pour consentir à me présenter devant eux en cette circonstance. Aussi je suis tenté de créer un mot nouveau, pour exprimer l’extrême mansuétude que j’ai besoin de trouver en vous.
Comme c’est aujourd’hui la première fois que l’un des jeunes membres de l’Institut ôse prendre sur lui la responsabilité de remplir le quart-d’heure que vous venez nous consacrer chaque année à cette époque, il serait peut-être de mon devoir de
{ arritr | teet ire qt pourr mem cette comm
rappeler à votre souvenir les délicieuses soirées que rappel nous avons dues aux savants et aux hommes de let- filiale
tres qui m’ont précédé. Ce serait une revue rétrospective qui ne pourrait que réveiller une admiration aussi vive que méritée, pour des travaux, où la science, la profondeur des pensées, l’esprit léger
mémo qui re l’exist res à |
et la causerie agréable se réunissaient pour instruire le tabl et amuser. Mais en vous ramenant ainsi au passé, faible je craindrais de perdre la bienveillance que j’ai est enc déjà reclamée de vous, en vous inspirant d’exiger | pas été de moi que je suive les traces de mes honorables grande prédécesseurs. Je m’efforcerai plutôt de vous dis- | dis-je traire de toute comparaison, en vous parlant si peu | toire d ! le langage de la science, que vous les perdiez com- jeunes, plètement de vue. pays « É Quoique nous en soyions aujourd’hui au sixième D esse: 1 anniversaire de la fondation de l’Institut-Canadien Dan à et que chaque année, la circonstance du jour ait été | chaque le sujet de remarques de la part de ceux qui m’ont D étre un
précédé, Je dois peut-être à ma qualité de membre juz Juger s
ancien de cette société, de trouver devant moi un champ encore inexploré.
Cet anniversaire en nous reportant à six ans en arrière, ouvre devant nous l’histoire passée, présente et future de la jeunesse canadienne. Et quel autre que l’un de ceux qui ont été de cet âge, a pu et pourrait vous en dire les particularités. Pour nous, membres de l’Institut, nous reporter à l’époque de cette association, revoir année par année l4 vie commune que nous avons faite depuis, c'est nous rappeler ces douces scènes de famille que l’amitié filiale et fraternelle grave éiernellemerst dans la mémoire et qui composeront cette vie dé sonvenirs, qui remplit à elle seule les dernières années de l'existence humaine. Pour les personnes étrangeres à l’Institut, 1l n°y aurait rien d’intéressant dan: le tableau de la création d’une petite société, bien faible et bien humble à ses premiers jours et qui en est encore dans les débilités d’une enfance qui n’a pas été entourée des soins les plus maternels par ja grande société du peuple canadien; il n’y aurait, dis-je, rien d’intéressant dans ce tableau, si Fhis-
toire de cette petite société n’était liée à celie de la
Jeunesse canadienne toute eniière, et si, dans ce pays comme partout &:liz:urs, l’histoire de la jeunesse n’était celle de la société entière.
Dans tous les pays, l’état moral et intellectuel de chaque classe de la société prise isolément, peut être un point de comparaison, d’après lequel on peut juger sainement tout le corps social. Ainsi là où
l’on trouve chez les femmes, un esprit cultivé par l’étude, où l’on rencontre chez elles, l’élégance et la grâce des manières, —la société, le peuple dont elles font partie doit nécessairement être comme elles, distingué par l’élévation de l’esprit, l’élégance et les graces. De même, si vous prenez une autre classe de la société; si vous examinez la jeunesse et que vous trouviez chez elle le goût des études sérieuses, des aptitudes pour les diverses professions qui sont ouvertes devant elle, cette moralité qui n'exclut pas la vivacité, nécessairement encore le peuple anquel appartient cette jeunesse devra être remarquable, sous toutes ces diverses attributions. Car cette jeunesse que l’on aura vue sage et sobre au milieu des dissipations qui sont dans sa nature, vient un jour à former l’âce mur de la société et à lui donner toute la force de ses vertus ;—de même que lorsqu’elle à été oisive et énervée par ses débordements, elle n’apporte à l’âge mur de fa société qu’elle compose, qu’une nature décrépite avant l’âge. S'il n’est pas absolument vrai de dire qu’on peut juger un peuple par le caractére de la jeunesse de ce peuple, il est du moins incontestable qu’on pent juger de l’avenir prochain de ce peuple par sa jeunesse. Les diverses générations d’hommes qui se succèdent, sont plus ou moins adonnées au travail ou à l’oisiveté, aux vertus ou aux vices, aux études sérieuses ou aux travaux frivoles ; la jennesse d’aujourd’hui peut, par exemple, être adonnée à la dissipation et celle qui
vient a extrê tions q nesse éprouve nératio le cara.
