‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 101 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XVII

leurs ténèbres. Mais partout où la vérité (Je Dieu demeurera ferme, ils ne prouiiteront rien. Je nie doncques que la sentence de sainct Jaques (laquelle ils ont tousjoursen la bouche, et de iatjuelle ils font leur grand bouclier) leur favorise aucunement. Pour liquider cela, il nous faut premièrement regarder le but où il tend, puis après observer en quoy c'est qu'ils s'abusent. Pource qu'il y en avoit lors plusieurs (comme ce mal est coustumièrement en l'Eglise) lesquels démonstroyent h'ur infidélité en mesprisant tout ce qui est propre aux fidèles : et néantmoins ne cessoyent de se gloritier faussement du filtre de foy, sainct Jaques se mocque de ceste folle outrecuidance. Ce n'est pas doncques son intention de dé- Iracter en rien qui soit de la vraye foy, mais déilairer combien esloyent ineptes tels baveurs, de tant attribuer à une vaine apparence de foy, que se contentans d'icelle, ils menoyenl cependant une vie dissolue. Cela considéré, il est maintenant facile de juger en quoy se trompent nos adversaires. Car ils faillent doublement : c'est qu'ils prenent mal le mot de Foy, puis aussi de Justilier. Sainct Jaques en nommant la foy, n'entend autre chose qu'une opinion frivole, qui est bien différente de la vérité de foy. Ce qu'il fait par une manière d'oltroy :

comme il monstre dés le commencement par ces paroles, Que prouliie cela, mes frères, si que!(|u'un dit qu'il a la foy, et qu'il n'ait pas les œuvres'? Il ne dit pas. Si quelqu'un a la foy sans œuvres : mais, S'il se vante de l'avoir. Puis après encores plus clairement, en faisant par mocquerie cesie foy pire que la cognoissance des diables: tinalement en l'appelant Morte. ]\lais on pourra suffisamment entendre ce qu'il veut dire par la définition qu'il en met : Tu crois, dit-il, qu'il y a un Dieu. Certes si tout le contenu de ceste foy est de simplement croire qu'il y a un Dieu, ce n'est pas de merveille si elle ne peut justifier. Et ne faut pas que nous pensions que cela dérogue rien à la foychresliennc, de laquelle la nature est bien autre. Car comment est-ce que la vraye foy justifie, sinon en nous adjoi-

1) Jacq. 11, U.

gnant à Jésus-Christ, afin qu'estans faits un avec luy, nous jouissions de la participation de sa justice? Elle ne justifie pas doncques pour avoir conceu (juelque intelligence de Divinité : mais par ce qu'elle fait reposer l'iiomme en la certitude de la miséricorde de Dieu.

-12 Nous n'avons point encores touché le but, jusques à ce (pie nous aurons descouvert l'autre erreur. Car il semble advis que sainct Jaques mette une partie de nostre justice aux œuvres. Mais si nous le voulons faire aci^^rder et à toute l'Escriture et à soy-mesme, il est nécessaire de prendre autrement en ce lieu le vocable de Justifier, qu'il ne se prend en sainct Paul. Car sainct Paul appelle Justifier, quand la mémoire de nostre injustice estant effacée, nous sommes réputez justes. Si sainct Jacjues eust là regardé, il eust cité mal à propos le tesmoignage de 3Ioyse, qu'Abraham a creu à Dieu, etc. Cariladjouste consequemment, qu'Abraham a obtenu justice par ses œuvres, entant qu'il n'a point douté d'immoler son fils au commandement de Dieu : et ainsi que l'Escriture a esté accomplie, laquelle dit qu'il a creu à Dieu, et lui a esté imputé à justice. Si c'est chose absurde que l'effect précède sa cause : ou Moyse tesmoigne faussement en ce lieulà que la foy a esté imputée pour justice à Abraham, ou il n'a point mérité sa justice par l'obéissance qu'il a rendue à Dieu en voulant sacrifier Isaac. Abraham a esté justifié par sa foy devant qu'ismaël fusr conceu, lequel estoil jà grand devant la nativité d'isaac. Comment dirons-nous doncques qu'il s'est acquis justice par l'obéissance qui a esté longtemps après? P(jurtant, ou sainct Jaques a renversé tout l'ordre (ce qui n'est licite de penser) ou en disant qu'il a esté justifié, il n'a pas entendu qu'il eust mérité d'estre tenu pour juste, Quoy doncques? Certainement il appert qu'il parle de la déclaration de justice devant les hommes, et non pas de l'imputation de justice quant à Dieu : comme s'il disoit. Ceux qui sont justes de foy, approuvent leur justice par obéissance et bonnes œuvres, et non point par une masque nue et imaginaire de foy. En somme, il ne dispute point

