AGRICULTURE ET COMMERCE
soias, qa'an propriétaire pauvre élève plutôt une vache que des brebis, et que la dimiDUtioii dans le nombre des bestiaux est bieo plus grande encore en moutons qu'en bœufs. La disette dans le nombre des bestiaux est arrivée à un tel point qu'elle a réveillé l'attention des administrateurs, des assemblées publiques et des corps scientifiques, partisans si zélés des partages des propriétés. Un de ces derniers établit, dans un rapport, Tétat de la viande consommée par tête en Angleterre. U calcule qu'elle est qua^ druple de ce qu'elle est en France. Mais, à lire ce rapport, on croirait que c'est une alBEdre de choix ; que les Français préférant les légumes et les fruits, sont plutôt herbivores, et les Anglais carnivores^ sans réfléchir que le peuple qui, pour se garantir de la faim, consomme quatre fois plus de viande, a pour se défendre du froid quatre fois plus d'habits, de bas, de chapeaux, de souliers, de matelas et de couvertures de lits, tandis que les légumes et les û'uits ne laissent rien après eux.
» On a pu observer par cette enquête que les Anglais n'ont pas sur le commerce extérieur les mômes idées que les babitaots du continent. Les manufacturiers de drap remarquent que depuis dix ans la quantité de la production et de l'importation des laines a beaucoup augmenté, et ils s'applaudissent de ce que l'exportation des draps soit restée à peu près stationnaire, ce qui prouve que les habitants du pays sont chaque année mieux habillés. Si ce raisonnement est juste, on est autorisé à dire de l'Allemagne ce qui aété dit de la Baltique au sujet des cuirs ; qu'elle s'est successivement appauvrie, puisqu'elle exporte toujours plus de laines fines en Angleterre. D'abord les habitants n'ont rien gagné en fait de nourriture, puisqu'ils laissent vieillir et mourir de mort naturelle le mouton qui produit ces laines, et lorsqu'un pays élevé, froid comme l'Allemagne,
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exporte une denrée aussi préciease qae la laine, nous pou- ▼oas juger que les habitants ne sont pas chandement habillés. On ne peut faire le même raisonnement sur l'Espagne, parce qae la chaleur de son climat est cause qu'elle consomme moins de cette sorte de production. D'ailleurs les Anglais ne sont pas des consommateurs solides pour les laines ; ils trouvent déjà leur intérêt à y substituer celles de l'Australie. Indépendamment, ce sont des débiteurs dangereux, moins par mauvaise foi que par imprudence. Si les négociants paient en temps de prospérité, on est certain qu'ils ne paieront pas en temps d'ad vérité. Alors la banqueroute est un état naturel, et de l'année 1835 à 1838, les producteurs de laine sur le continent ont perdu plus qu'ils n'ont gagné les cinq années précédentes et les cinq suivantes. Les Allemands feraient donc mieux de s'adonner h l'éducation de ces races de moutons qui, comme celles des Anglais, produisent beaucoup de viande et beaucoup de laine, et de consommer l'une et Tautre. »
(Extrait des enquêtes et des pièces officielles publiées en Angleterre par le Parlement, depuis iS33 jusqu'à ce jour, accompagné de quelques remarques, par MM. Ru bichon etL, Mounier, Pam, 1843, c/i?zTreultel «i "Wûrtz. — Tome V, p. 106.)