‹ Institutes du droit naturel privé et public et du droit des gensChapitre 75 sur 129 · DE LA NATURE DE L'ÉQLISE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DE LA NATURE DE L'ÉQLISE CATHOLIQUE

559. — Pour bien comprendre la nature de la société religieuse, il faut observer qu'elle est fondée en partie sur l'essence même de la reli^on pour laquelle elle est établie, et en partie sur la volonté positive de Dieu qui Ta instituée. Sous le prunier rapport, la religion toute entière ne regarde directement que le service de Dieu et la félicité de l'homme dans la vie future : car même dans l'ordre naturel, et à plus forte raison dans l'ordre surnaturel aujourd'hui existant, elle consiste toute dans les rapports qui unissent l'homme à Dieu, et tie regarde les autres choses de la vie présente qu'autant qu'elles ont quelque relation avec la fin dernière. Ainsi l'office propre de l'Église est de procurer la gloire de Dieu et le saluA surnaturel des âmes ; elle ne touche aux choses humaines qu'autant qu'elles se rapportent à ce but. Aussi S. Paul détermine»t-il l'objet du sacerdoce par ces paroles remarquables : Omnis pontifex ex /lomtnibus asBumpitÂS pro haminihus consiituiiujr in iis QUiE $UNT AD Deum. (Hebr. C. V.) U avertit ceux qui Texercent de ne pas s'embarrasser des affaires temporelles : Nemo milUaris DiX) implicat se negotiis aœoularibuSy ut ei placeat cui se prohavit { II Tim. G. Il), et U rappelle les fidèles à la pensée de la fin sublime qui doit détacher leur cœur des biens de cette vie : Qui utuntur hoc mundo ianquàm non ittantur. (I Cor. G. VII.) Non habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus* (Hebr. Ç, XIQ.) Voilà l'esprit de

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rÉglise et la doctrine apostolique : s'en écarter' serait changer la religion divine en une institution humaine.

La fin de TÉglise et sa nature la destinent donc au culte de Dieu et au salut éternel de Thomme. Quant aux choses qui regardent le bonheur de la vie présente et les relations mutuelles des hommes dans la recherche qu'ils en font, elles ne sont point l'objet de la société ecclésiastique, mais de la société civile ; et ce serait mettre le trouble partout que de confondre les uns, les limites et les ministères de ces deux sociétés.

560. — Ge]a n'empêche pas néanmoins que la reUl^on ne développe la civilisation et le bonheur des peuples dèfs cette vie, comme un de ces effets 'secondaires, bien qu'elle ne se le propose pas directement. Il n*y a même qu'elle qui puisse atteindre parfiûtement ce but. L'histoire en fait foi et la philosophie le démontre.

En effet , le progrès de la civilisation provenant d'un usage convenable de l'activité humaine et des choses qui y sont soumises, il dépend surtout de la religion qui règle et contient tellement dans le devoir l'esprit et la volonté de l'homme, en lui proposant une un plus noble, qu'elle le porte efficacement à garder dans toutes les choses terrestres l'ordre, qui contribue plus que tout le reste à rendre cette vie heureuse. Il n'est donc pas étonnant que la religion chrétienne, tout en paraissant tendre uniquement à la félicité de l'autre vie, produise encore le bonheur de celle-ci, comme le remarque Montesquieu (1); tandis qu'au contraire la cupî-

(1) <c Pendant que les pTinces mahométans donnent sans cesse la mort on la leçoivent, la reUgion, chez les chiétiens,

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dite et une ardeur excessive dans la recherche des biens de ce monde, ont toujours amené la ruine de la prospérité publique et privée (4).