par quel moyen nous sommes justifiez, mais il requiert des fidèles une justice qui se déclaire par œuvres. Et comme sainct Paul afferme que l'homme est justifié sans aide de ses œuvres : aussi sainct Jaques ne concède pas que celuy qui se dit juste, soit despourveu de bonnes œuvres. Geste considération nous délivrera de tout scrupule. Car nos adversaires s'abusent principalement en cela, qu'ils pensent que sainct Jaques détermine quelle est la manière d'estre justifié : comme ainsi soit qu'il ne tascbe à autre fin, que d'abatre la vaine confiance de ceux qui pour excuser leur nonchalance de bien faire, prétendent faussement le tiltre de foy. Parquoy comment qu'ils tournent et revirent les paroles de sainct Jaques, ils n'en pourront tirer que ces deux sentences : c'est, qu'une vaine imagination de foy ne nous justifie pas :

item, que le fidèle n'estant point content d'une telle imagination, déclaire sa justice par bonnes œuvres.

'\ 3 Ce qu'ils allèguent de sainct Paul en un mesme sens, ne les aide en rien : asçavoir que les facteurs de laLoy seront justifiez, non pas les auditeurs '. Je ne veux point évader par la solution de sainct Ambroise, lequel expose cela estre dit, pource que l'accomplissement de la Loy est la foy en Christ. Car il me semble que c'est un subterfuge, duquel il n'est jà mestier quand la plene voye est ouverte. En ce passage-là sainct Paul rabat l'orgueil des Juifs, qui se glorifioyent en la seule cognoissance de la Loy, combien qu'ils en fussent grans contempteurs. Afin doncques qu'ils ne se pleussent pas tant en une cognoissance nue, il les admoneste que si nous cherchons nostre justice en la Loy, il faut venir à l'observation, et non pas à l'intelligence d'icelle. Certes nous ne révoquons pas cela en doute, que la justice de la Loy ne consiste en bonnes œuvres. Nous ne nions pas non plus qu'en observation entière de saincteté et innocence il n'y ait plene justice : mais il n'est pas encores prouvé que nous soyons justifiez par œuvres , sinon qu'on en produise

1) Rom. II, 13.

quelqu'un qui ait accomply la Loy. Or que sainct Paul n'ait voulu autre chose dire, sa procédure en rend tesmoignage.

Après avoir condamné d'injustice tant Juifs que Gentils indifféremment, il descend après à particulariser, et dit que ceux qui ont péché sans la Loy, périront sans la Loy : ce qui appartient aux Gentils. D'autre part, que ceux qui ont péché en la Loy, seront jugez par la Loy : ce qui est propre aux Juifs. Or pource qu'iceux fermans les yeux à leurs transgressions se glorifioyent de la seule Loy, il adjouste ce qui estoit bien convenable, que la Loy ne leur estoit pas donnée afin qu'escoutans seulement la voix d'icelle ils fussent rendus justes, mais en obéissant à ses commandemens. Comme s'il disoit, Cherches-tu justice en la Loy?

n'allègue point la seule ouye laquelle a de soy peu d'importance, mais produy les œuvres par lesquelles tu puisses monstrer que la Loy ne t'a pas esté donnée en vain. Puis que tous défailloyent en cela, il s'ensuyvoit qu'ils estoyent despouillez de la gloire qu'ils prétendoyent. Pourtant il faut plustost du sens de sainct Paul former un argument contraire : c'est que si la justice de la Loy est située en perfection de bonnes œuvres, et nul ne se peut vanter d'avoir satisfait à la Loy par ses œuvres : la justice de la Loy est nulle entre les hommes.

14 Après, nos adversaires nous assaillent des passages où les fidèles offrent hardiment leur justice à Dieu pour estre examinée, et désirent de recevoir sentence selon icelle. Comme quand David dit, Juge-moy, Seigneur, selon ma justice, et selon l'innocence qui est en moy K Item, Exauce, Seigneur, ma justice : tu as esprouvé mon cœur, et l'as visité de nuict, et ne s'est point trouvé d'iniquité en moy ^. Item, Le Seigneur me rétribuera selon ma justice, et me rendra selon la pureté de mes mains : car j'ay gardé la droicte voye, et n'ay point décliné de mon Dieu ^, etc. Item, Jugemoy, Seigneur, car j'ay cheminé en innocence. Je ne me suis point assis au rang des menteurs, et ne me suis point meslé

1) Ps. vu, 9.

3) Ps. xviii, n.

2) Ps. XVII, 1-3.

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