‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 54 sur 129 · Preuve, Dans cette ibrmé, on reconnaît dé · texte numérisé non relu

Preuve, Dans cette ibrmé, on reconnaît dé

nom un roi, sans lequel les assemblées ne peuvent rien décerner ; mais qui ne peut rien faire lui-même que par des ministres qu'il est censé nommer, et qui cependant dépendent de fait de ces assemblées, auxquelles ils doivent rendre compte de tout ce qu'ils font. On attinbue au roi ou à ses ministres le pouvoir exécutif, comme la nomination des magistrats, la direction de la force publique, et toute l'administration. Mais quoique les assemblées ne puissent seules porter une loi, elles ont les moyens les plus efficaces, surtout en refusant l'impôt, de forcer le roi, ou pour mieux dire, ses ministres, à faire tout ce qu'elles veulent, et même de renverser ces ministres et de les juger. Telle e»t cette organisation que nous disons être pleine de défauts graves et tomber dans la démocratie.

I. — Elle est pleine de défauts graves; d'abord parce qu'elle manque d'unité, comme il est manifeste, et aussi de sincérité. EUe promet, en effet, l'équilibre des pouvoirs ; et dans la pratique cet équilibre ne peut jamais se réaliser, ou du moins se conserver, parce qu'il y en a toujours un qui domine les autres. — S'ils tombent d'accord sur un point, de quelle utilité est le partage qu'on a fait? Le roi seul eût fait le bien dont il s'agit avec plus de simplicité, et sans les inconvénients que nous allons signaler. — S'il y a dissentiment entre eux, cas qui est la seule raison d'être de ce régime, voilà une guerre intestine dans laquelle la victoire restera, comme l'expérience le montre, plutôt à celui qui l'emportera par la ruse ou là violence, qua celui qui aura la raison pour lui ; et que devient alors

l'équilibre tant vanté ? Le système est donc trompeur i

dans ses promesses sur ce point capital : ce n'est pas i

le seul, car il ne renferme que des Actions. Il parle !

d'un Toiy mais qui règne et ne gouverne pas, selon le plaisant axiome du parlementarisme ; et ses ministres, harcelés par une guerre continuelle, sont nécessairement plus occupés de se défendre contre leurs ri\aux, que de bien administrer les affaires. — Et le peuple 1 gouverne- t-il davantage en choisissant des députés qui lui sont le plus souvent inconnus, et auxquels il ne peut pas même imposer un mandat impératif? Son pouvoir est donc aussi une fiction. On constitue une chambre aristocratique, composée, en grande partie, de poètes, de mathématiciens, de professeurs et d'avocats, qui, en théorie, peut tout arrêter, mais qui est en réalité la très-humble servante de l'assemblée populaire, contre laquelle elle ne peut pas se défendre ellemême. Le gouvernement de l'Etat appartient donc, en réalité, à quelques tribuns et aux journalistes, à moins que les ministres ne puissent acheter ces directeurs de l'opinion publique, et les soumettre à leur influence, jusqu'à ce qu'eux-mêmes soient obligés de céder la place à d'autres, qui s'élèveront par les mêmes moyens. Voilà quelle est la sincérité de ce régime, et ses partisans expriment mieux qu'ils ne le pensent euxmêmes la réalité des choses, lorsqu'ils parlent du jeu de ces institutions. C'est un jeu, en effet, mais qui coûte cher à la société (1).

(1) Le fameux Mazzini aronait franchement en 1818, dans le journal milanais Vltalia del Popolo^ l'hypocrisie de ce régime.

Ce n'est pas là le seul vice de cette forme de gouvernement. Elle produit un danger perpétuel de discordes entre deux pouvoirs naturellement rivaux, car il y a au moins deux influences dans l'Etat : celle du roi et celle du peuple, entre lesquelles la lutte ne peut finir que quand l'une des deux a absorbé l'autre.

Il fait de la corruption l'état habituel, et en quelque sorte normal, de la société; car, afin d'échapper à l'hostilité des assemblées, les ministres sont forcés d'user de tous les moyens que le pouvoir exécutif met à leur disposition pour influencer les élections, ou pour se concilier les députés qui en sont sortis. Ce gouvernement est donc une école toujours ouverte de corruption, s'exerçant sous toutes les formes. L'expérience ne l'a que trop montré; partout on s'en est plaint; on s'en est fait un sujet mutuel de reproches, et nulle part on n'a su y trouver un remède (1).

