DES MŒURS
impradeDts, que l'Eglise a désavoués, n'ont que trop réussi à égarer d'une manière déplorable l'opinion publique. Néanmoins, malgré les sophismes qu'ils ont entassés pour réclamer en faveur de tous la liberté de penser, ou pour mieux dire, la licence de parler et d'écrire, il demeure vrai que nul n'a, de par la nature, le droit de pouvoir ébranler les fondements de la société, en attaquant l'bonnèteté des mœurs, la religion et l'autorité, pour satisfaire la présomption vaniteuse qui le porte à s'ériger en réformateur nécessaire. Pour mon* trer l'absurdité de cette prétention, il suffit de la transférer de l'ordre moral à l'ordre physique, et dé l'empoisonnement des âmes à celui des corps. Le prince a donc le droit et même le devoir de prévenir l'un comme l'autre et de sauver la société qu'il représente en se défendant lui-même : car l'ordre public a souvent plus à craindre des discours et des écrits factieux ou corrupteurs* que d'une sédition armée. Ainsi, il faut refuser à l'autorité le droit de réprimer celle-ci, ou lui accorder le droit de se défendre aussi contre les calomnies qui la préparent dans l'esprit des peuples. Or cette défense ne peut être efficace que par la censure préventive; car la- peine dont sont frappés après coup les délits de la presse n'empêche pas le poison une fois lancé de circuler dans les veines du corps social : elle ne fait même qu'irriter le mal, comme l'expérience l'a si souvent montré dans ce siècle. Il est plus sage de le prévenir, puisqu'il est irréparable. On peut abuser du droit de la censure sans doute ; on peut abuser aussi de la police qui préserve les citoyens des entreprises des