501. — La fin de la société religieuse étant indépendante de la diversité des lieux, des personnes et même de certains moyens libres propres à l'atteindre : puisqu'elle répond à une relation avec Dieu, qui est commune à tous les hommes ; il est évident que cette société est de sa nature une et universelle. Il eût été difficile néanmoins d'établir par les seules forces naturelles une autorité unique et une organisation universelle capable de la diriger : les rivalités des peuples et la diversité des opinions, si commune parmi les esprits qui doivent déterminer par eux-mêmes où est la vérité, y eussent mis obstacle. Mais l'intervention divine a levé ces difficultés par l'institution de l'Église, qu'elle

rend les princes mofns timides, et par conséqaent moins cmels. Le prince compte sur ses snjets, et les sujets sur le prince. Chose admirahlej la religion chrétienne, qui ne senible avoir d'objet que la félicité de Vautre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci, » — Esprit des Lois, liv. XXIV, chap. III.

(1) On peut Toir par là combien il importe à TÉtat qne la Tiaie religion fleurisse dans son sein, puisqu'elle seule peut conduire le peuple à une ciyilisation parfaite et unir solidement par des liens d'amour les cœurs des princes et des sujets. Cela suffit aussi pour juger le système moderne de l'indifférentîsme religieux en poUtique, et de l'athéisme légal, qu'on ose nous vanter comme un progrès de la société, et qui n'est qu'un produit ou plutôt l'essence même de la Révolution. Système réprouvé par l'encyclique Mirari de Grégoire XVI, et les allocutions consistoriales de Pie IX, des 27 septembre 1852, 26 juillet 1855 et 15 décembre 1856.

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a chargée d'enseigner et de gouverner tous les hommes dans les choses religieuses.

Or cette institution divine est encore de son côté un principe sur lequel reposent l'organisme et la constitution de l'Église, et duquel résulte l'indépendance de ces deux choses à l'égard de tout pouvoir terrestre. Une constitution sociale, en effet, ne peut être changée que par les causes qui lui ont donné naissance et à l'action desquelles elle est actuellement soumise : par conséquent l'Église, qui est surnaturelle et ne procède point de la volonté de l'homme, doit nécessairenient être conservée telle que Jésus-Christ l'a établie pour toujours.

562. — Voici les points fondamentaux de la constitution de l'Église. — Elle se compose comme toute société de deux éléments : une multitude d'associés qui s'unissent à elle par la profession de la foi ; et des supérieurs qui gouvernent cette multitude avec une autorité légitime. — Cette autorité réside dans le Souverain Pontife et les évéques qui ont reçu de Jésus-Christ la charge de gouverner l'Église sous la direcUon du suprême pasteur. Le gouvernement de l'Église est donc ^ monarchique, puisque le pouvoir suprême, la source de l'autorité et le centre de l'unité de toute l'Église, se trouvent dans le Pontife romain. On peut dire néanmoins que l'exercice de son pouvoir est tempéré par une certaine influence aristocratique, puisqu'il est confié en chaque pays aux évéques qui sont, comme le remarque Bellarmin, de véritables princes spirituels dans leurs propres diocèses. L'Église participe aussi

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quelque peu à la démocratie, dans un sens assez impropre que nous avons expliqué plus haut, c'est-à-dire, en tant que personne n'est exclu des dignités ecclésiastiques, auxquelles chacun peut arriver par la voie du sacerdoce ; mais le peuple comme tel n'a aucune part au gouvernement de l'Église, comme l'ont prétendu les protestants et les constitutionnels français. Le pouvoir ecclésiastique est de deux sortes : celui de l'ordre qui a trait à l'administration des sacrements et à la prédication de la parole de Dieu, et celui de la juridiction qui a pour objet le gouvernement des fidèles tant au for intérieur qu'au for extérieur, et qui renferme les trois fonctions législative, executive et judiciaire, comprises dans la notion même de l'autorité suprême.

L'autorité ecclésiastique tend directement et principalement à régler les opérations des âmes, ce qui l'a fait appeler spirituelle. Mais l'homme n'étant pas un pur esprit et ses actes intérieurs étant aidés et manifestés par des opérations extérieures ; sans lesquelles ne pourrait se former une société visible, telle que l'Église doit l'être par son institution ; il en résulte que l'autorité de celle-ci atteint aussi d'une manière secondaire ses opérations extérieures, et par conséquent gouverne l'homme tout entier dans ce qui concerne le culte divin et le salut éternel.

