‹ Institut-Canadien en 1852 [microforme]Chapitre 55 sur 69 · RE REA · texte numérisé non relu

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eu à défendre ses intérêts individuels; mais dans <e moment, il s’opère en sa ‘personne la confusion du maître et de l’esclave. Ses intérêts individuels n’ont pas plus besoin de ses efforts pour les défendre contre l’autorité; car en premier lieu sa condition privée est assurée par une grasse rétribution et des faveurs sans nombre de la part du sonverain, puis devenant lui-même l’instrument du pouvoir, 1l sait qu’il ne tiendra qu’à lui de ne pas se blesser soi-même. De ce moment le ministre ne s’occupe plus de lui-même et de ses intérêts privés, tonte son attention se concentre dans le soin des intérêts publies,

Ou pourrait maintenant discuter si ce ministre nouvellement parvenu et dont la position repose uniquemant sur la faveur de son maître, cherche à employer son existence pour le bien-être de la société, telle que nous l’entendons ou pour le bienêtre particulier de son prince. Mais cette question nous ferait sortir du sujet qui nous occupe.

D'un autre côté la masse du peuple ne regarde pas le gouvernement comme une expêce de mandataire qui est chargé de veiller à la protection de sa personne et de ses biens et qui, dans l’exécution de son mandat, peut avoir besoin de quelques avances qu’il prend sous forme d’impôts ;—elle ne voit en lui qu’une famille qui veut vivre dans le luxe, la grandeur et loisiveté et qui, pour satisfaire cette triple passion, lui arrache le fruit de ses sueurs. Les ministres du prince ne sont guères vus d’un meilleur œil; eux aussi sont des persécuteurs de la masse du peuple, de la société.

Les individus vivant ainsi dans la crainte des gouvernans, s’isolent de la tête de la société, du gouvernement. À leur opinion la société les perséante et les vole sans cesse et bien loin de sentir la disposition de lui faire quelques sacrifices, ils r8-

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gardent comme un devoir de la haïr, Ils se gardejont également bien de rendre service à leurs semblables en élevant la voix contre cet ordre de choses, Car ils mettraient en péril l’existence de leurs familles.

Chez les uns et chez les autres donc, chez le gouvernant comme chez l’homme du peuple, la cônviction est la même, dans les sociétés aristocratiques : on ne peut dans les rangs de la société, servir la société et sa famille en même tems.

Cette doctrine quoique fausse sous plusienrs rapports, même pour les sociétés aristocratiques, ainsi qu’il serait facile de le démontrer, si c’en était le heu, ne peut convenir, en ce qu’elle a de vrai, qu’aux sociétés aristocratiques.

En Canada, où la forme de gouvernement quoique très vicieuse, ne peut souffrir qu’une société démocratique, cette doctrine n’a absolument rien de vrai et perd tout ce qu’elle peut avoir ailleurs de spécieux. Bien loin même de posséder quelque chose de vrai, elle ne pontrait, si elle était mise en pratique, que ruiner la société et la famille.

Et pour l’homine en qui cette opinion a acquis le caractère d’une profonde conviction, l’idée même d'offrir ce texte comme le sujet d’un concours public, devient nne manifestation évidente de la transformation d’idées qui s’opère dans les esprits, durant la transition où se trouve actuellement la société d’un état aristocratique à une organisation démocratique, d’un gouvernement absolu à un gonvernement libre. La pensée d’offrir un pareil sujet au concours, ne serait probablement venue à l’esprit de personne, il y a douze à quinze ans.

En effet, si l’on remoute cette courte période de notre histoire politique, on retrouve en Canada la même lutte que celle que j’ai siynalée plus haut dans les sociétés aristocratiques de l’Europe, entre

Ja société représentée par le gouvérnement et les individus, A cette époque le gouvernement était regardé comme l’ennemi naturel du peuple. Celui qui voulait accroître son bien-être individuel et celui de sa famille, celui qui voulait acquérir de la fortune, croyait devoir adopter comme premier principe d’économie, de n’avoir rien à démêler avec le gouvernement. Aussi s’en isolait-il avec soin, fuyait-il toute occasion de se laisser mettre en évidence et d’attirer sur fui l’attention des gouvernans.

Si le citoyen que l’égoisme absorbait moins se risquait à donner quelque soin aux intérêts de la société, ou il ne le faisait que dans le cas où la fortune de sa famille était assurée pour toujours, ou il se laissait dominer par un dévouement héroïque ;— il fesait d’avance le sacrifice des carrières lucratives et du bien-être matériel pour lui-même et pour sa famille, C’était une espèce de vœu de pauvreté qu’il fallait faire à la société en prenant ses intérêts en mains.

S’il fallait chercher la démonstration de cet avancé dans quelques exemples, il sufhrait de jeter un coup d'œil autour de nous, et plusieurs des hommes qui ont fait partie de notre ancienne chambre d’assemblée seraient autant d’exemples vivans. La plupart d’entre eux sont restés pauvres, s’ils l’étaient avant d'entrer dans la vie publique, et ceux qui avaient quelque fortune de famille n’en ont pu sauver que quelques bribes de la lutte.

Etre utile à la société et à sa famille était alors an paradoxe 3 il fallait nécessairement se dévouer Sans réserve à l’une où à l’autre.

Je disais il y a un instant que la doctrine de lincompatibilité du soin des intérêts publics avec celui des iutéiêts privés, ruinerait la société et la famille, duns un pays démocratique, si elle était œéuéralement mise en pratique, et je n'hésite pas à maiute-

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nir qu’en effet cette doctrine déjà fausse et préjudiciable dans une société aristocratique, serait ruineuse et fatale chez un peuple qui jouit d’institutions démocratiques.

Dans les aristocraties pures, le souverain, qui jouit et doit jouir de la puissance par une succession perpétuelle, à un intérêt direct dans la prospérité de ja nation, car plus la nation est forte et grande, plus Ja famille du souverain est elle-même forte et grande ; plus la nation est prospère, plus elle peut supporter d’impôts, plus elle peut, par conséquent, donner de jouissances au souverain. Pour son propre intérêt personnel, le souverain est engagé à a1der aux individus qui composent la nation à deve- Jupper leurs ressources industrielles et à augmenter leurs fortunes. C’est une dîme que le souverain: rrélève, et cette dîme suit le sort des fortunes indi-viduelles. Et comme cet intérêt n’est pas pour lui passager, qu’il est continu, en se perpétuant dans sa génération, 1l ne peut être engagé à pressurer tout d’un coup son peuple, pour en extraire des. revenus fort disproportionnés avec la fortune publique. Dans cette condition, le souverain imprime à ses ministres une conduite qu’ils ne suivraient pas toujours s'ils étaient laissés libres dans la satisfaction de leurs passions et de leurs instincts. L’administration des fonds publics est là surveillée de près ; car les dilapidations et le péculat ne pouraient s’y exercer qu’au préjudice du maître ; cha que somme d’argent détournée du coffre public serait ravie au prince aussi bien qu’à la nation. Et d'ailleurs les ministres d’un souverain absolu ont un intérêt à peu près analogne à celui du prince: dans la prospérité publique. La condition de leur oflice est intimement liée à celle du prince et est soumise aux mêmes causes de grandeur et de ruine. Le ministre sachant donc qu’il dépendra de lui

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