DES AIDES ET DES CINQ GROSSES FERMES
Le nom iVaides, pris en général, comprend tout ce qui se lève sur les marchandises. Ce nom marque bien que, du commencement, ce n'étoit qu'un secours ex-
traordinaiie, dans les grandes nécessités. Aussi les appeloit-on aides de la guerre, et il n'y a guère que trois cents ans qu'on en parle *. On prétend néanmoins que la chose est très-ancienne, et que les rois levoient le dixième de toutes les marchandises, comme une espèce de dîme profane. Ce qui est constant, c'est que le premier fond des aides d'aujourd'hui est le droit de vingtième du prix de toutes les marchandises qui se débitent dans le royaume, c'est-à-dire dans les lieux où les aides ont cours, comme il sera expliqué; c'est ce qui s'appelle autrement : le sol pour livre.
Ce droit, à l'égard du vin, s'appelle le gros, parce que, comme c'est la marchandise la plus commune et la plus nécessaire après le blé qui n'est point chargé, et le sel qui l'est assez, on a jugé à propos de la charger plus que les autres. On a donc fait différence entre ceux qui le vendent en gros, et on les oblige seulement à payer le vingtième, qui s'appelle gros, par cette raison ; et ceux qui le vendent en détail payent communément le huitième du prix qu'ils en reçoivent, et en quelques lieux le quatrième, qui étoit autrefois général ; mais aux lieux oii il se paye aujourd'hui, on ne paye point de gros. Le gros se paye ordinairement au lieu du cru, avant que de transporter le vin, et si on le transporte avant qu'il soit vendu, il faut déprier, c'est-à-dire, demander permission, au fermier du cru, de le faire enlever, avec promesse de rapporter le certificat de la vente, afin de payer le gros à pro-
' Conférence des Ordonnances, iiv, X, lit. XIII; Traité des aides, par Ducrot, édit. de 1627.