Mgr d’Hulst. Discours de rentrée, 13 novembre
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Animée par une si flatteuse récompense de ses premiers efforts et par les encouragements partis de si haut, la jeune Faculté se remit donc à l’œuvre avec une ardeur toute nouvelle.
La perte douloureuse qu’elle éprouva en 1890, en la personne de son très savant professeur d'Ecriture sainte, l’abbé Paulin Martin, fut heureusement adoucie par la nomination à cette même chaire de M. l’abbé Vigouroux, prêtre de Saint-Sulpice, déjà fort connu par ses publications exégétiques et dont la réputation n’allait cesser de grandir, grâce à des travaux toujours plus considérables.
La position de la Faculté, au point de vue strictement scientifique, était, il faut le reconnaître, fort délicate. Elle se trouvait placée entre deux courants opposés l’un à l’autre.
D’une part, des habitudes routinières et une insuffisance d’esprit critique qui étaient de nature à jeter le discrédit sur la science catholique ; d’autre part, une passion d’innover que rien n’arrêtait et qui semblait prendre toute agitation pour un progrès.
Entre deux tendances si contraires, il fallait procéder avec un prudent éclectisme, pour arriver à s’établir en équilibre dans un juste milieu également distant de tous les excès. La tentative, si nécessaire qu’elle fût, n’en restait ni moins difficile, ni moins périlleuse.
Ne risquait-on pas, en se tenant dans la plus sage mesure, de s’attirer des critiques des deux côtés? N’allaiton pas effaroucher les partisans de l’immobilité, tout en ne marchant pas assez vite au gré des impatients ?
Quoi d’ étonnant si les premiers coureurs touchèrent parfois la borne du stade ? Vix deum nunquam insanire licet.
Ce furent d’abord certaines hardiesses de critique his-
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torique de M. l’abbé Duchesne, relatives à l’apostolieité des Églises de France, qui heurtèrent douloureusement d’antiques et vénérables traditions locales.
L’émotion fut vive, les polémiques passionnées, et un instant, la Faculté put craindre que le zèle de quelquesuns de ses membres à fouiller les origines ne tarit les sources de son recrutement ecclésiastique. En 1888, le supérieur général de Saint-Sulpice, M. Icard, ne permit plus aux élèves du Séminaire de suivre les cours d’histoire ; quelques-uns des évêques protecteurs, notamment le cardinal Bernadou, archevêque de Sens, menacèrent de retirer leur concours à l’Institut, et M. Duchesne dut suspendre une première et une seconde fois ses leçons.
D’autre part, la préoccupation, fort louable en soi, de trouver, pour l’exégèse biblique, un terrain d’opération solide et suffisamment large, en face des dénégations et des démolitions croissantes du naturalisme, entraîna certains maîtres à des concessions sur la valeur historique de nos saints Livres et sur la nature de l’inspiration, qui furent, à bon droit, jugées excessives et jetèrent l’inquiétude dans l’esprit du clergé et dans la conscience des fidèles. Une étude de M. Loisy sur Les Mythes chaldéens de la Création et du Déluge amena, en 1892, une nouvelle retraite des élèves de Saint-Sulpice. Bientôt après parurent dans le Correspondant deux articles du recteur, l’un sur Renan qui venait de mourir, l’autre, sur la Question biblique , où il parlait de la nécessité d’une évolution sur le terrain des études scripturaires, et annonçait l’existence d’une école large. Ces articles surtout le dernier, qui parut à plusieurs un manifeste, avivèrent les inquiétudes et portèrent l’agitation à son comble. Tout le monde, parmi les gens de lettres, s’occupait à ce moment de controverse biblique. M. Loisy, qui se
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sentait compromis par l’article de son recteur, voulut s’expliquer dans X Enseignement biblique , et il publia, en novembre 1893, quelques déclarations qui soulevèrent contre lui et contre ses doctrines l’opinion des catholiques.
L’autorité épiscopale crut le moment venu d’intervenir et de prendre les mesures nécessaires pour écarter tout danger de l’enseignement de la Faculté.
La retraite de M. Loisy fut jugée absolument nécessaire ; mais elle ne suffit pas pour ramener la paix dans les esprits agités.
De son côté, Mgr d’Hulst se rendit à Rome, où il eut à s'expliquer sur la position qu’il avait prise dans cette question, pour laquelle il était peu préparé.
Sur ces terrains mouvants et pleins de chausse-trapes, où l’on voyait les mieux intentionnés faire des faux-pas, on se demandait d’où viendrait la direction éclairée et ferme, dont avaient besoin des esprits ardents, encore peu habitués aux luttes de la controverse. Le Saint-Siège y pourvut par la publication de l’encyclique Providentissimus Deus. Léon XIII cherchait à couper court aux agitations en déterminant, d’une façon nette et précise, les règles qui doivent diriger l’exégèse sacrée. Tout le monde fut d’accord pour admettre que le Souverain Pontife avait réglé la question théologique, c’est-à-dire le point de l’inspiration et de l’infaillibilité des Livres Saints, conformément à la tradition unanime de l’Eglise et à la doctrine des conciles ; mais les progressistes continuèrent à regarder comme pendante la question de l’autorité historique de certaines narrations bibliques qui se présentent comme les récits de faits réels ; et bientôt les controverses se rallumèrent sur ce point.
Dès que cet acte de l’autorité suprême eut paru, la Faculté de théologie n’avait rien eu de plus pressé que de
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déposer aux pieds du Souverain Pontife l’expression de sa parfaite et filiale adhésion à ses enseignements (1). Outre cet acte collectif, M. Loisy et Mgr d’Hulst firent des actes d’adhésion personnelle.
Après le départ de M. Loisy, la chaire d’hébreu devenue vacante fut attribuée à M. l’abbé Graffin, qui professait déjà le syriaque. Il fut créé un nouveau cours d’exégèse qui fut confié à M. l’abbé Fillion, prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, avantageusement connu dans le monde savant par ses doctes et pieux Commentaires sur la Bible, et qui fut nommé depuis consulteur de la Commission biblique.
Le R. P. de la Barre, de la Compagnie de Jésus, jeune docteur, qui avait été lui-même l’élève de la Faculté, monta, pour y enseigner à son tour, dans une des chaires de dogme, où il remplaça son confrère, le P. Terrien.
En demandant l’érection de l’Ecole théologique en Faculté, les évêques fondateurs avaient fait connaître clairement leur volonté d’en pousser l’organisation plus loin et d’y faire à la philosophie et au droit canon une plus large place. Rome, de son côté, n’avait fait les premiers pas qu’en vue des développements ultérieurs.
La réalisation de ces intentions s’accomplit beaucoup plus tôt qu’on ne l’avait espéré ; car dès l’année 1895, nous assistons à la constitution de la triple Faculté si vivement désirée.
Cette nouvelle constitution sortit d’un travail de réforme des statuts, que l’on avait entrepris en vue de fixer définitivement les attributions respectives de la Faculté et des grands séminaires français dans la collation des grades d’auditeur et de lecteur.