Preuve, Sa supériorité sur la démocratie
..est prouvée par cela seul qu'elle atténue les rices
*^ propres au régime polyarchique ; tant par le petit
nombre des gouvernants, qui la rapproche de l'unité
parfaite, que par l'hérédité, qui fixe le pouvoir dans
certaines familles. Cette hérédité en effet remplace la
(1) Voyez sur la valeur de la démocratie le cardinal Maoïy, Opinian 8ur la sonveraineté du petiple^ p. 27 et pasHm; et Ëurtoat M. de Tocquerille, de la Démocratie^ T. I, chap. XIV, et T. llypatnm, où la force de la vérité lui arrache defl aveax dignes d'être médités.
mobilité et l'impéritie populaires par un esprit traditioDuel et une ûxité de principes qui font la vigueur et la durée du gouvernement. Toute Thistoire nous montre cette prudence et cet esprit de suite dans le gouvernement comme le trait caractéristique des sénats aristocratiques et héréditaires. C'est là ce qui a donné, par exception, une durée de treize siècles à la république de Venise (1) : c'est aussi la source de cette vigueur et de cette habileté^ pour ne pas employer une expression plus forte et moins honnête, qui distingue le gouvernement anglais, devenu depuis deux siècles plus aristocratique que monarchique.
Sous le rapport de la moralité, elle n'a rien à envier à la démocratie, car elle réprime ordinairement d'une ooanière hien plus efficace la licence populaire, et en concentre du moins les^ifets dans un cercle plus étroit. Elle l'emporte donc de tout point sur elle.
Mais aussi elle le cède à la monarchie sur presque tous les points, car celle-ci a plus d'unité, comme il est manifeste, et plus d'intelligence et d'honnêteté en excluant des conseils la discorde, et de l'action publique les factions, qui ont coutume de troubler les sénats aristocratiques. D'ailleurs la monarchie hiérarchiquement constituée, réunit aisément à ses avantages propres ceux de l'aristocratie, parce que le roi peut s'appuyer, comme il convient, sur les
(1) La république d'Athènes a duré 272 ans ; celle de Rome, 465; celle de Genèye, 269; celle de Suisse, 442; celle de Hollande, 207, etc. Comparez arec la durée commune des monarclûes !
conseils et la puissance des nobles, sans être cependant assujetti à leurs volontés. La monarchie lui est donc supérieure, et notre thèse est prouvée dans ses deux points.
487. — COROLLAIRE. — « On peut tirer de ce que nous avons dit des règles sûres pour juger dans Tordre pratique du mérite des diiférents régimes. — La première, c'est qu'un gouvernement pour être le meilleur doit être légitime. — La seconde, qu'il doit être accommodé aux faits antérieurs et aux circonstances sociales qui lui ont donné naissance. — La troisième, qu'il doit donner plus que les autres à la société particulière que l'on considère, l'unité et l'efficacité dans Faction sociale tendant au bien commun.
La première condition est toujours nécessaire. Quant aux deux autres, mieux elles seront gardées, plus le gouvernement aura de perfection, tant relative qu'absolue. Toutefois la faiblesse humaine ne permet pas de réaliser parfaitement ces conditions dans l'ordre concret.
Voici comment on peut déterminer, d'après la raison et l'histoire, le caractère propre de chaque forme simple de gouvemementi — Le pouvoir monarchique est plus naturel; et, quoiqu'il puisse accidentellement d^énérer comme les autres en tyrannie, il est, régulièrement parlant, plus modéré dans son exercice, plus soigneux du bien public; et il donne à l'Etat plus d'unité, de concorde, de force et de sécurité. — Le
gouvernement aristocratique se distingue par la prudence, la constance traditionnelle de l'esprit public et
des principes d'administration; mais il est ordinairement dur, peu soucieux de la liberté du peuple et sujet à d'innombrables discordes entre les grands. — Le régime populaire est caractérisé par l'imprudence et une extrême mobilité. Il est factieux entre tous, turbulent, violent, faisant presque toujours tourner la liberté en licence pour la faction la plus puissante, et en oppression pour les autres. C'est le spectacle que nous présente l'histoire des Grecs, des Athéniens surtout, et celle de la République romaine déjà corrompue, dont Gicéron stigmatise les vices sous le nom d'Athènes, dans son livre De la République (1).
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