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de commander à sa fortune et de maintenir sa haute position, se gardera bien de la mettre en péril, soit en violant les instructions du prince, soit en excitant dans le peuple une haine puissante qui aurait son contrecoup sur le prince.
Ceux donc qui, dans les aristocraties pures, consacrent exclusivement leur existence au soin des intérêts publics sont tenus, par leur propre intérêt, à certains devoirs, de l’accomplissement desquels les in:lividus et la société profitent.
Quant aux individus eux-mêmes qui, par l’état de la société, sont renfermés dans le soin de la famille, ils ne peuvent que difficilement souffrir de Poubli et de l'indifférence qu’ils professent pour Padministration des affaires publiques. S'ils ne s’expliquent pas à eux-mêmes aussi clairement que je viens de le faire, pourquoi le souverain est intéressé à leur prospérité matérielle, 1ls le sentent instinctivement, ils abandonnent assez volontiers le soin de surveiller la manière dont les impôts qu’ils paient sont employés.
Je ne prétends pas dire que cette façon d’entendre les choses et de les mettre en pratique soit ce qu’il peut y avoir de mieux pour les sociétés aristocratiques, je veux seulement faire voir qu’il n’en découle pas tous les maux qui pourraient en résulter dans une autre espèce de société.
Il en est tout autrement dans les sociétés démocratiques. Là rien ne peut atténuer les maux dont Ja doctrine de la séparation des intérêts publics d’avec les intérêts privés est la source. Il n°y a rien que la somme de ces maux qui puisse y apporter remède, et ce remède n’est autre que la reconnaissance et la mise en pratique de la doctrine tout opposée, —de la doctrine DE LA SOLIDARITÉ ENTRE LES INTÉRETS DE LA SOCIËTS ET CEUX DE LA FAMILLE ET DES INDIVIDUS,
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D’aristocratique qu'était naguères notre système da gouvernement, il est devenu assez démocratique pour imprimer à notre société une physionomie invinciblement démocratique. Or si notre gouvernement seul avait changé de forme ; si la société devait conserver les notions qu’elle avait reçues d’une forme de gouvernement qui n’est plus; si la doctrine de l’incompaubilité du soin des intérêts publics avec celui des intérêts privés devait subsister, il est facile d’en calculer les maux qui en résulteraient infailliblement.
Je dois exprimer tout d’abord mon intime conviction que ces maux ne pourraient subsister longtems ; car ils auraient bientôt atteint un tel degré de gravité, qu’ils appelleraient l’attention de tout le monde et apporteraient le remède avec eux. C’est là l’avantage qu’une société démocratique possède sur un peuple révi par des institutions aristocratiques. Chez ce dernier le mal est déguisé, puis imposé bon gré malgré ; d’ailleurs il est moins vif, moins violent et pour cela même plus durable. Chez les peuples démocratiques, les vices de ce genre atteignent bientôt un tel degré d’acuité que chaque individu les ressent, ne peut les supporter et est engagé à les faire disparaitre. Il y est d’autant plus plus facilement amené qu’il voit entre ses mains les moyens légaux de les faire disparaîre ; —chose qui n’existe pas pour le sujet d’un souverain absolu.
Mais la transition pendant laquelle le mal se fait sentir est plus ou moins longue, suivant que les notions des âges passés sont plus ou moins enracinées, suivant que la société est plus ou moins habituée :à souffrir.
Or il est malheureusement vrai que notre société a des notions séculairement fausses à changer ; il est encore malheureusement vrai que notre société est séculairement habituée à souffrir et qu’il faudsa
que l’aiguillon du mal pénètre bien ‘avant pour étre senti. Nous sommes entrés dans la période de tran-
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sition la plus pénible, peut-être, de notre histoire blic politique. Déjà des impatiens la trouvent trop lon- EXP gue ils ont commencé par lutter faiblement contre triel le passé ; la résistance qu’ils ont éprouvée ne les à que pas rebutés, mais commence à les exaspérer. Bien- ble tôt on verra peut-etre l’esprit de parti faire rétrogra- tion der ceux qui ne sont pas encore dépouillés des lan- un ges du passé, bien en arrière de ce que veulent leurs un h instincts et l’élan de leurs cœurs vers un meilleur pout état de choses :—bientôt, d’un autre côté, on verra rissa le même esprit de parti pousser ceux qui sont déjà passe ] arrivés à l’esprit démocratique, à outrepasser les li- pêtue À mites que prescrit elle-même la démocratie saine raîtro 4 et bien entendue. Ces deux camps une fois formés, mam 1 on ne pourra voir que dans un avenir très éloigné à qui Î lP’ext'nction des luttes haineuses qui se succèderont de l?e : ‘entre eux. Il est à observer, et tous les écrivains cieux 1e politiques de quelque poids ont remarqué, que les maté IN partis ne