‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 20 sur 129 · DE LA SERVITUDE · texte numérisé non relu

DE LA SERVITUDE

de ces travaux. Elle confère par conséquent à celui-ci, outre le droit d'user de son esclave, celui d'en disposer comme de ses autres biens par la vente ou d'autres contrats. Cette servitude peut être pratiquée de deux manières. L'une, reçue chez la plupart des nations payennes, refusait à l'esclave, sans égard pour la dignité et la personnalité humaine, les droits propres à tout homme, et livrait aux caprices du maître sa vie, sa conscience, sa pudeur, etc Rien ne saurait légitimer cet abus, certainement contraire à la loi naturelle. Un autre mode de servitude que le christianisme, corrigeant ces excès , introduisit dès son origine, respecte à la vérité dans l'esclave les droits essentiels à l'humanité; mais il laisse cependant au maître un grand pouvoir sur le travail et la personne de l'esclave. D peut le gouverner, le corriger raisonnablement et même le vendre, pourvu qu'il ne viole pas les droits naturels de la famille, par exemple en séparant les époux par cette vente. C'est surtout ce genre de servitude dont la légitimité est mise en question. Dans la réalité, on ne saurait prouver qu'il répugne strictement au droit naturel, puisqu'il a subsisté longtemps comme légitime chez les nations chrétiennes. M. de Maistre montre même assez bien qu'un certain degré d'imperfection dans la société peut le lui rendre nécessaire.

Néanmoins on doit dire qu'il est peu en harmonie avec les intentions primitives de la nature, et c'est en ce sens que Justinien le définit : Canatitutio juris gen-- Uum quâ quis alieno dominio eontrà naturam su&jkUur. Il le dit contre la nature, parce que ce n'est

Page 1