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rogance où l’humilité des jeunes intellisgences, toutes sont indistnctement forcées de se courber devant cette grande fnstitutrice des nations et des individus, que l’on appelle l’expérience.
Le sujet de cet essai, si simple au premier conp d’œil, est de nature à faire faire un retour salutaire à bien des jeunes gens, sur le degré de leurs prétentions d’érudition et de talens. Le besoin indispensable des leçons de l’expérience, dans une question comme celle-ci, aura, j’en suis certain, refroidi considérablement l’ardeur de la compétition, et suspendu Ja plume at les méditations d’un grand nombre «le jeunes littérateurs.
Pour ma part, je l’avoue avec une humilité dont le peu de mérite de cet essai ne pourra faire révoquer la sincérité en donte, je l’avoue, dis-je, j’ai souvent pris et ahandonné la résolution de concounr. Et ce n’est qu’à la onzième heure et plutôt pour établir la lutte, que dans l’espoir du succés, que je me suis enfin décidé à tenter un suprême effort. Dans le désespoir de ne rien trouver dans mes connaissances acquises qui pût me guider et m’inspirer, jai plusieurs fois abandonné le projet de me mettre sur les rangs.
Mais j’avais applaudi à la généreuse idée qui avait ouvert ce concours et j’éprouve un peu de satisfaction intérieure en disant que c’est la crainte seule de voir le concours désert et le prix incontesté qui m’a enfin engagé à entrer en lice.
Quand il s’agit de rechercher ee qu’un homme peut faire de mieux pendant le cours de sa vie, ponr la société et pour sa famille, il ne se présente à l’esprit que deux clefs pour arriver à une solution, et chacune d’elles ouvre la voie à une multitude de spéculations. La première, très peu sure, est celle des calculs théoriques ; la seconde, celle de Pexpérence. La prennuère est à peu de ehose prés, la
seule qui soit laissée à la plus grande partie, sinon à la généralité de ceux qui entreront en concours.
Daus cette question, qui est dans l’ordre social, la même que celle posée par les éclectiques dans Pordre scientifique, les calculs théoriques et l’expérience inettent en discussion la valeur relative des diverses professions et des différens états de vie. Mais s’engager dans une dissertation de ce genre, ce serait rendre la solution de la question impossible. Et même s’il devait résulter de cette minutieuse comparaison, qu’une profession ou qu’un certain état de vie procurât à l’homme plus de moyens de remplir fructueusement sa carrière pour Ja société et pour sa famille, on n’arriverait tout au plus qu’à une solution théorique et non à un résultat pratique. Car il est pratiquement impossible et 1l serait dangereux pour la société, qu’il existât dans son sein un état de vie, qui prévalût à ce point eur les autres classes de la société. Le fait serait pratiquement impossible en ce que cet état de vie priviiégié serait bientôt encombré et le fait deviendrait par là même dangereux.
D'ailleurs si l’on ser'te un peu les motifs qui déterminent les homines dans le choix d’un état de vie, on verra que le plus souvent il n’entre aucun calcul de phila:atropie ni d’égoïsme dans ce choix et qu’en cela le goût est le plus puissaut directeur de la conduite des hommes.
Or le goût ayant une fois tracé tonte la carrière de l’homme, et l’homme ne revenant presque jamais sur lui-même, pour s’engager dans une nouvelle route, il serait ans tous les cas parfaitement oiseux, pour la wénération présente, de résoudre la question de savoir quel veut être le meilleur état de vie, et ce donner la palme à une profession quel-couque. Et puis si dans une telle disseitation on ativait à uue solution, de ce ‘senre, elle produirait
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inévitablement le mal qui vient d’être signalé : encombrement, et on le sait, l’encombrement est toujours la ruine de la profession ou de la carrière où il a lieu.
Pour entrer dans la pensée de l’homme généreux, disons du citéÿen modéle, qui a ouvert ce concours, il faut, si je ne me trompe, placer la question sur un terrain mfiniment plus large et dans des condilions à produire des considérations plus utiles à notre société canadienne.
