‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 110 sur 129 · ORIGINE DE LA. DEMOCRATIE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA. DEMOCRATIE

aristocratique qoe réellement démocratique. Mais cette dernière qualité se développe avec le temps, lorsque les conditions de ce pacte social s'y prêtent. On le voit, nous sommes bien loin de Phypotbèse chimérique du contrat social formé à priori par une multitude indépendante» où Toti trouve d'immenses difficultés pratiques qui ne se rencontrent point ici.

Néanmoins cette foirmation originaire de la démocratie que nous venons de décrire, toute. possible qu'elle est, n'a point laissé de traces dans Thistoire des premiers temps. On n'y voit partout quela mosarcbie. La cause en est peutêtre que ('égalité supposée par nous entre les premiers fondateurs de ces sociétés qui se séparaient d'une autre préexistante, ne se rencontrait guère dans la pratique au moment de la séparation. Presque toujours qnelqa'on de ces pères, de famille avait de fait sur les autres une supériorité de génie, de force, de richesses qui luidonn«t une influence tacitement acceptée dès le premier instant. Ainsi dès. qu'ils quittaient la société patriarchale, à l'autorité de laquelle ils avaient été soumis jusque-là, ils se trouvaient assujettis à une autorité nouvelle, sans passer réellement par cet état d'anarchie que les politiques supposent dans leurs abstractions, comme s'il devait toujours précéder la formation d'un État , hypothèse assurément fort peu historique.

Mais ce^qui n'a point eu lieu (à notre connaissance du moins) au commencement du monde, s'est présenté quelquefois plus tard dans desassociations d'émigrants toujours peu nombreux, quittant leui* pays et leur souverain pour aller fonder au loin une colonie. Toutefois, ici encore nous ne trouvons point ce pacte radical à priori d'une grande mullilude imaginé par les philosophes. Les choses se p«08cntbienaulrement;quclqiie8hommea hardis conçoivent

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l'entreprise, la proposent et la font goûter à d'antres sur lesquels ils acquièrent ainsi une influence qui les désigne comme leurs chefs au moins provisoires. On se groupe autour d'eux par des accessions individuelles, comme on courait à Tasile de Romolus. Tout cela se passe au sein d'une société déjà constituée, et au moment où on la quitte, on a déjà une organisation établie, soit par une élection formelle, soit par une multitude de pactes et d'accessions individuelles. Les dhangements qu'éprouvera plus tard cette organisation, à mesure que la colonie se développera, appartiennent, non plus à la constitution primitive; mais aux modifications secondaires des sociétés, dont nous avons parlé plus haut. On trouverait aisément dans l'histoire la confirmation de ce que nous venons de dire; c'est la meilleure preuve de notre exiactitude dans l'explication des diverses origines démocratiques. Cette forme sociale n'est donc point primitive ni la seule naturelle; elle est au contraire accidentelle, et procédant toujours d'un état social antérieur, soit civil, soit au moins patriarcbal, et par conséquent monarchique.

Il reste une observation à faire sur la démocratie secon-daire succédant à un autre régime politique dans le tnérae Etat; c'est qu'à l'extinction de cette première forme, on conçoit tout d'abord un état d^interrègne^ qui n'est point la dissolution totale de la société préexistante; car le pouvoir demeure provisoirement entre les mains des anciens magistrats, qui la gouvernent et la dirigent même dans les opérations relatives à l'établissement du nouveau régime. Il ne s'agit donc point de société à former, ni de contrat social radical selon l'idée de Rousseau. Il peut y avoir lieu tout au plus à un pacte entre le peuple ou ses magistrats d'une part, et de l'autre les supérieurs qui sont substitués aux an* ciens, pacte qui détermine la nouvelle forme du gouverne-

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ment, aiosi que les droits et les devoirs da noaveaa soaveraiD.G*estcequ'on appelait aatrefoispoctoconMAto. Ce n'est pas un contrat formant la société ; mais un simple pacte fixant le régime politique. Toute la multitude n'y concourt point en vertu des droits essentiels de l'humanité, comme le veut le système philosophique. Il n'y a que le peuple politique, c'est-à-dire ceux qui ont droit de suffrage dans cet établissement et qui sont plus ou moins nombreux, suivant des circonstances tout-à-fait contingentes.

Souvent même rétablissement du gouvernement est l'œuvre d'un bien petit nombre d'hommes. Un seul, s'il est populaire, peut en décider ; tandis que le peuple laisse faire et est censé approuver tacitement, suivant cette parole de Tacite, qui contient l'histoire de toutes les révolutions : Pauci atutent, piures agurU, omnes patiuntur.

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