<c Les pactes constitutionnels, disait-il, sont des transactions j> b&tardes, fondées sur un mensonge d'équilibre entre trois élé- D menta, dont chacun tend inévitablement à dominer les antres, » produits comme lui par la corruption et l'hypocrisie poli- 7> tique. 2> On ne peut rien dire de plus vrai. — Le triumyir Armelllni faisait le même aveu, le 5 février 1850, dans l'Assemblée révolutionnaire de Rome.

(1) La corruption, dit Rubicfaon, est de l'essence du goavcmement constitutiozmel et l'accompagne partout. M. de Tocqueville convient que c'est un fait d'expérience universelle. Mais c'est surtout en Angleterre, berceau de ce régime, que cet usage immoral s'étale avec plus d'audace et d'impudeur. On peut en juger par le trait suivant choisi entre mille' : Un M. Bell, accusé le 17 février 1862 à la Chambre des corn-

Ce régime est une source de violences, soit de la part du prince, employant la force publique pour dompter l'opposition opiniâtre des assemblées, soit de la part de celles-ci, provoquant le peuple à ,1a sédition pour imposer leurs volontés au prince.

Il produit, dans le pouvoir et l'administration, une instabilité très-nuisible aux intérêts sociaux; car la mobilité de l'élément démocratique, duquel surtout dépendent les ministres, amène des changements continuels parmi ceux-ci. Occupés d'ailleurs à se défendre pendant le peu de temps qu'ils passent au Pouvoir, ils ne peuvent donner leurs soins aux affaires publiques. L'administration en souffre de mille manières, et ne peut conserver rien de fixe ni de stable. L'économie surtout disparaît devant la nécessité de corrompre et d'acheter des suffrages à tous les degrés de ceux qui possèdent une influence politique. Aussitôt qu'un pays

mânes d'avoir corrompu ses électeurs, arouait le fait, ou plutôt s'en glorifiait, en ces termes : « Oui, Messieurs, et je n'ai fait » que suivre en cela d'illiutreê et notnbretix exemples. N'est-il » pas vrai que tel d'entre vous a payé son élection 60,000 livres » sterling ; que tel autre avoue en avoir déboursé 50,000 ; que le » plus modeste parle de 40,000, et que ceux qui n'ont dépensé » que 5 à 10,000 livres sterling, regardent la chose comme une 1^ bagateUe qui ne vaut pas la peine qu'on en parle ? Eh bien ! s quant à moi, de compte fait, la carte de mon élection ne » monte qu'à 4,300 livres sterling (103,200 fr.) ; c'est une misère ; î> pourquoi s'en occuper ? » Qu'il est beau pour un peuple libre d'Être ainsi gouverné I Et cependant, si cet usage venait à cesser, de manière à. rendre la chambre élective indépendante de celle des lords, c'en serait fait de la constitution anglaise. EUe ne vit qu'à ce prix I

268 DU GOm'ERNEMENT

est doté de ce ré^me, on voit ses dépenses s'accroître dans une proportion énorme: c'est une règle sans exception que ce régime inventé, dit-on, pour soustraire le peuple aux exactions arbitraires, augmente les impôts et les dettes à un point que l'administration la plus despotique d'un roi n'atteindrait jamais.

Comme on le voit, ce régime manque d'unité, de sincérité, de probité, de concorde, de sécurité, de constance et d'économie tout à la fois. Il est donc vrai qu'il est entaché des vices les plus graves. Nous n'avons pu que les indiquer ; on peut en trouver les preuves très-bien développées dans le livre de Mgr Tharin, du Gouvernement représentatif {i),

II. — Le régime représentatif tombe promptement dans la démocratie pure. En effet, le peuple possédant déjà par sa multitude la force physique, si on lui donne encore dans l'État un organe légal armé des droits politiques et des moyens d'action qui, dans ce régime, sont Tapanage de l'assemblée populaire, il absorbera bientôt les deux autres éléments, réduits à la seule force morale. Comment pourraient-ils lui résister? L'assemblée élective peut, d'une part, arrêter complètement leur action par le refus des subsides, sans lesquels on ne peut rien faire dans l'État, etde l'autre elle peut soulever contre eux l'opinion de tout le peuple, jusqu'à mettre leur propre existence en danger, comme cela s'est vu en France en 1789 et en 1830. Aussi toute l'histoire atteste que partout où la constitution a opposé l'élément démocratique àl'aris-