disparaissent qu’avec les denx ou trois gé- moye DE nérations qui se sont imbues de l’esprit de ces par- L?i À | tis. vulya LE Il est donc de la plus hante importance de signa- LE trava NE Ter de bonne heure les causes déjà existantes de la adres 1 | formation de ces partis et des haines qui les anime- teur, ï | 4 ront, en même tems que les moyens d’éviterces D les au h. écueils. En un mot le but de tous ceux qui aiment enfin 1\ deur pays doit étre de rendre anssi courte que possi- de se % ble la transition entre des institutions aristocratiques sa far { et un état de société démocratique. Et je ne «ioute lourd If nullement que c’est là l’esprit qui a dicté le sujet Æ des a 1 “le ce concours. Il vor il | | Le texte du concours a ponr bnt de faire tronver rir ’h LA Je remêde ;—cherchons d’abord le mal auquel il A fans; 17 doit être appliqué, et quand nous l’aurors trouvé le LE ans d remède se présentera de lui-même. l’hom
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Dans une société démocratique, si vous conservez idée que les hommes qui ont à cœur l’intérêt public doivent négliger leurs intérêts privés, vous vous exposez à vous voir exploiter par quelques industriels politiques, qui auront de plus saines notions que vous et qui chercheront et trouveront iufailliblement leur intérêt individuel, dans ladministiation des affaires publiques que vous fuyez comme un mal. Ici, vous n’aurez pas, à la tête de l’état, un homme qui travaillera à perpétuer sa position pour des siècles à venir, à constituer ün empire florissant pour Ini-même et sa postérité ;:—-vous verrez passer devant vous une succession, en solution perpétuelle de continuité, d’hommes qui vous apparaîtront aussi rapidement que les météores du firmament. Indifférens et oublieux, vous abandonnez, à qui veut la prendre, l’administration des affaires de l’état, eh bien! ce sera toujours le plus audacieux et le plus retors, le plus avide de jouissances matérielles qui s’en emparera, comme du plus court moyen d’arriver à la possession de ces juissances.
L’industriel politique, lui, laissera là ces voies vulaire- qui mênent si difficilement à la fortune, il travaillera à exploiter les préjugés, à mentir avec adresse, à faire entrevoir en sa personne un protec:teur, un sauveur de la patrie ;—1l captera de la sorte les suffiases peu éclairés du peuple et il arrivera eufin à son but. Aux yeux du peuple, il aura l’ar de se sacrifier pour lui, d’abandonner là le soin de sa famille et de sa fortune, d’accepter un fardeau lourd et sans profit ;—mais pour lui, administration des affaires, c’est la fortune qui lui arrive toute faite. Il vous aura fallu vingt ans, trente ans, pour acquérir humble patrimoine que vous destinez à vox enfans; il n’aura fallu à lindustriel que quatre à cinq ans d’hahiles intrigues pour parvenir à cette fin de Phomme sur la terre.
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Si vous n’exercez pas une surveillance aotive sur vos mandataires, vous croirez peut-être gagner beaucoup à vous occuper exclusivement de vos affaires privées, et tont le tems que vous passerez ainsi dans l’isolement de la chose publique, ne sera pas seulement du tems perdu pour la société, il la sera pour vous-mêmes, car ces mandataires profiteront de la liberté d’agir que vous leur laissez, pour faire leur fortune et celle de leurs parens et de leurs amis à vos dépens. Ce mandataire verra dans une époque très prochaine l’expiration de son mandat, et plus cette époque sera rapprochée, plus ses efforts seront grands pour accumuler.
Croire que la noble ambition de gouverner longtems par le prestige d’un nom pur et d’actes patriotiques, contiendra dans le devoir ceux que vous auez investis d’une puissance sans contrôle, serait méconnaître le cœur et l’esprit humains, et la valeur réelle des faveurs populaires. La faveur populaire n’est pas toujours décernée au plus digne, elle tombe aussi souvent sur le plus habile, quelque soit l’équivoque de son caractère.
La faveur populaire est une femme au cœur sensible, que de belles formes extérieures, que des dehors élégans, que de douces paroles gagnent faci- Jement, et qui, comme cette femme sensible, s’expose par ce premier mouvement du cœur, à se voir cruellement trompée, quand ee séducteur aura révêlé tout son être. Sans doute que le peuple saura choisir assez souvent de ces âmes d’élite qui ne lui mentiront pas et qui garderont militairement leur parole; mais s’il ne s’habitue pas à les suivre de près, s’il n’a d'action politique qu’au moment du choix d’un mandataire, et si de ce moment, il se retire silencieusement dans ses foyer« et laisse la machine gouvernementale suivre ce qu’il croit étre un rouage mécanique, le choix de ces hommes d’é-
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lite sera un accident, une pure chance, et on peut le dire sans exagération, une exception à la règle générale.