On voit que l'Église est un empire spirituel établi de Dieu parmi les hommes , entièrement distinct de l'empire civil et bien plus excellent que lui. Ce n'est donc pas une simple corporation [collegium] établie dans le sein de la société civile et soumise à son autorité

suprême , comme l'ont soutenu les protestants et après eux les politiques du droit nouveau ; car c'est là Terreur capitale de ce siècle , condamnée par Pie IX dans son allocution solennelle du 9 juin 1862. Ce point, du reste, a une telle importance pour les relations mutuelles des deux sociétés, qu'il demande à être expliqué davantage. Ce sera l'objet de la proposition suivante.

PROPOSITION

L'Église est une société existant par elle-même^ et indépendante, quant à son objet, de la société civUe,

563. — Preuve, Une société existant par elle-même et indépendante, est celle qui a indépendamment de toute autre société une un , des moyens, un objet, une origine et une constitution propres , ainsi que le droit de s'agréger des associés et de les obliger de tendre à sa fin par une action commune ; droit qui constitue le lien social et l'autorité sur les associés. Or telle est l'Église, spécialement par rapport à la société civile, qui seule pourrait lui disputer son indépendance. Car 1» elle a une fin propre : le salut étemel des hommes à procurer par le culte surnaturel de Dieu, la prédication de la doctrine de Jésus-Christ, la conservation de la foi ; toutes choses dont elle a été chargée par Dieu , son auteur, et non par aucune autre société ou autorité ; tandis que la société civile a aussi sa fin propre , fort différente de celle-là : savoir, la sécurité et le bonheur de l'ordre temporel. Or, bien loin que la fin de l'Église puisse être subordonnée et assujettie à celle de la cité, comme le veut la politique rationaliste; c'est au

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contraire la seconde qui est soumise à la première, à cause de Texcellence de celle-ci au-dessus de ce qui est temporel et de la nécessité du salut, fin dernière de la nature humaine, à laquelle se rapportent comme autant de moyens toutes les circonstances de la vie présente. Si donc il venait à s'élever un conflit entre les droits de la cité et ceux de l'Église, ceux-ci devraient prévaloir, puisque ce sont les droits de Dieu même, dont elle tient la place et exerce le pouvoir.

2p L'Église a des moyens qui lui sont propres, les lois par lesquelles elle protège la foi et les mœurs et Tapplication des moyens de salut institués par Jésus- Christ, comme les sacrements. Or, quoique la société civile exerce aussi quelque action sur les mœurs, cette action diffère de celle de l'Église, et n'atteint pas comme elle ce qui est intérieur ; mais elle ne poursuit guère sa fin que par une force extérieure et en quelque sorte matérielle, tandis que l'Église emploie surtout les exhortations, la persuasion et les peines spirituelles.

3o L'Église a un objet distinct : le culte divin avec toutes les obligations qui s'y rapportent et l'honnêteté des mœurs tant extérieure qu'intérieure et même surnaturelle ; ce qui s'étend fort loin. L'objet direct de la société civile est seulement l'honnêteté extérieure des mœurs et Tordre matériel, qui sont nécessaires pour la paix, la commodité et la tranquillité de la vie présente. Quant à l'ordre moral, elle ne l'atteint par elle-même qu'indirectement, en tant qu'il est nécessaire jusqu'à un certain degré pour la sécurité et le bon état de la cité.

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ip L'Église a aussi uae origine spéciale et distincte : car l'histoire nous apprend qu'elle a été instituée par Jésus-Christ avec une forme divinement déterminée ; de sorte que l'autorité qui la gouverne procède deDieu, non pas seulement comme auteur de la nature, mais encore par une action spéciale et surnaturelle qui a réglé la forme de son gouvernement d'une manière immuable. Mais il en est autrement de la société civile ; car, bien que prise. en général, elle ait commencé presque à l'origine du monde par le développement de la famille, Dieu le voulant ainsi et manifestant ses volontés par les besoins et les aptitudes naturelles de l'homme ; si néanmoins on la considère dans chaque État, on voit qu'elle y est née de faits purement humains, qui peuvent aussi déterminer et modifier diversement, soit quant à la personne, soit quant à la forme du gouvernement, l'autorité qui la dirige.

