Rapport du R. P. Jovene, 1er juillet
le relèvement des études théologiques, visait trop haut, et qu’il était de nature, par ses difficultés mêmes, à décourager et à éloigner les candidats.
Et de fait, dans la première période qui s’écoula de 1878 à 1895, l’Ecole ne reçut que trois docteurs; M. l’abbé Tixeront, prêtre de Saint-Sulpice, qui présenta une thèse sur les origines de l’Eglise d’Edcsse et la légende d’Agbar ; M. l’abbé Loisy, maître de conférences de syriaque et d’hébreu, et M. l’abbé Ermoni, prêtre de la Congrégation de la Mission.
Nous A^errons plus loin quelles modifications l’on crut nécessaire d’apporter à ce programme dans l’intérêt même des études.
Un problème plus difficile à résoudre que l’organisation des programmes était le recrutement des élèves.
Si le système d’enseignement à deux degrés laissait intacts et complets les séminaires diocésains, par contre, les amphithéâtres de la noiwelle Ecole couraient risque de rester déserts. L’étendue toujours croissante des besoins du ministère paroissial, le déAœloppement des œuvres de zèle, l’insuffisance du nombre de prêtres, le délaissement presque séculaire des hautes études dans le clergé, l’inutilité des grades canoniques pour la promotion aux charges ecclésiastiques étaient autant d’obstacles presque insurmontables.
La difficulté deA^ait être grave, en effet, puisque près de trente ans de patience et de pratique ne l’ont pas encore résolue. Elle ne se résoudra que lorsqu’enfin les yeux s’ouArriront sur la nécessité impérieuse de relever le nhœau scientifique général du clergé; lorsque l’on comprendra combien il importerait de former une élite de prêtres capables de parler avec autorité et de défendre victorieusement la Aœrité religieuse sur tous les terrains où l’impiété et la science profane l’attaquent sans relâche ;
l’école de théologie
lorsque Rome imposera le grade de docteur comme une condition indispensable à quiconque voudra professer dans les grands séminaires. Jusque-là, il y a peu d’espoir de voir s’accroître sensiblement le nombre des étudiants dans les sciences sacrées.
Le séminaire des Carmes, créé par les évêques comme une conséquence nécessaire de l’Ecole de théologie, devait en principe recevoir une première et fondamentale section d’étudiants, celle des théologiens. Mais cette section compta d’abord à peine quelques élèves envoyés par les Ordinaires des diocèses de la circonscription.
Heureusement le séminaire de Saint-Sulpice apporta un très utile appoint, en envoyant à l’Ecole naissante, au nombre de plus de vingt, les élèves de son grand cours. Il se forma ainsi, dès les premiers jours, un auditoire normal, accru de plusieurs ecclésiastiques de Paris, séculiers et réguliers, qui atteignit habituellement une moyenne de quarante personnes.
Cette situation ne se modifia pas sensiblement pendant toute la période qui s’écoula de 1878 à 1895.
Le recteur le constate dans le rapport qu’il adressait en 1888 au Préfet de la Congrégation des Études :
Quorum numerus ab exordiisnostræ Facultatis semper inter ho s limites remansit, ut ultra sexaginta non processerit, et citra iriginta non decreverit, media fere parte ad sectionem theologicam , media autem ad sectionem canonicam pertinente (1).
Rien de plus significatif pour faire connaître le véritable état des esprits en France et la grandeur des difficultés à vaincre, que cette constatation du petit nombre d’élèves de théologie officiellement envoyés par les diocèses de la circonscription. Le nombre de ces délégués
1. Rapport de Mgr d’IIulst au Préfet de la S. Congrégation des Études, 1887.
l’institut catholique de paris
des diocèses fut longtemps si minime que l’on ne compta souvent que trois ou quatre étudiants de cette catégorie, et quelquefois aucun, comme il arriva en 1889 (1).
Chaque année, le recteur plaidait avec éloquence la cause de cet enseignement devant les évêques assemblés, sans obtenir de résultat appréciable.
La sympathie et la bonne volonté des prélats ne faisaient cependant pas défaut, c’est justice de le reconnaître. Mais les efforts des diocèses, allant au plus pressé, se concentraient presque uniquement sur la préparation à la licence ès lettres ou ès sciences, qui assurait de bons professeurs aux établissements d’enseignement secondaire.
Cependant en 1882 et 1883 le nombre des assistants aux cours de théologie s’était élevé jusqu’à soixantedeux. C’était un accroissement plein de promesses. En 1883, il se décomposait ainsi : 32 étudiants de Saint- Sulpice, 20 du séminaire des Missions étrangères, 3 du séminaire des Irlandais, 3 des Pères Marianites ; mais 4 seulement des diocèses associés.
Plusieurs autres élèves venaient aussi ordinairement de quelques maisons religieuses, des Jésuites, des Lazaristes et des Résurrectionnistes (2).
Grâce à ces renforts, l’École commença, en 1882, à opérer le dédoublement, depuis longtemps désiré, de l’École de théologie et de l’École de droit canonique.
Si le progrès numérique était marqué, ce n’était pas un motif pour s’abandonner à l’illusion. Car ce recrutement avait des côtés visiblement défectueux. La plupart des élèves n’appartenant pas à la circonscription univer-