DE LA SOCIETE RELIGIEUSE EN GENERAL
556. — Pour compléter la théorie du droit social, il reste à indiquer brièvement les principes qui regardent la société religieuse, comptée parmi les sociétés com* plètes, et ses rapports avec la société civile. Car ces deux sodétés, existant sur le même territoire et embrassant le même peuple, ont Tune sur Tautre une influence réciproque, et il serait même impossible de connaître pleinement la société civile, si Ton faisait abstraction de la société religieuse, son principal appui. Aussi, bien qu'il n'appartienne qu*à la théologie de traiter pleinement de la religion surnaturelle et de la société qui la professe, ce ne sera pas nous écarter de notre objet de dire quelque chose de la nature de cette société et de ses rapports avec l'État, en réfutant sommairement les principales erreurs si répandues aujourd'hui sur ce si^et important : car la société dvile ne saurait être bien réglée ni atteindre parfaitement son but, si l'on n'observe la loi de ses rapports légitimes avec l'Église, dont les sujets sont aussi les siens.
A ne regarder que l'ordre purement naturel, l'homme, que les anciens ont appelé avec raison un animal religieux aussi bien qu'un animal rai^onnàUe'y prati-
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querait la religion, qui est le lien moral entre lui et Dieu, sa fin dernière. Mais comme il est aussi par nature un animal social, et qu'il a coutume d'employer dans ce qu'il fait le concours des conseils et des forces de ses semblables, c'est-à-dire d'agir socialement, il en aurait aussi usé de cette sorte par rapport à la religion : car il ne peut satisfaire le penchant qui le porte à honorer Dieu et à chercher le bonheur de la vie future, sans former dans ce but quelque société avec les autres hommes. Sa faiblesse, le besoin qu'il a de leur secours pour l'éducation domestique et l'instruction religieuse, lui en font une nécessité. Cette nécessité ne résulte pas moins de la sympathie naturelle et du besoin qu'il a de communiquer aux autres ses propres sentiments, ceux surtout qui l'émeuvent davantage. Aussi voit-on que la nature a donné partout à la religion quelque forme sociale, même chez les peuples les plus barbares ; et quoique dans le paganisme ces sociétés se multipliassent comme les cités, avec lesquelles elles étaient presque identifiées ; cependant elles ajoutaient à l'élément civil quelque chose de distinct et de plus noble. Il existe d'ailleurs, comme nous l'avons vu, une société universelle du genre humain fondée sur la communauté d'origine, de fin et de devoirs relatifs à cette fin. Or une partie de ces devoirs concernent les rapports de l'homme avec Dieu et forment la religion naturelle.
Il est donc certain que dans cet ordre il aurait existé une société religieuse, quelle qu'eût été sa forme et son org^sation, que nous n'avons point à examiner