C'est le nom que nous donnons à celui que
l'on cherche à étahlir dans les constitutions modernes par un équilibre fictif des pouvoirs, en partageant la souveraineté, non pas selon Texigence de coutumes ou de droits antérieurs; mais d'après des principes philosophiques à priori traduits en lois écrites. Cette division de Tàutorité souveraine est pleine d'inconvénients les plus graves, comme nous Pavons vu, et ne peut subsister surtout dans une société déclassée, sans tomber promptement dans la démocratie pure; ce qui en fait déjà un mal plus grand que ceux auxquels on prétend remédier par elle. Mais c'est bien pis si on la considère dans son union actuelle avec l'esprit libéral et révolutionnaire, qui la rend subversive de la société et de la religion ; et qui creuse un abîme entre elle et les institutions politiques du moyen-âge.
Car si les noms et les formes ont quelque ressemblance matérielle, l'esprit et la réalité des choses diffèrent infiniment ; puisque le principe fondamental du régime constitutionnel moderne est l'indépendance absolue du peuple, fondée sur celle de l'individu. De ce principe, on déduit le règne nécessaire de la majorité et de l'opinion publique ; on établit que juges, députés^ ministres et le roi lui-même, ne tirent leur autorité que d'une délégation du peuple souverain ; qu*ils n'ont de pouvoir qu'autant qu'ils le représentent; et enfin que la société jouit de l'autonomie à l'égard de la religion et doit se suffire et s'organiser sans elle. Dans le moyen-âge, au contraire, on posait en principe le domaine absolu de Dieu et la dépendance non moins absolue de la société et de toute puissance humaine à
son égsrif ainsi que l'obligation de se conformer aux lois de la justice et de l'ordre émanant de lui. On ne supposait pas non plus que le gouvernement appartint au peuple , mais on lui accordait tout au plus, en certains cas, l'élection de ceux qui devaient le gouverner en vertu de l'autorité de Dieu et comme ses images. Aussi, dit Donoso Cortès, eûUil été aussi impossible alors de former une assemblée qui ne îài pas catholique sous quelque rapport, qu'il le serait aujourd'hui d'en former une qui ne fût pas révolutionnaire par quelque endroit. C'est donc une grande illusion de comparer , comme on le fait souvent, des systèmes qui ont si peu de rapport entre eux. — On voit par tout ce qui précède Combien est vain et périlleux le contre-*poids légal, qui ne semble faire reposer la société sur un équilibre fictif que pour la précipiter plus sûrement dans la réalité d'une démocratie toute puissante ; selon les desseins manifestés par la confidence indiscrète de Mazzini, que nous avons rapportée plus haut. Notre siècle n'a donc pas lieu de se glorifier d'avoir fiedt une guerre si acharnée à tout ce qui pouvait servir de base au contre-poids moral et politique pour préparer l'avènement de l'équilibre consti* tutionnel.