VIII NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
coup de choses dont l'Université ne s'occupait guère à cette époque, en revanche, il ignorait complètement tout ce qu'elle enseigne. Craignant, dès lors, avec raison que son protégé ne perdît un temps précieux s'il devait prendre aux premiers éléments et suivre pas à pas le cercle des études universitaires, M. Du Caurroy l'aîné n'hésita pas à l'installer près de lui, se constitua son professeur, et le suivit avec tant de zèle, qu'au bout de deux ans, il le mit en élat d'entrer en quatrième.. Dans le cours de ces deux années, grâce à Tassiduités du. .maître, l'élève avait acquis un commencement d'instruction solide et le goût du travail. L'émulation seule lui manquait encore, mais il ne devait pas tarder à en ressentir les effets au milieu de ses nouveaux condisciples, dont quelques uns, tels que MM. Villemain, de l'Académie française, Demante, de la Faculté de droit, et Legrand^des ponts-et-chaussées, annonçaient déjà le talent qui devait, plus tard, les distinguer dans le monde. Loin de s'effrayer en présence de rivaux aussi redoutables, le jeune écolier ne fit que redoubler d'ardeur. De premiers succès l'encouragèrent, et bientôt mênie une bourse accordée à titre de récompense lui permit de continuer gratuitement ses études. C'était assurément une grande faveur, mais il sut la justifier en conservant jusqu'à la fin le rang qu'il avait conquis dès l'origine, et en figurant toujours avep honneur dans les solennités universitaires. • • .
M. Du Caurroy a\ait dix-huit ^ns et ^emi lorsqu'il acheva sa rhétorique, et se trouva placé tout à coup dans la situation la plus dilficile et la plus critique. Quatre ans auparavant, en 1802, il avait eu le malheur de perdre son
DE M. DL GALRROY. 1\
père. Sonl'rère aîné, nommé directeur de l'École des jeunes de langues àConstantinople, avait quitté la France en 1803. La petite fortune laissée par son père s'était trouvée compromise par suite d'une gestion malhabile. Toutes ses ressources lui faisaient donc défaut à la fois, et il allait se voir obligé de demander immédiatement au travail ses moyens d'existence. Heureusement, un homme de bien se trouva sur sa route, et lui tendit généreusement la main.
M. Simon, dont le nom est resté cher à la Faculté de droit de Paris, réunissait dès lors aux fonctions de professeur suppléant dans cette Faculté celles de directeur de YÉcoIe des jeunes de langues. A ce titre, il avait eu de longues relations avec M. Du Caurroy l'aîné, et l'amitié qu'il portait au plus âgé des deux frères s'était naturellement étendue jusqu'au plus jeune. Vivement alarmé des embarras que ce dernier devait rencontrer à sa sortie du collège, il craignait surtout de le voir compromettre son avenir pour subvenir aux nécessités du moment. En cela, M. Simon ne se trompait pas; car, suivant toute apparence, arrêté par le manque de ressources, M. Du Caurroy eût été dans l'impossibilité de suivre la carrière à laquelle il songeait dès cette époque, et qu'il a si dignement parcourue depuis lors. M. Simon ne voulut pas qu'il en fut ainsi : il alla donc audevant de M. Du Caurroy, l'interrogea sur ses projets, l'engagea fortement à persévérer dans ses intentions primitives, traita de craintes puériles ses préoccupations au sujet des avances qui pouvaient lui être nécecsaires, et, pour conclusion, il lui ouvrit sa bourse. Ce généreux patronage permit à M. Du Caurroy de se faire admettre au nombre des étu-
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diaiits en droit, de suivre les cours de la Faculté et d'y prendre ses grades. C'est donc à M. Simon qu'il dut en réalité tout ce qu'il devint par la suite, et si, dès qu'il en eut le pouvoir, il s'empressa d'acquitter sa dette pécuniaire , le souvenir du service qu'il avait reçu ne s'est jamais effacé de sa mémoire.
C'est au mois de novembre 1806 que M. Du Caurroy prit sa première inscription à la Faculté de droit. La vie d'étudiant ne fut pas pour lui ce qu'elle éj:ait dès lors pour beaucoup d'autres. L'extrême modicité et rorigine même de ses' ressources l'excitaient également au travail et à l'économie. Ne voulant rien accepter de M. Simon qui ne lui fût absolument indispensable, il s'ingénia de mille façons pour réduire ses dépenses au plus strict nécessaire. Un seul trait fera juger du reste. Quelle que fût la rigueur de la saison, jamais, pendant tout le cours de ses études, M. Du Caurroy ne se permit l'usage du feu; seulement, quand le froid devenait trop vif et que ses doigts se refusaient à tenir' la plume, il quittait son bureau, s'installait sur son lit, s'enveloppait dans ses couvertures et, plaçant un in-folio sur ses genoux, il travaillait sur ce pupitre improvisé pen* n dant des journées entières. Grâce à ce genre de vie, à cette assiduité qu'aucune distraction ne venait interrompre, M. Du Caurroy fit, dans l'étude du Droit, des progrès tellement rapides que, deux ans après, il commençait à pouvoir donner des répétitions à ses camarades.
M. Du Caurroy fut reçj^i licencié en 1809, et docteur au mois de mars 1811. A partir de ce moment, sa position devint meilleure. Le produit de ses répétitions suffisait à ses