(1) Voyez auflsî Audîsio, JurU natur., L. m, tit. Vm, et TaparelU, Etame de gli ordini rappretentativi, passim.

tocralie ou à la royauté avec une égalité légale de pouvoir, il les a bientôt réduits à rien (i). C'est ainsi que le peuple romain, par ses tribuns et ses plébiscites, usurpa peu à peu tout le gouvernement de la république (2). Et aujourd'hui en Europe, partout où ce régime est établi, on voit combien les princes et les assemblées dites chambres hautes ont peu de force contre la démocratie qui envahit tout.

492. — Remarque. — C'est cette ambition envahissante de la démocratie qui a fait qu'au moyen-âge Tautorité n'a guère été partagée entre les princes et certaines assemblées que chez les nations où l'élément aristocratique était très-puissant^ et l'élément démocratique presque nul, ou consistant seulement en quelques

(1) « Qa'est^e qne le roi dA&B le gouvernement représentatif? » Le rai, o^egt nn souvenir vénérable dupaesé, Vingoription d'vn » temple anUqve, placée enr le frenten di'un autre édifice tout » moderne, )) De la MennaiB, De la religion considérée dans ses rapporte avec V ordre politique^ ch. I — 1826.

(2) Hontesqaien, quoique partisan déclaré de ce régime mixte, fait ressortir mieux que personne ce développement de l'ambition démocratiqne dans la République romaine. Voici comment il en parle : <c Comme Tautorité royale avait passé tout entière B entre les mains des consuls, le peuple sentit que cette liberté » dont on voul^dt lui donner tant d'amour, il ne l'avait pas ; il » chercha donc à abaisser le consulat, à avoir des magistrats » plébéiens, et à partager avec les nobles les magistratures eu- ^ raies; les patriciens furent forcés de lui accorder tout ce qu'il » demanda. . . La puissance devait donc revenir au plus grand » nombre, et l'aristocratie se changeait peu à peu en état popu- > laire. Tant qu'il resta quelque prérogative aux patriciens, les » plébéiens la leur enlevèrent. . . On n'entend parler que des

communes, non comme aujourd'hui dans le peuple entier. Mais lorsqu'il commença à se développer^ il amena la ruine de rÉtat, ou bien il fallut changer ces formes politiques dont Tesprit avait déjà été faussé par ce développement. Elles subsistèrent néanmoins en Angleterre après avoir disparu ailleurs, parce que dans ce pays Vêlement démocratique des communes n'avait qu'un nom, sans véritable influence : il n'y avait réellement en face de la royauté qu'une aristocratie qui l'absorba à la révolution de 1688, et qui a seule gouverné depuis (1). Maintenant que le flot démocratique commence à monter en Angleterre, la constitution de ce pays est menacée d'une ruine prochaine.

On voit la différence de ce régime dit constitiUionnel

» divisionfl qui perdirent Borne ; maiB on ne voit pas que ces » diviflionfl y étaient néoeêMiret, qn^elles 7 araient toujours été, » et qa*eUe8 j devaient tonjonrs être. . . Et pour règle générale, » toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans nn » État qui se donne le nom de république, on peut être assuré » que la liberté n'y est pas. d — Chrandewr des Botnainê.

Ainsi, dit H. de Bonald, le peuple à Borne n'ayait pas de liberté parce qu'il n'avait pas l'autorité, et qu'elle avait passé tout entière entre les mains des consuls. La liberté n'est donc pour le peuple que l'autorité I Voilà le petit bout éToreillâ échappé par malheur/ Et Tacite avait bien raison de dire : Caterùm lihertas et speoiasa notnina pratewttntw, née quisquam àliennm serH' tium et dominatûmem slhi eonôupivitf ttt mm eadem itta vûca* bula umrparet. — SiH,f TV, 73.