5<^ L'Église a reçu de Dieu seul et possède en propre le droit d'obliger tous les hommes à entrer dans son sein, pour y tendre à leur fin commune par une action commune aussi, en s'aidant réciproquement dans cette recherche par la prière, l'exemple, l'enseignement, sous la direction de l'autorité ecclésiastique : et le fondement de cette obligation des hommes, est qu'ils ne peuvent parvenir autrement à leur fin dernière, L'Église a donc aussi, indépendamment de l'État, cette multitude de membres nécessaire à l'existence de toute société. — U est vrai que les membres de l'Église sont aussi membres de la cité ; mais ils appartiennent à ces deux sociétés sous des rapports différents, pour des fins

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diverses ; et la dépendance qu'ils ont de l'autorité qui dirige chacune d'elles est distincte aussi ; les rapports des citoyens avec la cité étant purement naturels, et ceux des ildèles avec l'Eglise surnaturels. Rien n'empêche toutefois que la douhle qualité de fidèle et de citoyen ne concoure dans la même personne ; comme dans une même cité un homme peut appartenir à dif* férentes corporations. La société civile, en favorisant par sa protection la multiplication des hommes, fournit, il est vrai, à la société ecclésiastique la matière sans laquelle elle ne saurait subsister ; mais cette coopération purement matérielle ne peut constituer au profit de la cité aucun droit de suprématie sur l'Eglise, contrairement aux rapports qui résultent de leurs fins respectives.

&> Enfin, de toutes les conditions qui viennent d'être énumérées, résulte dans l'Eglise l'existence d'une autorité et d'une hiérarchie de supérieurs qui lui sont propres, et qui constituent la forme de la société, comme la multitude d'associés lui fournit la matière; et ainsi la constitution de l'Eglise se trouve complète.

En effet, les autorités, comme les sociétés, se distin* guent les unes des autres par la diversité de leiu*8 fins, de leurs objets et de leur origine... . Or l'autorité qui dirige l'Eglise difière de l'autorité civile sur tous ces points ; et la nature même des choses montre assez que ce n'est pas celle-ci qui a pu les déterminer pour l'Eglise. L'histoire constate d'ailleurs que Tautorité ecclésiastique et la hiérarchie de supérieurs qui l'exerce, ont été instituées par Jésus-Ghrist, et ne dépendent quant à leur être que de lui, comme de leur seul auteur. L'E-

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glise a donc, indépendamment de la cité, tout ce qui complète sa constitution sociale, et par conséquent elle en est indépendante.

Cette indépendance peut encore être confirmée par une autre raison. Car non seulement l'Eglise ne tire pas son origine de la cité, ce qui eût été pour elle le principal titre de dépendance ; mais encore elle est une et universelle ; tandis qu'il y a dans le monde beaucoup de sociétés politiques. Or cette unité de TEglise ne pourrait subsister si dans chaque Etat elle était soumise à l'autorité civile quant à son objet propre; et si pour éviter cet inconvénient on prétendait restreindre cette dépendance au gouvernement d'un seul Etat, on ne voit aucune raison d'attribuer ce privilège à l'un plutôt qu'à l'autre. L'Eglise est donc nécessairement indépendante comme une société complète et existant par ellemême.

564. — COROLLAIRE. — « L'Eglise n'est donc pas, comme le prétendent Fébronius et les protestants Puffendorf, Bœhmer, etc , un simple collège ou corporation reçu dans l'Etat et dépendant de sa souveraineté comme les autres corporations civiles. »