Je disais que ce serait méconnaître l’esprit humain et la valeur réelle de la faveur populañe que de croire à la poésie des dévouemens publics, sous le système du laisser-fair:: et je viens de l’établir en partie, en peignant la vacillité de la faveur populaire et la légèreté de ses motifs d’action. Je dirai encore que si on est porté à dénier le génie, l’esprit des grandes choses, le patriotisme et la grandeur d’âme à ceux qui veulent capter les suffrages publics, il fant au moins leur accorder ces vulgrires
rudimens de la vie publique, qui font apercevoir une
idée propre à soulever les préjugés d’un moment, à exciter une passion passagère ; enfin 1l faut levr accorder l’esprit des petites choses, l’esprit des instincts. Et pour eux, ce ne sont pas les grandes entreprises publiques, les grandes choses qui doivent attirer l’attention d’un administrateur public; ils ne pourraient d’ailleurs concevoir de grandes choses ;—ce n’est pas à l’âme, au cœur du peuple qu’ils s’adresseront, ce sera’ à ses instincts les pius brutaux, aux angles les plus saillants de sa condition, quand même ils seraient une nécessité du moment.
Or il est un autre rudiment de l’économie sociale qui est tout aussi vulgaire, c’est celui qui porte tout homme à rendre hommage à la raison humaine, à reconnaître que s’il est vrai que l’esprit du peuple est exposé à s’égarer quelquefois, i! Le peut manquer d’être bientôt dominé par la raisou, et de rentrer bientôt dans le sentier que lui a tracé la main ee qui a créé son être physique et son être moral.
Les industriels politiques comprennent cela mieux que les plus habiles et les plus ardens patriotes ; ils comprennent que la raison publique finira par les
connaître, qu’ils disparaitiont de la surface proëminente, où ils ont réussi à se placer par l’intrivue. Alors au sacrifice de leur nom et de leur houneur publics, ils profitent du court espace de tems qui leur est laissé pour accumuler les élémens des jouissances matérielles qu’ils convoitent ; ils épuisent à leur profit toutes les sources de revenus publics, surchargent le peuple d’impôts indirects, accaparent par eux-mêmes et par leurs parens et amis toutes les positions lucratives. Comme le terme qui leur est fixé pour éprouver de nouveau la faveur populaire, leur semble toujours trop court, ils travaillent à la prolonger, en surprenant encore une fois les suffrages débonnaires et insoucians, Pour cela, ils font des lois d’exception, qui ne doivent profiter qu’à leur fortune personnelle ; ils enchevétient un réseau d’intrigue et de corruption administiatives, qui met à leur disposition non seulement une légion d’employés publics, mais encore une légion triplement plus nombreuse d'individus qui attendent et cherchent des positions lucratives et honorifiques. [ls réussissent par ce moyen à surprendre encore une fois la bonne foi du peuple et à continuer son exploitation.
Je l’ai dit et ce n’est pas trop le répéter: ce systême de laisser-faire ne peut durer longtems il entraîne nécessairement des maux si euisants, qu’il ne peut tarder à tirer les plus insoucians de l’indifférence, Tout le monde s:nt bientôt la misère qui Paccable, les entraves qui gènert sa liberté, les empiétations du fisc, l’improdactibilité de son travail, comparée à ses plus pressans besoins,—et tout le monde sélève et pousse de concert un cri formidable contre la cause de cette misère publique. Ce résultat est inévitable, nécessaire,
Mais n’est-ce pas ne bien triste alternative que celle d’atteudre le remède d’uu iual de la violence
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même de ce mel? Ne serait-il paa plus rationnel de prévenir le mal, quand il en est tems, que d’attendre que la réaction s’opère dans la violence du mal? Oui, assurément, et tout le monde reconnaitra qu’en morale comme en physique, il est du devoir de l’homme consciencieux, et vraiment ami de Phumanité d'éviter le mal pour n’avoir pas à le guérir.
Nous sommes, en Canada, dans des circonstances politiques, où toutes ces considérations, exposées à la hâte, doivent venir à l’esprit de tout le monde. Nous sommes dans une époque de transition d’un système aristocratique à un état de société démocratique ; et je ne crois pas me tromper, en disant que le sujet de cet essai a été inspiré par la pression du sentiment général, qu’il faut rendre cette transition aussi courte que possible.
Qu’il reste encore dans notre système de gouvernement des élémens aristocratiques, dont Putile ou préjudiciable influence puisse être sujette à discussion, il n’empêche pas que nous ayons les premiers élemens d’un gouvernement populaire, et ce fait, que tout le monde est forcé de reconnaître, constitue irrévocablemeat, dans le pays, une société essentiellement démocratique qui ne peut être régie avantageusement que par des principes démocrati-
Or, le premier de ces principes, et j’entre ici dans le vif de la qnestion, au moins comme je l’entends, est celui de L’INTERET BIEN ENTENDU. Ce que j’avance ici n’est pas une doctrine de conven- Uon, qui aurait pu être agréée entre quelqnes éco: nomistes ou écrivains politiques, c’est une doctrine foudée sur l’histoire des peuples démocratiques, sur des faits et non sur des idées spéculatives, enfin sur les mœurs nécessaires d’un peuple qui se gouverne
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lüi-même ;—je ne soumets donc pas un texte de controveise théorique, j’extrais des actes des hommes un fait patent et nécessaire, sur lequel je ne fais plus qu’attirer l’attention des esprits graves.