(1) Sur cette dépendance réeUe, où la Chambre des communes anglaises avait été de l'aristocratie jusqu'à ces dernières année5^ voyez Burke, Réfleœione sur la JRévoUition de France^ p. 86, 87, et Bubichon, de V Angleterre, I, p. 226.

qui transfère de fait au peuple toute la réalité du pouvoir, et des iûstitutions du moyen-âge, qui, malgré quelques ressemblances apparentes avec lui, en différaient totalement dans leur organisation comme dans leur esprit et dans leurs effets : car elles ne tendaient qu'à limiter la puissance royale sur quelques points, comme Timposition de nouvelles taxes, et non à mettre le gouvernement même aux mains du peuple. Or cette différence est fondamentale, et c'est se tromper grossièrement que de vouloir comparer à ces antiques institutions les constitutions modernes et les en faire dériver. Il est trèsimportant de ne pas perdre cela de vue, si l'on veut éviter, tant en histoire qu'en politique, une foule d'erreurs trop communes aujourd'hui.

493. — COROLLAIRE. — « Il résulte de ce que nous venons de voir que le régime représentatif en lui-même et considéré spéculativement comme une pure forme politique ne doit point à la vérité être condamné comme illégitime ; car c'est une de ces combinaisons que peuvent amener sans injustice la succession des événements et la volonté des hommes ; mais que parmi les formes légitimes, on doit le regarder comme une des plus imparfaites. »

H offre, en effet, la plupart des vices de la démocratie avec laquelle il se confond de fait a^îourd'hui ; et il y joint l'inconvénient d'établir la division, la rivalité, pour ne pas dire la discorde entreles élémentsdont il est formé. En outre, l'expérience montre que rien n'est moins durable dans la pratique. On ne trouve donc dans cette constitution politique ni l'équilibre si

vanté des trois pouvoirs, ni cette perfection que le libéralisme lui attribue au-dessus de toutes les autres.

Mais ce qui est plus grave que tout cela, c'est que dans Tétat présent de la société, on ne saurait pratiquement séparer ce régime de Tesprit de la révolution, (jui le pénètre intimement. Ceci parait manifeste si Ton considère, non pas seulement la forme politique d'équilibre, mais aussi les principes anti-sociaux sur lesquels les théories libérales la font reposer ; car ce système, envisagé à ce point de vue, est subversif de tout ordre, et doit être absolument réprouvé, comme le montrera la proposition suivante.

PROPOSITION n.

Le régime représentatifs considéré par rapport aux principes sur lesquels l'appuie le libéralisme , est subversif de la société.

494. — Preuve, Les principes fondamentaux de ce régime peuvent, en un mot, se réduire à la souveraineté du peuple, telle qu'elle résulte do l'hypothèse chimérique du contrat social, réfuté plus haut. Or cette souveraineté populaire essentielle et philosophique est nulle de droit, et ne doit pas être confondue avec la démocratie historique, qui , malgré ses imperfections, peut exister légitimement dans certains pays. On doit donc regarder comme faux et nuisible à la société tout ce qui découle de cette source empoisonnée. C'est ce qu'il faut montrer encore plus clairement.

En effet, la théorie représentative, comme l'hypothèse du contrat social qui lui sert de base, est fondée

sur ces deux principes : \^ que tout individu , même vivant en société, jouit naturellement d'une indépendance absolue, de sorte qu'aucune obligation politique ne peut lui être imposée sans son consentement; 2^ que tout le droit public provient de là collection des volontés particulières ou du moins de leur majorité, selon cet axiome de Rousseau : la loi est Vexpremon de la volonté générale, et que' par conséquent il faut gouverner d'après cette volonté, ou, comme on dit, suivant Vopinion publique. Or ces deux principes, ainsi que leurs conséquences, sont faux, subversifs, et même impies si l'on prend cette doctrine dans toute sa ri-? gueur. Il en est donc de même du système basé sur eux. Nous allons prouver successivement la majeure et la mineure de cet argument fondamental.

Preuve de la majeure. — l» Quant au principe de l'indépendance individuelle. La part qu'il a comme base dans le système, résulte, tant de la doctrine de tous les partisans de celui-ci, qui font reposer la constitution politique sur le contrat social comme sur sa base nécessaire, que des conséquences qu'ils déduisent de cette' constitution ; savoir, la pleine liberté de conscience et celle de parler et d'écrire, pures applications de cette indépendance. — 2© Quant à l'empire de la majorité et de l'opinion publique, la même chose se prouve par la nécessité de recourir à cet empire, une fois qu'on a admis l'indépendance individuelle, si l'on ne veut rester dans une anarchie complète. Elle se prouve encore par toute l'organisation du gouvernement représentatif, qui la suppose manifestement, puisque l'on y fait conti-

nuellement appel à Topinion publique, comme à l'ultima ratio de toutes choses.

