DE LA NATURE ET DE LA LÉGITIICITÉ DE LA GUERRE
617. — Grotius définit la guerre : l'état de ceux qui luttent par la force. Cette définition, conforme au langage reçu, nous parait préférable à celles qu'on a voulu lui substituer. Car elle distingue la guerre état ou manière d'être continue , de l'acte passager du combat, ainsi que des autres luttes qui s'accomplissent sans violence, comme les procès.
La guerre se divise de plusieurs manières : lo En publique^ mixte ei privée, La première a lieu par autorité souveraine entre des nations indépendantes; ^— la seconde est faite par un souverain contre les particuliers indépendants de droit ou de fait : telle est la guerre civile contre les rebelles, qui cependant du côté du prince peut être regardée plutôt comme un acte de souveraineté ou de justice vindicative. — La troisième se fait entre les particuliers, comme le duel, et est plutôt regardée communément comme un délit que comme une guerre régulière. — On appelle violence privée ou publique l'attaque dirigée contre un ou plusieurs citoyens par les autres. Lorsque le peuple prend les armes contre son prince, il y a sédition.
2<» La guerre se divise en ju«(e et injustey distinction qui dépend surtout de la cause ; quoique d'autres con-> ditioQs, relatives au mode et à la nécessité, soient aussi requises pour que la guerre soit tout-à-fait juste. .
3» On la divise encore en défensive et offensive, distinction qui s'explique diversement, selon qu'on Tenvi* sage d'une manière matérielle ou formelle. — Au premier sens, on s'attache à Tordre chronologique des hostilités. Ainsi celui qui en a exercé le premier est censé agresseur; mais la distinction ainsi entendue a peu d'importance. — Au point de vue formel, on appelle guerre défensive celle qui se fait pour repousser une injure physique (comme un acte d'hostilité) ou morale, qui n'est pas encore accomplie ou qui vient de l'être immédiatement, si par exemple on s'elTorce sur le champ de rentrer dans un retranchement dont on vient d'être chassé. La guerre est offensive au contraire si Ton venge une injure déjà passée. — En tout cas, cette distinction, qui regarde la manière d'exercer les hostilités, n'a aucun rapport avec la justice ou l'injustice de la guerre, qui dépend de ses causes. Il en est cependant qui confondent ces deux choses, en appelant défensive la guerre par laquelle une nation protège son droit ouvertement violé par une autre; et offensive, celle que fait une nation qui après avoir- violé ce droit persévère dans cette violence. Dans ce sens, en effet, toute guerre défensive serait juste et toute guerre offensive injuste. C'est une question de mots; mais ce qui est incontestable, c'est qu'au point de vue moral, le véritable agresseur et le coupable est celui qui par
ges piv>cédé8 rend la guerre nécessaire, et non celui qui tire le premier coup de canon (1).
Ce que quelques auteurs appellent guerre punitive rentre dans la distinction précédente ; car il n'y a pas à proprement parler de punition entre des nations qui sont indépendantes, et ce qu'on appelle ainsi n'est qu'une juste vengeance ou une réparation du dommage causé, et une garantie pour l'avenir, sans aucun exercice de juridiction.
4^ La guerre se divise encore en solennelle et non solennelle. La première est celle qui se déclare avec certaines formalités reçues chez les peuples dvilisés, et après un délai indiqué pour la réparation de l'injure, de la manière expliquée dans un ultimatum. La seconde est celle qui manque de quelqu'une de ces formes, par exemple de déclaration, comme il arrive souvent dans une guerre défensive ou dans la répression d'une ré* bellion ; et cela peut, selon les circonstances, être trèsjuste.
618. — Les Manichéens prétendaient que toute guerre était injuste : les Anabaptistes, qu'elle était au moins défendue aux chrétiens. On peut leur adjoindre Luther, qui ne permettait pas de se défendre contre les Turcs, sous prétexte qu'il était illicite de résister aux châtiments de Dieu; comme si Dieu, en permettant qu'il se fit des injustices, les approuvait positivement, et défendait de les repousser d'une manière juste l Nous raterons toutes ces erreurs dans la proposition suivante.
(VojeE Sohtmer, Juriêp. public. , Ub. IV, $ 82.
LÉGimirrÉ de la guerre. 507
PROPOSITION
La guerrôy tant offensive que défensive^ ^pourvu qu'elle ait les conditions voulues y est permise par le droit naturel, le droit divin et le droit des gens. Elle est même quelquefois nécessaire.
Preuve. Nous prenons ici les mots de guerre offeusive et défensive au sens formel expliqué plus ^^aut. Or, en ce sens, l'une et l'autre guerre peuvent être justes ; car elles ne sont en substance et au point de vue moral que l'exercice du droit de propre défense ou de sécurité, sans lequel tout le reste serait inutile dans l'état de la nature déchue. Les personnes morales, en effet, ont comme les individus, les droits absolus d'égalité, de liberté, de conservation et d'amélioration de leur état, auxquels peuvent se joindre pareillement des droits hypothétiques fondés sur des faits ou des contrats. Mais tous ces droits deviendraient illusoires, si l'on était obligé de les laisser violer impunément ; il est donc permis par toutes les lois de repousser la force par la force; selon l'adage vint virepellereomnia jura permittunt. On peut, par conséquent, si la lésion du droit est accomplie, en exiger la réparation ainsi que la satisfaction pour l'injure reçue ; ce qui donne lieu à la guerre formellement offensive. Que si on agit actuellement contre ce droit ou qu'on soit sur le point de le faire, il est permis de s'y opposer ou de prévenir cette injure ; et voilà la guerre défensive ou celle de précaution que Ton peut y ramener. Car si ce droit de sécurité ou de défense ne peut être exercé par des