Un collège, en effet, tel qu'il est défini dans le droit (L. i et 3 ff. De collegiia et corporïbus) ne peut être constitué que dans les limites d'un Etat ou d'une province, comme dans un lieu soumis à la domination d'autrui ; tandis que l'Eglise, vu son universalité, n'est limitée par aucune frontière, et n'a pas besoin pour exister de cette permission du prince que les légistes requièrent pour les collèges civils ; puisqu'elle a reçu

son institution et son immutabilité du souverain auteur de toutes choses. Ainsi donc , quoique tous les fidèles dont se composent TÉglise soient membres de quelque État auquel ils doivent obéir dans les choses civiles, l'Église comme telle n'est point dans VÉtat, selon la phrase reçue, comme une de ses parties subordonnée au tout; mais seulement d'une manière matérielle et comme coexistant en partie avec lui sur le même territoire. Mais elle y est elle-même comme un État; c'està-dire comme une société distincte par sa fin et son objet et complète dans son ordre, embrassant dans son étendue, de droit toutes les cités, de fait un grand nombre d*entre elles, et gouvernant leurs citoyens avec une pleine liberté, dans les choses spirituelles. De sorte que, renversant la formule que nous venons de rejeter, on pourrait dire avec plus de raison que c'est VÉtat qui est dans l'Église.

565. — Remarque. — Saint Thomas, adoptant d'une certaine manière cette maxime que VÉglise est dans VÉtat, lui donne une interprétation aussi juste qu'ingénieuse. Elle y est, dit*il, comme l'âme est dans le corps, en tant qu'elleiui communique la vie morale qui, sans elle, y serait fort imparfaite et languissante, comme on le voit dans les sociétés qui n'ont pas reçu l'infiuence de rÉglise, et qui, par suite, sont restées sujettes à la tyrannie, aux séditions, à la corruption des mœurs et à mille calamités. Que l'on compare par exemple la France du XVII« siècle aux sociétés musulmanes ou païennes, et l'on reconnaîtra facilement ce que doivent à l'Église, sous le rapport du bien-être, du bon ordre

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et de la liberté, les sociétés qui Facceptent comme leur âme et leur principe de vie morale. La chose est du reste bien naturelle, puisque son rôle est de veiller sur les doctrines et les sentiments qui pourraient menacer le salut public, de corriger les mœurs, de rendre les hommes doux et bienveillants les uns pour les autres, tes sujets soumis et dociles, et les supérieurs justes et bienfaisants. Certes on n'a jamais vu et on ne verra jamais qu'un souverain qui s'accorde bien avec l'Église soit un tyran, tandis que ceux qui la tourmentent ont coutume de ne pas plus épargner les peuples; et cette soumission à la direction morale de l'Église dans un prince, sera toujours une meilleure garantie du bonheur public que tous les mécanismes constitutionnels par lesquels notre siècle rationaliste cherche à remplacer l'influence religieuse. Entreprise insensée, que la sagesse antique eût regardée comme une frénésie, et dont notre aveugle orgueil se glorifie comme d'un progrès! Saint Thomas a donc bien raison de nous montrer TÉglise comme l'âme de la cité, lui communiquant la vie, la beauté, la perfection dans ses opérations propres et partant le bonheur.

Mais, de ce que l'âme de l'honmie existe dans son corps, personne ne conclut que c'est à celui-ci de la gouverner; au contraire. De même aussi la coexistence et la compénétration de la cité et de l'Église, loin d'exiger la dépendance de celle-ci, indique plutôt que la société matérielle doit être dirigée et perfectionnée par la société spirituelle, tout en conservant ses fonctions propres; comme il arrive dans le corps humain vivifié par l'âme.

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Enfin cette parole équivoque : VÉglise est dans l'Étaty dont la politique moderne fait un abus si pernicieux, peut aussi être conservée et en même temps retournée avec une signification légitime, en ce sens que rÉglise est dans FÉtat quant aux affaires temporelles, où les lois civiles exercent leur influence; et que l'État est à son tour dans TÉglise quant aux affaires spirituelles, qui sont soumises aux lois de l'Église. Cette interprétation laisse intacte l'indépendance légitime de celle-ci et convient à l'union amicale qui doit exister entre les deux sociétés. En ce sens il ne répugne pas qu'il y ait un État dans VÉtai. Cette hypothèse ne serait absurde que si l'on supposait l'existence dans un même territoire et par rapport aux mêmes hommes de deux puissances du même ordre et s'exerçant sur les mêmes objets; car leurs lois seraient alors opposées et contradictoires. Voyez Liberatorey Jur. nat.y § 212, Édit. lO.

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