Preuve de la mineure ; savoir, que ces deux principes et leurs conséquences sont faux et subversifs.

L — Le principe de la pleine indépendance de l'individu dans l'état social est faux, non seulement quant à la société domestique, comme nous l'avons vu plus haut, mais aussi quant à la société civile. Car celle-ci peut souvent se former tout d'abord sans aucun pacte libre. Mais surtout, une fois qu'elle est formée, l'autorité qui la régit, saisit et préoccupey pour ainsi dire, tous ceux qui naissent dans son sein, et qui ne peuvent s'affranchir de ce pouvoir que par l'émigration. Il est vrai, en pratique, que tous les hommes naissent et demeurent dans un état, non de liberté, mais de sujétion, sans aucun consentement antécédent de leur part. Ainsi, le premier principe du système est faux eu lui-même. — Il l'est aussi dans ses conséquences, qui sont la liberté de penser, de parler, d'écrire et d'agir selon son caprice (4). Si on étend cette liberJé jusqu'aux

(1) Voici comment nn libéral célèbre décrit, en l'approuvant, Tapplication de ces conséquences dans le pays qui lui présente ridéal de la société, l'Angleterre : « On respecte le droit que )) s'attribue chaque Anglais de tout juger, de tout critiquer et de » se tromper à ses dépens. . . Chacun dans Tordre politique dit D ce qu'il pense et fait ce qui lui plaît, sans la permission de qui » que ce soit. . . Un Anglais quelconque, un homme isolé, sans » mission, sons autorité, sans influence, sans responsabilité en- » vers qui que ce soit, mais rarement sans écho, dit ou écrit an j> public ce qui lui passe par la tête. . . » — Oorreêpondantt octobre 1858, p. 216, etc. — Voilà certes un curieux idéal de l'oi^ ganisation sociale I

choses religieuses, comme le veut le libéralisme, c'est une impiété, puisque c'est la révolte .de la créature contre son créateur, qui a donné des lois à son intelligence et à sa volonté. Même dans Tordre naturel et purement rationnel, cette liberté détruit la conscience publique, qui n'est que l'ensemble des vérités morales, religieuses et politiques que tous doivent admettre ; de sorte qu'elle s'évanouit s'il est permis à chacun de nier témérairement ces vérités selon les caprices de son opinion, à la manière des protestants.

Si on restreint cette licence aux choses politiques , elle suffit encore pour rendre impossible toute bonne administration ; celle-ci, en effet, doit nécessairement comprimer les passions de beaucoup de gens , et par conséquent soulever contre soi une foule d'attaques qu'elle ne saurait soutenir longtemps dans ces conditions : car l'esprit humain est fait de telle sorte que ceux qui s'élèvent librement contre l'autorité, toujours objet d'envie pour les masses, se font promptement beaucoup de complices. Ces libertés, que l'on suppose fondées sur l'indépendance naturelle de l'homme, sont donc subversives de l'ordre social ; et par conséquent il est vrai de dire que le principe de l'indépendance native est faux dans ses conséquences.

II. — Le principe qui fait découler tout droit du sentiment de la majorité ou de l'opinion publique, et qui fait de celle-ci la règle de toutes choses, n'est pas moins faux ni moins pernicieux (1). En effet, bien

(d) Burke, quoique Anglîds, parlant de rAssemblée constituante de 1789, censure amèrement ce système de majorité.

qu'il soit nécessaire pour obtenir une certaine unité morale dans les gouvernements collectifs, de s'en tenir à l'avis de la majorité , tant pour l'élection des magis* trats, que pour le règlement de quelques affaires plus importantes y il est certain , toutefois , que la multitude ne peut administrer ; mais qu'elle doit être gouvernée par ses magistrats , selon des lois de justice et de prudence tout-à-fait indépendantes de son opinion. Ainsi, même dans la démocratie, les magistrats, loin de céder à l'opinion publique, surtout lorsqu'elle est pervertie par des démagogues, doivent y résister de tout leur pouvoir. Le principe contraire serait la négation de