Ce que j’ai dit jusqu’à présent n’est qu’une énonciation anticipée des faits et des expériences, au milieu desquels l’observateur a recueilli cette doctrine, que je considère comme un précieux enseignement.. Je ne ferai maintenant que l’élucider, pour faire seutir l’â-propos et l’application de ce que j’ai déjà dit.
Quand on envisage d’un seul coup-d’æil la diversité des professions, des métiers, des classes, des
conditions et des états de vie qui partagent la so-
ciété, et qu’il s’agit de trouver une règle commune pour tout le monde, un moyen d’application géuérale, suivant lequel le citoÿen puisse employer le plus utilement <on existence, tant pour Îla société que pour sa famille, il se présente à lesprit une immense variété de moyens spéculatifs. Mais au milieu de cette innombrable variété de théories qui peuvent se présenter à l’esprit du penseur, je défie d’en trouver une qui soit plus applicable aux mœuis, plus usuelle, plus conforme à l’esprit, aux penchans, aux inclinations et aux actes ordinaires des humains, que celle de l’intérét bien entendu.
Avant tout, je dois déclarer que je ne m’attribue pas l’honneur d’avoir recueilli cette doctrine sur les faits qui la font ressortir. Un livre qui fera époque dans la science politique et dans l’économie sociale, la démocratie en Amérique, de M. De Tocqueville, m'a le premier empreint de la vérité de cette ductrine.
M. De Tocqueville n’a touché la question qu’en passant et néanmoins quand, après avoir lu son livre tont entier, je me suis demandé à moi-même quel était Je plus grand enseignement que j’en avais 1e-
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tiré, quelle était la doctrine la plus vraie en même tems que la plus utile que j’y avais trouvée, j’ai été forcé de reccanaître que cette maxime de l’intérêét dien entendu, mise en circulation et une fois adoptée comne la base des actes privés et publics dr citoyen, serait la plus productive de résultats avän'ageux, pour une société comme la nôtre. Le passage de M. De Tocqueville auquel je fais allusion est court et comme tout ce que j’ai dit jusqu’à présent et tout ce que j’ai encore a exprimer, n’est pour ainsi dire que la démonstration de sa pensée ;—je ne puis mieux faire.que de le citer textuellement.
‘ Lorsque le monde était conduit par un petit nombre d'individus puissans et riches, ceux-ci aimaieut à se former une idée sublime des devoirs de l’homme ; ils se plaisaient à professer qu’il est glorieux de s’oublier soi-même et qu’il convient de faire le bien sans intérét, comme Dieu même. C’était la doctrine officielle de ce tems en matière de morale.
‘ Je doute que les hommes fusserit plus vertueux dans les siècles aristocratiques que dans les autres, mais il est certain qu’on y parlait sans cesse des beautés de la vertu; :ls n’étudiaient qu’en secret par quel côté elle est utile; mais, à mesure que Pimagination prend un vol moins haut, que chacun se concentre en soi-même, les moralistes s’effraient à cette idée de sacrifice, et ils n’osent plus l’offrir à Pesprit humain; tds se réduisent donc à chercher si l'avantage individuel des citoyens ne seraît pas de travailler au bonheur de tous, et, lorsqu’ils ont découvert un de ces points où l’intérêl particalier vient se rencontrer avec l’intérél générul et à s’y confondre, ils se hätent de le mettre en lumière. Peu à peu les observations semblables se multiplient; ce qui n’était qu’une remarque isolée devient une doctrine générale, e{ Por croit enfin aper-
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cevoir que l’homme en servant ses semblables se sert lui-même, et que son intérêt particulier est de bien faire.
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Aux Etats-Unis, on ne dit presque point que la vertu est belle. On soutient qu’elle est utile, et on le prouve tous les jours. Les moralistes américains ne prétendent pas qu’il faille se sacrifier à ses semblables, parce qu'il est graud de le faire; mais ils disent hardiment que de pareils sacrifices sont aussi nécessaires à celui qui se les impose qu’à celui qui en profite.
‘6 Ils ont aperçu que, dans leur pays et de leur tems, l’homme était ramené vers lui-même par une force irrésistible, et, perdant l’espoir de l’arrêter, ils n’ont plus songé qu’à le conduire.
‘6 Ils ne nient donc point que chaque homme ne puisse suivre son intérêt, mais ils s’évertuent à prouver que l’intérêt de chacun est d’être honnête.
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‘Il y a longtems que Montaigne a dit: * Quand pour sa droiture je ne suyvray pas le droit chemin, je le suyvray pour y avoir trouvé par expérience, qu’au bout du compte c’est communément Île plus heureux et le plus utile.”
‘€ La doctrine de l’intérêt bien entendu n’est donc pas nouvelle, mais chez les Américains de nos jours elle a été universellement admise ; elle y est devenue populaire, on la retrouve au fond de toutes les actions, elle perce à travers tous les discours. On ne la rencontre pas moins dans la bouche du pauvre que dans celle du riche.
