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y veiller dans son propre intérêt individuel. Mais il le fait avec moins d’ardeur, car les occasions sont encore rares, où son intérêt individuel vient en contact avec l’intérêt public.
Pour mieux faire apprécier l’application progressive que reçoit chaque jour la doctrine de l’intérêt, restreignons nous aux institutions où le peuple est forcément amené à en sentir l’utilité.
Nous avons aujourd’hui le système municipal et la direction des écoles élémentaires, où le peuple est appelé à une action directe. Ce sont là les deux plus grands bienfaits dont jouisse notre popu- Jation. Mais l’un et l’autre ne seront bien appréciés et ne produiront tous les avantages qu’ils sont susceptibles d’enfanter, que lorsque l’universalité des citoyens comprendront bien qu’il est de leur 1nintérêt individuel de se soumettre aux petits sacrifices qu’impose cette double institution. Jusque là on entendra toujours des plaintes, on appercevra toujours du malaise dans la société. (C’est donc, pour me servir des expressions de M. de Tocqueville, vers la diffusion de ces notions que l’esprit des moralistes de nos jours doit se tourner. Il s’agit de les expliquer et de les faire comprendre.
Ces deux institutions sent encore si neuves parmi nous, qu’il n’est pas un jeune homme de vingt ans, qui n’ait élé témoin des luttes, qui ont marqué leur avènement, entre les préjugés acquis au sein d’une société aristocratique et les principes d’une démocratie naissante. (C'es luttes durent encore. D’abord vives et alimentées par la conviction de préjugés invétérés, elles ont peu à peu perdu de leur âpreté ; les hommes instruits se sont insensiblement éloignés de l’opposition acharnée, soulevée
par l’intronisation du système municipal ;—et à l'heure qu’il est, on ne trouvera guères sur toute la surface du pays, un homme instruit qui ait asse/
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peu de respect pour lui-même, pour donner contenance à cette opposition ; signe évident que l’on commence géneralement à sentir la supériorité du régime populaire, sur la concentration administrative, que l’on commence universellement à com- Ps RE vaut mieux pour chaque individu dinv Nes la part qu’il peut avoir dans la chose Les individus commencent à se dire que l’intérêt public est une aggrégation des intérêts privés, dont leurs propres intérêts privés font partie ; que si l’ensemble de ces intérêts aggrégés souffre tout le monde souffre et chacun en particulier.
À l’origine du systême municipal, la presque généralité des habitans du pays ne voyait dans ce nou-
veau régime qu’un moyen ingénieux, inventé par un gouvernement hostile pour vexer et taxer le peuple. Beaucoup d’hommes possédant de l’éducation mais pen habitués aux études d’économie politique et sociale, apercevaient, eux aussi, comme le point culminant de ce nouveau système, la taxe directe qui allait les frapper, comme tous les autres ; et ne
comprenant pas qu’il en devait résulter une diminution de la taxe indirecte, ils trouvaient que le plaisir ou la fantaisie de diriger soi-même ses affaires de paroisse, était une bien légère compensation pour faire supporter ce nouvel impôt. Il était alors difficile de faire entrer dans l’idée te la population qu’il dépendrait d’elle de payer peu ou beaucoup; car avec les idées alors reçues et qui avaient la force de plusieurs siècles d’existence, on apercevait encore ce nouveau gouvernement qui allait se former au sein du comté et de la paroisse, sous les mêmes couleurs qui avaient distingué le gouvernement central, le vrai gouvernement d’autrefois. Aussi se promettait-on d’abord de le bien haïr, de
le fuir, de détester tous ceux qui y prendraient part.
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Mais bientôt quand on a vu que c’était un voisin qui dirigeait les affaires de la paroisse ; quand on à vu que tous les jours, on pouvait faire des représentation à ce voisin, sur toutes les matières qui pouvaient intéresser la paroisse, que si ce voisin était sourd aux justes réclamations, s’il taxait sans un besoin pressant, on pourrait le remplacer, l’année suivante, par un autre voisin de meilleure volonté, plus honnête, moins intriguant où qu’on pourrait soimême le remplacer et diriger les affaires ;—de ce moment la municipalité a perdu les fausses couleurs qui la rendaient impopuiaire.
Bientôt encore on a pu comparer les facilités que procurait ce nouveau système, pour les améliorations de voierie, pour le règlement des difficultés qui pouvaient originer entre voisins, de même qu’entre diverses paroisses ou sections de paroisse, avec l’ancienne sujétion de la population entière à un Grand Voyer dort les caprices, les faveurs et les haines fesaient souvent la loi ;—et la municipalité a pris son véritable caractère d'institution bienfaisante et populaire.
Mais que serait devenue cette institution bienfaisante et populaire, quel bien aurait-elle produit, si chacun n’avait compris qu’il y allait de son intérêt privé, si chacun n’avait vu qu’il mettait en péril sa fortune et la paix de sa famille, s’il ne la surveillait continuellement, s’il ne lui prêtait son concours actif? Il serait arrivé que quelques individus, comprenant mieux leurs propres intérêts et le parti que l’on peut tirer de cette institution, se seraient placés à la tête du gouvernement municipal, et 1& auraient combiné des plans de voierie, des modes de taxation qui auraient mis leurs propriétés hors des atteintes de l’impôt ; 1ls auraient étendu cette privauté à leurs parens, à leurs amis, à ceux qui les auraient corrompus, et de la sorte, le voisin indifférent aura't
payé la part d’impôt de son voisin intelligent et intrigant, il aurait senti bientôt un fardeau insupportable sur ses épaules, et cette institution bienfaisante serait d:venue un fléau pour lu. Ce mal, comme je l’ai déjà dit, aurait été si prompt et si cuisant qu’il n’aurait pu durer.
Ainsi les résultats fâcheux de l’indifférence en matière municipale tenaient si étroitement à leurs causes, que tout le monde les a aperçus comme d’instinct, et la population est passée de l’ancien régime au nouveau sans transition violente. Presque instantanément la famille a élargi son cercle et identifié ses intérêts avec une plus nombreuse famille : la famille paroissiale, la famille municipale. Les notions de l’intérêt ont atteint un horizon plus éloigné, et l’on a compris que pour être utile à sa famille, il fallait de toute nécessité travailler à être utile à la paroisse, —et vice versd, qu’être utile à la paroisse, soutenir son voisin contre l’empiétation et l'injustice de deux ou trois autres paroissiens haineux et mal intentionnés, c'était s’assurer la proteclion, non seulement du voisin secouru, mais de tous les partisans de la cause juste.
Je le répète, en cette matière, les conséquences du laisser-faire et de l’éloignement du gouvernement municipal s’enchainent si naturellement, si vulgairement, que l’esprit le plus ignorant en est de suite frappé.
Mais il est une autre institution dont une partie de notre population ne jouit encore qu’à contre cœur, quoiqu’elle soit de nature à produire de plus utiles résultats pour le pays.
Je veux parler de la direction de instruction populaire, des écoles élémentaires qui est actuellement laissée au peuple.
La doctrine de Pintérêt bien entendu, je le sens bien, ne peut être parfaitement comprise que lors-