Voici ses paroles : a On dit que Tisgt^uatre millionB dlMNnmes D doivent l'emporter soi deox cent mille. Cela est vrai, ei la j> constitation d'un royaume est un problème, d'arithmétique. » Cette manière de parler n'est pas impropre, qaand elle a le )) secours de la lanterne pour Tappuyer ; mais elle est ridicule 2) pour des hommes qui peuvent raisonner de sang-firoid. La tûn lonté du grand nombre et îêê intérêU du grand nombre eont )) rarement la même ehoee. Et la difiEérence sera énorme, si en )) Tertu de sa volonté il fait un mauvais choix . . . Aujourd'hui, » vous (Français) semblez être pour chaque chose égarés de la D grande route de la nature. La propriété de la France n^est » plus ce qui la gouverne, et par suite de cela la propriété est D détruite et la liberté n'existe pas. Vous n'aves acquis jusqu'à » ce moment qu'un papier monnaie et une constitution d'agio- » tage... Lorsque l'Assemblée aura achevé son ouvrage, elle » aura achevé sa ruine. » — Réflexions sur la Révolution de France j troisième édition, 1791, p. 103. — Il fait aussi là des remarques fort importantes sur la composition de l'assemblée et sur l'invasion des légistes dans le gouvernement de la société. — Voyez p. 80 à 102.

toute vérité et de toute justice absolues : il entraînerait un scepticisme social universel , en donnant pour règle de sagesse et d'équité l'opinion du vulgaire, qui est la légèreté et l'inconstance même (1).

D'ailleurs ce qu'on appelle V opinion publique^ n'est le plus souvent que le cri d'une faction. Car les lionnètes gens sont prudents, doux, paisibles et amis de la concorde ; les méchants, au contraire , et les séditieux sont hardis, violents, prêts à tout ; ils trompent la foults par des mensonges, des libelles, des menaces et des terreurs imaginaires, et la poussent ainsi à des propositions et à des demandes iniques et insensées. Ce que Ton exalte sous le nom à' opinion publique^ surtout en opposition avec Tautorité, n'est donc le plus souvent que le vœu d'une faction turbulente, qui n'a aucun droit de s'imposer au jugement des hommes prudents et honnêtes. C'est à bon droit que les sages la méprisaient dans le paganisme même : Odi profanum vulgus et arceo^ dit le poète ; et l'écrivain sacré dit avec une toute autre autorité : Non sequeria turham ad facienduminalum,nec injudicio plurimorum acquiesces sententiœ ut à vero dévies. — Exode XXIII, v. 2. — Nous pouvons donc conclure que le double principe sur lequel repose le régime représentatif moderne est faux,

(l) Vulgtit fine eomparatiane prohat, esse melius non sentit; ^ terUate panoa^ ex opinione mvlta ctstimat, — (Cicéron, /fc elaris orator.') Le plus pr^and parleur, le pins mordant snrtoat est à ses yeux le plus sage; ce qui a fait dire encore à Torateur romain : G-reecorum respuhlica sedcntU concionis temeritate adninistratur. — Qtcbc'ui confiait libertate immoderatà et licen" i^coneùmum (pro FUtcco),

subversif de la société qu'il laisse sans supérieur légilime, et par conséquent opposé à la religion en luimême et dans ses conséquences. — Cest pour cela qu'il a été implicitement censuré par le pape Grégoire XYI9 dans son encyclique du 15 août 1832, dirigée contre les partisans du système, et qui réprouve le droit d'insurrection, déduit de l'indépendance naturelle, la liberté de conscience, celle des discours et des écrits, et cette autonomie impie que la société moderne s'arroge, sous le nom de sécularisation, en se séparant de la société religieuse, comme se suffisant à elle-même et eii faisant abstraction de l'autorité divine pour se constituer par une organisation purement humaine. Tel est en effet le but final du système représentatif pour les prôneurs de la société moderne, de même que la souveraineté du peuple est leur point de départ. Ainsi, c'est avec raison que nous taxons d'impiété ce système, comme le fruit naturel et l'expression complète de la llévoluiiony dont le dernier mot est la substitution dans la société d'un rationalisme purement humain aux lois divines et à leurs influences , suivant cette parole du psaume XI : Lahia nostra à nohis sunt: quis noster Dominus est?

Sur les traces du pape Pie IX, dans ses allocutions du 18 mars 1861 et du 9 juin 1862, tous les hommes sages, honnêtes et reli^eux doivent donc repousser ce système comme la révolution qu'il résume, et ne pas se laisser prendre aux grands mots de progrès^ de lihéralisme et de civilisatio7i ^moderne que le Souverain Pontife stigmatise dans ses actes.

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