‘ En Europe, la doctrine de l’intérêt est beaucoup plus grossière qu’en Amérique, mais en même tems elle est moins répandue et surtout moins montrée, et lou feint encore parmi nous de grands dévouemens qu'on ia plus.
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Les Américains au contraire, se plaisent à expiquer, à l’aide de l’intérêt bien entendu, presque tous les actes de leur vie ; ils montrent complaisamment comment l’amour éclairé d’eux-mêmes les porte sans cesse à s’aider entr’eux, et les disposent à sactifier volontiers au bien de l’état une partie de leurs tems et de leurs richesses.
‘€ L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit facilement et la retient sans peine. S’accomodant merveilleusement aux faiblesses des hommes, elle obtient facilement un grand empire, et il ne lui est point difficile de le conserver, parce qu’elle retourne l’intérêt personnel contre lui-même et se sert, pour diriger les passions, de l’aiguillon qui les excite.
‘6 La doctrine de l’intérêt bien entendu ne produit pas de grands dévounemens ; mais elle suggère chaque jour de petits sacrifices $ à elle seule elle ne saurait faire un homme vertueux, mais elle forme une multitude de citoyens réglés, tempérans, modérés, prévoyans, maîtres d’eux-mêmes ; et, si elle re conduit pas directement à la vertu par la volonté, elle en rapproche insensiblement par les habitudes.
*€ Si la doctrine de l’intérêt bien entendu venait à dominer entièrement le monde moral, les vertus extraordinaires seraient sans doute plus rares. Mais je pense aussi qu’alors les grossières dépravations seraient moins communes. La doctrine de l’intérêt bien entendu empêche peut-être quelques hommes de monter fort au-dessus du niveau ordinaire de Phumanité; mais un grand nombre d’autres qui tombent au-dessous la rencontrent et s’y retiennent.
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‘Considérez quelques individus, elle les abaisse, Envisagez l’espèce, elle l’élève.
‘€ Je ne craindrai pas de dire que la doctrine de intérêt bien entendu me semble, de toutes les théories philosophiques, la mieux appropriée aux besoins des hommes de notre tems, et que j’y vois la plus puissante garantie qui leur reste contre eux-mêmes. C’est donc principalement vers elle que l’esprit des moralistes de nos jours doit se tourner. Alors même qu’il la jugeraient imparfaite, il faudrait encore l’adopter comme nécessaire.
‘ Je ne crois pas à tout prendre qu’il y est plus d’égoïsme parmi nous qu’en Amérique ; la seule différence, c’est que là, il est éclaire et qu’ici il ne l’est point. Chaque Américain sait sacrifier une partie de ses intérêts pour sauver le reste. Nous voulons tout retenir, et souvent tout nous échappe.
‘€ Je ne vois autour de moi que des gens qui semblent vouloir enseigner chaque jour à leurs contemporains, par leur parole et leur exemple, que l’utile n’est jamais déshonnête. N’en découvrirai-je donc point enfin qui entreprennent de leur faire compiendre comment l’honnête peut-être utile.
Il n°y à pas de pouvoir sur la terre qui puisse
empêcher que lPésalité croissante des conditions ne
porte l’espuit humain vers la recherche de l’étude.
‘4 I] faut donc s’attendre que l’intérêt individuel deviendra plus que jamais le principal, sinon l’unique mobile des actions des hommes; mais il reste à savoir comment chaque homme entendra son intérêt individuel.
‘6 Si les citoyens en devenant égaux, restaient ÿgnorans et grossiers, 1l est difficile de prévoir jus+ qu’à quel stupide excès pourraient se porter leur égoïsme, et l’on ne saurait dire à l’avance dans Quelles honteuses misères ils se plongeraient euxmêmes, de peur de sacrifier quelque chose de leur bieu-étie à la prospérité de leurs semblables.
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‘ Je ne crois pas que la doctrine de l’intérêt, telle: qu’on la prêche en Amérique, soit évidente dans toutes ses parties ; mais elle renferme un grand nombre de vérités si évidentes, qu’il suffit d’éclairer les hommes pour qu’ils les voient. Eclairez les douc à tout prix; car le siècle des dévouemens. aveugles et des vertus instinctives fuit déjà loin de nous, et Je vois s’approcher le tems où la liberté, la paix publique et l’ordre social lui-même ne pourront se passer des lumières.??
En relisant cette dernière phrase, il m’a semblé: trouver en M. De Boucherville ce citoyen philantrope qui veut la diffusion des lumières parmi ses concitoyens, qui sent que sans la compréhension deses devoirs envers la société, le citoyen ne peut être utile à lui-même ni à sa famille, et il m’a semblé voir, dans l’énoncé du sujet de ce concours, la. pensée de l’écrivain distingué que je viens de citer.
Au prenier coup-d’æil, je ne donte pas qu’un grand nombre de personnes ne soient surprises sinon scandalisées de voir l’intérêt érigé en dogme social et que ces personnes n’éprouvent une espèce de répugnance à en lire la dissertation. C’est Ià la première impression que j’ai reçue moi-même, tant les notions générales et particulières de mon éducation pohtique et sociale, juraient avec le matérialismede cette doctrine. Il est même probable que c’est la singularité apparente de cette maxime, qui m’y a ramené, comme au souvenir de plus saillant, qut me soit resté de la lecture de M. De Tocqueville.
