P. Pisani, La Maison des Carmes, p. 17, Poussielgue
l’institut catholique de paris
Les Carmes y vécurent tranquilles jusqu’en septembre 1792, époque à laquelle ils se dispersèrent sous la tourmente révolutionnaire.
Pendant les quelques mois qui précédèrent leur dispersion, ils avaient dû se confiner dans l’intérieur de la maison, et l’on avait enfermé dans les parties devenues libres, trois évêques, Jean-Marie du Lau, archevêque d’Arles, François-Joseph de La Rochcfoucauld-Maumont, évêque , de Beauvais, et son frère, Pierre-Louis de la Rochefoucauld-Bayers, évêque de Saintes, et un grand nombre d’ecclesiastiques, traités en suspects pour leur refus de prêter serment à la Constitution cmledu clergé.
Le 2 septembre, jour tristement mémorable, cent quatorze victimes y furent massacrées par une populace en délire, conduite par le fameux Maillard, puis leurs corps furent jetés, pour la plupart, dans un puits du jardin.
Laissé quelque temps désert, ce couvent passa ensuite par toutes sortes de vicissitudes. Le jardin fut transformé, en 1793, en un bal champêtre, nommé Bal des Tilleuls, plus tard Bal des Zéphyrs. Les bâtiments furent convertis en une prison d’Etat, où furent incarcérés plus de sept cents personnes, et d’où cent dix sortirent pour aller à la guillotine.
Après l’évacuation des prisonniers, l’église et le couvent devinrent un dépôt d’approvisionnements et un magasin au service de la Commission des Musées nationaux. On y installa une imprimerie sous le Directoire. En 1797, l’immeuble fut vendu à un menuisier, qui le revendit, la même année, à Mlle Camille de Soyecourt. C’était une ancienne et fervente carmélite, dont le père avait été prisonnier aux Carmes et n’en était sorti que pour monter sur l’échafaud. La communauté des Carmélites, dont elle était prieure, en prit aussitôt possession et y vécut jusqu’en 1845.
BIBLIOTHÈQUE
BATIMENTS
A cette époque, Mgr Affre fit l’acquisition de cet immeuble pour y établir une École de Hautes Études ecclésiastiques et une communauté de Prêtres auxiliaires. En 1848, une section préparatoire aux écoles du gouver-
La Crypte, ossuaire des Martyrs.
nement fut annexée à la section ecclésiastique. En 1851, les Dominicains, restaurés par le P. Lacordaire, prirent la place des Prêtres auxiliaires, transportés à l’église de Sainte-Geneviève et y vécurent jusqu’en 1867. Ils furent remplacés à leur tour par l’École préparatoire et par l’École Bossuet, externat des lycées, qu’avait fondé M. l’abbé Thénon.
Le percement de la rue de Rennes, qui eut lieu à cette époque, amena la découverte du puits qui renfermait les ossements vénérables des évêques et des prêtres massacrés pour leur foi le 2 septembre 1792. Ils furent recueillis avec un religieux respect et déposés dans la crypte de
l’institut catholique de paris
l’église, agrandie et richement décorée à cet effet, et ils y sont devenus le centre d’un pieux pèlerinage.
S. Em. le cardinal Richard, archevêque de Paris, cédant aux instances qui lui étaient adressées depuis plusieurs années et qui devenaient chaque jour plus pressantes, entreprit de faire étudier la cause de ces victimes en vue de leur béatification. Il établit, en 1899, un tribunal ecclésiastique pour procéder aux premières informations canoniques. Après six ans d’un travail persévérant, ce tribunal réussit à mener à bonne fin le procès dit ordinaire et soumit ses conclusions, en 1905, au jugement du Siège apostolique.
Pendant que se poursuit ce procès, la piété des fidèles adresse au ciel d’ardentes prières pour en obtenir le succès. Chaque semaine, dans la crypte, une messe est dite à cette intention, et chaque mois une pieuse exhortation est adressée à l’auditoire.
Le vieux couvent des Carmes avait passé par toutes ces vicissitudes quand la loi du 12 juillet 1875 ayant rendu possible la création d’une Université libre, le cardinal Guibert offrit aux évêques, pour l’installer, tout l’ensemble de ces bâtiments avec leurs dépendances.
Construit pour loger une soixantaine de religieux, vingt fois remanié pour les besoins des multiples destinations auxquelles il fut affecté, ce couvent n’offrait aucune des dispositions que réclame une grande maison d’enseignement. Faute de mieux, l’Université s’y établit provisoirement et lui fit subir de nouvelles transformations.
L’emplacement en étant assez vaste, il eût été possible d’y ménager une installation définitive ; mais il eût fallu procéder à une reconstruction totale. On y songea : Mgr Dupanioup, dont l’âme ardente et généreuse avait embrassé avec chaleur la cause du haut enseignement, poussait dans cette voie. Les circonstances politiques
BIBLIOTHÈQUE. — BATIMENTS
furent défavorables, et les entrains apportées à la liberté arrêtèrent 1 élan de la première heure. On fut donc réduit à s’accommoder le mieux qu’on put de ces locaux, bien
Une cour intérieure.
qu’ils fussent peu salubres pour les élèves internés dans le séminaire, et insuffisants pour les besoins de l’enseignement supérieur.
