CHAPITRE VI
Réorganisation de l’Institut catholique
Substitution du nom d’institut à celui d’Université. — Maintien de l’École de théologie et de la Faculté de droit. — Suppression des Facultés de lettres et de sciences, leur remplacement par une École des Hautes Études littéraires et scientifiques. — Réduction du nombre de chaires. — Économies budgétaires. — Démission de M. l’abbé Conil. — M. l’abbé d’Hulst nommé recteur. — Suppression du Conseil rectoral. — Retour graduel aux anciens cadres de l’enseignement dans les lettres et les sciences.
Les évêques fondateurs se réunirent immédiatement à Paris pour aviser aux mesures à prendre et tinrent séance à l’arclieAœché les 1er et 2 avril 1880.
Le Conseil d’administration, qui avait été chargé de préparer le programme des délibérations, s’était arrêté à l’idée de refondre entièrement l’œuvre entreprise sur les bases de la loi de 1875. Il présenta aux évêques un projet dans ce sens : maintien et développement de l’Ecole de théologie, avec subvention annuelle au séminaire ; réduction notable des chaires de la Faculté de droit et abandon de la préparation au doctorat ; suppression totale de la Faculté des lettres et de la Faculté des sciences, sauf à conserver quelques cours de l’une et de l’autre ; diminution du personnel de l’administration et réduction de certains traitements ; enfin orientation des efforts vers la fondation prochaine d’un enseignement médical. Il résulterait de l’exécution de ce projet une économie budgétaire de 160.000 francs.
l’institut catholique de paris
Après avoir entendu, d’autre part, de la bouche de Mgr l’archevêque de Larisse, un exposé complet de la situation, telle qu’elle ressortait des lois combinées de 1850, de 1875 et de 1880, et celui d’un autre projet de réorganisation , sensiblement différent du premier, l’assemblée des évêques fut d’avis que l’œuvre de l’enseignement supérieur devait être continuée.
Sans doute la liberté était mutilée, mais elle n’était pas complètement détruite. Si l’enseignement libre ne pouvait plus se présenter en public avec cet apparat extérieur des grades et des programmes indépendants qui en formaient le prestige, toutefois le droit d’enseigner demeurait, avec la liberté des méthodes et surtout la liberté des doctrines. Il fallait donc profiter, en attendant des temps meilleurs, de ce lambeau de liberté et reconstituer l’œuvre « sous un nouveau nom et dans des conditions nouvelles » .
D’où venait cette nécessite, facilement acceptée par le Conseil d’administration et par l’assemblée des évêques, de se placer dans des « conditions nouvelles » pour réorganiser l’œuvre ? Il ne faut évidemment pas la chercher ailleurs que dans des considérations locales de personnes et dans des préoccupations budgétaires.
La situation générale créée par la loi de 1880 était la même pour les autres Universités libres ; et cependant celles-ci ne se crurent pas obligées de briser leurs cadres ni de modifier aussi profondément leur organisation intérieure.
Sous l’empire de ces idées, l’assemblée des évêques décida donc le maintien de l’œuvre et formula ainsi son nouveau programme : « Établir un ordre de choses qui supprime les charges superflues que nous imposait la législation précédente, et qui maintienne un enseigne-
RÉORGANISATION DE L’iNSTITUT CATHOLIQUE
ment supérieur catholique appelé à se développer graduellement sous la direction de l’épiscopat (1). »
Le projet de reconstitution présenté par Mgr l’arche- A^êque de Larisse était un peu moins radical que celui du Conseil d’administration. Il s’en séparait surtout sur le point de la préparation au doctorat en droit, dont il demandait le maintien ; et il aboutissait à une économie budgétaire d’environ 120.000 francs. Ce fut à ce projet que l’assemblée se rallia. Elle le prit pour base de ses travaux et elle en adopta, ou à peu près, les conclusions.
Tout d’abord, quelle dénomination donner au nouveau groupe d’enseignement supérieur 1
Plusieurs noms furent mis en avant et discutés : Athénée , Académie , Ecole supérieure. Grandes Ecoles , Facultés , Ancienne Université ? On finit par adopter celui d’ Institut catholique , qui parut suffire pour indiquer son double caractère scientifique et chrétien.
L’Ecole de théologie fut maintenue, et non seulement maintenue, mais augmentée. Les évêques sentaient qu’il y avait là une force naissante et un principe de renouveau pour le clergé et l’Eglise de France. L’Ecole avait jusque-là deux cours de dogme, un d’Ecriture sainte, un d’histoire ecclésiastique et deux conférences de langues orientales. La création d’une seconde chaire d’Écriture sainte fut décidée sur les vives instances de Mgr Meignan, évêque de Chàlons, très versé dans les questions d’exégèse. La loi nouvelle réservant aux grades de l’Etat les appellations de bachelier, licencié et docteur, il fut réglé que l’École théologique reprendrait pour ses gradués les trois noms consacrés par la tradition des siècles et des grands Ordres, c’est-à-dire ceux d 'auditeur, de lecteur et de maître. Sur ce terrain la liberté était entière, l’État