En deux mots, voici en quoi consiste cette doctrine:—iil est de l’avantage individuel de chaque citoyen de travailler au bonheur de tous ; l’homme en servant ses semblables se sert soi-même ;. l’homme en servant la société sert sa famille.
Cette doctrine, propre à tous les peuples, est indispensable dans une société démocratique, comme
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le sont les sociétés d'Amérique généralement, et c’est pour cette raison qu’elle a été sitôt comprise et adoptée aux Etats-Unis. Dans les sociétés aristocratiques de l’Europe, ainsi que je l’ai déjà démontré, le citoyen regarde comme une conquête tout ce qu’il soustrait à l’action du gouvernement, et le gouvernement, de son côté, regarde comme une conquête tout ce qu’il arrache au citoyen. L’unet Pautre ne veulent se rien sacrifier réciproquement, chacun d’eux veut tout retenir et tout échappe souvent à l’un et à l’autre.
En tout cela, il ne s’agirait pourtant que d’étendre ce que nous fesons généralement dans la famille à une sphèie d’actions plus large ; il ne s’agirait que d’étendre le cercle de la famille à la commune, de la commune, ou, si on l’aime mieux, de la paroisse au comté, du comté au district, du district à la province, à la société entière en un mot.
En effet divisons et subdivisons la société en assez de fractions pour arriver jusqu’à la famille, et qu’y voyons-nous ?
On voit que chacun des membres de la famille, tout en songeant à ses intérêts individuels, en construisant son propre avenir, veille perpétuellement à la direction de la famille ; il aide ses frères de ses conseils et de ses moyens; il est l’objet de sacrifices de la part de ses frères, et il sacrifie lui-même quelquefois son intérêt individuel à l’intérêt commun de la famille; il exerce ainsi sa part d’influence sur la position et les actions de la famille. Pourquoi cela? Est-ce par ce pir sentiment de fraternité qui nous fait nous intéresser à un frère, nous identifier presque avec tout ce qui le concerne ? Ce sentiment est sans doute pour beaucoup dans l'impulsion naturelle qu’épiouve un frère à secourir son frère ; mais ce sentiment d’affection qui découle de la Cousanguimté n’est pas le seul qui dicte cet
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eaprit de fraternité dans les familles. On le retrouvera invariablement mêlé à un autre sentiment, à un autre instinct, dois-je dire, qui est aussi natnrel à l’homme que les affections de consanguinité: Je veux dire l’intérêt individuel.
Le frère assiste son frère, très souvent parcequ’il P’aune d’abord, et puis parcequ’il a l’instinct de la solidarité des différens membres d’une même famille, —instinct qui subsiste encore lors même que Ja discorte s’est intioduite dans la famille. Il ne: s'explique pas avec lui-même sur les motifs intimes de ses dispositions vis-à-vis de son frèie, mais instinctivement il comprend que plus la famille sera prospère et forte, plus chacun des membres de cette famille sera fort et entouré de prospérité. Il attend instinctivement la récipiocité des services qu’il ren-dra à sa famille. Il est intéressé à ce que sa famille soit honorable, parce que l’honneur de sa famille rejaillira sur lui et lui donnera dans le monde: une position qu’il aurait difficilenrent eouquise s’il se fut isolé. Il est intéressé à ce que les différens membres de sa famille ne tombent pas dans le discrédit public, car ce discrédit rejaillirat sur lui et entraverait son avenir. El est intéressé à ce que les différens membres de sa famille’ soient dans un état de prospérité: car il connait les vicissitudes humamnes ; 11 sait que du jour au lendemain la misère peut succéder à l’aisanee ; et s’il s’est isolé de ses frères, comment sortira-t-il du gouffre où peuvent le précipiter les décrets d'une providence aveugle ? D'ailleurs s’il n’épronve pas pour lni-méme les craintes qu’inspirent les vicissitudes du sort, il a intérêt à sacrifier quelque chose pour maintenir son frère dans un certain équilibre de bien-être, car s’il le laisse tomber dans un abîme de misère, il senf qu'il sera appelé à faire de bien plus grands sacrifes pour le remettre à fut. I} y à donc au-dessus
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des affections du sang, les instincts naturels de l’intérê individuel.
