LIVRE II, TITRE IV
421. L'usufruit donne le droit d'user et de jouir salva rerum substantia. En prenant cette expression dans le sens général que présente l'ensemble du titre, on voit qu'il s'agit ici de la durée de l'usufruit, comme le prouve, d'une part, la suite de la définition {est enimjusin corpore, quo sublato et id ipsum tolli necesseest),e[, d'autre part, l'objection qui se trouve prévue et résolue un peu plus loin. En effet , si l'usufruit dure autant que son objet, la nue propriété s'en trouvera séparée à perpétuité, et, par conséquent, deviendra complètement inutile : aussi, afin d'éviter cette conséquence, a-t-on voulu qu'il existât pour l'usufruit certains cas d'extinction , dans lesquels il viendrait se réunir à la propriété, pourvu que l'objet fût encore existant (^).
De là il semble résulter que , d'après sa nature , l'usufruit devrait avoir, comme les servitudes prédiales et comme la propriété d'où il émane, une durée illimitée, et il l'aurait effectivement si des considérations puissantes n'avaient fait admettre ici plusieurs limites , et notamment celle qui résulte de la nature spéciale du droit de jouir. En effet , jouir, c'est recueillir les fruits, c'est à-dire les produits appropriés à la destination particulière de Tobjet [387] , en sorte que l'usufruit disparait dès que la chose change de destination ou de substance, comme on le verra bientôt [k^^]. C'est ainsi que s'explique pour moi le droit de jouir, salva substantia (a).