les sa vi et le ha avaient philoso] querellé du tem sertatio phie his des lutte formée | De mêér d'illustr:
de Napc nombre constant nesse de les class donnier les arme merveil] ainsi-dir avaient ]
les lutte
CT
par vient après nous se distinguera peut-être par une > et extrêma sagesse. C’est parmi les diverses généra- | ont D tions qui passent sur cette courte période de la jeu- | me D nesse que les mœurs, les habitudes et les goûts l an- D éprouvent le plus de variations. Mais chaque gé- AU- D nération porte avec elle dans tous les âges de la vie, | jeu- D je caractère qu’elle a pris dans un âge tendre. Ainsi des les savants du siècle de Louis XIV, dont le nombre ises D ct le haut mérite sont encore un sujet d’admiration, mo- M avaient passé leur jeunesse au sein des discussions nent D philosophiques qu’avaient commencé à soulever les esse D querelles de religion. (C’était le goût et la mode Sat- D du temps, de se mettre en état de soutenir une disvue sertation sur les plus hautes questions de philososoni phie historique, morale et religieuse. C’est an sein irde D des luttes des partis religieux et des écoles que s’est | ver- D formée la légion de savants qui ont illustré ce siècle. ner- De même quand on vient à compter la myriade âge d'illustrations militaires qui ont distingué le règne ture de Napoléon, on ne pent être surpris d’en voir le nent nombre et le mérite, quand on se reporte aux cir- Ca- constances au milieu desquelles s’est passée la jJeuoins nesse de tant de généraux renommés, sortis de toutes ain les classes de la société, depuis le forgeron et le coréné- donnier jusqu'aux héritiers de gloire séculaire dans ou les armes. Tous ces hommes, qui accomplissaient des er-
merveilles sous le grand Empereur, avaient pour ainsi-dire humé et sucé la poudre-avec le lait ; tous avaient passé leur jeunesse dans le tumulte, les cris, les luttes et les massacres de la plus effroyable
tra-
PN: -e
guerre civile, dont l’ère chrétienne ait donné Pexemple. Je pourrais multiplier la citation des enseignements de l’histoire à cet égard et tous prouveraient ce fait: que l’histoire de la jeunesse d’un peuple est l’histoire anticipée de Pavenir de ce peuple ; —et envisagé de cette façon, Jene crois pas lé sujet indigne de l’attention de cette asemblée.
La génération quia précédé les fondateurs de l’Institut-Canadien dans la jeunesse canadienne, n’offre de remarquable qu’un caractère de:parfaite uniformité avec toutes les générations qui l’avaient précédée elle même. Alors comme à présent, sans doute, elle se composait de jeunes gens diversement doués sous le rapport intellectuel ; mais les uns et les autres se perdaient dans une foule, où tout était incohérent, sans aggrézation de parties, sans corps, sans forme ; où chacun sentait son isolement et par là même sa faiblesse individuelle, où le voisin ne connaissait pas son voisin, où chacun était impuissant pour ses propres intérêts et nul pour ceux de la société.
La porte des écoles et des colléges en s’ouvrait
devant le jeune homme d’alors, le poussait dans un monde où tout lui était étranger. Lni, qui pendant huit à neuf ans n’avait parlé que le langage des poëtes, des historiens et des philosophes, se trouvait tout à coup jeté dans une foule où personne ne souf-
flait mot de latin où de grec, de litérature ou d’his-
toire. Tantôt il entendait raisonner à ses oreilles les mots: politique, revenus, taxes, commerce,
électid lait sp que Lol jamais lion ce ne SiC
sance | lions de : Side lattent entenda peut-êtr | nistre a Chambr lui fesar
veillé 1”
de la Fi
Chambr | de préc:
* Alors le en tous & sion put | d’éloc 1e | parer av:
piques d de détail.
| Système.
Mais hé] | sait pas | À pêche tél
ve- ’un eus lé
s de nne, faite ent sans erses les e, Où rties, e, où acun pour
vrait &
ns UN ndant e des ju vait souf- ’hiseilles Lerce,
| pêche télégraphique. Il y voyait seulement que le
= (Us
élections, droit public, économie ; tantôt on lui parlait sport, modes, bals, théâtre ; — mais qu’est-ce que tout cela, se demandait-il ? je n’y comprendrai jamais rien. Pourtant il étudiait comme Champollion ces nouveaux hiérozlyphes ; mais c’est à peine si chaque année il pouvait glaner la connaissance de l’une des mille petites sciences, des millions de faits dont se compose la vie du monde.
Si de grandes questions de diplomatie occupaient l'attention de l’Europe ou même de l’Amérique, il entendait dire à son voisin plus âgé : allons, c’est peut-être une guerre qui se prépare ; le premier ministre anglais a fait un discours emporté dans la Chambre des Lords ; le premier ministre français lui fesant écho dans la Chambre des Pairs, a réveillé l’ardeur guerrière et les jalonsies nationales de la France ; il s’en est suivi un décret des deux Chambres françaises qui ordonne, comme mesure de précaution, des fartifications autour de Paris. Alors le jeune homme courait chez lui, parcourait en tous sens le seul journal que la famille ou la pension put recevoir ; il s’était flatté de lire un morceau d’élogience française ou anglaise qu’il voulait comparer avec les catilinaires de Cicéron et les philippiques de Démosthènes ; il avait compté sur tant de détails qu’il aurait pu comprendre à l’avenir le système des deux Chambres anglaises et françaises. Mais hélas ! Son journal, son unique journal n’en disait pas plus long que ne le fait aujourd’hui une dé-