Admettant d’abord que de tous tems les hommes seront guidés, dans le choix d’un état de vie, par leur goût, plutôt que par aucune autre considération ; que le goût et les besoins de la sosiété nroduiront toujours ane aussi grande variété d'états de vie que par le passé et qu’il est utile et nécessaire que la famille humaine soit partagée en toutes les différenles classes que crée aujourd’hui la diversité des professions, —1l ne s’agit pas de savoir daus laquelle de ces professions on peut’ rendre le plus de services à la société et à la famille, mais comment et indislinctement, dans aucun état de vie, un citoyen peut le plus fructueusement employer son existence, — pour la société et pour sa famille. La question ainsi posée exprime, je crois plus fidèlement la pensée qui l’a dictée ; mais elle est infiniment plus diffivile à résoudre qu’elle ne le serait, si elle était circonscrite dans la comparaison des divers etats de vie,
Un grand nombre de personnes habituées à n’agir que dans le cercle rétréc: des intérêts individuels, et à ne voir rien au delà de ce qui peut immédiatement bénéficier où nuire à leur condition pce eu sont vennes au point de croire que e soin que l’on porte aux affaires publiques est non seulement mcompañble avec celui des affaires privées, mais qu'il lur est directement adverse. Et
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vice versä, ces mêmes personnes sont arrivées à la conviction que le soin des interêts publics devait amener comme Conséquence immédiate non seule. ment la négligence des intérêts privés de la famille, mais presque leur sacrifice entier.
Cette opinion n’est pas seulement celle des classes ignorantes ; elle a été partagée et elle l’est encore par des personnes instruites ; elle est même parvenue au point de faire doctrine.
Sans cesser d’être fansse, cette doctrine est néanmoins appuyée sur des faits qui lui impriment un certain cachet de vérité apparente.
Je m'explique :
Dans les sociétés aristocratiques, comme celle de la France, sous la monarchie, comme celles des gouvernemens absolus de l° Europe, il existe un certain ordre de choses qui est de nature à revêtir cette doctrine d’apparences spécieuses.
Dans ces societés, le gouvernement est regardé comme un ennemi perpétuel, dont l’existence est néanmoins acceptée par quelques uns comme nécessaire pour le maintien de lordre, par d’autres, et c’est le plus grand nombre, comme la raison du plus fort, c’est-à-dire parce que le gouvernement s’inpose lui-même. Le gouvernement prenant ainsi le caractère d’un ennemi aux veux de la population, il s'établit une lutte sans intermittence entre les individus et la sociêté représentée par le gouvernement. Ceux mêmes qui dirigent le gouvernement, quoique plus instruits que la masse de la population, s’impreisnent de l’esprit général, malgré eux, et en assumant la direction des & iffaires, ils le font avec la disposition de souteuir une lutte sans trève avec la masse de la population.
Aiusi d’un côté, ceux aue le souverain absolu appetie à la direction des affaires, ne regardent pas Île peuple, comine un corps composé d’ mdividus dont
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chacun a intérêt à la prospérité et à la grandeur de. l’état, mais comme une réunion d’esclaves mutins. e: récalcitrans, avec lesquels ils n’ont d’autre rap-
port que celui qui existe entre le planteur et le noir. Dans cet esprit, l’impôt que l’état exige de l’homme
du peuple, n’est pas regardé par le gouvernant,
comme une juste redevance au’il a droit de perce-
voir pour le maintien de la société, mais comme la rançon du faible payée au fort. Sous de tels gou-
vernemens, les ministres marchent perpé'uellement. à la conquête d’un nouvel impôt, et pour emporter ui succès de ce genre, ils s’efforcent de rendre Île: souvernement de plus en plus redoutable au peuple,
afin d’arracher à la peur, ce qu’ils ne pourraient. obtenir du bon sens public. Cette lutte du gouver-
nement, pour la conquête d’un impôt, se poursuit
avec d’autant plus de vigueur, que le gouvernement
a le moins de besoin d':"« augmentation de reve-. nus. Cet esprit de coiï, :£te n’est jamais arrêté que. par la crainte d’une révolution. Le peuple est per-
pétuellement dans un état mixte de soumission phy-sique et de rébellion morale ; et tant qu’il est pos-
sible de maintenir cet équilibre par la force et la
peur, lPimpôt gravit tranquillement Péchelle qui
méne aux révolutions. Quand il les frise de trop. près, 1l redescend pour le moment, sauf à reprendre. sa revanche, quand la peur anra fait reculer l’es-. prit insurrectionnel. Dans un besoin public, dans. une guerre avec l'étranger, par exemple, lesprit: de lutte disparait et la raison publique ne laisse ja-mais le gouvernement en défaut, quel qu’odieuseque soit la forme de ce gouvernement.
Celui donc qui accepte du souverain une fonction publique, semble faire scission avec la société au milieu de laqnelle il a vécu; il s’en détache pour adjondre au corpsennemi. Jusque là 1l avait été. en lutte avec le gouvernement, contre lequel il avait »
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