‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 124 sur 129 · EFFETS DE L'INDUSTRIE SUR LA POPULATION · texte numérisé non relu

EFFETS DE L'INDUSTRIE SUR LA POPULATION

t La tendance la plus prononcée des hommes pris soit en société, soit individaellement, est de dominer. La force et le talent pour y réussir peuvent leur manquer; mais quand ils ont en ces avantages, ils les ont exercés dans toute leur latitude; ainsi Rome, dans l'antiquité, et, parmi les États modernes, l'Espagne sous Gharles>Quint, la, France sous Louis XIV et sous Bonaparte, et l'Angleterre depuis cinquante ans, n'ont négligé aucun moyen pour prendre une suprématie sur les autres peuples.

» Mais jusqu'à présent ces prétentions des peuples à la suprématie consistaient à établir leur religion, leurs lois, leurs coutumes, leur langage et leurs arts ; enfin à identifier les peuples étrangers à eux-mêmes.

» Les Anglais présentent une exception à ce système général; il a fallu le siècle bizarre où nous vivons et les idées bizarres dans lesquelles nous sommes élevés, pour que le peuple le plus riche et le plus puissant de l'Europe ne visât à faire des conquêtes ou des alliances que dans le but de se faire l'esclave des peuples alliés ou vaincus, en remplissant pour eux les occupations humiliantes auxquelles une petite partie de toutes les sociétés a été condamnée par la Providence.

B Miner et forger fut de tout temps l'emploi destiné aux esclaves, aux prisonniers ou aux criminels, et cependant on voit les Anglais mettre leur orgueil à miner ou à forger pour tout le globe. Les modernes découvrent un art qui demande encore moins de facultés, qui, loin d'exiger aucune vie, comprime et anéantit l'intelligence, l'art «nfin de filer

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et de tisser le coton ; et voilà les Anglais qai se font une gloire de s'y adonner, et qui forment le plan de s'emparer exclusivement de cette industrie. En conséquence, ils encouragent la culture du coton chez les Américains» et par là enrichissent leurs rivaux ou plutôt leurs ennemis» et cela daas le but de ruiner leurs sujets dans Tlnde, en substituant les toiles de manufactures anglaises à celles que fabriquaient les Indiens, toiles qui étaient \e^ seules ressources de ces pays pauvres. Et comment auraient-ils senti quelque pitié pour les Indiens, lorsqu'ils ont établi, aux risques et aux dépens de leurs propres agriculteurs, une concurrence si inégale de la laine avec le coton.

» Les personnesquiles premières exploitèrent cetteindustrie toute nouvelle y employèrent d'abord, dans leur igno* ranoe, des hommes faits, ensuite des femmes, de là des adolescents, et enfin, voyant que cette molle substance, le coton, pouvait se manier plus aisément que les filaments plus vigoureux de l'Europe^ elles y employèrent des enfants. Il n'y eut d'abord que quelques milliers de familles, dont le sort fut attaché à celui de ces aventuriers pour lesquels une banqueroute est iine prime ; mais chaque faillite paraissant encourager dix établissements de plus, c'est aujourd'hui des centaines de mille familles, dont les femmes et les enflBuits, les garçons et les filles sont jetés pôle-méle dans ces serres chaudes qu'on nomme manufactures.

» Le public poussa un cri d'alarme sur cette nouvelle calamité qui se répandait sur la société ; le Parlement institua donc des enquêtes, qui, si elles ne portaient aucun remède, faisaient du moins connaître la maladie. Il y a eu nécessairement beaucoup de contradictions parmi les ténioins appelés, d'abord parce que, sur ces milliers d'établissements, il en est qui sont moins mal ordonnés que les autres; ensuite les commissaires, les magistrats et les

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