Tout en me gardant d’anticiper sur le développement de cette pensée, je puis indiquer en passant dans la société un motif de charité et de philanthropie qui est absolument le même que celui que j’ai indiqué en dernier lieu, chez le frère, chez le membre de la famille. La société s’épouvante quelque fois de l’accroissement du nombre des pauvres et des mendians ; elle travaille alors à découvrir des moyens d'utiliser les bras de ceux qui ne vivent que 4l’aumôêônes. On crée des hospices où l’on s’ingénie à tirer quelque parti de personnes aux membres mutilés ou débiles ; on fait exécuter des travaux «dont Ha nécessité n’etait pas encore sentie ; enfin on réussit à faire disparaître la mendicité. Quel est donc le motif qui porte la société à t'rer ainsi parti des mendians et à les soustraire aux dernières rigueurs de la misère? C’est précisément le même que celui qui porte le frère à maintenir son frère dans un équilibre où la misère ne pnisse l’atteindre ; c’est parce qne la société sait qu’elle ne peut Jaisser mourir de faim ou de froid ceux qui manquent des premiers besoins de la vie. Alors elle sacrifie quelque chose en établissant des hospices ou en fesant exécuter des travaux qu’elle aurait différés, pour n’être pas forcée de faire des sacrifices trois fois plus considérables, en fesant vivre à rien faire une multitude qui pent se soutenir elle-même si on lui procure «les orcupations compatibles avec son état d’infirmité ou de faiblesse.
Sur quels principes reposent les diverses associations de professions et de corps de métiers, les assurances mutuelles contre les accidens du feu on autres ? N'est-ce pas sur le principe de Pintérêt ? Là chaque associé fuit un léger sacrifice qui sera peut-étré perdu, muis qui lui donnera droit aux su-
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erifices et à la protection de l’association, si la maladie, un accident ou un incendie viennent le frapper dans sa personne ou dans ses biens.
Voulez-vous atteindre, sur une plus vaste échelle, le résultat que vous observez dans la famille et association, étendez le principe de l’intérêt.
Ainsi de la famille passez à la commune, disons à la paroisse, pour étre mieux compris. Eh bien! que voyez-vous dans la paroisse? Le même principe, perdant déjà de sa force, moins bien senti, mais recevant encore une application indéniable.
Il se produit, dans [a paroisse, des faits que l’on peut expliquer comme on explique vulgairement ce qui a lieu dans la famille, par les affections de voisinage ; mais cette explication perd de sa plausibilité, et ces faits ne peuvent manquer de frapper le penseur et de lui démontrer la vérité de la doctrine le l’intérét bien entendu. Je dis que dans la paroisse ce principe commence à perdre de sa force et à être moins bien compris;—je m’explique mal, car il n’est pas compris même dans la famille. Car dans la familie, ce n’est pas le principe expliqué qui dinise les hommes : c’est l’instinct, c’est le principe latent. Cet instinct, pour produire les mêmes lésultats dans la paroisse, aurait besoin de prendre le caractère d’un principe avoué, d’une doctrine enfin ; et c’est parce qu’il reste à l’état d’instinct qu’il perd de sa force en recevant une plus large application.
Il s’agit donc, suivant moi, de réduire cet instinct à l’état de doctrine publiquement avouée et professée, si l’on veut qu'il produise, dans la paroisse, le même effet que dans la famille.
Que produit-il dans la paroisse? Vons voyez, dans la paroisse, les mêmes dispo<itions, mais moins ardentes de se secourir mutuellement, de s’entr'aider dans le besoin. Vous voyez les voisins travail-
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ler réciproquement sur le même champ, pour soustraire les moissons à l’orage ; vous voyez tout un arrondissement faire la corvée volontaire, pour la construction d’une maison, d’une grange; vous voyez toute la paroisse contribuer à reconstruire une propriété privée, détruite par l’incendie. Arriveza un autre ordre de choses, vous voyez les différens meinbres d’une paroisse disputer à la paroisse voisine la suprématie des lumières, de la moralité et des richesses. C’est donc que tous les membres d’une mêine paroisse subissent le sentiment instinctif de la solidarité qui existe entre eux, c’est que chacun sent qu’il s’opère un rejaillissement continu des choses physiques et morales entre les individus,
Ces faits une fois aperçus et appréciés comme ils doivent l’être, nous conduisent à des considérations d’une plus haute portée, mais qui découlent toujours du même principe et qu en démontrent plus clairement la vérité.
Depuis que nos institutions politiques ont pris une partie du caructère que doivent nécessairement preudre et que prendront infailhiblement toutes les populations américaines ; depuis que nous avons reçu les institntions municipales et le gouvernement administré par le peuple, nous avous reçu la nécessité de généraliser, à tous les degrés de la société, les principes qui inspirent les actions, dans la famille et dans la paroisse.
