XLV
296. Pour transférer la propriété des marchandises déposées dans un magasin , il n'est pas nécessaire que chacune d'elles passe précisément de la main du vendeur dans celle de Tacheteur : il suffit de remettre à ce dernier lesclefsdu magasin, pour lui transférer en même temps la possession et la propriété des marchandises (^) ; car quiconque tiendra les clefs du contenant aura le cont(^nu en sa puissance. En effet, nous possédons tout ce qui est remis et abandonné à notre disposition , tout ce qui est sous notre garde, soit que la chose nous ait été livrée dans la main, soit que nous la tenions sous clef, sons la surveillance d'un gardien ou même sous nos yeux (-}.
Dans ces différents cas et autres semblables , la propriété transférée sans tradition ne l'est jamais sans une possession véritable. 11 est donc inutile de recourir à des suppositions gratuites , d'imaginer qu'à défaut de tradition réelle, il existe ici une tradition lictive, en ce sens que les clefs seraient considérées comme un symbole (a) des marchandises contenues dans le magasin. Ce prétendu symbole, si Ton admettait cette fiction, serait partout le même, et il importerait peu de savoir en quel lieu s'en fait la remise; mais il en est tout autrement, lorsqu'on ne voit dans la clef que ce qu'elle est réellement, c'està-dire un instrument nécessaire pour ouvrir et fermer les portes, et qui, par cela même, nous permet d'avoir les choses à notre disposition et en notre pouvoir. Toutefois, pour que cet instrument puisse servir, il faut l'introduire dans la serrure qui a fermé le magasin : aussi la possession et la propriété des
(*) Gains, fr. 9, § G, de adq, rer. dom. — («) Paul, fr. 1, S 21 ; Cels. fr, 18, § 2, dt adq. vel amitt. poas.
(a) La tradition symbolique n'existe que dans Timagination des commentateurs. Nous parlerons ailleurs [11 1 1] de la tradition dite de brève main, Action réellement admise par les jurisconsultes romains (V. Ulp.,fr. 43, § 1, de jure dot.), mais abusivement étendue parles commentateurs hors de sa véritable application, notamment pour expliquer le paragraphe précédent. Quant à la tradition de longue niaiu, elle n'a rien de fictif: c'est une tradition très réelle dont voici un exemple. In débiteur vient chez moi payer la somme qu il me doit , et , par n.on ordre, la dépose in conspeclu meo, La possession , n'étant corporellement détenue par personne, m'est acquise et en quelque sorte livrée manulonga [Javol. fr. 79, de solut.), c'est-à-dire par les yeux. Eilectivement, les anciens, rapportant tous les sens au toucher, considéraient comme une longue main l'organe de la vue qui saisit les objets plus loin que tout autre sen».
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marchandises ne sont-elles transférées par la remise des clefs qu'autant que cette remise se fait sur les lieux mêmes, devant la porte que la clef doit ouvrir, apud horrea (/).