Cependant, depuis lors, des efforts sérieux furent
l’institut catholique de paris
tentés pour améliorer la situation, et des résultats importants furent obtenus.
Le 12 mars 1890, une assemblée extraordinaire des amis de l’ Institut se réunit sous la présidence de Son Éminence le cardinal archevêque de Paris.
A la suite de l’échange d’idées qui eut lieu ce jour-là, une souscription spéciale fut ouverte pour la réfection des bâtiments universitaires, et une somme dellO.OOOfr. ne tarda pas à être souscrite.
En même temps, un plan général fut mis à l’étude, afin d’ordonner vers une fin commune les constructions partielles qui devraient être successivement entreprises pour arriver, sans interruption de l’enseignement, à un renouvellement total de l’édifice.
Cinq architectes furent conviés à préparer un projet sur un programme précis. Il fut convenu qu’une somme fixe serait allouée à chacun d’eux pour l’indemniser des frais de son traArail, et que l’administration de l’Institut catholique garderait toute sa liberté pour le choix du plan et de l’architecte chargé de l’exécuter.
Les cinq projets furent déposés en novembre 1890.
La commission chargée de juger le concours arrêta son choix sur le plan de M. Gabriel Ruprich-Robert, fils de l’inspecteur bien connu des monuments historiques, qui avait été jusqu’à sa mort l’architecte de l’Institut. Ce plan tirait un excellent parti du terrain dont on disposait alors. Toutefois on se sentait trop à l’étroit pour y établir tous les services nécessaires.
A ce moment s’offrit une heureuse circonstance qui mit au large la commission et l’architecte.
L’hôtel d’Hinnisdal, contigu à l’église de l’Institut, et dont le jardin formait l’angle de la rue Cassette et de la rue de Vaugirard, venait d’être mis en vente. Que cette propriété, d’une superficie de 3.331 mètres carrés, fût
BIBLIOTHÈQUE
BATIMENTS
La façade des nouvelles constructions, rue d’Assas.
acquise par des entrepreneurs, qu’on la couvrit de constructions à cinq étages, et l’Institut se trouverait enserré comme dans un étau, le jour serait enlevé à son église,
l’institut catholique de paris
et tout agrandissement ultérieur rendu impossible. Or on savait que le péril était imminent. L’occasion était donc urgente, elle était unique, on la saisit au vol.
En cinq jours, une société civile fut formée et l’hôtel fut acquis avec ses dépendances (1891). L’avenir était sauvegardé et l’on pourrait désormais, dès que les circonstances le permettraient, étudier des combinaisons d’agrandissement.
Le plan général de la reconstruction de l’Institut fut avantageusement remanié. On y donna plus d’ampleur aux services généraux. Une grande salle fut projetée à l’angle des rues Cassette et de Yaugirard, et le futur séminaire fut prévu sur la rue Cassette avec une entrée distincte de celle de l’Institut (1).
Au printemps de 1894, les constructions furent amorcées. Une première tranche de bâtiments fut élevée sur la rue d’Assas, pour une somme de 140.000 francs.
Trois ans plus tard, un nouvel effort fut tenté et une seconde tranche compléta la première. La dépense plus considérable cette fois, ne monta pas à moins de 300.000 fr. Elle fut entièrement couverte par des dons recueillis par le nouveau recteur, Mgr Péchenard.
Le 3 novembre 1898, après la messe de rentrée, Son Éminence le cardinal Richard bénit solennellement le nouveau bâtiment, et, quand les évêques se réunirent en assemblée générale, quelques semaines après, ils eurent la joie d’apprendre que la caisse de l’Institut n’avait rien eu à débourser de ce chef.
Par un prodige de calcul et de sagesse, les devis de l’architecte n’avaient pas été dépassés.
Dès la rentrée de 1898, tous les cours des Facultés de théologie, de droit canonique et de philosophie, et ceux
1. Mgr d’Hulst, Rapports dans les séances des Assemblées générales de novembre 1890 et 1891.
BIBLIOTHÈQUE. — BATIMENTS
de l’École des lettres furent installés commodément dans des salles nouvelles. La salle principale du rez-dechaussée, construite primitivement pour un amphithéâtre de chimie, continua à être affectée, comme elle l’était déjà depuis trois ans, aux cours et conférences destinés au public.
Mais ce fut surtout la bibliothèque qui profita de ce développement des constructions. Les livres entassés jusque-là dans une salle placée sur la rue de Vaugirard, ou dispersés dans les diverses parties de l’Institut, furent, peu à peu, ramenés à un point central, autant du moins que les locaux purent en contenir.
Les ouvrages principaux furent classés suivant leur nature, dans des salles de lecture affectées respectivement à la théologie, au droit, aux lettres, à l’histoire et aux sciences; les autres rangés méthodiquement dans des salles de dépôt. La partie, trop nombreuse encore, qui n’a pu trouver place dans les nouveaux bâtiments, est restée dans de vastes magasins aménagés au-dessus et à côté du comble de la chapelle, en attendant qu’elle puisse rejoindre la collection centrale dans de nouvelles constructions ardemment désirées et impatiemment attendues.