Du moment que le peuple commence à administrer les affaires de sa paroisse, par le moyen des corporations municipales, 1] doit sentir que l’individuulisme, dans lequel il s’est si soigneusement renfermé jusque là; que l’isulement dans lequel il avait cru trouver la garantie de sa sécurité, de la paix et du bien-être des a famille, vont bientôt mettre eu pêril la paix de sa famille, sa fortune toutes
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Jusque là toutes les choses que le citoyen est appelé à faire par lui-même, c’est-à-dire par ses mandataires, avaient été administrées sans son secours apparent. Une autorité supérieure, dont il ne comprenait pas l’organisation, avait jusqu’à ce moment dirigé les affaires de sa paroisse. Cette administration avait entraîné des dépenses pour le gouvernement, mais ces dépenses étant défrayées au moyen de taxes indirectes, l’habitant des campagnes s’était toujours cru parfaitement étranger à la manière dont ces dépenses étaient faites. Plus le gouvernement avait jeté inutilement d’argent auprès de Jui, plus il avait applaudi, plus il avait cru profiter des extravagances des employés qui venaient exécuter des travaux dans son voisinage. Il ne comprenait pas que la dilapidation, par les employés publics, pouvait réagir sur lui-même, en augmentant la dette publique et par suite l’augmentation des taxes indirectes. Ainsi s’agissait-il d’aplanir une colline, pour niveler la voie publique ; de construire une jetée, d’exécuter un ouvrage public quelconque, l’habitant des campagnes, qui voyait s’opérer ces travaux près de lui, applaudissait à la lenteur des ouvriers, à la prodigalité des directeurs de ces travaux, et plus l’entreprise engloutissait d’argent, plus il croyait y avoir gagné.
Mais dès l’instant que le rouage administratif se révèle à ses yeux, par le régime municipal, il sent qu’il est intéressé à l’économie publique ; il voit au bout de chaque dépense publique la taxe directe ou indirecte prendre des proportions alarmantes ; il voit ses biens grevés au détriment de sa famille. Alors l’individualisme et l’isolement dans lesquels il a concentré toutes ses actions, commencent à de-
venir la source d’un mal, dont il aperçoit bientôt le remède. De là naît pour lui la nécessité de se méler de la chose publique pour protéger ses intérêts individuels. Là commence à se détinir la doctrine de l’intérêt bien entendu. La solidarité entre la chose publique et les affaires privées, entre l’individu et la société, qui n’était naguère que sentie par instinct, prend la forme d’un dogme usuel.
Pour restreindre cette rapide exposition dans le: pornes d’une esquisse, rendons-en l’application plu: «ensible, en jetant nn coup-dœil sur les deux oi trois institntions populaires dont nous jouissons.
Mais inimédiatement j’apperçois une objection, que l’on pourrait me faire, et qui résulterait de l’exercice séculaire que nous avons eu d’une institution toute populaire. Je veux parler des fabriques de paroisse. Votre principe est faux, pourrait-on dire, ca s’il était vrai, aurait-on vu si longtems les habitans des cam sagnes porter si peu d’attention à l’administration de leur fabrique, quand il leur arrivar parfois de supporter des imposition énormes, pour constructions ou réparations d’église, qui auraieni pu se faire avec les revenus ordinaires de la fabnque, s’ils eussent été bien nistiée Pourquo:
en ce cas particulier, n’ont-ils pas été amenés à ir aécessité de reconnaitre que leur intérêt privé dependait du soin qu’ils apporteraient aux intérêts publies ?
C’est À peine si cette objection aurait quelque chose de spécieux ; car quelle a été pendant lon tems l’organisation des fabriques, et qu’elle est-elie encore en plusieurs paroisses ? Pendant très longtems, les administrateurs des fabriques, les marguilers, n’étaient r:5, à proprement parler, à la non:!- | nation du peuple. La chose existe encore en pr” sieurs endroits. C'était là une institution mixie
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légitimistes appellent la royauté, et du gouvernement du peuple. A l’origine d’une paroisse, les marguillers entraient en fonction, sur la nomination du curé, et leurs successeurs étaient nommés par ceux que le curé avait d’abord ainsi placés, et ainsi de suite pendant des siècles entiers. Le peuple étant systématiquement élnisné de toute participation à Padministration des fabriques, il n’est donc pas étonnant qu’on l’ait vu ÿ porter si peu d’intérêt.
Maintenant les occasions qu’il pouvait avoir de regarder de plus prês au fonctionnement de la fabrique n'étaient pas de nature à l’arracher de son isolement habituel. Les impositions extraordinaires ne se présentaient qu’à des intervalles de demi siècles ou de quart de siècles, et pendant vingt-cinq et cinquante ans, 1] n’avait plus à y voir ; il pouvait donc facilement perdre le souvenir de la mauvaise humeur qu’il avait éprouvée lorsqu’on l’avait soumis à une dépense que l’on aurait pu éviter. D’ailjeurs qu’aurait-il pu y faire il n’était pas électeur, ou du moins il ne croyait pas l’être et il n’en exerçait pas les droits ;—le droit d’élection se trouvait entre les mains de vingt à vingt-cinq personnes, intéressées à ne point accuser leur propre administration, en se plaignant de l’état des finances de la fabrique.
Cette institution, telle qu’elle a été si longtems en pratique, ne prouve donc rien contre la maxime de lPintérêt bien entendu, et les modifications que l’organisation de nos fabriques a reçues, par ia diffusion des connaissances en droit politique et municipal, prouvent au contraire son extrême exactitude. Aujourd’hui dans la plupart des paroisses, l’organisation des fabriques a pris le caractère d’une institution vraiment populaire, et on y remarque les mêmes particularités que dans la municipalité, c'est-à-dire que le contribuable se croit astreint à 6 *
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